Les ouragans aux abonnés absents
29 septembre 2009
D’habitude la saison des ouragans bat son plein sur l’Atlantique au mois de septembre, et les météorologues du National Hurricane Center ne savent plus où donner de la tête. Mais cette année c’est le calme plat. Et on se demande si ça ne va pas durer…
Les éminents spécialistes du NHC avaient annoncé une activité cyclonique au-dessus de la normale pour 2009: entre 9 et 14 tempêtes tropicales auraient dû se former sur l’Atlantique, 4 à 7 d’entre-elles pouvant atteindre le stade d’ouragans. Mais depuis le mois de juillet, seuls deux ouragans ont été répertoriés. On est bien loin du compte.
Principal responsable, El Niño qui a montré de premiers signes de reprise au mois de juin. Le phénomène qui entraîne surtout des aléas climatiques autour du Pacifique, exerce également une influence entre les côtes du Sénégal et les Caraïbes.
L’une des conditions nécessaire à la formation des ouragans est en effet l’absence de cisaillement en altitude. Dans de telles situations - caractérisées par des changements brusques de la force et de l’orientation du vent -, les mouvements ascendants s’atténuent à l’intérieur du cyclone. Lequel décline assez rapidement.
Or, lors d’évènements de type El-Niño, l’allure générale des courants atmosphériques a tendance à se modifier, pas seulement au-dessus du Pacifique mais également sur l’Atlantique tropical. Une variation à grande échelle qui se traduit par une augmentation du cisaillement entre le Sénégal et les îles du Cap Vert. Et par une diminution significative de l’activité cyclonique.
Il va sans dire que les habitants des zones sensibles aux cyclones se réjouissent du retour d’El Niño. Mais ils ne sont pas forcément au bout de leur peine: les phénomènes de cisaillement peuvent temporairement s’interrompre, et ouvrir la voie aux cyclones. Il n’est d’ailleurs pas exclu que ces derniers puissent encore se développer sous forme d’ouragans majeurs d’ici la fin de la saison. La prudence reste de mise.
Selon une opinion largement répandue auprès du grand public, le réchauffement climatique devrait s’accompagner d’une augmentation du nombre des ouragans dans les prochaines décennies. Une étude menée par Mann et Emanuel en 2006 a cependant démontré quel tel ne devrait pas être le cas: dans un processus global de montée des températures, les phénomènes de cisaillement devraient justement augmenter sur l’Atlantique tropical, ce qui aura pour conséquence de faire diminuer le nombre des ouragans.
Cette même étude montre que parallèlement à une diminution du nombre des ouragans, l'intensité des événements devrait être plus forte. Autrement dit, les ouragans de catégorie 1 à 3 sur l’échelle Saffir-Simpson seront moins nombreux, tandis que ceux de catégorie 4 et 5 seront en augmentation.
Ce qui nous renvoie furieusement à la théorie des vases communicants…
Philippe Jeanneret avec le concours de Martin Beniston, Professeur de climatologie à l'Université de Genève.
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