Un jour ordinaire dans une favela
04 décembre 2008
Rio de Janeiro, Brésil
Mateus avait huit ans et s'apprétait ce matin à aller à la boulangerie dans sa favela de Maré au nord de Rio de Janeiro. Une balle perdue l'a atteint en pleine gorge et tué sur le coup; il avait encore dans la main ses piécettes pour acheter du pain. Tous les témoins déclarent que le tir est parti d'un véhicule de la police appelé à la suite d'un échange de tirs entres bandes rivales. Mais la police affirme que c'est justement de cet affrontement qu'est partie la balle fatale.
Lorsque j'arrive dans la favela de Maré quelques heures plus tard pour une rencontre avec l'association de l'Observatoire des favelas, tout semble être revenu dans l'ordre. Les véhicules incendiés par des habitants pour protester contre la violence policière ont été déplacés mais l'atmosphère est lourde. Ironie du sort, à quelques kilomètres de là, le président Lula lançait le même jour dans la favela voisine de l'Alemão son projet de lutte contre la violence intitulé Territoire de paix. Avec l'aide de mères de famille volontaires, ce programme est censé calmer le jeu dans les favelas des grandes villes du Brésil.
C'est une ambiance irréelle qui règne dans ces favelas. Hier j'ai passé l'après-midi à la Rocinha qui, avec 300.000 habitants, doit être une des plus grande favelas d'Amérique latine. Dûment accompagné par un des responsables communautaires, je peux sillonner la rue centrale cramponné sur une moto-taxi ou arpenter à pied les minuscules ruelles qui grimpent sur les collines et qui sont autant de défenses retranchées pour les trafiquants en cas d'opérations policières.
Dans les rues animées, la foule s'active et va d'une boutique à l'autre. On trouve de tout dans une favela: supermarchés, banques, bijouteries, coiffeurs, terrasses; le tout surmonté des échevaux de fils électriques qui piratent l'électricité depuis le réseau de la ville "officielle". Le fitness ultramoderne avec piscine intérieure me fait penser aux premières scènes du film Gomorra. Mais une favela c'est avant tout un lieu où des millions de Brésiliens vivent, travaillent et créent des structures communautaires pour suppléer aux carences de l'état.
Quand on y regarde de plus près, on remarque pourtant les différences qui séparent ce monde parallèle avec le reste de Rio. En pleine rue, sur les stands des bocas de fumo, de jeunes trafiquants manipulent les sachets en plastique qu'ils proposent à leurs clients. Ailleurs on croise le plus naturellement du monde des hommes avec un pistolet à la ceinture. Plus tard, attablé à une terrasse, je manque de m'étrangler lorsque je vois passer d'un pas tranquille un homme avec un fusil-mitrailleur à l'épaule... Une réalité quotidienne faite de violence affichée et arrogante imposée à la moitié des carriocas. A quelques mètres de là, l'autre moitié qui n'a jamais mis les pieds dans une favela, se satisfait généralement d'une superbe ignorance.
décembre 4, 2008 | Permalink | Commentaires (0)