Le village roumain de Saravale est typique de l'Europe centrale. A la frontière hongroise, il est peuplé de Roumains, de Serbes et de Roms. Dumitru est considéré ici comme un Rom aisé. A l'époque communiste il était conducteur de tracteurs dans un kolkhoze, un métier prestigieux et bien rémunéré. Travailleur acharné, il exploite maintenant une ferme prospère. En plus d'une impressionnante basse-cour, il possède vingt hectares de céréales et il en cultive encore vingt en affermage. Il n'a pas du tout envie d'émigrer: Il y a beaucoup de travail ici en Roumanie, dit-il, mais il ne faut pas dépenser ses sous pour frimer à moto, être élégant, boire ou danser ! Il faut travailler, économiser, placer son argent à la banque puis investir
Dumitru se sent très attaché à ses origines roms même s'il n'en parle
plus la langue. Mais il a des mots très durs pour certains membres de
sa communauté: Il y a des gens qui ne sont pas habitués à travailler.
C'est eux qui mendient dans la rue. Ceux qui font ça sont une honte
pour les Roms. Maintenant nous sommes en Occident et nous devons
montrer que nous sommes un peuple civilisé. Il a ensuite les larmes aux
yeux lorsqu'il nous explique que les Roms ne parviennent pas à s'unir
et s'organiser sur le plan politique. Nous avons un député au
Parlement, mais il pourrait même être Président. Si les Américains ont
élu un président de couleur, nous pouvons bien avoir un Rom à la tête
du pays, dit-il.
Le côté pauvre du village
De l’autre côté du village, des maisons délabrées s’alignent le long
d’une rue en terre, couverte partiellement de neige. Ici pas de
tracteur ni de basse-cour. Une maisonnette aux murs de terre peints en
rose et au toit de chaume est digne du conte des Trois petits cochons.
Dans la pièce unique, sans eau courante ni électricité, vit Vereşan,
une jeune femme énergique et souriante avec son mari et leur fils de
huit ans. Malgré le sourire, le cœur n’y est pas : Notre fils n'arrive
pas à faire ses devoirs à la maison sans lumière mais je ne veux pas
qu'il soit pauvre comme nous. S'il sait lire et écrire il pourra avoir
un avenir meilleur.
Paradoxalement Vereşan fait partie de cette génération
post-Ceausescu qui n’était plus soumise au stricte contrôle scolaire du
régime communiste. Comme beaucoup de Roms, surtout parmi les femmes,
elle est illettrée et vit d’une maigre assistance sociale lorsque la
mairie veut bien l’accorder : Si on va demander du travail à la mairie
on nous répond: « Casse-toi Tsigane ! ». Mais c'est pas bien d'aller
mendier. Il faut travailler pour gagner sa vie, ajoute Vereşan.
Les marginalisés de l'Histoire
Peuple sans drapeau et donc sans frontière, marginalisé depuis des
siècle, toujours en porte-à-faux avec l’Histoire et souvent coincé dans
des traditions anachroniques, les Roms voient les portes de l’Europe se
refermer à nouveau devant eux. En Italie surtout et dans une moindre
mesure en France et en Suisse, ils sont redevenus des arguments de
vente électoraux, des victimes faciles d’une coalition sordide de la
presse de boulevard et de certains partis qui les utilisent comme
épouvantails pour gagner des voix. Il est bon de se rappeler où cela
peut mener : il y a un peu plus de soixante ans les Roms ont disparu
aux côtés des Juifs dans la nuit et le brouillard des camps de
concentration nazis.
Peter Bayard s'exprime sur les possibilités de travail de ses employés roumains Interview: Yves Magat Caméra: Erick Moisy
Il est l'archétype du Suisse de l'étranger hyperactif. Peter Bayard est de Brigue mais cet ancien juriste a vécu à Lugano et s'est installé à Timişoara en Roumanie il y a bientôt quinze ans. Sa société Helvetica Profarm S.A. est un leader dans les Balkans pour la production de perfusions et de seringues.
Peter Bayard connaît tout le monde dans le Banat et ne ménage pas ses efforts
pour venir en aide aux plus démunis. Il ne peut pas comprendre que des
Suisses puissent rejeter l’extension à la Roumanie des accords bilatéraux
avec l’Union européenne.
La Roumanie est un marché de vingt-deux millions d’habitants. Les
sociétés suisses déjà implantées y font de bonnes affaires, dit-il. Pour
Peter Bayard, la Roumanie est déjà complètement intégrée à l’Europe:
Toutes les fabriques doivent être aux normes européennes sinon il ne
leur reste plus qu’à fermer.
Pour Peter Bayard, la peur du « plombier roumain »
n’a aucun sens. Il y a une main d’œuvre de haut niveau dans la région
de Timişoara, le chômage est pratiquement inexistant et puis : Les
Roumains sont assez patriotes,dit-il, ils veulent rester ici.
D’ailleurs j’ai des employés à qui des sociétés suisses ont fait des
offres; ils sont allés voir sur place mais ils sont revenus.Il y a eu un fort exode de Roumains en direction de l’Italie et de
l’Espagne après la fin du communisme et ceux-là, ne reviendront plus,
explique Peter Bayard. Par contre, ceux qui sont restés ont ici des
perspectives professionnelles et un environnement social auquel ils
sont attachés.
Le Valaisan de Timişoara est très fier de sa fabrique construite aux
normes suisses à une époque où tout était difficile en Roumanie: il
manquait de ciment, la douane était une bureaucratie compliquée et
toutes les machines ont dû été importées de Suisse ou d’Allemagne.
Aujourd’hui, avec l'intégration européenne, c’est un autre pays. Helvetica Profarm S.A.
produit 50'000 bouteilles de perfusions par jour dans une fabrique
moderne qui tourne vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Dans ses
chambres stériles, l’air est purifié trente-deux fois par heure.
Les commandes affluent et les Suisses sont toujours plus nombreux à
s’installer dans la région. Le seul problème, la main d’œuvre commence à se faire rare
ici et les salaires montent. Bientôt on verra peut-être des plombiers suisses en Roumanie...
Quand Moscou éternue, l’Europe a froid. Et, ironie du sort, même les grands amis serbes de la Russie en subissent les conséquences. Le conflit avec l’Ukraine sur le prix du gaz n'est peut-être qu’une affaire de gros sous, mais ses répercussions politiques et économiques sont immenses. Et ici a Pančevo en Serbie, comme à Novi Sad où dans d’autres villes des Balkans, on apprécie modérément cette querelle.
Depuis ce matin la pression du gaz dans les chaudières de la ville est
remontée pour atteindre environ 50% de la normale. Les autres amis
hongrois et allemands ont envoyés un peu de leurs réserves de gaz à la
Serbie. Hier une panique modérée avait saisi les habitants qui se sont
précipités dans les quincailleries pour acheter des radiateurs
électriques. Dans ces villes, le système de chauffage à distance hérité
de l’époque communiste sévit encore. De gigantesques installations
actionnées ici au gaz envoient de l’eau chaude dans les maisons.
Contrairement à l’ex-URSS, il y a quand même aussi des installations de
chauffage par immeuble mais toutes fonctionnent au gaz russe ! On
estime donc qu’hier en Serbie près d’un million de personnes n’avaient
presque plus de chauffage.
Dans la maison de retraite de Pančevo les
deux cents pensionnaires ont dû rester dans leurs chambres ou dans de
petites salles tempérées avec des radiateurs électriques qui menaçaient
à tout moment de faire sauter les fusibles de l’établissement. Et
les repas continueront d’être froids jusqu’à dimanche. Au début, on a eu
très peur parce qu’on a vu que le problème n’était pas seulement chez
nous mais dans toute l’Europe. Ensuite, comme on nous a trouvé des
solutions, on a été rassurés, nous dit Vera, une des pensionnaires. Le
directeur de l’établissement, Milentije Maximović, admet avoir été
surpris. Il en tire ses conclusions: Cela nous montre qu’à l’avenir il
ne faut plus dépendre d’une seule source d’énergie car chaque pays
regarde avant tout ses propres intérêts économiques et pas des
questions d’éthique ou d’amitié.
A Pančevo d’autres vont plus loin et estiment que dans toute cette
affaire, Russes et Ukrainiens sont de mèche : C’est un moyen pour la
Russie de mettre l’Europe à genou, nous déclare un interlocuteur qui veut
rester anonyme(les vieux réflexes resurgissent). Il semble plus
vraisemblable que la Russie ait voulu faire pression sur l’Ukraine,
comme elle l’a fait militairement sur la Géorgie. Ces deux pays ont
selon le Kremlin un peu trop tendance à écouter le chant des sirènes de
l’OTAN. Et pour les faire taire, Moscou est même prêt à sacrifier ses
propres intérêts économiques.
tsr.ch, placé sous la responsabilité de la TSR, met en ligne sur cette page des "blogs" personnels souvent décalés, parfois impertinents. Ces textes proposent des regards subjectifs; c'est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de telle ou telle émission mais bien celui de son auteur.