[ Le carnet de route d'Yves Magat ]

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Russie Portfolio

Routes


Un itinéraire photographique russe sur neuf fuseaux horaires.

A l'occasion des reportages tournés de novembre 2007 à mars 2008.

mars 12, 2008 | Permalink | Commentaires (0)

Démocratie ou volonté populaire?

Vote Moscou
Je ne sais même pas ce que je suis venu faire ici, c'est un sacrilège ! Cet électeur russe, grand et âgé d'une soixantaine d'année est amer en sortant du bureau de vote de la rue Chvernika au sud de Moscou. Il ne veut pas nous dire pour qui il a voté ou simplement s'il a voté. Sa réaction illustre bien le malaise que ces élections présidentielles suscitent chez beaucoup de Russes, même parmi ceux qui sont favorables au gouvernement actuel.

Lors des législatives de décembre, les électeurs avaient quand même le sentiment de pouvoir choisir entre plusieurs partis. Cette fois, c'est un véritable plébiscite auquel ils ont été conviés.

Interview du Conseiller national suisse (PS-ZH) Andreas Gross, Président de la délégation de la Commission européenne venue suivre le déroulement de la campagne électorale et du scrutin:

Parmi les trois candidats rivaux de Dimitri Medvedev, seul le communiste Zhouganov représentait une véritable opposition. Plusieurs personnes nous ont dit qu'elles voteraient pour lui: un vote utile d'opposition sans aucune nostalgie pour un passé soviétique bien révolu. Pas étonnant donc qu'il ait obtenu près de 19 % des sfufrages. Mais l'élimination pour des motifs techniques des autres candidats n'a laissé personne dupe. Kasparov a jeté l'éponge car il savait qu'il ne receueillerait pas assez de signatures sur les listes électorales, Kassyanov est bien parvenu aux bout des deux millions de signatures mais il nous affirme que seules 213 ont été considérées comme non valables, quant à l'ancien dissident Boukhovski, il a acquis la double nationalité britannique et est donc devenu inéligible...

La situation est paradoxale. Cette élection ne correspond pas aux critères démocratiques occidentaux même si le scrutin s'est déroulé dans l'ensemble correctement. Le problème s'est situé en amont, au niveau de la campagne électorale au cours de laqelle les grands medias étaient réservés uniquement au dauphin de Poutine, Dimitri Medvedev.

En même temps on ne peut pas nier l'expression d'une volonté populaire. Une immense majorité de Russes approuvent la gestion du gouvernement actuel qui leur a ramené la stabilité politique et économique après les années folles qui ont suivi la chute de l'URSS. L'évolution de la situation économique montrera aux électeurs russes si l'actuelle absence de choix politique peut être acceptée plus longtemps.

mars 3, 2008 | Permalink | Commentaires (0)

Les fourmis du Grand Nord

Gazoviki Nijni Russkoie, Russie
Moins trente, moins quarante, on ne regarde même plus le thermomètre, nous dit Sergueï, un des gazoviki du gisement de Nijni Russkoie, à 40 km du cercle polaire: mais en travaillant pour Gazprom, je peux nourrir ma famille et mes enfants, leur donner une éducation. Ces ouvriers du gaz, les gazoviki, sont les fourmis du Grand Nord qui permettent à la Russie de redevenir une grande puissance grâce à ses ressources énergétiques. Le futur président russe Dimitri Medvedev illustre parfaitement ce système puisqu'il passe de la direction du géant gazier Gazprom à celle du pays.

Dans la nuit arctique la tour de forage envoie un halo de lumière diafane provenant de ses projecteurs. Un autre ouvrier, Alexi, engoncé dans ses vêtements polaires tachés de graisse devient sentimental quand on lui parle de sa famille:Ils habitent loin mais grâce aux moyens de communication, on se téléphone presque tous les jours. Ma femme murmure doucement à mon oreille, ca me permet de supporter notre séparation. Ici on travaille jour et nuit, sept jours sur sept. Les ouvriers effectuent des tranches de douze heures, vingt-huit jours de suite puis ils prennent un mois de congé. Dans l'obscurité, des jets de vapeur sortent de tuyaux accrochés aux structures métalliques. Des ombres en casque de travail se faufilent dans une atmosphère hallucinante.

Depuis la ville dortoir de Novy Urengoj, surnommée Gazprom City, ce sont des hélicoptères MIG soviétiques qui approvisionnent les gisements de la région. Il faut bien trois heures de vol au dessus de la toundra enneigée pour atteindre Ioujno Russkoie. A bord, le patron du gisement est un proche de Poutine. Carrière dans la pépinière politique de St. Petersburg, conseiller du président pour le pétrole et le gaz et maintenant directeur de ce gisement ultra moderne destiné à approvisionner l'Europe de l'Ouest. Edouard Khudainatov est typiquement un Poutine boy. L'homme est hyperactif et sympathique. Ma fille étudie en Suisse, nous dit-il. Si c'est Medvedev qui est élu, ce que nous espérons, précise-t-il en souriant, cette tendance va se poursuivre car nous bénéficierons d'une continuité du pouvoir. L'Occident n'a aucune raison d'avoir peur de Gazprom, ajoute-t-il, il est déjà intégré dans Gazprom, précisément ici dans ce gisement au travers de la société allemande BASF. Nous sommes une seule famille, si nous avons peur l'un de l'autre, nous resterons avec notre gaz et l'Occident restera dans le froid.

10 % du gaz consommé en Suisse vient de cette région. Ici, il y a un an, il n'y avait que de la neige. Le gisement de Ioujno Russkoje a des réserves pour 40 ans. Le gaz est d'abord débarrassé de ses impuretés et de son humidité. Il part ensuite dans dans le réseau international des gazoducs et atteint l'Europe de l'Ouest en un mois.

Gazprom est connu pour l'encadrement social de ses ouvriers.Mais surtout c'est un état dans l'état, on peut presque dire que c'est l'état. Le gaz, arme politico-économique pour une Russie redevenue une grande puissance ou simple gestion judicieuse de ses resources ? Les avis sont partagés. Ce qui est certain, c'est que si la Russie tousse, l'Europe de l'Ouest risque en effet d'avoir froid.

mars 1, 2008 | Permalink | Commentaires (0)