[ Le carnet de route d'Yves Magat ]

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Kosovo bis ?

Tskhinvali, Ossétie du Sud, Géorgie

Independance

videoNotre reportage lors de la reconnaissance de l'indépendance par la Russie

Vous avez aimé les Balkans, vous aimerez le Caucase... La plupart des gens que nous rencontrons en Ossétie du Sud reviennent inlassablement sur le même thème: le Kosovo a obtenu l'indépendance grâce aux Occidentaux, pourquoi pas nous ? Et on nous rappelle une fois de plus que l'Ossétie n'a historiquement rien à voir avec la Géorgie. Elle a été divisée en deux par un trait de plume de Staline dans les années vingt: le nord est resté au sein de la Russie et le sud a été rattaché à la République socialiste soviétique de Géorgie.

Depuis lors, les Ossètes du Sud n'ont cessé de se sentir des citoyens de seconde classe dans une Géorgie vite tentée par des sentiments nationalistes. Et cela même à l'époque soviétique où les conflits ethniques étaient pourtant -comme dans la Yougoslavie de Tito- mis en congélation.

Le problème est que sur la planète ne manquent pas les régions à velléités indépendantistes et instrumentalisables par des grandes puissances. C'est un peu la fameuse théorie des dominos si chère autrefois à "Dear Henry".

Quel sera le prochain sur la liste ? Par exemple le Haut-Karabakh à majorité arménienne enclavé en Azerbaïdjan: depuis quelques mois la tension est remontée d'un cran. Ou encore la Trandniestrie, cette bande de terre peuplée de Russes au milieu de la Moldavie. Ou même la gigantesque Crimée où vivent une majorité de Russes et que Krouchov a aussi d'un trait de plume rattachée à l'Ukraine dans les années cinquante pour commémorer un anniversaire. Le mélange y est particulièrement explosif avec les Tatars qui reviennent de force sur ce qu'ils considèrent comme leurs terres et la flotte russe de Mer Noire toujours amarrée à Sébastopol.

Avec l'indépendance du Kosovo, les Occidentaux ont brisé un tabou: celui de l'intangibilité des frontières internationales. Peu importe que cette indépendance soit juste ou non, c'est une boîte de Pandore qui a été ouverte et ce qui va encore en sortir nous réserve bien des surprises.

août 31, 2008 | Permalink | Commentaires (2)

Les cibles de Tskhinvali

Tskhinvali, Ossétie du Sud, Géorgie

Soldats

videoNotre reportage avec les forces armées ossètes du Sud

Il s'appelle Mels car ses parents étaient de fervents communistes et lui ont donné, comme c'était courant à l'époque, ce prénom composé des initiales de "Marx, Engels, Lénine, Staline". Il fallait le faire!  Actuellement Mels est capitaine dans le 6è bataillon des forces armées d'Ossétie du Sud. Petit et basané, le pistolet toujours en bandoulière, c'est le  type même du combattant caucasien, de la Tchétchénie à l'Ossétie en passant par l'Ingouchie et le Daguestan. Les alliances changent selon l'Histoire mais elles dépendent toujours de l'humeur du grand voisin russe et de la volonté farouche d'indépendance de ces peuples de montagne.

Mels nous a pris en amitié. Bavard intarrissable, il nous emmène dans les tranchées qui dominent Tskhinvali où il a affronté l'attaque géorgienne du début août en attendant l'intervention des troupes russes. Ici, contrairement à la ville dévastée, on ne voit étrangement pas d'impact d'obus. "Pourtant les Géorgiens savaient très bien où étaient nos positions, ils auraient pu facilement nous viser. Pourquoi ont-ils préféré tirer pendant la nuit sur une ville paisible endormie ?", demande Mels, un sanglot dans la voix.

Il suffit en effet de se promener dans Tskhinvali pour recenser les cibles des obus et des missiles géorgiens: bibliothèque, librairie, écoles, immeubles d'habitation, administration publique, églises, etc... Même le vieux quartier juif de Tskhinvali a pour la deuxième fois été une cible sur laquelle se sont acharnés les obusiers géorgiens.

On peut aussi se demander quels ont été les calculs du président géorgien Saakachvili en cherchant à reprendre par la force ce petit territoire alors qu'il savait que la Russie attendait le moindre prétexte pour lancer son offensive. Comment a-t-il pu utiliser les civils géorgiens et ossètes comme appât pour de sombres calculs politiques ?

Mels nous emmène avec ses compagnons d'armes voir ensuite la carcasse d'un avion de chasse abattu par ses troupes. Les débris de ferraille sinistres gisent dans une forêt au bord d'une rivière. On voit encore la chaussure d'un des deux pilotes tués en s'écrasant. Mels nous affirme avoir retrouvé sur les cadavres des papiers ukrainiens. Il soutient également que des femmes snipers baltes et des mercenaires africains combattaient aux côtés de l'armée géorgienne. Si ces informations sont avérées, elles signifieraient une dangereuse internationalisation du conflit.

La journée se termine par une suite interminables de toasts de vin ossète accompagnant les shashlicks (brochettes). On boit à l'indépendance bien sûr et aussi à la paix, à une jeunesse sans guerre et à la "brave et grande Russie" venue en aide au peuple ossète. L'histoire (avec un grand et un petit H) est loin d'être terminée !

août 30, 2008 | Permalink | Commentaires (0)

Dur d'être Ossète

Tskhinvali, Ossétie du Sud, Géorgie

Ossetie1_2

videoNotre reportage sur l'aide humanitaire russe en Ossétie du Sud

Dans le salon de Zalina et Guénnadi un éclat d'obus géorgien a fait trou de cinq cm de diamètre dans la porte-fenêtre du balcon.Le morceau de métal a ensuite rebondi contre un mur pour terminer sa course dans le vaisselier de la grand-mère.

Toujours au sixième étage de cet immeuble en brique dans le plus pur style soviétique, l'appartement voisin a été complétement anéanti par un obus. "Heureusement il n'y a pas eu de victimes", nous dit Zalina, nous étions tous cachés dans la cave de l'mmeuble". En fait de cave, il s'agit d'ne modeste pièce en terre battue légèrement en dessous du niveau du sol. On n'ose pas imaginer le massacre si l'immeuble s'était effondré. Une voisine apparaît: elle aussi était dans la cave. "On a entendu des soldats géorgiens approcher à pied. L'un d'eux criait:Tout ceci est à nous!"

L'animosité ou la haine qui oppose les Géorgiens aux "petits peuples" des montagnes caucasiennes dure depuis des générations. Staline, un Géorgien, n'a pas seulement déporté des milliers de Tchétchènes et d'Ingouches vite accusés de collaboration avec les nazis. Le "petit père du peuple" a aussi divisé l'Ossétie en deux: celle du nord est restée dans la Russie et celle du sud a été attribuée à la Géorgie, toujours bien sûr dans le cadre de l'Union soviétique.

Pour les Ossètes que nous rencontrons, le jours où le président russe Dimitri Medvedev reconnaît officiellement l'indépendance de la République d'Ossétie du Sud, c'est l'aboutissement d'un long et douloureux processus de divorce avec la Géorgie. Plusieurs conflits ont déchiré les deux peuples pendant le XXè siècle. Cette fois-ci semble la bonne. Il ne faut évidemment pas être naïf: tout ceci fait partie d'un gigantesque marchandage géostratégique mondial. Les Ossètes ne sont que de petits pions sur un échiquier où s'affrontent une Russie revigorée par son économie pétrolière et un Occident qui cherche justement à moins dépendre des matières premières et des oléoducs russes.

Lorsque je demande à Zalina si elle est consciente de l'instrumentalisation des "petits peuples" du Caucase par les grandes puissance, elle reste songeuse. "C'est une question à laquelle je n'aime d'habitude pas répondre, dit-elle, car la réponse me fait mal..." En attendant, les Ossètes du Sud se sentent libérés d'un lourd fardeau. Il reste à leur souhaiter que ce ne soit pas qu'une illusion.

août 29, 2008 | Permalink | Commentaires (0)