Les blogs | La chronique météo de Philippe Jeanneret

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Publié le 31 janvier 2012 à 19:33

Diapositive1 Le record de -41,8° établi à la Brévine le 12 janvier 1987 sera-t-il battu ces prochains jours? Les paris sont ouverts. Les modèles numériques ne sont pas tous d’accord sur l’intensité et sur la durée de la vague de froid à venir, mais nombres d’éléments montrent que nous serons soumis à des conditions extrêmes, assez proches du record établi il y a tout juste 25 ans.




Diapositive2A l’image de la situation de 1987, la présence d’un anticyclone sur la Russie va jouer un rôle déterminant ces prochains jours. Son centre affiche 1060 Hpa au Nord de l’Oural, ce qui n’est pas sans conséquences sur les dépressions qui circulent sur ses flancs. Ces dernières ont tendance à se bloquer entre l’Atlantique, la Méditerranée et la mer Noire, ce qui donne une belle continuité aux courants d’Est entre la Sibérie et les Balkans.




Diapositive3Ce déplacement d’air sibérien vers la Suisse sera conditionné, par la montée en puissance d’une dépression sur la Méditerranée ces prochains jours: le courant de bise qui va se générer à sur son bord supérieur va en effet permettre à l’air froid qui se trouvera sur les Blakans de faire jeudi un trajet supplémentaire vers les Alpes. Une situation assez proche de celle de janvier 1987. Avec malgré tout quelques différences dans l’allure générale des courants.

D’une région à l’autre, le froid ne s’installera cependant pas de la même manière. La présence de la bise sur le Plateau ou en région lémanique devrait par exemple s’accompagner une amplitude thermique assez faible entre le jour et la nuit. Ainsi à Lausanne, Neuchâtel ou à Genève l’écart entre les minimales et les maximales devrait être de 5 à 6 degrés. Dans les régions abritées du vent, comme à Sion ou à Ulrichen, ce même écart pourra être plus important, de l’ordre de la dizaine de degrés. A condition que le ciel reste dégagé la nuit, précise Météosuisse.


Diapositive4Les habitants du Plateau et de la région lémanique n’en seront pas moins exposés à une forte sensation de froid: avec une température sous abris de l’odre de -5 degrés, la présence d’une bise à 60 km/h se traduira par un indice éolien de -16°. Avec ce même vent et une température sous abris de -10°, on devrait même atteindre les -23°. Autre sujet d’inquiétude, les embruns congelants qui ne manqueront pas de se former sur les rives des lacs suisses. Et qui en rendront dangereux les abords.




Diapositive5Des températures extrêmes pourront également être observées sur les vallons du Jura, en particulier à la Brévine qui détient le record de froid en Suisse depuis le 12 janvier 1987. D’une point de vue topographique, la commune neuchâteloise se trouve dans une dépression fermée à 1040 mètres d’altitude, ce qui est favorable à la formation de lac d’air froids: une masse d’air de quelques dizaines de mètres d’épaisseur qui n’est pas brassée par le vent, ne se réchauffe en effet pas beaucoup le jour, surtout lorsque la neige tient au sol. L’air sec qui se trouve habituellement sur les hauteurs du Jura, facilite également la baisse des températures (les variations thermiques sont plus importantes dans l’air sec que dans l’air humide).


La persistance de la bise sur les crêtes du Jura ne semble pas très propice à l’établissement d’un nouveau record de froid à la Brévine ces prochains jours. Mais dès que les vents s'atténueront - en milieu de semaine prochaine, selon les dernières sorties de modèles -, une baisse significative des températures est envisageable.


Tout cela ne manquera pas de ravir les 655 habitants de la petite localité qui ont décidé d’instaurer une « fête du froid » pour commémorer le record du 12 janvier 1987. Laquelle se célèbrera le 2 février!


Philippe Jeanneret avec le concours d’Olivier Codeluppi de Météosuisse

Commentaires

Cher Philippe,
Un grand bravo pour ces chroniques; claires, concises et très bien illustrées, digne d'un calviniste - du collège, bien sûr- chevronné, Ce qui se conçoit clairement s' énonce clairement.
Salve!
Julio Cruzado

Rédigé par : cruzado | 1 fév 2012 16:44:31

Bonjour cher Philippe

Ces pages ( www.mherrera.org/temp.htm et www.ebs-gruppe.ch/glattalp/webcam-wetter.html) mentionnent un record officieux de -52.5 degrés pour Glattalp en février 1991.

Merci pour vos précieuses chroniques

Frédéric

Rédigé par : Fred | 1 fév 2012 17:06:22

Bonjour Frédéric,

J'ai eu l'occasion de visiter le Glattalp il y a quelques années.

Les instruments de mesures sont hélas fixés sur un mur en béton, ce qui n'est pas conforme aux normes édictées par l'OMM. Ces dernières stipulent en effet que les stations doivent être éloignées de tout bâtiment qui pourrait faire interférence, en particulier par rayonnement. (voir: http://www.wmo.int/pages/prog/www/IMOP/publications/IOM-55_Part-II.pdf ).

Tout cela est bien dommage car le site présente un certain intérêt pour l'établissement d'un record: il bénéficie d'une topographie favorable à la formation de lacs d'air froid, et se trouve à une altitude plus élevée que la Brévine.

En vous souhaitant une excellente journée

Rédigé par : Philippe Jeanneret | 2 fév 2012 09:43:19

Cher Philippe,
Le 29 janvier 2005, nous avions des conditions météo identiques. Les quais de Versoix et de Genève étaient complètement gelés comme ces jour-ci.
Meilleures salutations.
Daniel Z

Rédigé par : Zambon Daniel | 5 fév 2012 20:16:20

Bonjour!
À propos de la "température éolienne", définie paraît-il à partir de systèmes physiques, sa définition me paraît...olé-olé. S'il s'agit d'une "température ressentie", pouvez-vous me dire ce que ressent un bidon d'eau?
Bien plus sérieux et aussi bien plus ambitieux sera l'indice UTCI défini à partir de longues recherches sur de nombreux modèles physiologiques par l'ISB dont fait partie la Suisse. Metesuisse nous dit qu'il sera adopté en 2012. Sa définition est très technique mais sa vocation est (entre bien d'autres) orientée grand public. Cela nous vaudra-t-il une petite émission de vulgarisation?
Avec mes meilleures salutations.

Rédigé par : Michel VEUVE | 6 fév 2012 12:08:22

Bonjour Michel,

Merci pour votre remarque. Vous soulevez - avec Pierre de la Harpe qui a fait récemment un commentaire dans le même sens - un débat très intéressant.

Certes, la formule actuelle de l'indice éolien (utilisée par de nombreux services météo, dont celui de Météosuisse) est loin d'être parfaite. Mais dire que sa définition est ...olé-olé est peut-être exagéré: cet indice est tout de même le fruit de synergies entre spécialistes de la météorologie et de la médecine; et en pratique, il fonctionne plutôt bien (tout le monde se plaint-il pas en ce moment de la sensation de froid insupportable générée par la bise?).

Le fameux indice UTCI, auquel vous vous référez, est bien-sûr plus complet: il tient par exemple compte de l'humidité, chose que l'indice éolien néglige de faire. Mais force est de constater que cette dernière ne joue qu'un rôle mineur dans les situations de grands froids. (Faites l'essai sur la calculette du site www.utci.org ).
Dans les situations de grandes chaleurs, ce facteur est par contre beaucoup plus important. (raison pour laquelle Météosuisse utilise aussi l'indice humidex).


J'ai encore discuté avec Météosuisse ce matin, l'indice éolien - sous sa forme actuelle - continuera d'être utilisé cette année. Quant à l'indice UTCI, il sera surtout utilisé comme outil de diagnostic.


Mais c'est promis, le sujet fera dès que possible l'objet d'un blog ou d'une petite émission de vulgarisation!

En vous souhaitant une excellente journée

Rédigé par : Philippe Jeanneret | 8 fév 2012 11:54:45

Le record du Glattalp est sans doute homologable. Il est vraisemblable, déjà. Certes, d'après Philippe, la situation du thermomètre ne répond pas aux normes OMM. Soit. L'implantation d'un thermomètre contre un mur de béton est rédhibitoire pour toute température avec insolation (surchauffe du mur qui récupère des calories et en communique une partie au capteur), mais le mur ne crée pas un froid supplémentaire ; tout au plus il pourrait apporter... de la chaleur, s'il y a un local chauffé derrière. Les -52,5 °C sont peut-être même majorés ?

Rédigé par : Jean-Jacques | 9 fév 2012 11:43:23

A Jean-Jacques,

Êtes vous sûr qu'un mur ne crée pas de froid supplémentaire?
Auriez-vous par ailleurs la gentillesse de nous expliquer par quelle méthode les -52,5° du Glattalp pourraient être majorés?

D'avance merci.

Rédigé par : Philippe Jeanneret | 9 fév 2012 19:48:35

@ Philippe
Je ne suis sûr de rien.
Il me semble simplement que si un mur de béton est exposé durablement au froid, il prend la température de l'air ambiant. Enfin, c'est pas tout à fait vrai, car il rayonne aussi et se refroidit en surface (bien moins que la neige). Si le capteur est assez bien détaché du mur, il est vraisemblable que ce refroidissement de surface du mur ne l'affecte pas, ou très peu, l'air froid à la surface du mur glissant au sol (comme une brise de pente). Remarque valable la nuit et en situation froide. Un mur au soleil se réchauffe et devient un "radiateur".
Pourquoi un mur pourrait apporter des calories, en l'absence de soleil ? Je pense à la conduction de chaleur d'une pièce chaude vers l'extérieur, à travers le mur, puis rayonnement de cette plaque "chaude". C'est bien tout le problème de nos anciennes maisons mal isolées.
Donc, sûr de rien. Des suppositions, qui me font penser que le record de Glattalp pourrait bien être proche de la vérité.
On doit pouvoir assez facilement faire la manip... sans avoir -50 °C dehors.

Rédigé par : Jean-Jacques | 9 fév 2012 22:03:21

Bonjour Jean-Jacques,

En réalité, un mur en béton se réchauffe et se refroidit plus lentement que l'air. Il peut interférer sur les mesures dans un sens comme dans l'autre (par rayonnement), son exposition au soleil étant assez déterminante. Faîtes l'expérience en comparant sur un même site les températures sous abris et les températures près d'un mur en béton. Vous constaterez de belles différences...

Cela dit, je viens de voir que les instruments de la station de Meteomedia sont maintenant fixés sur un mât à 5 mètres de haut, au-dessus d'un bâtiment (en béton). C'est mieux mais ce n'est toujours pas "réglementaire". Je crains que la polémique ne continue encore quelques temps...

Rédigé par : Philippe Jeanneret | 10 fév 2012 14:58:37

Le record de froid ne sera peut-être pas battu, mais à quand remonte la dernière vague de grand froid aussi longue que celle que nous vivons?

Rédigé par : Stephanie Smith | 11 fév 2012 08:43:48

Bonjour Stéphanie,

Voici la réponse de Météosuisse, sur la base des observations faites à Neuchâtel:


http://www.meteosuisse.ch/web/fr/meteo/actualite_meteo/vague_de_froid_et0.html

"Si la vague de froid de 1956 a marqué les esprits de par sa durée et son intensité, celle de 1963 aura été la plus longue des 50 dernières années (27 jours) . Plus proche de nous, celles de 1985 (16 jours), puis de 1987 sont les vagues de froid, qui auront été respectivement plus importantes que celle de février 2012 (13 jours).

Les vagues de froid Janvier-février 1917 et 1914 ont été les plus longues du début du 20ème siècle (29 et 27 jours).
Après 1956, c'est la vague de froid de 1985 qui montre le plus grand nombre de jour avec une température maximale (Tmax) égale ou inférieure à -10°C, respectivement 4 contre 2 en 1985, (fig 2).

En revanche, la vague de froid de 1963 montre le plus grand nombre de jour avec une Température maximale inférieure à -5°C (19 jours) et à -3°C (24 jours) , contre 11 et 15 jours en 1956, et pour l'instant 7 et 8 jours sur la vague de froid de février 2012"

Em vous souhaitant une excellente journée

Rédigé par : Philippe Jeanneret | 13 fév 2012 08:26:17

merci beaucoup!

Rédigé par : Stephanie Smith | 13 fév 2012 09:36:03

@ Philippe
Je ne crois pas qu'on puisse dire que le béton se refroidisse ou se réchauffe moins vite que l'air. Je crois même le contraire (si on prend de l'"air libre", transparent aux calories).
Je veux dire que si le capteur de Glattalp est assez détaché du mur et s'il est protégé du rayonnement du mur (s'il regarde vers l'extérieur), il ne doit pas beaucoup être influencé par la présence du mur en situation de très grand froid, donc a priori sans vent. Pas de conduction, si isolé. Pas de convection, car le froid de la surface du mur tombe au sol. Et pas de "rayonnement froid", si isolement vers le mur (si le capteur ne "voit" que l'air). Mais comme vous indiquez que le second emplacement est olé olé, on peut effectivement douter de la qualité du premier.

Rédigé par : Jean-Jacques | 16 fév 2012 13:40:59

A Jean-Jacques,

Dans l'absolu, un mur en béton se réchauffe et se refroidit effectivement plus vite que l'air mais n’oubliez pas que ce même mur subit des variations d’ensoleillement tout au long de la journée:
La portée du phénomène est assez variable, elle dépend l’orientation du mur par rapport au soleil, des matériaux utilisés etc. On peut bien sûr trouver des exemples où la proximité d’un mur n’influence pas la mesure des minima mais le contraire peut également se produire, en particulier lorsque le thermomètre se trouve trop longtemps à l’ombre.

Le choix de l'emplacement des instruments de mesures est également déterminant: il faut par exemple éviter de placer le thermomètre dans une zone soumise à l’influence de catabatiques (un vent froid descendant a tendance à «tirer» les températures vers le bas), l’albédo du terrain doit être représentatif du milieu ambiant, une surface de couleur trop sombre ou trop claire étant à proscrire (voir recommandations de l’OMM: http://www.wmo.int/pages/prog/www/IMOP/publications/CIMO-Guide/CIMO_Guide-7th_Edition-2008.html ).

Il est enfin important que l’abri, dans lequel se trouvent les instruments, soit suffisamment élevé par rapport au terrain: un thermomètre placé à 30 cm sol donne en moyenne une température de 2 degrés inférieure à celle mesurée à 2 mètres de hauteur, en conditions dites "d'air libre".
J'espère que ces informations vous seront utiles et vous souhaite une excellente journée.

Rédigé par : Philippe Jeanneret | 2 mar 2012 12:57:05

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