La Niña change de visage
10 janvier 2012
Malgré les prévisions optimistes du ministère de l’agriculture américain, les cours des produits céréaliers se sont envolés des deux cotés de l’Atlantique depuis la mi-décembre, gagnant de 20 à 30 euros par tonne selon les produits. Une hausse dictée par les variations du marché Sud-américain, actuellement victime du phénomène la Niña. Lequel prend cette année une tournure particulière.
L’Argentine vit sa pire sécheresse en 46 ans: le manque de précipitations des trois derniers mois s’est accompagné de périodes de fortes chaleurs, synonymes d’évaporation, rendant les sols particulièrement pauvres en eau. La récolte du blé a pu être sauvée mais les cultivateurs de maïs pourraient perdre 60% de leur production cette année. Les récoltes de soja sont également menacées.
A l’opposé de l’Argentine, le Brésil est à nouveau en proie aux inondations: à l’image des évènements de 2011, des pluies diluviennes s’abattent sur le pays depuis plusieurs semaines. Les états les plus touchés sont ceux de Rio de Janeiro et de Minas Gerais où 87 villes ont déclaré l‘état d’urgence. C’est à Divinopolis que la crue a été la plus forte, la rivière ayant dépassé de huit mètres son niveau normal.
Lors d’épisodes de type la Niña, la présence d’eaux de surface plus froides que la normale sur le Sud-est du Pacifique amène généralement un climat plus frais sur les côtes d’Amérique latine, ce qui favorise la formation des hautes pressions et la persistance d’un temps assez sec sur des vastes portions de territoire sur le Sud du Continent.
Mais la présence d’un fort anticyclone sur le Sud-Est du Pacifique provoque également un déplacement de la zone de basses pressions qui se trouve normalement en hiver sur la Colombie. Selon un scénario assez proche de celui de la fin 2010 et du début 2011, cette zone dépressionnaire stagne sur le Brésil depuis plusieurs semaines, amenant des quantités de précipitations largement au-dessus de la normale.
Les événements en cours n’ont heureusement pas des conséquences aussi catastrophiques en Australie, durement touchée début 2011. Le pays, qui reçoit traditionnellement de fortes quantités de pluies pendant les épisodes de la Niña, a été épargné cette année, les dernières récoltes étant même été meilleures que prévu. Ce qui pondère les effets de la baisse de production Sud-américaine sur le marché des céréales.
Ce changement de régime en Australie s’explique surtout par l’intensité des évènements: l’épisode de la Niña 2010-2011 a été particulièrement fort sur le Pacifique; celui en cours est plutôt qualifié de faible à modéré par les spécialistes du NCEP américain et du Bureau of Meteorology australien, donnant des proportions plus modestes aux pluies.
Selon les dernières prévisions, la Niña devrait encore produire ses effets ces prochaines semaines et se dissiper entre mars et mai. Pas de grands changements en vue sur le court terme, notamment au Brésil où de nouvelles pluies diluviennes sont attendues ces prochains jours. La situation reste assez critique…
Philippe Jeanneret
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