[ Le carnet de route d'Yves Magat ]

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Les pêcheurs du Banc d'Arguin

R’Gueiba, Parc National du Banc d’Arguin, Mauritanie

Interview de Antonio Araujo, Coordinateur Programme,
Fondation Internationale du
Banc d'Arguin

ImraguenfiletLe Banc d’Arguin, c’est l’histoire d’une passion entre un littoral protégé en bordure du désert, un peuple de pêcheurs, les Imraguen et un mécène Suisse, Luc Hoffmann, dévoué à la protection des zones humides, que ce soit en Camargue ou en Mauritanie.

Les Imraguen utilisent des bateaux à voile latine introduits par les pêcheurs des Canaries dès le XVIIè siècle et dont le nom espagnol a été francisé en lanches. Aujourd’hui ils bénéficient de l’exclusivité du droit de pêche dans les 6.000 km2 des eau du Parc National du Banc d’Arguin. En échange, ils doivent continuer à utiliser leurs techniques traditionnelles de pêche, sans moteur et avec des filets maillants. De plus, des inspecteurs du Parc s’assurent qu’ils respectent des règles de protection des espèces, et ce qu’on appelle des arrêts biologiques pendant les périodes de reproduction.

VoilierMoins de poisson

Malgré ces règles très strictes, les ressources de la mer diminuent ici aussi. Les pêcheurs Imraguen le constatent mais n’ont qu’une idée limitée des causes : « Il y a plus d‘habitants et aussi plus de pêcheurs. Cela fait diminuer les ressources en poissons. », nous explique Abdelwetah Ould Lukbad, en sautant de son bateau sur la plage. Il est un des jeunes et énergiques pêcheurs du village Imraguen de R’Gueiba.

Pour maintenir sur place les pêcheurs Imraguen, le Parc du Banc d’Arguin, avec l’aide de Luc Hoffmann, a crée un petit chantier naval. Des charpentiers de marine bretons ont formé des habitants de ces villages. Certains savent maintenant réparer et construire de nouveaux bateaux traditionnels. Le maintien de ce savoir-faire et la protection des poissons devrait permettre aux Imraguen de rester chez eux et ne pas grossir le nombre de pêcheurs de la côte qui cherchent à émigrer.

Menaces de la pêche industrielle

Car en dehors du parc, au départ du port de Nouadhibou, la pêche industrielle bat son plein. Là aussi la pression démographique et l’utilisation arbitraire de filets en nylon menace les ressources sous-marines (voir interview ci-dessus). A cela s’ajoutent les grands bateaux usines internationaux qui peuvent en un seul coup de chalut ramasser jusqu’à 200 tonnes de poisson, c’est-à-dire autant que les pêcheurs des neuf villages Imraguen en six mois de travail, nous explique Antonio Araujo, coordinateur en Mauritanie de la Fondation internationale du Banc d'Arguin.

Chameaux

Le Parc National du banc d'Arguin comprend 6.000 km2 de mer. Il s'étend sur une longueur de plus de 200 km de désert côtier. Ses berges sont une des principales escales des oiseaux migrateurs de l'Atlantique.

mars 15, 2009 | Permalink | Commentaires (3)

Galerie de photos: Nouadhibou

Photos prises à Nouadhibou, porte des Canaries...

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mars 12, 2009 | Permalink | Commentaires (0)

Mauritanie: un pays de transit

Nouadhibou, Mauritanie


Djibril Ba, secrétaire général de l'Association pour la protection de l'environnement et l'Action humanitaire (APEAH). Il s'exprime sur l'émigration africaine et la situation de la Mauritanie comme pays de transit.
Interview: Yves Magat
Caméra: Claude Pellaud

mars 10, 2009 | Permalink | Commentaires (0)

Voir Nouadhibou et mourir

Nouadhibou, Mauritanie

ParfaitParfait (PHOTO) -c’est son prénom- est un jeune carreleur diplômé du Cameroun. Il allait embarquer à destination des Canaries pour sa quatrième tentative lorsque la veille de son départ, il reçoit un étrange coup de fil de son vieux père resté au pays : « Mon fils, ta route n’est pas la bonne route… », puis il a raccroché, nous explique Parfait. En Afrique ce genre de messages prémonitoires est pris très au sérieux. Le jeune Camerounais renonce alors à embarquer, « mais mes compagnons qui sont quand même partis ne sont jamais arrivés », nous dit-il amer. Parfait n’a pas renoncé à son projet d’émigration vers l’Europe mais il ne partira que lorsqu’il aura obtenu un visa. Le voyage clandestin, ce n’est plus pour lui.

Gerard Gerard (PHOTO) aussi a renoncé de prendre la mer sur un cayuco. Ce coiffeur nigérian a vécu un cauchemar lors de sa troisième tentative. La traversée sur Tenerife devait durer trois jours mais le capitaine sénégalais ne parvient plus à utiliser son GPS qui s'est détraqué. Au bout du troisième jour, il n'y a toujours pas de côte en vue. Perdus en plein océan, les passagers commencent à mourir du froid, de la soif et des privations. Quelqu’un suggère alors qu’il faut sacrifier l’un d’entre eux aux esprits de la mer. « Comme j’étais le seul Nigérian, les autres ont décidé que ce serait moi », nous explique Gerard, les larmes dans les yeux. Il refuse de se jeter à l’eau et une bagarre commence à bord de ce radeau de la Méduse : ambiance garantie ! « Finalement un autre passager francophone a dit qu’il était de toutes façons trop malade pour parvenir à destination et qu’il acceptait de se jeter à l’eau. » L’homme distribue aux autres passagers ses maigres biens, une montre et quelques pièces, puis il fait le grand saut.

Le bateau continue son errance avant d’être finalement aperçu au bout du dixième jour par des pêcheurs marocains qui le signalent aux gardes-côtes. Lorsque les survivants sont amenés au Maroc, ils ne sont plus que 38 en vie sur 72 au départ.

Emploi Ils sont des centaines à attendre dans cette ville du bout du monde parfois plusieurs années pour réunir les fonds nécessaires (entre 600 et 1'000 frs suisses) pour payer le passeur. A l’entrée de la plage de Chacra, plusieurs dizaines de candidats à l’émigration guettent tous les matins un éventuel employeur pour un petit boulot rémunérateur. Lorsqu’un véhicule s’arrête, ils se ruent en grappes pour être engagés.


L'aide des ONG

Au milieu de tant de détresse et d’espoirs brisés, quelques ONG espagnoles et mauritaniennes (MDM, CEAR, APEAH ) tentent de panser les plaies des naufragés de Nouadhibou. Etrangement en cette terre Jerome d’Islam, un prêtre catholique, le Père Jérôme (PHOTO), leur ouvre les portes de sa modeste paroisse. Avec ses  jeans et son accent nigérian, il tente de gérer comme il peut l’ingérable. Il dirige sur un dispensaire les malades, leur donne des conseils et organise même des cours d’informatique en français et en anglais pour ceux qui veulent s’enrichir d’un petit bagage professionnel. « On n’apprend rien de l’Histoire, nous dit le Père Jérôme, le mur de Berlin est tombé mais on en reconstruit d’autres. »

mars 5, 2009 | Permalink | Commentaires (0)

La passeuse des Canaries

Nouadhibou, Mauritanie

Pecheurs C’est la porte des Canaries : 480 km de beau goudron inauguré en 2005 au milieu du désert. La route longe les dunes, évite les chameaux et relie la capitale mauritanienne Nouakchott à la ville de Nouadhibou, en bordure des champs de mine du Sahara Occidental. Cette voie royale et le blocage des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, ont transformé une paisible ville de pêcheurs mauritaniens PHOTO) en port d’embarcation des cayucos pour les Canaries… ou pour la mort.

« J’ai beaucoup de frais », nous explique avec candeur cette femme dont nous nePort saurons jamais le nom et qui est à la tête d’un des réseaux de passeurs pour les îles espagnoles qui font rêver tant de jeunes Africains. « La pirogue me coûte deux millions d’ouguiyas (environ 9.000 francs suisses) puis il faut acheter deux moteurs de 40 cv à 950.000 ouguiyas pièce (4.300 frs), assez d’essence, de l’eau et de la nourriture. Avant on ne donnait pas d’argent au capitaine mais maintenant il faut encore le payer. Mes clients paient en général 200.000 ouguiyas (environ 900.- frs) mais je dois encore rémunérer les rabatteurs. Ils gardent l’argent d’un client sur dix. »

Avec la surveillance renforcée des autorités espagnoles et marocaines, le nombre de départs a diminué depuis 2006 mais il reste significatif : plusieurs nuits par semaine des bateaux chargés de 50 à 120 personnes prennent le large. Elles sont d’abord amenées en canot par petits groupes de cinq passagers jusqu’au cayuco qui attend ses clients à quelques encablures du rivage avant de prendre le large.

A la tête d’une flottille de pêche de dix bateaux, cette femme dans la quarantaine s’est recyclée il y a deux ans avec l’aide de marins sénégalais qui pilotent les bateaux au GPS. Un bref calcul permet d’évaluer ses bénéfices entre 40.000 et 60.000 francs par bateau d’émigrants…

Gendarmes complices

RestoSouvent la traversée aboutit dans une prison marocaine et se conclut par un refoulement vers le Mali ou le Sénégal par les autorités mauritaniennes. Mais souvent aussi nous explique-t-on à Nouadhibou, la gendarmerie chargée de surveiller les côtes ferme les yeux et prend son pourcentage. Les gendarmes organiseraient même certains départs pour arrondir les fins de mois.

 

A Nouadhibou, les belles maisons poussent comme des champignons. L’argent gagné à la sueur de leur front par les candidats au voyages ou économisé péniblement par leur famille n’est pas perdu pour tout le monde.

mars 4, 2009 | Permalink | Commentaires (0)

Les veuves de l’émigration

Didiéni, Mali

videoNotre reportage à Didiéni

Veuves «Je me construisais un château en Espagne, et maintenant je n’ai même pas une case!» «Dans toutes les herbes que je foule, je ne trouve que celle du désespoir.» Avec des phrases imagées et dramatiques, les femmes du village de Didiéni, à 160 km au nord de Bamako, nous expliquent leur détresse: ce sont les veuves de l’émigration.

La plupart des femmes du village ont perdu un mari, un frère ou un fils, englouti quelque part dans l’Atlantique entre la côte africaine et les îles Canaries. On ne saura jamais le chiffre de ces hommes (et parfois ces femmes) disparus en mer sur le chemin de l’Europe ou partis sans laisser d'adresse.

Lorsque les autorités espagnoles barricadent leurs enclaves africaines de Ceuta et Melilla avec l’aide des forces de police marocaines en 2005, des milliers de jeunes migrants changent de route. Ils choisissent la mer au départ du Sénégal, de la Mauritanie ou du Sahara Occidental, mais le voyage est encore plus dangereux qu’à travers le désert.

Kadjé Sissoko (photo) a 25 ans et trois enfants. Cette jeune Bambara aux beaux yeux tristes n’a plus revu son mari depuis cinq ans. Lui aussi a voulu tenter sa chance en Espagne. Depuis son départ, comme tant d’autres dans le village, on n’a plus entendu parler de lui. La veille de notre passage à Didiéni, une autre femme a appris le décès officiel de son mari parti un an auparavant car de temps en temps un corps est identifié sur une côte du Maroc ou des Canaries; mais le plus souvent c’est le silence total et définitif et l’angoisse permanente des familles. «Imaginez dans quel état peut se trouver une femme qui n’a plus aucune nouvelle de son mari, qui ne recevra aucune aide si elle tombe malade, qui essaie tous les jours de penser à ce qui arrivera le lendemain…», nous dit Kadjé.

Prise de conscience

Ces drames ont créé dans le village une prise de conscience. Des mères reconnaissent avoir encouragé auparavant leurs fils à partir gagner un peu d’argent en Europe; mais maintenant elles cherchent plutôt à les retenir: «On a besoin de nos enfants vivants, pas de nos enfants morts», nous dit l’une d’elles. Mais souvent, lorsque le virus du départ a atteint un jeune homme, il n’est plus possible de le guérir.

Briques Dans le paysage sahélien de fin de saison sèche, l’aridité et la poussière dominent. Ici le manque d’eau devient obsédant. Il y a bien un puits dans le village mais ce qui sort à la pompe ne permet que de se laver, faire les lessives et la cuisine. Pour tenter de maintenir les jeunes hommes au village et les sortir d’un désœuvrement déprimant, l’association Retour, Travail, Dignité cherche des activités rémunératrices. Une petite machine à compresser des briques d’argile crue est installée en bordure du village. Comme le dit Fatmata Barry, coordinatrice de l’association: «Maintenant, sur dix candidats au départ, on parvient à en retenir cinq ou six.»

Les villageois ont encore d’autres projets de développement comme la création d’un campement pour des touristes ou la culture de plantes pour du biocarburant. Mais le regard des jeunes que nous croisons semble obstinément bloqué en direction des lointaines Canaries.

mars 3, 2009 | Permalink | Commentaires (1)