Les blogs | Le carnet de route d'Yves Magat

Publié le 05 octobre 2007 à 14:36 dans Inde 2007

Bangalore, Inde

Depuis quatre ans une jeune Bâloise, Mélanie Martinelli, s'est installée à Bangalore au sud de l'Inde. Dans cette ville qui est un des centres des nouvelles technologies du pays, elle a crée une société de communication interculturelle: Let's Bridge IT. Elle organise des séminaires pour des hommes et femmes d'affaires indiens qui veulent mieux comprendre leurs partenaires occidentaux ainsi que pour les Européens ou Américains qui ont parfois de la peine à avoir de bons contacts avec leurs clients indiens. Lorsque le business va à la rencontre des cultures...

 



Publié le 30 septembre 2007 à 05:40 dans Inde 2007

Bike Un générateur électrique à pédale, des ampoules consommant moins de un watt à l’heure fabriquées par des adolescents en difficulté, des panneaux solaires bricolés avec des bouts de ferraille. Ce sont quelques une des trouvailles mises au point dans l’ashram Vigyan, en pleine campagne, à 70 km de Pune. Ses locaux ressemblent au laboratoire du professeur Tournesol mais son département d’électronique, le Fablab, est même financé par le prestigieux MIT américain.

Dans tous les recoins de ses baraques au toit de tôle, de jeunes ingénieurs planchent sur leur ordinateur. Ils sont en interaction permanente avec des paysans de la région afin de leur fournir les objets dont ils ont réellement besoin. « C’est un échange dans les deux sens, nous explique le responsable Recherche & Développement Parag Mulay, des villageois viennent nous suggérer des idées et nous leur en proposons d’autres. »

Les paysans indiens vivent souvent dans la pauvreté. Ils sont criblés de dettes par des structures agraires féodales : ils ne sont donc pas un marché intéressant. Et pourtant ils ont besoin d’équipement : électricité, véhicules, outils, etc. Ainsi un petit tracteur a été monté avec un moteur de pompe à eau. Son prix de revient est dérisoire, moins de 3000 francs. Pour Laxaman Gadgav, un petit paysan qui collabore à l’ashram, c’est le rêve : « Ça me coûte moins cher que de nourrir deux bœufs de trait, je peux utiliser le moteur comme pompe à eau et s’il y a un problème, je sais le réparer moi-même. »

Dans une Inde qui mise à fond sur le développement de la haute technologie, les recherches des jeunes scientifiques de l’ashram Vigyan semblent à contre-courant. Leurs inventions ne vont pas résoudre les problème de l’agriculture indienne, mais elles sont une preuve de l’ingéniosité qui bouillonne partout dans ce pays aujourd’hui.

Pabal, Inde

Publié le 27 septembre 2007 à 20:54 dans Inde 2007

Magarpatta C’est la cité idéale de Platon ou des philosophes français du XIXè siècle mais en version indienne d’aujourd’hui. Magarpatta, dans la banlieue de Pune en Inde, est un monde à part. Son architecture, sa philosophie et ses réalisations sont uniques, non seulement sur le plan régional mais aussi au niveau international. Cette ville concentre tout les espoirs de l’Inde d’aujourd’hui: industries high tech, classe moyenne, éducation, santé, environnement. Comment ses promoteurs y sont parvenus en quelques années reste pourtant un mystère, malgré toutes les explications qu’ils se font un plaisir de nous donner.

Lorsque Satish Magar, descendant d’une famille d’agriculteurs plutôt aisés, décide de tourner la page en 1993, la ville de Pune est en expansion constante et l’Etat semble tenté d’acquérir une vaste zone de terres agricoles pour une urbanisation rapide. Satish Magar nous explique que le scénario qui se profilait à l’horizon ne le séduisait guère. Ses nombreux frères et cousins, de loin pas aussi aisés que lui, auraient été forcés de vendre leur lopin de terre et de se retrouver à court terme dans la pauvreté qui touche tellement de paysans indiens. Il se lance alors dans un projet visionnaire : chaque paysan met sa terre en commun, une société anonyme est créee et un gigantesque projet d’urbanisme verra le jour.

Il faudra sept ans de patience pour obtenir un premier prêt de l’organisme indien du logement : moins de 400.000 dollars qui sont immédiatement investis en mai 2000 pour la construction des premiers logements. A Pune où le boom technologique indien se fait sentir autant qu’à Bangalore, les acquéreurs se pressent au portillon. Les premiers bénéfices sont réinvestis et c’est la suite d’une saga incroyable. Des immeubles futuristes construits en anneau pour les industries informatiques, des logements de toutes sortes pour les habitants, des écoles modèles pour les enfants, des parcs, centres sportifs, etc. L’accent est mis sur le développement durable, la protection de l’environnement et l’énergie solaire. Et tout ici est accessible à pied en quelques minutes de marche à travers des jardins entretenus comme des terrains de golf. On est loin des grandes artères anonymes de Brasilia ou des Sun Cities d’Arizona.

Actuellement quinze mille personnes vivent à Magarpatta et ses entreprises emploient quarante mille cols blancs dans une atmosphère permanente de campus californien. Les cent vingt familles du clan Magar sont toutes passées de l’agriculture au grand business immobilier. Elles calculent leurs revenus, tranquillement installées dans des villas sorties directement des séries télévisées de Bollywood. Tout cela semble un rêve qui a pourtant l’air de fonctionner, à moins qu’une brique de l’édifice ne manque à la compréhension des visiteurs ébahis…

Magarpatta, Inde

Publié le 25 septembre 2007 à 20:57 dans Inde 2007

Ganesh C’est Ganpuri à Bombay cette semaine. Le dieu Ganesh l’éléphant, fils de Shiva aux nombreux bras, est célébré dans toute la ville et surtout dans les quartiers les plus pauvres.

Ganesh doit apporter la prospérité. On lui fait des offrandes de fleurs, on chante et on s’amuse avant de jeter ses effigies d’argile peinte dans la mer en présence d’une foule de plusieurs millions de personnes. Mais Ganesh n’est pas très pressé. La prospérité se fait toujours attendre pour 46 % de la population de la ville, près de cinq millions de personnes qui vivent dans des conditions infra humaines.

Dans les bidonvilles de Bombay, comme celui de Garib Nagar, construit au milieu des voies ferrées de la gare de Bandra East, pauvreté ne signifie pas oisiveté. La vie grouille et la globalisation se fait sentir. Dans un petit atelier au rez-de-chaussée d’une maison branlante de trois étages, quatre ouvriers fabriquent des portefeuilles en cuir : une commande venue d’Australie. L’Inde change jusque dans les bidonvilles. Plus d’argent circule et il y a plus de possibilités d’emploi. « Mais ça ne veux pas dire que cet argent arrive jusqu’aux familles, constate amèrement le Dr. Ramesh Potdar du Centre pour l’Etude des changements sociaux (CSSC). Ce médecin bénévole connaît les bidonvilles de Bombay depuis de nombreuses années. Il déplore que trop souvent l’augmentation du revenu de certains habitants pauvres soit utilisée pour des dépenses de statut social et non pour l’éducation où la santé des enfants : on achète des boissons gazeuses ou un téléphone portable mas pas des cahiers d’école. «C’est pour cela que les consultations de notre réseau de cliniques ne sont pas gratuites. Les patients doivent payer une toute petite somme pour comprendre qu’ils ont une responsabilité. » Avec l’aide de la Fondation internationale pour la population et le développement (IFPD) basée à Lausanne, son réseau essentiellement féminin gère une vingtaine de postes de santé au milieu des bidonvilles. « La santé est la base du changement social, dit-il, et les femmes en sont les agents fondamentaux car elles sont plus ouvertes que les hommes au progrès.»

Ici des biscuits farcis à la spiruline, une algue hautement nutritive, sont distribués à des enfants sous-alimentés. Le procédé a été mis au point par une autre organisation suisse, basée Genève, Antenna Technologies. Ailleurs, un programme permet d’alimenter des jeunes femmes (dès 15 ans…) qui s’apprêtent à devenir mère. « Il faut agir à la base, explique le Dr Potdar. Trop souvent les élites décident pour les autres sans avoir l’expérience de la vie quotidienne des populations pauvres. »

L’Inde change, pas seulement dans les processeurs de ses ordinateurs mais aussi dans les ruelles encore sordides de ses bidonvilles. Le problème c’est que l’écart se creuse toujours plus entre les nouvelles classes ascendantes et ceux qui péniblement tentent d’améliorer leur quotidien.

Bombay, Inde

Publié le 25 septembre 2007 à 20:49 dans Inde 2007

Mediasnordsud07 Du 2 au 6 octobre se déroulera au BFM le Festival International Médias Nord Sud. En écho à cette 23è édition dont la TSR est partenaire, plusieurs émissions proposeront des sujets sur la thématique «L'Inde, future puissance mondiale»: ACTU, Passe-moi les Jumelles, Temps Présent ou encore Histoire vivante. A écouter en direct: des débats sur www.tsr.ch! A voir: un dossier sur tsrdecouverte.ch

Publié le 30 juillet 2007 à 23:27

Tous les matins de 6 à 8, sur les ondes de Radio Progreso, c'est l'émission Zona informativa. Cette radio qui émet depuis la petite ville de El Progreso est un des très rares médias qui ne soient pas contrôlés par l'une des familles dominant la politique, l'économie et l'information au Honduras.

Radio Progreso a fêté allègrement ses cinquante ans l'an dernier. Depuis quelques années, avec l'aide du groupe de Jésuites ERIC, elle est devenue une véritable voix d'opposition dans ce pays où la politique se résume à une alternance sans surprise entre les partis rouge et bleu. Cette radio bénéficie d'un réseau efficace de correspondants bénévoles dans une trentaine de villes et villages. Tous les jours ils envoient à la rédaction des informations et des interviews enregistrées sur un antique magnétophone à cassette placé simplement devant un téléphone portable. La qualité du son est loin d'être parfaite mais l'information passe.

Ici telle municipalité a repoussé la construction tant promise d'une route, là c'est le licenciement de plusieurs dizaines d'ouvrières d'une usine de montage (maquila) simplement parce qu'elles ont voulu se syndiquer. Radio Progreso tend son micro à ceux qui dans les villages veulent dénoncer la misère et les abus dont ils sont victimes. Nous sommes un pont, une scène qui permet aux gens de s'exprimer et de pousser les autorités à écouter le cri de la population, explique la directrice de la radio Alicia Reyes, elle-même d'origine très humble.

Chaque jour un éditorial au vitriol  présente la position officielle de la radio sur telle ou telle question: conditions de travail, système politique de clientélisme, émigration, rentrée universitaire, etc. Il est lu, et parfois rédigé, par une animatrice au verbe haut, Maria Elena Cubillo: C'est difficile de concurrencer le bombardement des radios commerciales car elles profitent du bas niveau d'instruction des jeunes pour les influencer par des images culturelles étrangères très éloignées de notre réalité quotidienne.

Malgré les difficultés, Radio Progreso tient le coup par sa place unique dans le paysage médiatique hondurien. Pour l'instant la plupart des patrons de grandes entreprises et des politiciens la boycottent et refusent ses interviews mais il est fort possible que bientôt cette chaîne pas comme les autres soit un passage obligé qu'ils ne pourront plus éviter.

El Progreso, Honduras

Publié le 26 juillet 2007 à 11:51

Radio Coco Dulce: le nom de la  radio de Triunfo de la Cruz, sur la côte caraïbe du Honduras, est déjà un poème en soi.  Le studio est une barraque en bois surchauffée où entrent et sortent continuellement des enfants qui viennent "dire bonjour à leur maman par la radio"...

Le nom de la station en langue garifuna est Faluma Bimetu, car cette minuscule radio communautaire est animée par une poignée de militants d'une minorité noire des Caraïbes. Les Garifunas descendent d'esclaves marrons qui ont par la suite combattu aux côtés des Français contre les Anglais pour le contrôle de la Mer des Caraïbes. Mal leur en a pris car ils   ont finalment été déportés par les Anglais  sur les îles et les côtes du Honduras avant de se déplacer dans différents pays de la région.

Aujourd'hui la vie des Garifunas dans ce qui pourrait être un petit paradis de plages bordées de cocotiers est menacée. A l'image de l'île de Roatan, des investisseurs honduriens et espagnols veulent transformer la région en une zone de tourisme et de résidences secondaires haut de gamme. A coups de millions de dollars, ils achètent les terres communautaires des Garifunas. Et quand ce n'est pas suffisant, corruption et menaces font le reste.

Alfredo Lopez, le Directeur de la Radio Coco Dulce, en sait quelque chose. Comme il s'opposait aux premiers projets immobiliers, il fut accusé sans preuve de trafic de drogue en 1997. Il passe alors six ans en prison jusqu'à ce que  la Commission interaméricaine des Droits de l'Homme parvienne à le faire libérer. D'autres militants sont purement et simplement assassinés.

"La fin de la propriété collective de la terre signifierait la fin de l'identité des Garifunas", estime Alfredo Lopez. Certains villages de la région comme Tornabé ont déjà baissé les bras. Les travaux vont commencer et les villageois vont être déplacés. Car ces projets séduisent beaucoup de monde. Même à Triunfo de la Cruz, tous les villageois ne partagent pas les idées de la Radio Coco Dulce. "Son directeur, c'est comme Fidel Castro, nous dit un des habitants". Et un autre d'ajouter:"Ces projets permettront d'améliorer la vie du village".

C'est finalement le même dilemme qui se pose à toute région potentiellement touristique, que ce soit le Valais, la côte espagnole ou les Caraïbes. Avec cette différence qu'ici le gigantisme des investissements et l'absence de scrupule des promoteurs empêcherait la plupart des habitants de bénéficier des retombées de la manne touristique. "Le peuple garifuna a toujours rejeté l'esclavage. Nos ancêtres veillent sur nous et leur aide spirituelle est importante", explique Alfredo Lopez. Le projet touristique de Triunfo de la Cruz est pour l'instant bloqué mais il y a fort à parier que le culte des ancêtres, si important chez les Garifunas, ne soit pas suffisant pour éloigner les convoitises.

Triunfo de la Cruz, Honduras

Publié le 09 juillet 2007 à 20:47

Olivos Le lieu s'appelle ironiquement le "Mont des Oliviers", à la sortie de la ville d'El Progreso au nord du Honduras. On me présente un bébé né ici même dans la misère la plus totale il y a dix jours. Une petite fille qui fait pourtant la joie de sa maman et qui n'a pas encore reçu de prénom.

Ce bidonville est constitué d'une cinquantaine de barraques de tôles, de planches et de bouts de cartons. Ses habitants ont été évacués brutalement par la police qui a détruit il y a six mois les maisons en bois où ils vivaient depuis plusieurs années. Au Honduras, il suffit d'une poignée de dollars et de quelques tueurs à gage pour créer des titres de propriété et déloger des paysans démunis. Ils se sont donc réinstallés au "Mont des Oliviers", à côté de la décharge municipale, en attendant les vagues promesses du maire qui ne se concrétiseront jamais.

Autre ironie, des drapeaux américains servent de portes à plusieurs barraques. Les habitants en ont même dressé un sur un mat dominant le bidonville. Ils ont été offerts par une ONG américaine venue délivrer un peu de charité facile. Pour ces habitants comme pour les 500 Honduriens qui chaque jours partent en direction des Etats-Unis, la seule issue semble être le rêve américain.

Ce mouvement a complètement transformé la société. "Beaucoup de paysans perdent toute motivation pour cultiver leur terre qu'ils préfèrent vendre afin de payer le "coyote" (le passeur) qui les amènera aux Etats-Unis", explique le père jésuite Ismael Moreno. Le centre de l'ERIC (Equipe de réflexion, de recherche et de communication) qu'il dirige s'efforce de conscientiser les habitants des villages de la région afin qu'ils trouvent d'autres alternatives à l'émigration.

Le comble est que le gouvernement du président Manuel Zelaya s'enorgueillit des "remesas". Le Honduras est gangréné par la corruption, le clientèlisme et la domination de quelques familles toutes puissantes. La sueur des émigrés l'empêche seulement de sombrer: pas de quoi en être fier !


El Progreso, Honduras

Publié le 15 mai 2007 à 09:28

videoNotre reportage

video Le Ghana comme modèle pour l'Afrique: commentaire

Nana Nana Attu Premier arrive en grande pompe, revêtu d'un riche tisu de Kente et accompagné de son porte-parole tenant un sceptre doré à la feuille. Un superbe parasol décoré est porté par un proche du roi pour abriter son auguste personne des rayons du soleil. Dans le civil, Nana Atu Premier est le Dr. Edward Kunz, médecin généraliste avec un cabinet de consultation à Versoix près de Genève.

Nana, "le chef", est intarissable sur la hiérarchie très compliquée qui régit les royaumes du Ghana. Il les connaît tout aussi bien que les familles neuchâteloises de son père. Dans sa région de Nkonya, au bord du gigantesque lac Volta (le plus grand lac artificiel au monde), il est en quelque sorte ministre des finances et subordonné à un autre roi. Grâce à sa mère ghanéenne et au prestige de son métier de médecin, le docteur Kunz est ici très respecté. Il vient environ deux fois par année dans sa région, contrôler la gestion des finances publiques et de l'aide étrangère qu'il confie à ses représentants. C'est à chaque fois l'occasion d'une grande fête: musique, discours, danse et libations ! Les visiteurs se succèdent dans sa maison et il doit à tout moment délier sa bourse pour aider un peu tout le monde: cela fait aussi partie des droits et des contraintes de la royauté !

Le docteur Kunz a créé une fondation qui depuis plusieurs années améliore les infrastructures de la région. Après la route goudronnée, c'est maintenant un dispensaire médical qui va être construit. Le syndicat des postiers irlandais y contribue généreusement dans le cadre de ses programmes d'aide au développement.

Ce qui différencie surtout le Ghana des autres pays de la région, explique le Dr. Kunz, c'est son niveau d'éducation. Déjà avant l'indépendance il était supérieur à celui de la plupart des autres colonies africaines. Et le Ghana a peut-être plus que ses voisins su allier tradition et modernité. Le contrôle des autorités traditionnelles, à commencer par le très puissant roi des Ashantis, a évité le démembrement social qu'on voit trop souvent dans d'autres pays africains: Liberia, Sierra Leone, Congo, etc. Et sa relative stabilité politique depuis la fin de l'ère Rawlings a rassuré les investisseurs. Nana Atu Premier peut être fier de lui-même et de ses sujets: la force tranquile des Ghanéens les a mis en tête de peloton d'une Afrique qui était pourtant très mal partie.

Nkonya Ntsumuru, Ghana


PS Autre lien de la Suisse avec le Ghana, un projet du Seco (Secrétariat suisse à l'économie) soutenant la production d'huile d'allanblackia. Regardez le reportage.

Publié le 10 mai 2007 à 18:00

videoNotre reportage

Elmina Le fort aux murs blancs d'Elmina sur la côte du Ghana est un des ces lieux tragiques qui ont, comme Auschwitz, marqué d'une pierre noire l'histoire de l'humanité. Au bout d'une série de couloirs sordides, la minuscule porte du non retour: c'est par là que des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, ont été embarqués comme esclaves vers les Amériques.

Ce fort, construit par les Portugais en 1482, est passé ensuite dans les mains des Hollandais puis des Anglais. Comme des dizaines d'autres lieux de ce genre sur la côte d'Afrique de l'Ouest, il a permis d'enrichir les négriers européens tout en détruisant à jamais la vie de millions d'Africains.

Seestah IMAHKÜS travaillait dans le secteur médical dans le Bronx à New York. Il y a 18 ans, elle ne supporte plus d'être une citoyennne de seconde classe dans une Amérique qui reste dominée par l'establishment blanc. Avec son mari, chauffeur de taxi, ils plaquent tout et s'installent ici près d'Elmina au Ghana. Le pays est anglophone et plutôt calme politiquement. Après des années de dur labeur, ils finissent par ouvrir un hôtel dans un endroit magnifique et font visiter les forts d'esclaves à des groupes de touristes noirs américains. Ils sont les précurseurs d'un mouvement qui a amené près de cinq mille Noirs américains à s'installer au Ghana ces dernières années.

Ce retour aux origines utilise maintenant les nouvelles technologies génétiques. L'analyse de l'ADN a permis de définir les profils des différents groupes ethniques de la région. De nombreux Noirs américains les comparent alors avec leur propre ADN pour retrouver leurs racines que les négriers s'efforçaient d'effacer. Je sais maintenant que du côté de ma mère, je suis une Mendé du Sierra Leone. Quand je l'ai appris, ce fut une grande émotion, nous dit Seestah IMAHKÜS. Cette femme courtoise mais résolue se définit plus que jamais comme africaine: Je suis seulement née en Amérique.

Les Ghanéens eux regardent avec un certain étonnement mêlé d'incompréhension ces hommes et ces femmes venus d'une Amérique mythique où beaucoup d'entre eux rêvent d'émigrer un jour.

Elmina, Ghana

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