Les blogs | Le carnet de route d'Yves Magat

Publié le 09 mai 2007 à 10:57

Chinois Ils sont arrivés ces dix dernières années. Des milliers de Chinois très discrets, dotés en général d'une bonne formation professionnelle et de quelques économies, se sont installés en Afrique.

Beaucoup ont choisi le Ghana car ce pays est maintenant stable politiquement et plutôt prospère comparé à ses voisins. En plus il est anglophone, ce qui permet de communiquer plus facilement grâce aux quelques bribes d'anglais apprises péniblement sur les bancs des écoles de Shanghai ou Beijing.

Gao Zikui, lui, est arrivé de Harbin dans le nord de la Chine. Cet ingénieur en machines a un jour été tenté par l'aventure africaine que lui décrivait un ami déjà installé au Ghana. Sept ans plus tard, son anglais ne s'est guère amélioré mais la petite menuiserie qu'il a ouverte dans la zone industrielle de Tema, le principal port du Ghana, tourne tranquillement. Avec deux ou trois ouvriers ghanéens, il produit de façon très artisanale entre trente et cinquante belles portes par mois. Business in Ghana up,up,up ! explique t-il avec des gestes clairs.

Un des ses ouvriers, du nom de Romeo, est étudiant à l'université d'Accra. Il travaille ici un ou deux ans pour se payer un an d'études, puis revient travailler pour pouvoir continuer sa formation plus tard. Les patrons chinois sont exigeants, dit-il, tant qu'une commande n'est pas finie, on continue le travail mais c'est ainsi qu'on apprend à travailler et puis les Chinois créent des emplois.

Le fils du patron, Gao Ming, a vingt-sept ans. Ce jeune Chinois ouvert et très sympathique étudie le commerce à l'Université d'Accra. Il donne un coup de main à la menuiserie paternelle et aide son oncle qui a une petite société d'importation de chaussures chinoises dans le grand marché central. Dans quelques années je rentrerai en Chine, dit-il, mais pour l'instant je suis bien ici: il y a moins de contraintes et de contrôles qu'en Chine, c'est la liberté !

Certains Africains voient avec méfiance l'arrivée des hommes d'affaires chinois sur leur continent. Ils craignent une sorte de nouveau colonialisme, alors que le Ghana célèbre justement cette année ses cinquante ans d'indépendance, le premier pays d'Afrique subsaharienne à avoir fait le pas. D'autres déplorent que les investisseurs chinois ne se soucient jamais de droits de l'homme, de liberté de la presse ou de règles syndicales. Mais tous constatent que les Chinois investissent enfin massivement sur ce continent que les Européens et les Américains se contentent en général de regarder avec condescendance ou désespoir.

Tema, Ghana

Publié le 11 février 2007 à 17:25

Interview de Mgr António Marto, Evêque de Leiria-Fátima
eveque

Interview de Ana Vicente du Mouvement catholique « Nous sommes l’Eglise »
vicente

Publié le 09 février 2007 à 09:24

Accédez à la page de tsr.ch consacrée au référendum sur l'avortement au Portugal.

videoNotre reportage

Gois Manuela Gois avait 20 ans lors de son premier avortement. C'était encore à l'époque de la dictature, juste avant la Révolution des oeillets du 25 avril 1974. J'étais terrorisée, dit-elle, j'avais peur d'être arrêtée et torturée par la police.

Son compagnon était impliqué dans la lutte pour l'indépendance de l'Angola, le Portugal était en ébullition, ce n'était pas le moment d'avoir un bébé. Le lieu de l'avortement était un appartement insalubre de la périphérie de Lisbonne. On m'avait attaché les poignets et endormi avec un masque d'éther, rappelle-t-elle. A cette époque au Portugal, explique Manuela Gois, la femme était propriété de l'homme, de la famille et de l'Eglise.

Manuela a eu depuis deux autres avortements clandestins. Le dernier, en 1998, s'est passé dans une clinique de Lisbonne. Les conditions d'hygiène étaient excellentes, dit-elle. Aujourd'hui ce n'est plus un problème pour une femme de la classe moyenne de trouver où avorter. Par contre en cas de dénonciation, le procès qui s'en suit reste une humiliation très pénible. Même si dans la pratique, aucune femme ne se retrouve en prison pour avoir avorté, elle doit étaler sa vie privée devant les juges et le public. Et de toutes façons, estime Manuela, le droit de décider de sa maternité fait partie des droits humains.

Cascais, Portugal

Publié le 06 février 2007 à 12:24

videoNotre reportage

Anaia Il émerge comme une bombe de sa Smart noire quatre places et saute quasiment à notre rencontre. A grands coups d'abraços il salue tout le  monde. C'est Claudio Anaia, LE socialiste portugais opposé à la libéralisation de l'avortement. A peine le temps de décider où aller, il nous promène en moins d'une heure dans la pâtisserie la plus populaire de sa ville de Barreiro, devant le siège du parti communiste -"un lieu historique"- puis dans les ruines industrielles qui s'étendent au bord de la rive sud du Tage, en face de Lisbonne.

L'homme est incollable:"En tant que socialiste, je me dois de défendre le plus faible, c'est-à-dire le foetus dans le ventre de sa mère." " Aujourd'hui les moyens de contraception sont efficaces: les préservatifs ont un taux d'échec de deux pourcents seulement", etc. Qu'on soit d'accord avec lui ou non, on ne peut nier à Claudio Anaia une énergie et une force charismatique peu communes.

Sa ville de Barreiro était un bastion de la résistance à la dictature avant la révolution des oeillets. Elle est restée une ville de gauche. Même si les positions sur l'avortement ne suivent pas forcément les frontières idéologiques, ici lors du référendum de 1998, on a voté à 80 %  pour la libéralisation de l'interruption de grossesse. La tâche de Claudio Anaia n'est donc pas facile. D'autant plus que dans son parti, on le considère un peu comme l'alibi des anti-avortement qui veulent prouver que leur position n'est pas seulement celle de la droite ou de l'Eglise catholique.

Mais qu'est-ce qui le pousse réellement à s'opposer avec tant de fougue à l'avortement?  Au cours de la discussion il nous explique son enfance difficile: "Je suis né de père inconnu, ma mère vivait dans la pauvreté, j'ai été recueilli par un oncle. Tout se prêtait à ce que ma mère avorte. Si elle l'avait fait, je ne serais pas Claudio Anaia, avec ma vie, mon travail, mon engagement politique. Mais attention , s'empresse-t-il d'ajouter, ce n'est pas pour ça que je suis contre l'avortement, c'est avant tout parce que je suis pour la défense de la vie !"

Son explication à peine terminée il s'engouffre dans sa Smart pour nous montrer la gare de Barreiro, "un ancien noeud ferroviaire qui connectait tout le pays, jusqu'à l'Algarve". Et c'est déjà l'heure d'organiser une "marche pour la vie" dans la grande ville voisine de Setúbal. Il est en tête d'un cortège de trois mille personnes, micro en main. Le combat de Claudio Anaia ne fait que commencer. Si son argumentation est discutable, sa sincérité ne peut en tout cas pas être mise en doute.

Barreiro, Portugal

Publié le 05 février 2007 à 13:21

videoNotre reportage

Foyer_1 Pour entrer dans le centre d'accueil de l'ADAV à Coimbra au Portugal, il faut d'abord passer par un kiosque de journaux. On monte ensuite un escalier grinçant et raide avant de parvenir à une minuscule salle d'attente sans fenêtre installée sur le pallier du deuxième étage.

Cette Association de défense et de soutien à la vie (ADAV) est née au lendemain du premier référendum sur l'avortement qui s'est tenu en 1998. A la surprise générale, la libéralisation de l'interruption de grossesse avait été rejetée par une courte majorité des électeurs. Un certain nombre d'adversaires de l'avortement ont alors voulu joindre le geste à la parole. Ils ont estimé à juste titre que leur responsabilité était engagée puisqu'ils avaient été à l'origine du refus de la libéralisation; ils se devaient donc de fournir une aide concrète aux jeunes mères en difficulté. Depuis, le centre ne désemplit pas.

En raison des carences du système social portugais, une centaine de jeunes femmes viennent ici chaque mois. Elles reçoivent des aliments pour bébés ou des vêtements. Comme Patricia: à dix-neuf ans, elle a déjà deux enfants et pas de travail. Elle affirme ne pas avoir voulu avorter, pourtant elle est en faveur de la libéralisation de l'avortement lors du référendum de dimanche prochain: "Lorsqu'un enfant n'est pas désiré, dit-elle, il est trop malheureux." Une autre mère arrive ensuite. Elle vient chercher du lait en poudre pour son cinquième enfant: "Chaque bébé est un don de Dieu", affirme-t-elle. Pour elle un avortement aurait été hors de question.

Cette aide aux jeunes mamans est précieuse mais elle a peu d'influence sur la situation de l'avortement au Portugal. On estime que plus de 18.000 femmes avortent clandestinement chaque année au Portugal et environ 4.000 se rendent en Espagne pour avorter.

Coimbra, Portugal

Publié le 07 novembre 2006 à 12:29

videoNotre reportage

Ecole_1 Les élèves du cours de danse se succèdent dans les locaux du centre communautaire juif de Vilnius en Lituanie. Des enfants de 4 ans aux adultes, tous font revivre la tradition musicale et chorégraphique du Yiddishland, ce monde brutalement anéanti par les Allemands et leurs comparses locaux entre 1941 et 1945.

Le nom du groupe de ballet, Fejerlech, signifie la petite flamme en yiddish. Une flamme de vie qui ne s'est jamais éteinte même au plus profond de la tragédie de la Shoa. Ainsi lorsque les nazis enferment et asphyxient la population juive dans un ghetto mortel, des spectacles sont à l'affiche, des journaux sont publiés et les bibliothèques sont remplies de lecteurs. Mais le dénouement atteint le fond de l’horreur avec la liquidation du ghetto. 80.000 Juifs sont emmenés et massacrés dans les forêts de Ponari. Des enfants sont vidés vivants de leur sang pour le transfuser sur des soldats allemands blessés sur le front.

Avec le retour de l'indépendance en 1990 les Juifs lituaniens se libèrent comme leurs autres compatriotes du carcan répressif soviétique. Les activités culturelles peuvent à nouveau se développer. Une école publique juive est même créée avec des fond de l'Etat et de l'aide extérieure. Nous avons 255 élèves dans cette école, environ 50 enfants dans la garderie, nous avons un camp de vacances pour 600 enfants, un séminaire sur le judaïsme pour 800 participants. Simon Gurievichius, le directeur de la Communauté juive est intarissable. Tous les enfants de l’école le connaissent et lui sautent au cou dès qu’il apparaît.

On est loin toutefois de la production culturelle d'avant guerre, lorsque 250.000 Juifs vivaient en Lituanie et dans la région de Vilnius alors sous souveraineté polonaise. Aujourd’hui guère plus de 4.000 Juifs sont recensés dont un millier seulement est d’origine lituanienne. Les autres sont venus pendant l’époque soviétique et se sont enracinés ici.

La Jérusalem de Lituanie, comme l’aurait surnommée Napoléon, les débats théologiques entre tenants du hassidisme et partisans du Gaon de Vilna, les revendications socialistes des militants du Bund, les journaux juifs, les théâtres et les 110 synagogues : c’est l’histoire ancienne d’un monde disparu. Heureusement quelques ponts relient le passé à la jeune génération lituanienne, juive et non juive. Comme le dit Fanya Brancovskaya, ancienne résistante de l’organisation juive de combat pendant la guerre, je suis très attachée à cette ville; je l'aime beaucoup. Et je m'efforce d'y faire sentir encore l'esprit des Juifs de Vilnius.

Vilnius, Lituanie.

Publié le 06 novembre 2006 à 16:16

Ferme

videoNotre reportage

Stanislava Jasineviciene est une femme énergique. Ingénieure agronome, elle a été cadre dans un kolkhoze à l’époque soviétique. Mais ces temps sont bien révolus. Aujourd’hui elle a pu récupérer des terres d’une surface équivalente à celle que possédait sa famille. Et surtout sa ferme fait partie de celles qui ont été choisies comme modèle pour bénéficier des fonds d’ajustement de l’Union européenne.

Grâce à une somme coquète de 350.000 € sa ferme située près de la frontière lettone a atteint en quelques années les standards européens de production laitière. Maintenant 170 vaches broutent paisiblement en stabulation libre à l’extérieur d’une grande étable moderne. Le vétérinaire est justement là pour procéder à l’insémination artificielle. A 17 heures précises la traite mécanisée commence. Stanislava Jasineviciene suit sur son ordinateur les performances de ses bêtes : une moyenne honorable de 12 litres par animal.

Au delà de cet exemple qui devrait se répéter, c’est tout un système de production et une mentalité qui ont changé dans les campagnes des anciens pays communistes. La plupart des employés des fermes collectives sont partis vers les villes ou à l’étranger. Ceux qui sont restés sont les plus solides : ils avaient la volonté et les moyens de se lancer dans une production de type capitaliste. Car pour bénéficier de l’aide européenne, il fallait avoir les reins solides. Le dossier de candidature a pris plusieurs mois et il ne fallait surtout pas croire ceux qui à l’indépendance de la Lituanie en 1990 pensaient qu’une transition serait facile : Si on avait cru ces gens qui nous disaient qu'avec trente vaches on pouvait s'en sortir, on en serait toujours à ramasser le fumier à la fourche, à le transporter sur une brouette dans les champs, à ramener sur la même brouette la nourriture pour le bétail et à traire les vaches à la main."

Stanislava Jasineviciene a le sourire de la réussite ! Un bon exemple à suivre pour l’aide que la Suisse apportera aux nouveaux pays de l’Union européenne… si le fameux milliard de francs est accepté en votation populaire le 26 novembre.

Rokiskis, Lituanie

Publié le 03 novembre 2006 à 17:06

Du 7 au 8 novembre le Président de la République de Lituanie Valdas Adamkus effectue une visite en Suisse. C'est la première fois dans l'histoire des relations entre les deux pays qu'un tel voyage a lieu. Cette visite est d'autant plus significative que la Lituanie sera un des pays bénéficiaires de la participation suisse aux fonds d'ajustement européens... si elle est acceptée en votation populaire le 26 novembre. A cette occasion le journal de la TSR diffuse plusieurs reportages de ses envoyés spéciaux dans ce pays balte.

Le Président de la Lituanie nous reçoit dans son palais présidentiel de Vilnius où l'Histoire veut que Napoléon ait dormi lors de la campagne de Russie. A vrai dire Valdas Adamkus a vécu plus longtemps aux Etats-Unis que dans son pays d'origine. Il a même été haut fonctionnaire sous l'administration Reagan au sein de l'Agence de protection de l'environnement.

Ce passé d'Américain lui a donné sa force et sa faiblesse, une fois de retour en Lituanie en 1998. Ses compatriotes espèrent d'abord d'abord qu'il amène un peu de ce qui était vu comme le remède capitaliste après 50 ans d'occupation soviétique et quelques années chaotiques d'indépendance. D'autres lui reprochent vite une méconnaissance du pays réel. C'est ainsi que Valdas Adamkus fait des aller et retour au pouvoir dans un climat politique instable auprès d'un électorat qui s'intéresse plus au développement économique du pays qu'aux luttes politiques.

Souriant et posé, il nous rappelle les avantages de l'entrée de son pays dans l'Union européenne en 2004: Cela nous a amené une liberté de mouvements à l'intérieur des pays européens, après avoir été en quelque sorte isolés du reste du monde pendant tant d'années. Et sur le plan économique, le marché s'est ouvert. Nous avons tout à coup un accès direct à 450 millions de consommateurs.

A la veille de la première visite officielle d'un Président de Lituanie en Suisse (7-8 novembre), il commente la votation du 26 novembre sur le milliard de francs d'aide aux nouveaux pays de l'Union européenne: Cet argent sera très utile pour la recherche et le développement de structures non gouvernementales qui ne sont pas du tout financées par l'Union européenne et qui seraient très difficiles à imputer sur le budget national. L'effet global sur la Lituanie sera positif pour renforcer l'image du pays et sa force de cohésion. Une réponse polie peut-être car la Lituanie ne touchera que 71 millions de francs si le projet est accepté en votations. Le gros de la somme, près de la moitié du milliard ira au grand voisin polonais.

Vilnius, Lituanie

Publié le 05 septembre 2006 à 17:19

Eleveur Tous les indicateurs climatiques et hydrologiques espagnols sont dans les chiffres rouges. Le réseau des lacs de retenue qui couvrent le territoire n'auraient jamais contenu aussi peu d'eau depuis 125 ans. Dans le sud de l'Estrémadure, comme dans la plupart du pays, les agriculteurs et les éleveurs s'inquiètent. S'il ne pleut pas d'ici octobre, le lac de retenue ne se remplira pas et ça deviendra problématique. L'eau, c'est la vie et sans eau, il n'y a pas de vie !, nous dit Joaquín Cubero, directeur de la coopérative d'élevage de porcs San Marcos, dans le village de Calera de León.

Mais comme il le reconnaît lui-même, il y a régulièrement des sécheresses de ce genre en Espagne. La différence c'est que dans les années soixante il y avait deux mille porcs dans tout le village alors que maintenant j'en ai moi-même autant.Le fameux jambon Pata Negra produit par le porc ibérique élevé en semi-liberté ici est très recherché. A trente euros le kilo au consommateur final, c'est une affaire très rentable et les exploitations sont en pleine expansion.

Les éleveurs réclament la création d'un second lac de retenue à proximité. Mais cette fuite en avant ne peut pas être sans limite. Comme l'exprime Gonzalo Rodriguez, le patron de l'hôtel Sierra de Tentudía, le seul du village, l'eau de pluie est limitée. Si nous voulons continuer d'améliorer notre niveau de vie, nous devrons modifier notre manière d'utiliser nos ressources. Il ajoute tristement qu'à cause de la sécheresse et la fermeture de la piscine du village, son chiffre d'affaires a baissé de moitié.

Le maire, José Antonio Méndez, membre du parti conservateur, le Parti populaire, regrette l'abandon du gigantesque Programe hydrologique national par l'actuel gouvernement. Ce projet devait transférer vers le sud du pays une partie des ressources en eau du nord. Mais les écologistes espagnols ont persuadé les socialistes qu'il s'agissait d'un projet pharaonique aux conséquences imprévisibles sur l'environnement.

Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, le maire a ordonné des forages dans le centre même du village pour obtenir un peu plus d'eau. Quant à l'éleveur Joaquín Cubero, il a perfectionné les abreuvoirs de ses porcs pour éviter le gaspillage. Car même pour du jambon sec, il faut beaucoup d'eau !

Calera de León, Espagne

Publié le 30 août 2006 à 22:20

Pompiers

Il est 13 heures à Pampilhosa da Serra, à l'est de Coimbra au Portugal. De  sa tour d'observation des incendies, le garde scrute avec ses vieilles jumelles les collines qui s'étendent à perte de vue. En cette fin d’été, le soleil est encore de plomb et un léger vent fait tourner les éoliennes au loin sur les sommets. Les conditions sont idéales pour la propagation du feu. C'est de la folie, il y en a tous les jours, parfois plus de cinq cents , nous dit le garde.

Un petit avion vole lentement dans le ciel bleu en direction de Castelo Branco au sud-est. Une heure plus tard, les premières fumées apparaissent dans la même direction vers Valbom. Et c'est rapidement le scénario devenu classique au Portugal: les Canadair larguent leur paquet d'eau et des hélicoptères d'extinction participent au ballet aérien. Au sol, c'est le branle-bas de combat de dizaines de pompiers (et pompières) avec leurs camions et leurs véhicules de commande. Le feu de pinèdes finit par être sous contrôle au bout de trois ou quatre heures d'efforts et de risques pris par les pompiers.

Alors une fois de plus se pose la question: qui joue avec le feu ? Les rumeurs les plus folles circulent depuis l'an passé. De petits avions, comme celui que nous avons vu, largueraient des bombes incendiaires à retardement, des ouvriers licenciés se vengeraient de leur patron, des sociétés multinationales de cellulose brûleraient des forêts de pin pour replanter de l'eucalyptus qui est plus profitable, sans oublier le fantasme du pompier pyromane...

Mais Domingos Patacho, de l'asociation écologiste Quercus est formel: 90 % de  ces incendies proviennent de la négligence et du manque d'information de la population. Mégots de cigarettes, feux d'artifices, barbecues non surveillés, etc. seraient selon lui les principales causes des feux de forêt.

Cela s'ajoute à l'état désastreux de nombreuses forêts portugaises. 92% d'entre elles appartiennent à des privés qui souvent ne s'en occupent plus. Les propriétaires sont partis travailler à l'étranger, parfois ils sont décédés et leurs héritiers ignorent même qu'ils possèdent des terres au pays. Comme les registres fonciers sont dans le même état que les forêts, il est souvent impossible aux autorités locales de prendre les choses elles-mêmes en mains.

A Pampilhosa da Serra, une commune dont les deux tiers ont brûlé l'an dernier, le maire, Hermano Nunes de Almeida, se sent désarmé : Cela va renforcer l'émigration alors que nous faisons justement tout pour maintenir les populations en place, dit-il. Et ce vétéran de la politique locale portugaise se plaint du manque de soutien des autorités nationales pour lui venir en aide. Mais il est vrai qu’il est du parti conservateur (PSD) et le premier ministre est socialiste (PS). Au Portugal, même les incendies font de la politique...

Pampilhosa da Serra, Portugal

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