La chronique météo de Philippe Jeanneret

El Niño: la valse-hésitation

Anomalies de surface 27 mai 2009 source noaa Malgré le retour à des conditions neutres au début de l’année, de nouvelles anomalies de températures ont été constatées à la surface du Pacifique équatorial à la fin du mois de mai, laissant entrevoir l’avènement d’un épisode El Niño entre juin et août 2009. Les spécialistes du National Prediction Center américain restent cependant assez prudents quant à l’intensité et la durée du phénomène.

Atténuation de la mousson, sécheresse en Australie ou fortes précipitations sur les côtes pacifiques de l’Amérique latine, de nombreux aléas climatiques pourraient se produire d’ici à la fin de l’année. Sans parler des conséquences indirectes d’El Niño autour du globe, comme une réduction de l’activité cyclonique sur l’Atlantique et les Caraïbes.

El nino dispersion des modèles sourcie iri Mais les modèles numériques sont loin d’être unanimes quant à l’intensité et la durée de l’épisode. Suivant les cas, l’indice ONI (Oceanic Niño Index) - qui permet de quantifier le phénomène – oscille entre -0,2 et + 2,1.

Des valeurs comprises entre -0,5 et +0,5, se traduiraient par la persistance de conditions neutres autour du Pacifique. Au delà, les aléas caractéristiques d’El Niño devraient se manifester, l’intensité du phénomène étant comparable à celle du fort épisode de 1997-98 avec un indice de +2,1. Ce qui en dit long sur les divergences.

Pacifique australie Dans ce contexte hésitant – digne des fluctuations boursières –, le très officiel NOAA (National Oceanographic and Atmospheric Administration) n’a pas encore jugé utile de faire un communiqué officiel. Tout comme le National Hurricane Center de Miami ne s’est toujours pas décidé à mettre à jour ses prévisions d’activité cyclonique sur l’Atlantique. Laquelle pourrait bien être revue à la baisse...

Philippe Jeanneret

juin 23, 2009 | Permalink | Commentaires (5)

Le cauchemar du navigateur

Swisstxt20090614_10824659_2 Le vent était aux abonnés absents lors du traditionnel Bol d’Or du lac Léman, le premier multicoque ne franchissant la ligne qu’après 19 heures et 33 minutes de course. Seuls le Séchard et un semblant de Rebat ont daigné souffler pendant la journée de samedi: la patience des navigateurs a été soumise à rude épreuve.

2009061312_eur Les modèles numériques avaient vu juste, le Léman s’est trouvé le 13 juin sous l’influence d’un solide anticyclone. Les courants d’altitude étant assez faibles, les chances de vents venaient essentiellement des thermiques dont les mécanismes reposent sur les différences de températures existant d’un point à l’autre.

Thermiques Le jour, l’air réchauffé sur terre se dilate et s’élève en provoquant un mouvement qui va du large vers la côte. La nuit, c’est l’inverse qui se produit: la terre se refroidit et cette fois, l’air - plus lourd - tend à descendre des reliefs côtiers et à s’écouler vers le large. Le tout forme une boucle sur une épaisseur de quelques centaines de mètres.

Thermiques sur le léman De parts et d’autres du Léman, le phénomène ne se présente cependant pas de la même manière. Ainsi, sur le Grand-lac, le Rebat se développe autour de deux «boucles de thermiques», l’une utilisant les ascendances à la côte française, l’autre à la côte suisse. Le centre du plan d’eau se caractérise par des mouvements descendants et de belles zones de calme plat. Sur le Petit et le Haut-lac, les reliefs – relativement élevés – qui bordent le plan d’eau obligent le vent à se canaliser, d'où la forme longitudinale des courants.

Bol d'Or 2009 12h-17h Mais cette mécanique est fragile et deux facteurs ont été défavorables aux thermiques pendant la journée de samedi, à commencer par la présence d’inversions de températures entre 800 et 1500 mètres d’altitude. Dans de telles situations, la portée des ascendances est assez limitée. Mais surtout les vents se sont orientés au Sud-est vers 1500 mètres, ce qui s'oppose au développement des thermiques à la côte suisse. D’où un Rebat hésitant sur le Grand-lac et ne soufflant qu’à la côte française entre Yvoire et Thonon.

Ce même Rebat a soufflé sur le Haut-lac pendant quelques heures, atteignant en moyenne entre 1 et 4 nœuds. Mais faute de vents sur le Grand-lac à partir de Thonon, la plupart des bateaux n’y sont jamais parvenus. Ce qui explique le nombre record d’abandons.

Heureusement pour les plus tenaces, les thermiques nocturnes ont été moins parcimonieux à partir de 20h, soufflant par exemple sous forme de Vauderon, ou de Dézaley à la Côte Suisse.
Aux meilleurs moments de la nuit, les pointes ont atteint les 7 à 8 nœuds. Bonne affaire pour les multicoques les plus rapides, capables de faire jusqu’à deux fois la vitesse du vent.

2 Ce genre de situation - dominée par de longue périodes de calmes -, est assez rare pendant les Bol d’Or du lac Léman. Pour trouver des conditions comparables, il faut remonter à l’édition 1962, laquelle avait été remportée par le 8M JI Marie-Josée II, en 31 heures et 54 minutes. Soit 6 minutes avant la clôture officielle de la course…

Philippe Jeanneret


juin 16, 2009 | Permalink | Commentaires (3)

A la Saint-Médard, les nuages ne sont pas en retard

Photo daniel aebersold Après les records de chaleur du mois de mai, les pluies sont revenues à la charge, d’abord sous forme d’orages isolés, puis de perturbations bien organisées. Une situation pas toujours facile à gérer, comme à l'occasion de la régate de la Genève-Rolle samedi passé, mais qui reste relativement conforme à nos habitudes.

Orages 6 juin source modis La période de la Saint-Médard que nous traversons depuis quelques jours est en effet assez propice aux courants d’ouest. Et si dicton «S’il pleut à la Saint-Médard, il pleut pendant quarante jours, à moins que Saint Barnabé ne lui coupe le nez» est largement démenti par les statistiques, le début juin n’en reste pas moins pluvieux.

Ainsi, les cumuls de précipitations atteignent en moyenne 115 mm à Pully au moins de juin, contre 91 seulement en juillet, ce qui montre bien le caractère humide de cette période. Sur les autres stations de mesures suisses, les chiffres sont assez variables mais la proportion est sensiblement la même, que ce soit en plaine ou en montagne.

Autre caractéristique de la première quinzaine de juin, le froid peut faire des intrusions spectaculaires, à l’image de la situation de 2006, où les crêtes du Jura s’étaient couvertes de neige pendant quelques jours. Même scénario à peu de choses près en 2008. Mais qu’on se rassure, ces épisodes de froid persistent rarement au-delà du 20 juin.

Anticyclone des Açores juin 2008 Ce phénomène de va-et-vient est en grande partie conditionné par l’anticyclone des Açores. Ce dernier a toujours tendance à se renforcer en période estivale, phénomène qui s’accompagne généralement par l’établissement d’un courant d’Ouest. Et par le retour chronique des pluies.

Cette année, nous n’échapperons pas à la règle, à ceci près que nous aurons quand-même droit à une crête de hautes pressions pendant le week-end. Accalmie passagère certes, mais qui redonnera un peu le sourire aux patrons des terrasses de café.

Philippe Jeanneret

juin 9, 2009 | Permalink | Commentaires (1)

Ouragans sur l'Atlantique: prévisions pour 2009

Saison 2009 source noaa La saison des cyclones est sur le point de commencer mais contrairement à 2008, l’activité devrait être proche de la normale ces prochains mois, annoncent les experts du NHC américain (National Hurricane Center). D’après les premières projections, entre 9 et 14 tempêtes tropicales devraient se former sur l’Atlantique, 4 à 7 d’entre-elles pouvant atteindre le stade d’ouragan, dont 1 à 3 sous forme majeure.

Gustav source noaa En 2008 l’activité avait été supérieure à la normale, 5 ouragans majeurs ayant été répertoriés sur l’Atlantique. Principale responsable, la Niña qui se caractérise par des anomalies froides de températures à la surface du Pacifique et par la présence de fortes quantités d’humidité au-dessus de l’Atlantique tropical. Ce qui est favorable à l’activité cyclonique.

Mais depuis quelques mois, la Niña a cessé de produire ses effets. Quant à El Niño - qui peut également avoir une influence sur le nombre et l'intensité des ouragans -, aucun signal ne montre son retour. D’où l’idée que ces derniers ne devraient pas jouer de rôle en 2009.

672px-Amo_timeseries_1856-present_svg Autre facteur important, «l’Oscillation atlantique multidécennale». Le phénomène qui évolue sur une périodicité allant de 40 à 80 ans, conditionne les variations de températures à la surface de l’Atlantique. Un élément primordial dans les processus de formation des ouragans et qui explique en grande partie l’augmentation du nombre de cyclones depuis 1995 entre les îles du Cap Vert et les Caraïbes. Dans ce domaine également, les spécialistes n’attendent pas de changement dans les mois à venir.

Même constat sur la circulation des courants atmosphériques, comme la force et l’orientation des vents d’altitude qui jouent un rôle important dans la formation des ouragans. Ce genre de paramètre est cependant difficile à prévoir plusieurs mois à l’avance. En 2007 par exemple, des phénomènes de cisaillements (changements brusques de force et d’orientation du vent en altitude) avaient fortement atténué l’activité cyclonique au large des îles du Cap Vert. D’où une prévision plus pessimiste que la réalité.

Gustav - cuba 2008 Les tempêtes tropicales se forment sur l’Atlantique entre les mois de juin et novembre, le pic d’activité étant généralement atteint vers la mi-septembre. Selon les spécialistes du NHC, la probabilité que l’activité soit dans la norme en 2009 est de 50%, contre 25% seulement en faveur d’une saison «au-dessus de la normale.


A suivre sur l’incontournable site du National Hurricane Center de Miami.

Philippe Jeanneret avec le concours du NOAA.

juin 2, 2009 | Permalink | Commentaires (0)