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Publié le 11 octobre 2010 à 10:23

Cotonou, Bénin

Blogcotonou1 Jacques Ahouadi a passé comme d'habitude une nuit inconfortable en équilibre sur la selle et le guidon de sa moto chinoise. Ils sont nombreux à faire de même autour de lui sur les trottoirs qui bordent la Place de l'Etoile Rouge à Cotonou.

Ce sont les "zems", les motos-taxis de la capitale économique du Bénin et leurs conducteurs, reconnaissables à leur gilet jaune. Le mot vient de "zemidjan" qui veut dire en langue fon "emmène-moi vite là-bas!"

Le nombre de zems à Cotonou ne cesse d'augmenter. C'est un baromètre de la situation économique béninoise. Actuellement, la Mairie les évalue à 150'000. On trouve parmi eux essentiellement des jeunes hommes venus de leur village mais parfois les zems ont un diplôme en poche. Certains sont même des fonctionnaires de l'état qui arrondissent les fins de mois en conduisant une moto-taxi quelques heures par semaine.


Carburant frelaté
Blogcotonou2 Comme tout le monde ici, Jacques s'approvisionne en "kpayo". C'est le carburant souvent frelaté et siphonné au Nigéria voisin. Partout au Bénin on voit les stands de vente de kpayo en bordure des routes et des rues. Totalement illégaux, ils vendent de l'essence dans des bouteilles et des dames-jeannes qui prennent les reflets du soleil.

Le litre de mélange deux temps qui contient de l' huile coûte en ce moment 350 francs CFA (env. 80 centimes de francs suisses). Dans les stations-service, il est à 450 francs CFA (env. 1,10 francs suisses): la différence est sans appel! En plus, les stations-service sont rares au Bénin et souvent elles n'ont pas de carburant...

Blogcotonou4 Le commerce de kpayo fait vivre des milliers de personnes attirées aussi vers les villes. Sur les lagunes qui relient le Bénin et le Nigéria, des pirogues amènent continuellement des milliers de bidons de 50 litres d'essence. Ce trafic se fait en plein jour mais lorsque nous le filmons, nous ne sommes pas toujours bienvenus.

Depuis les pirogues qui arrivent en banlieue de Cotonou, les bidons sont chargés sur des motos, en général quatre à la fois, donc deux cents litres sur un deux roues instable. Un autre moyen de transport courant est une espèce de scooter à trois roues surélevé. Ce sont souvent des infirmes qui les conduisent. Le contenu de quatre cents litres s'enflamme facilement au contact de la bougie lors d'un débordement.


Les zems font la pluie et le beau temps
Blogcotonou3 Régulièrement l'état béninois fait mine de vouloir mettre fin à tout ce commerce illégal et dangereux. Mais les enjeux économiques et politiques sont top importants. "C'est nous qui faisons les gouvernements, le parlement et la mairie. Nous faisons la pluie et le beau temps.", affirme Donatien Houadjeto, un zem très bavard que nous rencontrons devant l'un des stands de journaux où il se réunit tous les jours avec d'autres collègue pour discuter des derniers événements.

"Nous prenons chacun trente clients par jours, si nous parvenons à les convaincre, vous voyez l'importance politique que ça représente!", explique-t-il.  A cela s'ajoute la taxe de 10'100.- francs CFA (env. 22 francs suisses) perçue chaque année par la mairie de Cotonou pour chaque moto-taxi: un revenu municipal très important. Les zems et leurs fournisseurs d'essence sont donc intouchables au Bénin.

Source de pollution et de maladies
Pourtant même les experts de la Mairie reconnaissent les conséquences catastrophiques sur l'environnement la santé de cette situation. Les motos chinoises à deux temps utilisées en grande majorité ont des joints de culasse qui s'usent rapidement. Les zems augmentent donc la proportion d'huile dans le mélange pour limiter les fuites. A certaines heures de la journée, une épaisse fumée bleue envahit le centre-ville de Cotonou.

Cette pollution provoque des maladies respiratoires et même des cancers, nous explique le responsable de l'environnement à la Mairie de Cotonou. Mais il nous explique que le trafic d'essence n'est pas du ressort de la Mairie. Et il admet aussi que ce commerce fait vivre trop de monde pour être attaqué. Lorsqu'il y a des élections en vue, "on va chercher des voix partout, même dans les ordures!", affirme-t-il en riant!

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