Publié le 05 octobre 2010 à 17:54
La Vaudaire est à la région du Bouveret ce que le Joran est aux Trois lacs. Elle surprend souvent par sa force et sa soudaineté, comme en ce début de semaine sur le haut-lac léman où des pointes à plus de 80 km/h ont été mesurées. A l’instar du Joran, ses zones de prédilection sont assez limitées, ce qui prête parfois à confusion. Autopsie du phénonène.
La Vaudaire se forme dans la vallée du Rhône et débouche sur le Haut-lac léman avec une orientation au Sud-est. Elle souffle du Bouveret jusqu’à Vevey, parfois jusqu’à Lausanne. La rive française du léman peut également être touchée mais rarement au-delà d’Evian. A St-Gingolph, on utilise parfois le terme de Vauvaire, lequel vient de Vauthaire, du latin «Vallesaria», «Vent de la vallée ».
Les reliefs élevés qui bordent le Haut-lac provoquent une accélération dans la région du Bouveret, laquelle est assez propice aux coups de vents. Plus en avant, la topographie des rives lémaniques s’adoucit, la Vaudaire y perd logiquement de son intensité, ce qui explique qu’elle ne dépasse que rarement les 30 km/h devant Lausanne. Bref, c’est une «spécialité du bout du lac».
La Vaudaire se forme lorsque des cellules orageuses circulent de la Savoie aux Préalpes vaudoises dans un courant de Sud-ouest, d’où l’appellation de Vaudaire d’orage. En passant sur la Vallée du Rhône, l’air froid qui se déverse des nuages d’orages a en effet tendance à refluer en direction du Léman. Le phénomène est d’autant plus violent qu’il se produit à proximité de reliefs escarpés.
Dans ce genre de situations, la durée d’un coup de vent oscille entre 30 minutes et 3h00 sur le Haut-lac. Rarement plus. Le plus souvent, la Vaudaire apparaît de manière soudaine, ce qui tient à la nature même des orages mais également au fait que ces dernier ne soient pas toujours visibles depuis le lac. Sans parler de la végétation - élevée et dense - qui se trouve derrière Villeneuve et qui empêche l’observateur de déceler les signes précurseurs d’un coup de vent…
Dans plus de 60% des cas, la Vaudaire souffle pendant un épisode de foehn, phénomène conditionné par une surpression atmosphérique entre les versants Sud des Alpes et le Plateau. Dans ce genre de situation, l’orientation et la force de la Vaudaire sont comparables aux situations orageuses mais la durée du phénomène est plus importante. Ainsi, des épisodes de plusieurs heures de Vaudaires sont-ils fréquents par foehn, comme les 17 et 18 avril 1962 où cette dernière s’est manifestée pendant une trentaine d’heures.
Contrairement aux épisodes orageux - qui se caractérisent par la présence d’air froid -, la Vaudaire de foehn se distingue par l’arrivée d’air chaud et sec depuis la vallée du Rhône. Ce dernier s’installe d’abord en altitude, puis se pose dans les basses couches, après érosion de l’air froid – plus lourd – qui se trouve à la surface de l’eau. Le phénomène se reconnaît à la formation d’une pente de brume, perceptible à la droite de cette photo prise le 4 octobre depuis la Tour de Peilz.
La Vaudaire de foehn ne va pas au-delà de Lausanne ou d’Evian. Dans son prolongement, le vent devient plus faible et prend une orientation Est/Nord-est sur le versant occidental du léman, d’où une certaine confusion avec la bise. Dans ce genre de cas, les spécialistes parlent plutôt de bise de foehn. L’expression «retour de foehn » peut également être utilisée.
Philippe Jeanneret
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Commentaires
Juste un petit mot pour communiquer mon appréciation de tous ces billets ! Parfait mélange d'enthousiasme communicatif, de pédagogie éclairée.
Amicalement,
Un fan du blog,
Serge Rosenberg
Rédigé par : Serge Rosenberg | 19 oct 2010 18:01:02
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