Le cauchemar du navigateur
16 juin 2009
Le vent était aux abonnés absents lors du traditionnel Bol d’Or du lac Léman, le premier multicoque ne franchissant la ligne qu’après 19 heures et 33 minutes de course. Seuls le Séchard et un semblant de Rebat ont daigné souffler pendant la journée de samedi: la patience des navigateurs a été soumise à rude épreuve.
Les modèles numériques avaient vu juste, le Léman s’est trouvé le 13 juin sous l’influence d’un solide anticyclone. Les courants d’altitude étant assez faibles, les chances de vents venaient essentiellement des thermiques dont les mécanismes reposent sur les différences de températures existant d’un point à l’autre.
Le jour, l’air réchauffé sur terre se dilate et s’élève en provoquant un mouvement qui va du large vers la côte. La nuit, c’est l’inverse qui se produit: la terre se refroidit et cette fois, l’air - plus lourd - tend à descendre des reliefs côtiers et à s’écouler vers le large. Le tout forme une boucle sur une épaisseur de quelques centaines de mètres.
De parts et d’autres du Léman, le phénomène ne se présente cependant pas de la même manière. Ainsi, sur le Grand-lac, le Rebat se développe autour de deux «boucles de thermiques», l’une utilisant les ascendances à la côte française, l’autre à la côte suisse. Le centre du plan d’eau se caractérise par des mouvements descendants et de belles zones de calme plat. Sur le Petit et le Haut-lac, les reliefs – relativement élevés – qui bordent le plan d’eau obligent le vent à se canaliser, d'où la forme longitudinale des courants.
Mais cette mécanique est fragile et deux facteurs ont été défavorables aux thermiques pendant la journée de samedi, à commencer par la présence d’inversions de températures entre 800 et 1500 mètres d’altitude. Dans de telles situations, la portée des ascendances est assez limitée. Mais surtout les vents se sont orientés au Sud-est vers 1500 mètres, ce qui s'oppose au développement des thermiques à la côte suisse. D’où un Rebat hésitant sur le Grand-lac et ne soufflant qu’à la côte française entre Yvoire et Thonon.
Ce même Rebat a soufflé sur le Haut-lac pendant quelques heures, atteignant en moyenne entre 1 et 4 nœuds. Mais faute de vents sur le Grand-lac à partir de Thonon, la plupart des bateaux n’y sont jamais parvenus. Ce qui explique le nombre record d’abandons.
Heureusement pour les plus tenaces, les thermiques nocturnes ont été moins parcimonieux à partir de 20h, soufflant par exemple sous forme de Vauderon, ou de Dézaley à la Côte Suisse.
Aux meilleurs moments de la nuit, les pointes ont atteint les 7 à 8 nœuds. Bonne affaire pour les multicoques les plus rapides, capables de faire jusqu’à deux fois la vitesse du vent.
Ce genre de situation - dominée par de longue périodes de calmes -, est assez rare pendant les Bol d’Or du lac Léman. Pour trouver des conditions comparables, il faut remonter à l’édition 1962, laquelle avait été remportée par le 8M JI Marie-Josée II, en 31 heures et 54 minutes. Soit 6 minutes avant la clôture officielle de la course…
Philippe Jeanneret
Commentaires
Pas d'bol !
Rédigé par: fatus | 17 juin 2009 09:05:58
Pas ras l'bol, drôle d'histoire !
Rédigé par: Anne | 17 juin 2009 22:58:38
Météo peu fiable comme souvent. Météo suisse (prévisions par téléphone) a annoncé le matin du bol un séchard qui s'est à peine levé pour nous pousser faiblement jusqu'à Ivoire. D'autre part il était annoncé un vent du sud ouest pour le dimanche...c'est du nord est qu'est venu le vent pendant l'après midi. Pas de quoi pavoiser!
Rédigé par: claude | 17 juin 2009 23:48:24
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