Portugal: chômage et émigration
Braga, Portugal
juin 28, 2009 | Permalink
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Les espoirs déçus du Portugal
Braga, Portugal
Notre reportage à Montreux et Braga
Un des charmes du Portugal, c'est sa désuétude: la fête traditionnelle de la São João ici à Braga, les ruelles de l'Alfama à Lisbonne, les gâteaux à la crème vendus dans des pâtisseries comme on n'en voit plus ailleurs, les villages écrasés sous le soleil blanc de l'Alentejo. Malheureusement pour les Portugais, leur pays a du coup la malheureuse tradition de rater les grands rendez-vous avec l'Histoire. Il a été une des dernières dictatures d'Europe occidentale (avec l'Espagne et la Grèce) et le dernier pays à posséder des colonies. Il a fait une révolution (très pacifique) comme on n'en faisait plus et surtout il a raté son entrée dans l'Union européenne. Aujourd'hui les Portugais en paient le prix et émigrent à nouveau en masse.
A nouveau l'émigration
José Luís, Patricia et tous leurs amis ont entre vingt et vingt-cinq ans. Ils finissent ou commencent ici à Braga des études universitaires dans la bonne humeur et l'espoir d'un avenir professionnel et personnel heureux. Mais cet avenir, ils ne l'entrevoient pas au Portugal. "Quand je vois mes amis installés en Espagne, en Italie, en Suisse, en France qui résussissent assez facilement à trouver un travail intéressant, je ne réfléchis pas deux fois, je veux moi aussi essayer d'avoir un bon travail et un bon salaire, c'est ce que j'espère trouver en Suisse": José Luís a vingt-trois ans et finit ces jours ses études de cinéma et de multimedia. Il jongle avec ses ordinateurs, conçoit des clips video décoiffants et espère bien croquer danas la vie à pleines dents mais comme il le dit, "le Portugal est toujours en retard par rapport aux autres pays européens".
On est loin des espoirs nés de la révolution des oeillets en 1974, de l'adhésion à l'Union européenne en 1989 ou du boom économique des années nonante. Aujourd'hui le moral est au plus bas, c'est-à-dire à l'émigration. Car les chiffres s'abattent comme des marteaux sur la tête des Portugais: un demi-million de chômeurs, deux millions de travailleurs en situation précaire, un salaire minimum qui ne dépasse pas 460 €, etc.
Les vieux démons du Portugal
Les maux traditionnels dont souffre le Portugal remontent à la surface, comme une épidémie qu'on espérait éradiquée. Et d'abord la rogne permanente de la classe politique, tous partis confondus. "Le pays a conservé une mentalité d'avant la révolution", nous explique le responsable de l'Union des syndicats de Braga, Adão Mendes. "Il y a une très forte violence verbale dans les affrontements politiques mais pour finir on oublie sur quoi porte la discussion !"
Au Portugal, chaque changement de majorité, que ce soit au niveau national ou régional amène obligatoirement le départ de toute l'équipe précédente, jusque dans les emplois les plus techniques. Tel chef d'un office du tourisme, par exemple, va perdre son emploi du jour au lendemain, simplement parce que la mairie a changé de bord. Cette habitude empêche un vrai travail de continuité à long terme et le pays n'avance pas.
Patrons ou hommes d'affaires ?
Dans un autre domaine, "les patrons portugais ne sont pas des hommes d'affaires, ils sont restés des patrons à l'ancienne", explique Adão Mendes. Ils n'ont pas une vision à long terme des investissement et de la production. Pas étonnant donc que les secteurs traditionnels du nord du Portugal, le textile et la chaussure, aient reçu de plein fouet l'invasion sproduits asiatiques. Quand ce ne sont pas les propriétaires des fabriques qui ont eux-mêmes choisi de délocaliser en Europe centrale ou en Asie, pour économiser à court terme quelques euros sur le coût de la main d'oeuvre.
José Luís et ses amis partiront donc chercher ailleurs ce que le Portugal ne leur offre pas. Lui-même rejoindra ses parents à Montreux. Ce sont d'anciens émigrants portugais qui avaient travaillé dix ans en Suisse avant de retourner s'installer au pays. Ils avaient ouvert en 1996 un petit commerce à Braga avec l'argent de leur retraite suisse. Mal leur en a pris: ils ont tout perdu et on dû revenir en Suisse, recommencer à zéro le rêve de l'émigrant. Une consolation tout de même: leur fils a réussi une ascension sociale, il va arriver en Suisse avec un diplôme universitaire en poche.
juin 23, 2009 | Permalink
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