[ Le carnet de route d'Yves Magat ]

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Risotto à l'africaine

Bama, Burkina Faso

Vaneuses Des rizières verdoyantes à perte de vue: on se croirait dans les plaines de Chine ou du Vietnam. C'est en réalité la Vallée du Kou, à l'ouest du Burkina Faso. Il y a trente ans, des spécialistes de Taïwan - ceux-là mêmes qu'admirait le regretté agronome René Dumont- ont introduit la culture du riz irrigué dans plusieurs endroits d'Afrique. Les populations locales se sont habituées à sa production et sa consommation. (Voir le reportage)

La première des deux récoltes annuelles vient de commencer autour de nous mais comme dans tout le pays et quelle que soit la culture, les résultats de cette saison seront médiocres. Les pluies trop tardives et trop violentes de l'an dernier ont endommagé les murets qui n'ont ensuite pas retenu assez d'eau dans les rizières. Et comme l'eau est indispensable pour nourrir les plants de riz ainsi que pour répandre les herbicides, les producteurs se retrouvent avec trop d'épis secs et une invasion d'herbe qui a empêché le riz de se développer.

Comme nous l'explique Abdoulaye Ouédraogo, le président des coopératives rizicoles de la Vallée du Kou, l'agriculture est une activité très difficile. Celui qui a accepté de se sacrifier pour être agriculteur, il y a lieu que l'état mette le paquet pour l'appuyer parce que dans cette activité il y a trop de risques. Malheureusement pour les producteurs de riz, ils ne bénéficient plus d'aucun appui de l'état. La régie burkinabé de production et de commercialisation du riz a été dissoute il y a quelques années au nom du libre marché. Contrairement aux grands producteurs asiatiques de riz, les pays africains n'ont pas les moyens ou la volonté de résister aux injonctions de l'OMC. On soupconne aussi ici des liens commerciaux entre les importateurs de riz et certains secteurs du pouvoir peu pressés de changer la situation.

Abdoulaye Ouédraogo est un homme actif qui enrage de ne pas pouvoir développer à plus grande échelle la production de riz, surtout en cette période de pénurie de céréales. Car il y a un marché. Les dix milles tonnes de riz produites lors des bonnes années sont écoulées très rapidement. Des acheteurs viennent même du Mali. Une plus grande production serait bénéfique pour tout le monde: Tant qu'on ne peut pas s'auto-alimenter, il est difficile de parler de développement, dit-il. L'Afrique noire est mal partie, disait René Dumont. Même si depuis sa fameuse phrase prophétique, des progrès importants ont été réalisés, le chemin du développement africain est encore semé d'embûches.

mai 6, 2008 | Permalink | Commentaires (1)

C'est pas coton !

Dandé, Burkina Faso

CaseLa ferme, avec ses petits greniers à céréales et ses cases pour les trois co-épouses, les enfants et leurs femmes ressemble à une maquette de poupées.Ténézé Koné pourrait être un homme heureux si le prix du coton avait tenu ses promesses. Malgré une très légère hausse l'an dernier, il reste désespérement bas et parvient à peine à rembourser ce que tout le monde appelle ici les intrants: engrais et pesticides dont il faut abreuver la terre.

Dans une bonne partie de l'Afrique de l'Ouest, Burkina, Bénin, Mali, l'or blanc a aporté un immense espoir et, dans un premier temps, une certaine amélioration du nveau de vie. Mais face aux subventions des producteurs américains et à l'industrialisation de la production au Brésil et en Ouzbékistan, les agriculteurs africains ont de la peine à rivaliser. D'autant plus que leurs pays jouent le jeu que ne respectent pas les Etat-Unis: ils ne subventionnent pas leurs cultivateurs.

Tout au plus, ici au Burkina Faso, les producteurs de coton bénéficient d'une arme à double tranchant. Ils obtiennent des prêts pour leurs fameux intrants, à la condition de planter du coton. Ténézé Koné en assez de l'or blanc et aimerait bien étendre ses champs de maïs, mais il n'y arrive pas: Je ne peux pas abandonner le coton car je n'en ai pas les moyens. Si je veux faire du maïs je n'obtiens pas de crédit pour les engrais, donc je dois continuer à planter du coton et je m'arrange pour produire en plus un peu de maïs.

Cette situation démontre toute l'absurdité du système dans lequel sont enfermés de nombreux agriculteurs africains. Le monde entier et l'Afrique en particulier manquent de céréales; les agriculteurs africains ont les terres, les connaissances et le désir d'en produire mais leurs gouvernements leur demandent de cultiver du coton qui ne rapporte plus grand chose. Tout cela avec la bénédiction des grandes instances financières internationales qui sont en retard d'une guerre et n'ont pas encore commencé de livrer le combat contre la faim qu menace des millions d'Africains.

Comme un bon paysan à l'esprit pratique, Ténézé Koné et ses voisins des villages environnants nous ont fait comprendre comment ils contournent partiellement la difficulté. Ils obtiennent des engrais pour le coton et ils en utilisent en partie pour le maïs.

mai 5, 2008 | Permalink | Commentaires (1)

Bobo panse ses plaies

Bobo-Dioulasso, Burkina Faso

Bobo A Bobo-Dioulasso, le charme désuet des rues ombragées et des petits commerce a été ébranlé en février. Des manifestations "contre la vie chère" ont dégénéré en émeutes. Mais ce qui frappe un peu partout, c'est que les gens n'ont pas l'impression d'être impliqués dans une crise d'envergure mondiale. Au marché central on nous parle surtout de la mauvaise récolte de l'an dernier causée par de violentes pluies trop tardives qui ont tout emporté.

Dans la chaîne des intermédiaires, cette marchande a dû elle aussi répercuter la hausse des prix: Je ne fais plus de bénéfice mais je ne peux pas abandonner mon commerce, explique-t-elle. Et parfois des clients croient que c'est de ma faute si les prix ont augmenté.

Maïs, mil, riz, tout a presque doublé de prix en un an. Pour les clientes, le budget familial est devenue un casse-tête. Une jeune maman, le bébédans le dos est amère: Le sac de céréales que je payais 250 francs CFA me coûte maintenant 800 francs mais mon mari me donne toujours la même somme. Le mari croit peut-être aussi que c'est la faute de sa femme...

Comme dans tout pays pauvre, au Burkina Faso, l'essentiel du budget familial est consacré à la nourriture. La hausse des prix des aliments a des répercutions dans tous les domaines de la vie. Elle entraîne une crise économique bien au delà de l'aspect strictement alimentaire. A vingt mètres du marché central, un marchand de liqueur a vu ses revenus baisser fortement depuis le début de la crise: L'alimentation passe en premier et le luxe vient ensuite, explique-t-il, les gens n'achètent plus rien. Tout le monde se plaint. Même les grossistes ont de la peine à s'approvisionner. Et ils rejettent les accusations de stockage spéculatif.

Les causes de la crise actuelle sont multiples. Il serait faux de la limiter à quelques éléments comme les biocarburants ou la spéculation sur la nourriture des grands investisseurs institutionnels américains. Elle est le fruit mûr d'un processus qui court depuis longtemps. Un mélange de causes internationales et internes aux pays pauvres, comme l'abandon du soutien aux agriculteurs ou la corruption des élites politiques impliquées dans les importations. A cela s'ajoute bien sûr comme dans toute production agricole, les impondérables climatiques, avec ou sans réchauffement planétaire.

Dans un pays où l'écart entre la pauvreté et la misère est vite franchi, il suffit de quelques éléments pour déclencher la crise.

mai 5, 2008 | Permalink | Commentaires (1)

Les voix du village

Ouâda, Burkina Faso
Trois villageois de Ouâda, dans l'est du Burkina Faso s'expriment sur la crise alimentaire actuelle et l'aide apportée par l'association genevoise Graine de Baobab:
1) Naba Kiba, chef du village
2) Moussa Daboné, villageois
3) Kipsa Bandaogo, villageoise

mai 3, 2008 | Permalink | Commentaires (0)

Le spectre de la famine

Ouâda, Burkina Faso

Baobab Tenir jusqu'à la récolte du mois d'octobre. C'est cet espoir auquel tout le monde s'accroche ici à Ouâda, dans l'est du Burkina Faso. Mais plusieurs jeunes du village ont déjà vendu leur maigre cheptel de chèvres et vaches faméliques et sont partis chercher du travail à l'étranger. Ce sont les femmes qui doivent supporter le plus dur de cette situation, explique une villageoise, car ce sont elles qui reste à la maison avec les enfants.

L'école du village compte environ 500 enfants pour une population de cinq mille habitants. Jusqu'à présent, malgré un niveau de vie très précaire, les parents des élèves fournissaient les céréales pour le repas de midi. Mais les inondations de l'an dernier ont détruit les cultures traditionnelles: mil, sorgho. Sur un terrain très sec, les pluies violentes n'ont pas pu être absorbées. Et l'augmentation du prix du riz importé d'Asie ne permet plus aux villageois de se le procurer en remplacement. Le kilo de riz au Burkina Faso a doublé de prix en une année. Il faut donc compter sur une aide extérieure pour que les enfants aient au moins un repas par jour. C'est l'association genevoise Graine de Baobab, déjà présente dans le village depuis 2004, qui fournit depuis un mois les fonds nécessaires à l'achat de maïs et de haricots noirs.

Les habitants de Ouâda se fondent en remerciements pour cette aide. Sans cette aide, notre vie aurait perdu son sens car lorsqu'on voit ses enfants sans nourriture, il ne sert plus à rien de vivre, nous déclare le chef du village, le Naba Kiba à l'allure très respectable.

D'une manière moins lyrique, un des techniciens agricoles travaillant dans le village explique que l'aide est indispensable pour la soudure, jusqu'à la récolte de céréales d'octobre. Le problème, c'est que plusieurs villageois ont déjà consommé les semences pour ne pas mourir de faim. Ils n'ont donc plus grand chose à replanter. A Ouâda, comme dans tout le Burkina Faso et dans de nombreuy pays africain, le spectre de la famine se profile à l'horizon.

Aujourd'hui Premier Mai, dans la ville voisine de Tenkodogo, un cortège pathétique de quelques militants syndicaux sillonne les rues en protestant contre la hausse des prix des aliments: Il ne sert à rien de toujours accuser le monde entier, nous dit l'un d'eux. C'était aussi à nos autorités de prévoir cette situation et mieux gérer la répartition des cultures.

Comme ailleurs, problèmes locaux et mondialisés s'entrechoquent. Ceux qui en font les frais sont toujours les plus faibles.

Yves Magat

mai 1, 2008 | Permalink | Commentaires (1)

Les défis du Burkina Faso

Le 19:30 propose ce jeudi 8 mai une page spéciale sur les émeutes de la faim.  Yves Magat, envoyé spécial du Journal au Burkina Faso, présente deux des défis que doit relever ce pays: la gestion de l'eau et la reconversion des producteurs de coton dans la production céréalière.

Gestion de l'eau

Production de coton

mai 1, 2008 | Permalink | Commentaires (0)