[ Le carnet de route d'Yves Magat ]

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Russie: nation du foot

Moscou

Supporters Tout a pourtant commencé par une belle journée sur la place rouge. L’église orthodoxe russe a recommandé à ses fidèles de prier pour la victoire de SON équipe. Les habituels marchands de rue caucasiens et les babouchkas qui proposent des concombres au sel se sont recyclés dans la vente des drapeaux. Même le sosie du dernier tsar qui pose pour les touristes aux côtés de Lénine et Staline s’est mis à croire en une révolution du foot russe.

L’ambiance sur l’avenue Tverskaia est bon enfant et le moral des supporters au plus haut. Un groupe de jeunes écoute de la musique sur la Place Maïakovskaïa en se peignant le visage aux couleurs nationales.

Paradoxalement pour la Russie, on ne voit quasiment pas de supporters en état de dépendance alcoolique grave. Il faut dire que les forces de l’ordres ont été déployées en masse. Le gouvernement ne veut surtout pas une répétition des graves émeutes de 2002, lorsque la Russie avait perdu contre le Japon. Il y avait eu alors des dizaines de blessés et des centaines de voitures incendiées dans un défoulement collectif peur courant en Russie. Cette fois il y a presque autant de policier que de supporters dans les rues de Moscou et en théorie toute boisson alcoolisée est interdite de vente en dehors des bars. De même, il a été interdit d’installer des écrans géants dans la rue pour regarder le match : tout doit se dérouler au maximum à l’intérieur.

Les jeunes Russes se sont beaucoup identifiés à leur équipe. Elle est composée de jeunes footballeurs sympathiques et dynamiques, typiques de la Russie gagnante d’aujourd’hui. Lorsqu’à la deuxième mi-temps les attaquants espagnols ont commencé à transpercer successivement le rideau de fer du gardien Akifeiev, la déception des Russes était à la hauteur de leurs espoirs.

Quand à la fin du match la foule sort des bars, l’ambiance est cassée. On rentre chez soi dans la nuit moscovite. Mais on parle déjà des prochaines victoires de l’équipe russe. Et le quotidien Le Sport soviétique  ose alors ce titre fantastique : Nos gars ne sont pas parvenus en finale mais il ont donné à la Russie la foi en des lendemains du football… A croire que le petit père du peuple était dans les tribunes !

juin 27, 2008 | Permalink | Commentaires (0)

Les mystères de St Pétersbourg

Saint Pétersbourg

PetersbourgLa ville de Saint Pétersbourg, comme son éternelle rivale Moscou, change à toute vitesse. Un gigantesque programme de rénovation de façades remet en valeur son nombre infini de palais et redonne à cette ville un peu de cette atmosphère somptueuse née dans l’imagination folle du tsar Pierre le Grand. Pourtant il y a ici comme dans toute la Russie des détails immuables de la vie quotidienne qui surprennent toujours le visiteur étranger.

Voici dans le désordre quelques questions qui restent des mystères sans réponse:

Pourquoi les Russes s’échinent-ils tous les week ends dans leur datcha à arroser de misérables concombres dont les plants coûtent beaucoup plus chers que les bocaux vendus maintenant au supermarché ?

Pourquoi tant de belles Russes s’obstinent-elles à grimper sur de hauts talons alors que leurs longues jambes émergeant de leurs micro-jupes n’ont pas besoin de tels perchoirs ?

Pourquoi les escaliers des immeubles sont-ils toujours aussi délabrés ?

La Russie est-elle soluble dans l’alcool ? Jusqu’à quand verra-t-on dans les restaurants des hommes pourtant bien accompagnés tomber soudain ivres morts, la tête dans leur assiette de “zakouskis” (hors d’oeuvres russes) ?

Et surtout: comment la vendeuse de magasin ou la gardienne de musée peut-elle au premier abord répondre par un aboiement à toute question puis soudain se transformer en la plus aimable des personnes lorsque la glace est rompue ?

Ce sont des clichés ou des lieux communs d’expat nostalgique, dira-t-on ? Peut-être, mais ce sont quand même des clichés qu’on retrouve à travers les onze fuseaux horaires de la Sainte Russie. Et surtout ce sont des traits de caractère dans un pays redevenu une grande puissance, au passage, premier exportateur d‘armes au monde, avant les Etats-Unis et l’Europe. Un pays dont les ressources et le potentiel économique dépassent largement ceux de la Chine sans en avoir les faiblesses.

Alors pourquoi toujours les hauts talons et les babouchkas passionnées de concombres, direz-vous ? Peut-être est-ce entre autres un moyen de se rattacher à un passé récent, dans un monde qui a changé tellement vite, une manière de se prouver qu’on reste russe malgre tout…

juin 5, 2008 | Permalink | Commentaires (1)