Les blogs | Le carnet de route d'Yves Magat

Publié le 16 février 2005 à 23:57

Atelier C’est la version portugaise des « Lip » français, quelques décennies plus tard. A la fabrique de chemises « Afonso », les ouvrières ont pris leur destin en main. Des anciens patrons allemands, il ne reste plus que quelques pancartes : Eingang, Rauchen verboten…

Lorsque le soir du 27 novembre 2004 un camion tchèque est arrivé pour emporter les machines, tout a basculé dans la zone industrielle de la petite de ville des Arcos de Valdevez, à l’extrême nord du Portugal. Par hasard, quelques ouvrières étaient encore dans la fabrique. Elles ont vite compris ce qui se passait. Leur salaire de 500 francs suisses par mois était désormais considéré comme trop élevé par leurs employeurs, comparé à ce qu’ils pouvaient payer à des ouvrières tchèques faisant le même travail pour un prix six fois moins cher. La délocalisation avait atteint le Portugal. Du coup, une rapide mobilisation a permis d’empêcher le démantèlement sauvage de la fabrique.

Depuis cette date, «Afonso» est autogérée. La production est maintenue, les salaires sont versés et les patrons allemands n’ont plus pointé le bout du nez. Combien de temps cela va durer, nul ne le sait mais la cheffe des ateliers, Conceição Pinhão est optimiste. Sans elle, la fabrique n’existerait plus. «D’habitude les cadres administratifs suivent les décisions des propriétaires, dit-elle. Mais c’était trop injuste, je n’ai pas pu l’accepter. » Cette petite femme énergique a donc pris sur elle la poursuite de la production et la résistance à la délocalisation. Une énorme pierre a été placée devant la porte de la fabrique pour empêcher de nouveaux camions de s’approcher et la plupart des clients jouent le jeu. Près de sept cents chemises de luxe sont produites tous les jours ici par quatre-vingt-huit ouvrières et trois ouvriers avant d’être exportées vers l’Allemagne et les Etats-Unis.

Selon le syndicaliste Manuel Sousa, les menaces qui pèsent sur la fabrique « Afonso » sont révélatrices de ce qui menace tout le secteur textile portugais. Un secteur qui emploie 250.000 personnes et qui pourrait perdre 100.000 place de travail en deux ans si rien n’est fait pour endiguer le phénomène. « Les patrons portugais se sont endormis et n’ont pas cherché à innover », explique-t-il en conduisant sa camionnette de service à travers les routes sinueuses du Haut-Minho. Quant à Emilia Magalhães, cheffe de ligne dans la fabrique, elle espère que les élections de dimanche renverseront la tendance dans le pays. « Le Portugal a besoin de changement, explique-t-elle, sinon ce sera une catastrophe. » A l’écoute du débat télévisé d’hier soir entre les candidats au poste de premier ministre, il n’est pas sûr que son vœu soit réalisé. On avait plutôt l’impression d’une rivalité de technocrates aux idées étrangement semblables. « C’est une nouvelle génération de politiciens », explique Ana Benavente, ex-députée socialiste qui a décidé de ne pas se représenter, « ils n’ont pas connu la Révolution des œillets… »  Une explication plausible, pour le meilleur comme pour le pire !

Yves Magat - Arcos de Valdevez, Portugal

Publié le 15 février 2005 à 23:17

Elections1_2 On aurait pu s’y attendre : dans le très catholique Portugal, le Saint Esprit a voulu dire son dernier mot à quelques jours des élections législatives du 20 février. Le décès de Sœur Lucia, dernier témoin vivant des apparitions de la Vierge à Fatima en 1917 a poussé les partis de droite à suspendre leur campagne électorales jusqu’à l’enterrement mercredi de la petite bergère qui deviendra probablement sainte. Sœur Lucia et ses deux cousins avaient alors été les dépositaires de trois secrets transmis par l’esprit divin.

La gauche rit sous cape et dénonce une manœuvre pour justifier ensuite la déroute électorale des conservateurs annoncée par tous les sondages. Mais même les socialistes portugais, que certains accusent d’être « infiltrés » par l’Eglise, ont cherché à se rendre moins visibles pendant la veillée funèbre qui se déroule à la cathédrale de Coimbra. Pourtant les évêques du pays ont émis quelques réserves sur cette suspension de la campagne électorale, une mesure déjà prise lors de la fête du Carnaval.

Plus de trente ans après la « Révolution des œillets », le Portugal reste profondément influencé par la tradition catholique. Pas étonnant donc que l’avortement y soit toujours interdit. C’est avec la Pologne et l’Irlande, le dernier bastion européen des militants « pour la défense de la vie ». Les socialistes affirment que s’ils reviennent au pouvoir, ils organiseront à nouveau un référendum sur la légalisation de l’interruption de grossesse. Quant aux communistes ils estiment que c’est une mesure urgente à prendre par décision du parlement sans passer par un vote populaire. Mais tout le monde au Portugal ne partage pas cet avis…

« Personne ne peut nier que la vie commence au moment de la fécondation et comme la Constitution portugaise condamne toute atteinte à la vie, nous défendons la Constitution et condamnons l’avortement » : CQFD. José Paulo Carvalho, ex-président de la Fédération portugaise pour la vie, a lui aussi interrompu sa campagne électorale pour respecter le deuil de Sœur Lucia. Candidat sur la liste du Parti populaire, il se défend d’être inhumain à l’égard des femmes subissant une grossesse non désirée. Selon lui il faut plus de mesures sociales pour mieux encadrer les mères en difficulté et leur donner ainsi une alternative à l’avortement. Une vision démentie dans la pratique par les 20.000 à 40.000 femmes portugaises qui chaque année avortent clandestinement ou simplement traversent la frontière pour se rendre dans les cliniques gynécologiques espagnoles qui font ce travail en toute légalité. Que pensait Sœur Lucia de Jésus des Saints de ces pratiques pas très catholiques ? C’est peut-être le quatrième secret qu’elle n’aura jamais révélé.

Yves Magat - Porto

Publié le 29 janvier 2005 à 23:23

Pris dans un élan déclamatoire irrépressible, le grand patron du WEF, Klaus Schwab, a promis que son enfant chéri allait renaître à Bethléem l'an prochain si la paix arrivait au Proche-Orient...

En attendant cette résurrection, des personnages-clé du drame qui ensanglante Israéliens et Palestiniens depuis cinquante ans étaient bien présents à Davos dans des discussions conduites par la Conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey. Le Palestinien Yasser Abed Rabbo ou l'indéboulonnable et sympathique Shimon Peres, revenu au gouvernement d'unité nationale à la faveur des dissensions internes de la droite. Il répète inlassablement que l'espoir existe et que la paix est pour bientôt.

Son collègue de parti Avraham Burg, également présent à Davos, est moins optimiste. D'ailleurs il a préféré sortir de l'arène politique israélienne qu'il ne supportait plus: "Il n'y a plus de nouveau mode de pensée en Israël, plus de nouvelle philosophie, plus d'imagination", me dit-il amèrement.

Celui qui a été président de la Knesseth et est passé par tous les échelons de la vie politique israélienne ("ma mère est tres fière de ma carrière") s'oppose au mur-clôture érigé devant les territoires palestiniens: "C'est une illusion de croire que lorsqu'on ne voit plus les problèmes, ils n'existent pas". Et dans une déclaration aux accents bibliques, il ajoute:"Le problème, ce ne sont pas les moustiques de la terreur mais les marais de la haine. "On pourrait demander à Sharon Stone de lui donner quelques unes des moustiquaires qu'elle destinait hier à la Tanzanie...

Yves Magat, Davos

Publié le 28 janvier 2005 à 23:52

Amis Un autre monde n'est pas possible, Laissons les entreprises décider pour les peuples, Les Droits humains bloquent le commerce... Ces slogans sur des pancartes portées par une cinquantaines de jeunes et moins jeunes habillés en costume-cravate ou en tailleur sont le fait du club des Amis du Forum Economique Mondial.

On l'a compris, ce groupe de joyeux lurons manie la dérision à Davos avec passablement de talent. Leurs discours poussés à l'absurde et la table de débat installée dans la neige aura marqué un petit moment de surprise dans le ronronnement du Forum. Derrière les organisateurs de ce happening, plusieurs mouvements de gauche ou écologistes de Suisse qui ont fait le déplacement.

Lula entre en scène

L'autre moment de plaisir de la journée, c'est l'arrivée du président brésilien Lula. Après avoir échappé au tir de quelques oeufs pourris au Forum social de Porto Alegre, il entre en scène en pleine forme à Davos. Ici on ne lui reproche pas ses lenteurs à chambarder le système inégalitaire brésilien, ni son pragmatisme que certains de ses anciens partisans qualifient de trahison. L'homme est chaleureux et convainquant; c'est un tribun populaire qui recueille le rire et l'approbation de son voisin sur la scène, Bill Gates, l'homme longtemps le plus riche du monde.

Même Sharon Stone est émue aux larmes. Elle décide alors de lancer une collecte pour payer des moustiquaires afin de protéger les Tanzaniens contre la malaria. L'actrice va donner dix mille dollars sous les remerciements gênés du président de Tanzanie, également présent sur la scène. D'autres  stars et des hommes d'affaires se lèvent à leur tour et se lancent dans le jeu-concours de la charité médiatisée à coups de milliers de dollars. Les moustiques tanzaniens n'ont qu'à bien se tenir: une armée de bons sentiments se lève contre eux !

Yves Magat, Davos

Publié le 27 janvier 2005 à 23:58

Clinton Il a pris quelques rides, des poches sous les yeux et un léger tremblement des doigts. Mais Bill Clinton, ex-président de son état, est toujours aussi agréable à écouter. Un peu cabotin et grand acteur, il réussit à Davos comme ailleurs à faire croire à chaque auditeur d'une salle comble qu'il parle pour lui seul.

Comme Tony Blair et Jacques Chirac la veille, l'Afrique occupe une large part de son exposé. Qui aurait pu croire il y a encore un ou deux ans que le continent le plus pauvre de la planète occuperait ainsi le temps de parole des grands de ce monde réunis dans les montagnes grisonnes ? Le président français a mis l'accent sur la lutte contre l'extrême-pauvreté africaine. Le premier ministre britannique a lancé l'idée d'une campagne continentale de distribution de moustiquaires pour lutter contre la malaria. Quant à Bill Clinton, il réclame l'allègement des réglementations sur les médicaments pour faciliter la distribution de génériques aux malades du SIDA.

L'ancien président américain s'est présenté ensuite comme un expert du Moyen-Orient, dissertant longuement sur l'Iran et l'erreur de son pays qui a aidé à renverser en 1953 le premier ministre Mossadegh à la demande du Shah. A près d'un demi-siècle de cette erreur politique et morale, la réflexion est intéressante même si elle est un peu tardive...

Humour, vivacité d'esprit, finesse d'analyse, Bill Clinton sait conquérir son public qui ne ménage pas ses applaudissements. On en vient à oublier qu'un autre président lui a succédé à la Maison-Blanche... avec beaucoup moins de talent !

Remember Bhopal...

Greenpeace Un peu plus tôt, ce sont des militants de Greenpeace qui organisent un de ces happenings comme ils en ont l'habitude. Une cinquantaine de personnes au costume de squelette et masque blanc se couchent sur la route neigeuse qui mène au Forum économique mondial. Ils entendent rappeler que les milliers de victimes de la catastrophe de Bhopal attendent toujours une indemnisation et une décontamination de leur ville polluée en décembre 1984 par une des plus graves catastrophes chimiques de l'histoire. La multinationale Union Carbide qui possédait l'usine a été rachetée par Dow Chemical en 2001. Et celle-ci s'estime déchargée de toute responsabilité à l'égard des victimes. Pourtant Dow Chemical est membre du Forum dont les dirigeants répètent à satiété que les entreprises privées ont le sens des reponsabilités... Comme me dit un journaliste brésilien à l'écoute d'un discours plein de belles promesses: "É uma catarata retórica..."

Yves Magat, Davos

Publié le 26 janvier 2005 à 23:55

Des sapins et des montagnes couverts de neige par moins dix degrés. Ce paysage bucolique paraît plutôt inoffensif pour l'antre de la globalisation. Les Davos Men ont la goutte au nez !

On est bien loin du discours de croissance des années quatre-vingt ou de la bulle spéculative de la décennie suivante. Aujourd'hui le Forum économique mondial se doit d'être socially correct. Changements climatiques, pauvreté, droits humains, armes de destruction massives: avec de tels thèmes de discussions entre les participants, je me demande si je ne suis pas plutôt à Porto Alegre...

A part ça, le rituel qui fait le succès (médiatique et financier) du Forum de Davos reste immuable. Chefs d'état, ministres, hommes d'affaires et journalistes se croisent dans les couloirs surchauffés du Centre des congrès ou des hôtels de Davos. Dans un coin du Cybercafé, Avraham Burg, ancien président de la Knesseth en rupture de politique israélienne consulte un site en hébreu. Il me dit qu'il va écrire un livre sur l'affaire des fonds en déshérence. Un peu plus loin, Gregor Yavlinsky, l'éternel looser de la politique russe lit son journal, confortablement installé dans un fauteuil.

Mais la surprise est venue de France. Jacques Chirac, qui a toujours boudé le Forum autant que François Mitterrand, avait cette fois promis de venir. Finalement, des conditions météorologiques providentiellement mauvaises lui ont épargné l'étape de Davos prévue sur son voyage de Paris à Auschwitz. Il s'en est poliment excusé en s'exprimant par vidéo-conférence sur un écran géant. Un discours engagé socialement, rondement mené: les habitants des pays pauvres "n'attendront pas indéfiniment la concrétisation des promesses du progrès", affirme-t-il. Et Jacques Chirac de plaider pour un investissement massif dans la lutte contre le SIDA ou l'extrême pauvreté. Mais soudain le président français, du haut de son écran, jette un pavé dans la marre glacée helvétique: pour financer une partie de ces projets de lutte contre les inégalités, il ne demande pas moins qu'une taxe sur les capitaux entrants et sortants des pays ou existe le secret bancaire... Murmure dans la salle: il s'est cru lui aussi à Porto Alegre !

Yves Magat - Davos

Publié le 10 janvier 2005 à 14:45

Demo La place d'Al Manara au centre de Ramallah s'est vite remplie d'une foule joyeuse dès la clôture des élections hier soir à 21 heures. Comme prévu les premières indications annoncent la victoire du dauphin de Yasser Arafat, Mahmoud Abbas, surnommé Abou Mazen.

Des photographes et des caméras du monde entiers sont là. Elles entourent une vingtaine de jeunes partisans qui déchargent leur kalachnikov en l'air, probablement des membres des Brigades Al Aqsa, liées au Fatah, le parti du défunt Yasser Arafat et celui du nouveau président. J'aimerais être sûr que les centaines d'autres jeunes qui chantent et dansent pacifiquement dans les rues de Ramallah soient aussi sur les images...

Sonia, elle, ne fait pas la fête. Cette jeune Palestinienne de vingt ans étudie le marketing à l'Université de Bir Zeit près de Ramallah. Elle est contente d'avoir pu voter pour la première fois mais elle n'a pas choisi Mahmoud Abbas. Elle ne veut pas dire ses raisons. Elle espère surtout pouvoir un jour connaître la paix et ne plus avoir à souffrir les humiliants barrages militaires israéliens dressés à travers les territoires palestiniens.

Sonia préfère se souvenir d'un camp de jeunes auquel elle a participé sous l'égide de l'UNESCO. Des Israéliens et des Palestiniens étaient réunis pendant une semaine en Israël. "Très vite, explique-t-elle, les garçons israéliens sont tombés amoureux des filles palestiniennes et vice-versa". Les salles des groupes de travail se sont vidées et les organisateurs partaient à la recherche des participants qui se cachaient derrière les buissons pour s'embrasser... Bref, un échec total... ou bien au contraire le plus grand succès ?... Après tout si l'amour est plus fort que la haine au proche-Orient, qui s'en plaindra ?

Yves Magat, Ramallah, Cisjordanie

Publié le 09 janvier 2005 à 16:41

Poll2 Les rues de Kobar sont désertes ce dimanche matin. A une vingtaine de kilomètres au nord de Ramallah, on dirait un village fantôme. Et tout à coup, à l'entrée de l'école, une petite foule. Il y a même une camionette d'un vendeur de cafés. C'est le local de vote.

Les premiers à venir sont les anciens du village. Une dame en costume traditionnel se déplace péniblement en s'appuyant sur son petit-fils. Un préposé lui explique où s'installer pour cocher le candidat de son choix et déposer le bulletin dans l'urne. A la sortie du bureau elle explique , la voix énergique: " Comme je ne peux pas me battre pour mon pays, je suis venue voter."

Mais les autres électeurs qui arrivent ici ont une rhéthorique moins belliqueuse . La plupart estiment faire leur devoir de citoyen, tout simplement, avec l'espoir timidement avoué que le bon déroulement de ce scrutin amènera enfin un changement.

Seul, près de la mosquée du village, un jeune barbu plutôt loquace affirme ne pas vouloir voter. "Aucun des candidats n'a un programme islamique et de toutes façons, seule la lutte contre les Israéliens amènera un changement" dit-il.

Une attitude de moins en moins partagée par les Palestiniens: ilsn'en peuvent plus, ils sont épuisés. Avec 35% de chômage et des infrastructures sociales, éducatives, sanitaires en lambeaux, ils veulent du changement et un changement qui mette fin à la violence, tant du côté israélien que palestinien.

Depuis la colline de Kobar, on voit la mer à l'horizon, au loin vers Jaffa. De l'autre côté sur une collline, les villas alignées des colons israéliens mais il n'y a pas trop de barrages aux alentours. La vie pourrait presque être normale...

Yves Magat, Kobar, Cisjordanie

Publié le 08 janvier 2005 à 14:17

Jerusalem C'est vendredi, jour de prière dans le quartier arabe de Jérusalem. La foule est aussi dense devant les échoppes de la vieille ville que dans les ruelles qui mènent à la mosquée El Aqsa. Quelques soldats israéliens de garde en profitent pour acheter des épices à un petit marchand. Tout cela paraît harmonieux et pourtant le malaise est là.

"Sommes-nous palestiniens, israéliens ou jordaniens ? Nous sommes comme les bédoins koweitiens, nous n'avons pas de passeport." Azzam Abou Saud, le directeur de la Chambre arabe de commerce et d'industrie de Jérusalem met le doigt sur une particularité des Arabes de cette ville.

Depuis la guerre des six jours en 1967, les Palestiniens de Jérusalem-Est vivent sur un territoire annexé par l'état hébreux sans pour autant avoir reçu la nationalité israélienne. Ils ne s'estiment pas non plus dépendants de l'administration palestinienne qui gère l'essentiel de la Cisjordanie. Aux élections de dimanche, le taux de participation des Arabes de Jérusalem risque donc d'être aussi bas qu'il l'avait été lors du précédent scrutin en 1996. "Pourtant il faut aller voter, affirme Azzam Abou Saud, pour montrer aux Israéliens que nous n'acceptons pas l'annexion". Mais pour qui ?

"Nous voyons qu' Abou Mazen (surnom du favori Mahmoud Abbas)est soutenu par les Israéliens, par les Européens, par les Américains. Qui manque-t-il ? Les Palestiniens !"

C'est cette légitimité et ce rassemblement que Mahmoud Abbas a cherché pendant la campagne électorale qui s'est terminée ce soir. Et pour cela il a ratissé large. Lors de son dernier meeting, dans le faubourg de Bier Nabala, il a à ses côté un pope orthodoxe et il commence son discours en invoquant Allah. Les jours précédent il s'est efforcé de rassurer les Palestiniens fatigués par l'intifada comme les combattants qu'il a promis de protéger.

Mais une fois élu, pourra-t-il continuer à ménager les différentes forces qui divisent la société palestinienne ? Il faut reconnaître que jusqu'à présent la campagne s'est déroulée dans un calme impressionnant. "Nous nedevons pas laisser aux Israéliens le monopole de la démocratie dans cette région du monde", affirme Mahmoud Abbas à Ramallah devant un parterre de journalistes du monde entier. C'est peut-être déjà ça la plus grande réussite du scrutin de dimanche prochain.

Yves Magat, Jérusalem

Publié le 07 janvier 2005 à 11:27

"Mahmoud Abbas est l'homme qu'il faut à la tête des Palestiniens." Cette prédiction messianique formulée il y a plus de dix ans, son auteur, Shlomo Elbaz, ne sera pas là pour la vérifier lorsque selon toute probabilité, le dauphin de Yasser Arafat sera élu à la tête de l'"Autorité palestinienne".

Lorsqu'en arrivant à Jérusalem j'ai voulu joindre Shlomo, sa femme d'origine suisse m'a appris la triste nouvelle. L'éternel optimiste à la crinière blanche s'est éteint il y a plus d'une année, emporté prématurément par la maladie.

Ancien professeur de littérature à l'Université hébraïque, Shlomo a fait partie des pacifistes israéliens de la première heure. Mais pas de ces "peaceniks" parfois coupés de leur peuple. La démarche de Shlomo Elbaz était enracinée dans la connaissance de la communauté juive marocaine dont l'établissement en Israël n'a pas toujours été facile. Il estimait que pour parvenir à la paix avec les Palestiniens, il fallait d'abord obtenir l'intégration sociale et culturelle des immigrés juifs séfarades originaires des pays arabes.

En créant il y a plus de vingt ans le mouvement "L'Orient pour la paix", Shlomo Elbaz pensait que cette catégorie d'Israéliens, une fois devenus des citoyens à part entière, pourrait mieux que les autres bâtir des ponts avec les Arabes. Il voulait aller à contre courant d'une tendance frappante à l'époque qui poussait nombre d'Israéliens originaire du Maghreb à se montrer particulièrement intransigeants avec les Palestiniens. Comme si le fait d'être minorisés dans un état créé par des Juifs ashkénazes originaires d'Europe les poussait à reproduire le même modèle à l'égard de la minorité palestinienne.

Comme tous les prophètes, Shlomo ne fut que modérement compris. Mais les questions qu'il soulevait alors avec un groupe d'amis juifs marocains a forcé l'establishment politique israélien à prendre en compte certaines de ses revendications.

Ce n'est pas très drôle de commencer un carnet de route avec un hommage posthume mais la petite phrase de Shlomo Elbaz sur Mahmoud Abbas que me cite sa femme aujourd'hui montre une fois de plus qu'Israël ne manque pas de visionnaires. Le problème, c'est que dans cette région du monde où les
miracles ont autant nourri l'histoire que les mirages, il ne suffit pas de faire preuve d'audace pour être reconnu.

Yves Magat - Jérusalem

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