[ Le carnet de route d'Yves Magat ]

Russie: la crise a bon dos

Seltso, Région de Bryansk, Russie

CeltsoDans la ville de Seltso, proche de Bryansk, à l’ouest de la Russie, le temps semble s’être arrêté à l’époque soviétique. Les HLM déglingués du plan de logement de Krouchov se dressent toujours aussi fièrement derrière leur façade de balcons rapiécés et transformés en pièces supplémentaires. Ici tout tourne autour du combinat chimique au nom romantique de « 50 ans d’existence de l’URSS ». Une usine gigantesque avec sa voix ferrée et son sanatorium désaffecté. Elle produit maintenant surtout des explosifs pour le génie civil, les mines et l’armée.

A la belle époque, 5.000 ouvriers s’y activaient. Il n’y en a maintenant plus qu’un milliers. Comme encore la majorité des habitants de la ville, Andreï travaille dans cette usine. Comme la totalité des autres employés, il ne reçoit plus de salaire depuis sept mois ; pourtant de l’argent circule: « Le directeur nous dit : « Je n’ai pas d’argent pour vous ». Pourtant nous voyons tous les jours qu’on charge de la production pour la vente. Et nous savons que l’argent que reçoit l’usine aboutit à une société inconnue. » « L’an passé, ajoute Andreï, l’usine a commandé des pièces détachées à une société de St Petersbourg mais elle ne les a jamais reçues. Un représentant de l’usine est allé voir sur place pourquoi et il a constaté que cette société n’existe pas. Pourtant de grosses sommes d’argent lui avaient déjà été payées. »

Tout le système s'effondre
Chef de la sécurité de l’usine, Andreï était pourtant proche du rêve. Une petite maison construite patiemment de ses mains pour sa famille de quatre enfants, des serres en bouteilles de plastique recyclées pour ses concombres. Heureusement que sa femme travaille à la polyclinique et rapporte encore quelque chose. Mais pour combien de temps ? Car c’est toute l’économie de la ville qui s’effondre avec son usine.

A Celtso tout le monde parle avec nostalgie de l’ancien directeur et fondateur du combinat: un vrai héros de l’Union soviétique, rigoureux mais bon avec ses ouvriers. Son buste en bronze orne la place centrale. Une sorte de petit père du peuple comme on aime bien en Russie. Et au passage, on appréciait les luxes de l’époque: la piscine couverte, le bania (sauna) collectif, le club d’échec et les séjours avec les copains d’atelier dans les centres de vacances d’été. Aujourd’hui tout cela est bien fini et avec sept mois sans salaire tout le monde se serre la ceinture et mange les concombres de son potager.

De quoi faire sauter toute la vile
Toute la ville chuchote sur le directeur actuel qui vient de Moscou trois jours par semaine. Il serait même en train de faire construire un héliport pour arriver plus vite… ou peut-être pour repartir plus vite. Car à Seltso on licencie à tour de bras, tout va à vau-l’eau. Au printemps les portes de l’usine sont même restées ouvertes sans gardien pendant deux semaines avec à l’intérieur de quoi faire exploser toute la ville. Mais quand une caméra s’approche on nous signale avec un sourire gêné qu’il est interdit de filmer.

On murmure que la direction, sous le coup de plusieurs plaintes pénales, se contente d’attendre une faillite totale pour racheter le fonds de commerce à bas prix. Les autorités locales, majoritairement membres du parti « Russie Unie » du tandem Poutine-Medvedev, promettent depuis des mois que tout va s’arranger. Quant au directeur de l’usine que nous attrapons avant qu’il ne s’engouffre dans sa grosse voiture, il se limite à un « pas de commentaire » qui en dit long.

septembre 20, 2009 | Permalink | Commentaires (1)

Ossétie du Sud: portfolio d'une guerre

Photos prises à Tskhinvali au lendemain de la guerre

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septembre 2, 2008 | Permalink | Commentaires (0)

Kosovo bis ?

Tskhinvali, Ossétie du Sud, Géorgie

Independance

videoNotre reportage lors de la reconnaissance de l'indépendance par la Russie

Vous avez aimé les Balkans, vous aimerez le Caucase... La plupart des gens que nous rencontrons en Ossétie du Sud reviennent inlassablement sur le même thème: le Kosovo a obtenu l'indépendance grâce aux Occidentaux, pourquoi pas nous ? Et on nous rappelle une fois de plus que l'Ossétie n'a historiquement rien à voir avec la Géorgie. Elle a été divisée en deux par un trait de plume de Staline dans les années vingt: le nord est resté au sein de la Russie et le sud a été rattaché à la République socialiste soviétique de Géorgie.

Depuis lors, les Ossètes du Sud n'ont cessé de se sentir des citoyens de seconde classe dans une Géorgie vite tentée par des sentiments nationalistes. Et cela même à l'époque soviétique où les conflits ethniques étaient pourtant -comme dans la Yougoslavie de Tito- mis en congélation.

Le problème est que sur la planète ne manquent pas les régions à velléités indépendantistes et instrumentalisables par des grandes puissances. C'est un peu la fameuse théorie des dominos si chère autrefois à "Dear Henry".

Quel sera le prochain sur la liste ? Par exemple le Haut-Karabakh à majorité arménienne enclavé en Azerbaïdjan: depuis quelques mois la tension est remontée d'un cran. Ou encore la Trandniestrie, cette bande de terre peuplée de Russes au milieu de la Moldavie. Ou même la gigantesque Crimée où vivent une majorité de Russes et que Krouchov a aussi d'un trait de plume rattachée à l'Ukraine dans les années cinquante pour commémorer un anniversaire. Le mélange y est particulièrement explosif avec les Tatars qui reviennent de force sur ce qu'ils considèrent comme leurs terres et la flotte russe de Mer Noire toujours amarrée à Sébastopol.

Avec l'indépendance du Kosovo, les Occidentaux ont brisé un tabou: celui de l'intangibilité des frontières internationales. Peu importe que cette indépendance soit juste ou non, c'est une boîte de Pandore qui a été ouverte et ce qui va encore en sortir nous réserve bien des surprises.

août 31, 2008 | Permalink | Commentaires (2)

Les cibles de Tskhinvali

Tskhinvali, Ossétie du Sud, Géorgie

Soldats

videoNotre reportage avec les forces armées ossètes du Sud

Il s'appelle Mels car ses parents étaient de fervents communistes et lui ont donné, comme c'était courant à l'époque, ce prénom composé des initiales de "Marx, Engels, Lénine, Staline". Il fallait le faire!  Actuellement Mels est capitaine dans le 6è bataillon des forces armées d'Ossétie du Sud. Petit et basané, le pistolet toujours en bandoulière, c'est le  type même du combattant caucasien, de la Tchétchénie à l'Ossétie en passant par l'Ingouchie et le Daguestan. Les alliances changent selon l'Histoire mais elles dépendent toujours de l'humeur du grand voisin russe et de la volonté farouche d'indépendance de ces peuples de montagne.

Mels nous a pris en amitié. Bavard intarrissable, il nous emmène dans les tranchées qui dominent Tskhinvali où il a affronté l'attaque géorgienne du début août en attendant l'intervention des troupes russes. Ici, contrairement à la ville dévastée, on ne voit étrangement pas d'impact d'obus. "Pourtant les Géorgiens savaient très bien où étaient nos positions, ils auraient pu facilement nous viser. Pourquoi ont-ils préféré tirer pendant la nuit sur une ville paisible endormie ?", demande Mels, un sanglot dans la voix.

Il suffit en effet de se promener dans Tskhinvali pour recenser les cibles des obus et des missiles géorgiens: bibliothèque, librairie, écoles, immeubles d'habitation, administration publique, églises, etc... Même le vieux quartier juif de Tskhinvali a pour la deuxième fois été une cible sur laquelle se sont acharnés les obusiers géorgiens.

On peut aussi se demander quels ont été les calculs du président géorgien Saakachvili en cherchant à reprendre par la force ce petit territoire alors qu'il savait que la Russie attendait le moindre prétexte pour lancer son offensive. Comment a-t-il pu utiliser les civils géorgiens et ossètes comme appât pour de sombres calculs politiques ?

Mels nous emmène avec ses compagnons d'armes voir ensuite la carcasse d'un avion de chasse abattu par ses troupes. Les débris de ferraille sinistres gisent dans une forêt au bord d'une rivière. On voit encore la chaussure d'un des deux pilotes tués en s'écrasant. Mels nous affirme avoir retrouvé sur les cadavres des papiers ukrainiens. Il soutient également que des femmes snipers baltes et des mercenaires africains combattaient aux côtés de l'armée géorgienne. Si ces informations sont avérées, elles signifieraient une dangereuse internationalisation du conflit.

La journée se termine par une suite interminables de toasts de vin ossète accompagnant les shashlicks (brochettes). On boit à l'indépendance bien sûr et aussi à la paix, à une jeunesse sans guerre et à la "brave et grande Russie" venue en aide au peuple ossète. L'histoire (avec un grand et un petit H) est loin d'être terminée !

août 30, 2008 | Permalink | Commentaires (0)

Dur d'être Ossète

Tskhinvali, Ossétie du Sud, Géorgie

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videoNotre reportage sur l'aide humanitaire russe en Ossétie du Sud

Dans le salon de Zalina et Guénnadi un éclat d'obus géorgien a fait trou de cinq cm de diamètre dans la porte-fenêtre du balcon.Le morceau de métal a ensuite rebondi contre un mur pour terminer sa course dans le vaisselier de la grand-mère.

Toujours au sixième étage de cet immeuble en brique dans le plus pur style soviétique, l'appartement voisin a été complétement anéanti par un obus. "Heureusement il n'y a pas eu de victimes", nous dit Zalina, nous étions tous cachés dans la cave de l'mmeuble". En fait de cave, il s'agit d'ne modeste pièce en terre battue légèrement en dessous du niveau du sol. On n'ose pas imaginer le massacre si l'immeuble s'était effondré. Une voisine apparaît: elle aussi était dans la cave. "On a entendu des soldats géorgiens approcher à pied. L'un d'eux criait:Tout ceci est à nous!"

L'animosité ou la haine qui oppose les Géorgiens aux "petits peuples" des montagnes caucasiennes dure depuis des générations. Staline, un Géorgien, n'a pas seulement déporté des milliers de Tchétchènes et d'Ingouches vite accusés de collaboration avec les nazis. Le "petit père du peuple" a aussi divisé l'Ossétie en deux: celle du nord est restée dans la Russie et celle du sud a été attribuée à la Géorgie, toujours bien sûr dans le cadre de l'Union soviétique.

Pour les Ossètes que nous rencontrons, le jours où le président russe Dimitri Medvedev reconnaît officiellement l'indépendance de la République d'Ossétie du Sud, c'est l'aboutissement d'un long et douloureux processus de divorce avec la Géorgie. Plusieurs conflits ont déchiré les deux peuples pendant le XXè siècle. Cette fois-ci semble la bonne. Il ne faut évidemment pas être naïf: tout ceci fait partie d'un gigantesque marchandage géostratégique mondial. Les Ossètes ne sont que de petits pions sur un échiquier où s'affrontent une Russie revigorée par son économie pétrolière et un Occident qui cherche justement à moins dépendre des matières premières et des oléoducs russes.

Lorsque je demande à Zalina si elle est consciente de l'instrumentalisation des "petits peuples" du Caucase par les grandes puissance, elle reste songeuse. "C'est une question à laquelle je n'aime d'habitude pas répondre, dit-elle, car la réponse me fait mal..." En attendant, les Ossètes du Sud se sentent libérés d'un lourd fardeau. Il reste à leur souhaiter que ce ne soit pas qu'une illusion.

août 29, 2008 | Permalink | Commentaires (0)

Russie: nation du foot

Moscou

Supporters Tout a pourtant commencé par une belle journée sur la place rouge. L’église orthodoxe russe a recommandé à ses fidèles de prier pour la victoire de SON équipe. Les habituels marchands de rue caucasiens et les babouchkas qui proposent des concombres au sel se sont recyclés dans la vente des drapeaux. Même le sosie du dernier tsar qui pose pour les touristes aux côtés de Lénine et Staline s’est mis à croire en une révolution du foot russe.

L’ambiance sur l’avenue Tverskaia est bon enfant et le moral des supporters au plus haut. Un groupe de jeunes écoute de la musique sur la Place Maïakovskaïa en se peignant le visage aux couleurs nationales.

Paradoxalement pour la Russie, on ne voit quasiment pas de supporters en état de dépendance alcoolique grave. Il faut dire que les forces de l’ordres ont été déployées en masse. Le gouvernement ne veut surtout pas une répétition des graves émeutes de 2002, lorsque la Russie avait perdu contre le Japon. Il y avait eu alors des dizaines de blessés et des centaines de voitures incendiées dans un défoulement collectif peur courant en Russie. Cette fois il y a presque autant de policier que de supporters dans les rues de Moscou et en théorie toute boisson alcoolisée est interdite de vente en dehors des bars. De même, il a été interdit d’installer des écrans géants dans la rue pour regarder le match : tout doit se dérouler au maximum à l’intérieur.

Les jeunes Russes se sont beaucoup identifiés à leur équipe. Elle est composée de jeunes footballeurs sympathiques et dynamiques, typiques de la Russie gagnante d’aujourd’hui. Lorsqu’à la deuxième mi-temps les attaquants espagnols ont commencé à transpercer successivement le rideau de fer du gardien Akifeiev, la déception des Russes était à la hauteur de leurs espoirs.

Quand à la fin du match la foule sort des bars, l’ambiance est cassée. On rentre chez soi dans la nuit moscovite. Mais on parle déjà des prochaines victoires de l’équipe russe. Et le quotidien Le Sport soviétique  ose alors ce titre fantastique : Nos gars ne sont pas parvenus en finale mais il ont donné à la Russie la foi en des lendemains du football… A croire que le petit père du peuple était dans les tribunes !

juin 27, 2008 | Permalink | Commentaires (0)

Les mystères de St Pétersbourg

Saint Pétersbourg

PetersbourgLa ville de Saint Pétersbourg, comme son éternelle rivale Moscou, change à toute vitesse. Un gigantesque programme de rénovation de façades remet en valeur son nombre infini de palais et redonne à cette ville un peu de cette atmosphère somptueuse née dans l’imagination folle du tsar Pierre le Grand. Pourtant il y a ici comme dans toute la Russie des détails immuables de la vie quotidienne qui surprennent toujours le visiteur étranger.

Voici dans le désordre quelques questions qui restent des mystères sans réponse:

Pourquoi les Russes s’échinent-ils tous les week ends dans leur datcha à arroser de misérables concombres dont les plants coûtent beaucoup plus chers que les bocaux vendus maintenant au supermarché ?

Pourquoi tant de belles Russes s’obstinent-elles à grimper sur de hauts talons alors que leurs longues jambes émergeant de leurs micro-jupes n’ont pas besoin de tels perchoirs ?

Pourquoi les escaliers des immeubles sont-ils toujours aussi délabrés ?

La Russie est-elle soluble dans l’alcool ? Jusqu’à quand verra-t-on dans les restaurants des hommes pourtant bien accompagnés tomber soudain ivres morts, la tête dans leur assiette de “zakouskis” (hors d’oeuvres russes) ?

Et surtout: comment la vendeuse de magasin ou la gardienne de musée peut-elle au premier abord répondre par un aboiement à toute question puis soudain se transformer en la plus aimable des personnes lorsque la glace est rompue ?

Ce sont des clichés ou des lieux communs d’expat nostalgique, dira-t-on ? Peut-être, mais ce sont quand même des clichés qu’on retrouve à travers les onze fuseaux horaires de la Sainte Russie. Et surtout ce sont des traits de caractère dans un pays redevenu une grande puissance, au passage, premier exportateur d‘armes au monde, avant les Etats-Unis et l’Europe. Un pays dont les ressources et le potentiel économique dépassent largement ceux de la Chine sans en avoir les faiblesses.

Alors pourquoi toujours les hauts talons et les babouchkas passionnées de concombres, direz-vous ? Peut-être est-ce entre autres un moyen de se rattacher à un passé récent, dans un monde qui a changé tellement vite, une manière de se prouver qu’on reste russe malgre tout…

juin 5, 2008 | Permalink | Commentaires (1)

Russie Portfolio

Routes


Un itinéraire photographique russe sur neuf fuseaux horaires.

A l'occasion des reportages tournés de novembre 2007 à mars 2008.

mars 12, 2008 | Permalink | Commentaires (0)

Démocratie ou volonté populaire?

Vote Moscou
Je ne sais même pas ce que je suis venu faire ici, c'est un sacrilège ! Cet électeur russe, grand et âgé d'une soixantaine d'année est amer en sortant du bureau de vote de la rue Chvernika au sud de Moscou. Il ne veut pas nous dire pour qui il a voté ou simplement s'il a voté. Sa réaction illustre bien le malaise que ces élections présidentielles suscitent chez beaucoup de Russes, même parmi ceux qui sont favorables au gouvernement actuel.

Lors des législatives de décembre, les électeurs avaient quand même le sentiment de pouvoir choisir entre plusieurs partis. Cette fois, c'est un véritable plébiscite auquel ils ont été conviés.

Interview du Conseiller national suisse (PS-ZH) Andreas Gross, Président de la délégation de la Commission européenne venue suivre le déroulement de la campagne électorale et du scrutin:

Parmi les trois candidats rivaux de Dimitri Medvedev, seul le communiste Zhouganov représentait une véritable opposition. Plusieurs personnes nous ont dit qu'elles voteraient pour lui: un vote utile d'opposition sans aucune nostalgie pour un passé soviétique bien révolu. Pas étonnant donc qu'il ait obtenu près de 19 % des sfufrages. Mais l'élimination pour des motifs techniques des autres candidats n'a laissé personne dupe. Kasparov a jeté l'éponge car il savait qu'il ne receueillerait pas assez de signatures sur les listes électorales, Kassyanov est bien parvenu aux bout des deux millions de signatures mais il nous affirme que seules 213 ont été considérées comme non valables, quant à l'ancien dissident Boukhovski, il a acquis la double nationalité britannique et est donc devenu inéligible...

La situation est paradoxale. Cette élection ne correspond pas aux critères démocratiques occidentaux même si le scrutin s'est déroulé dans l'ensemble correctement. Le problème s'est situé en amont, au niveau de la campagne électorale au cours de laqelle les grands medias étaient réservés uniquement au dauphin de Poutine, Dimitri Medvedev.

En même temps on ne peut pas nier l'expression d'une volonté populaire. Une immense majorité de Russes approuvent la gestion du gouvernement actuel qui leur a ramené la stabilité politique et économique après les années folles qui ont suivi la chute de l'URSS. L'évolution de la situation économique montrera aux électeurs russes si l'actuelle absence de choix politique peut être acceptée plus longtemps.

mars 3, 2008 | Permalink | Commentaires (0)

Les fourmis du Grand Nord

Gazoviki Nijni Russkoie, Russie
Moins trente, moins quarante, on ne regarde même plus le thermomètre, nous dit Sergueï, un des gazoviki du gisement de Nijni Russkoie, à 40 km du cercle polaire: mais en travaillant pour Gazprom, je peux nourrir ma famille et mes enfants, leur donner une éducation. Ces ouvriers du gaz, les gazoviki, sont les fourmis du Grand Nord qui permettent à la Russie de redevenir une grande puissance grâce à ses ressources énergétiques. Le futur président russe Dimitri Medvedev illustre parfaitement ce système puisqu'il passe de la direction du géant gazier Gazprom à celle du pays.

Dans la nuit arctique la tour de forage envoie un halo de lumière diafane provenant de ses projecteurs. Un autre ouvrier, Alexi, engoncé dans ses vêtements polaires tachés de graisse devient sentimental quand on lui parle de sa famille:Ils habitent loin mais grâce aux moyens de communication, on se téléphone presque tous les jours. Ma femme murmure doucement à mon oreille, ca me permet de supporter notre séparation. Ici on travaille jour et nuit, sept jours sur sept. Les ouvriers effectuent des tranches de douze heures, vingt-huit jours de suite puis ils prennent un mois de congé. Dans l'obscurité, des jets de vapeur sortent de tuyaux accrochés aux structures métalliques. Des ombres en casque de travail se faufilent dans une atmosphère hallucinante.

Depuis la ville dortoir de Novy Urengoj, surnommée Gazprom City, ce sont des hélicoptères MIG soviétiques qui approvisionnent les gisements de la région. Il faut bien trois heures de vol au dessus de la toundra enneigée pour atteindre Ioujno Russkoie. A bord, le patron du gisement est un proche de Poutine. Carrière dans la pépinière politique de St. Petersburg, conseiller du président pour le pétrole et le gaz et maintenant directeur de ce gisement ultra moderne destiné à approvisionner l'Europe de l'Ouest. Edouard Khudainatov est typiquement un Poutine boy. L'homme est hyperactif et sympathique. Ma fille étudie en Suisse, nous dit-il. Si c'est Medvedev qui est élu, ce que nous espérons, précise-t-il en souriant, cette tendance va se poursuivre car nous bénéficierons d'une continuité du pouvoir. L'Occident n'a aucune raison d'avoir peur de Gazprom, ajoute-t-il, il est déjà intégré dans Gazprom, précisément ici dans ce gisement au travers de la société allemande BASF. Nous sommes une seule famille, si nous avons peur l'un de l'autre, nous resterons avec notre gaz et l'Occident restera dans le froid.

10 % du gaz consommé en Suisse vient de cette région. Ici, il y a un an, il n'y avait que de la neige. Le gisement de Ioujno Russkoje a des réserves pour 40 ans. Le gaz est d'abord débarrassé de ses impuretés et de son humidité. Il part ensuite dans dans le réseau international des gazoducs et atteint l'Europe de l'Ouest en un mois.

Gazprom est connu pour l'encadrement social de ses ouvriers.Mais surtout c'est un état dans l'état, on peut presque dire que c'est l'état. Le gaz, arme politico-économique pour une Russie redevenue une grande puissance ou simple gestion judicieuse de ses resources ? Les avis sont partagés. Ce qui est certain, c'est que si la Russie tousse, l'Europe de l'Ouest risque en effet d'avoir froid.

mars 1, 2008 | Permalink | Commentaires (0)