La chronique météo de Philippe Jeanneret

La bataille des avis de prudence

Avis de prudence Les avis de prudence font l’objet de toutes les convoitises et la bataille est rude entre Météosuisse et ses concurrents. Dans un récent projet d’ordonnance, le Conseil Fédéral se demande d'ailleurs s’il ne faut pas faire un peu de ménage.

Contrairement à d’autres pays européens, la Suisse n’a encore pas jugé utile de mettre en place un monopole dans le domaine des alertes météo. Ainsi, Météosuisse n’est-il pas le seul organisme à diffuser des avis de prudence sur le territoire helvétique: d’autres le font également, comme Sf Meteo outre Sarine.

Depuis deux ans, les particuliers peuvent même s’abonner à un service de sms gratuit par le biais de wetteralarm.ch. L’usager donne ses coordonnées (numéro de portable, code postal) et choisit le type de dangers pour lequel il souhaite être prévenu. Il est également possible de décider à partir de quel seuil les avis doivent être émis, ce qui évite des avalanches de messages. Un service dont le nombre d’abonnés est monté en flèche en 2008.

En réponse, Météosuisse a récemment procédé à un certain nombre de changements sur son site: le découpage des zones de vigilance à été amélioré, une rubrique «perspective» sur la tendance pour les jours à venir, a également été inaugurée. Et bien-sûr, un système de sms gratuits a été mis sur pied.

Le principe est le même qu’avec wetteralarm.ch, l’usager pouvant choisir entre différentes catégories de services, mais les seuils ne sont pas les mêmes. Ainsi, l’avis de fortes pluies au premier niveau est lancé par Météosuisse dès que les cumuls atteignent 50mm en 24h sur les versants Nord des Alpes, alors qu’avec SfMeteo, ce même seuil est ramené à 30mm. Un exemple parmi d’autres.

Avant de se décider pour un service, l’usager doit donc comparer les offres. Mais en pratique, l’exercice est assez difficile, la plupart des personnes concernées n’ayant aucune idée des risques que peuvent représenter 30 ou 50 mm de pluies pour leur région...

Cerise sur le gâteau, suite à une motion parlementaire le Conseil Fédéral vient de lancer une procédure de consultation dans le cadre de la révision de l’ordonnance sur l’Alarme (OAL). Afin de prévenir les risques de dérapage - et pour assurer la bonne diffusion des messages -, il propose une réglementation plus stricte.

Au sens de la nouvelle ordonnance, seul Météosuisse aurait le droit de diffuser de telles alertes, les médias nationaux ayant quant à eux l’obligation de les diffuser. Si elle est adoptée, cette législation obligerait SF Meteo à retirer son service. Pour la TSR, qui relaie déjà les avis de Météosuisse, cela ne devrait rien changer.

Une réglementation plus stricte est-elle nécessaire ou faut-il laisser les mécanismes de la concurrence faire la sélection? Si vous avez un avis sur la question, c’est l'occasion de le faire savoir.

Philippe Jeanneret


Précision importante:

En réalité, SFMeteo ne serait pas obligé de retirer son service: dans le document précité, le CF stipule que "D'autres prestataires de services (également privés) qui proposent des prévisions météorologiques ou hydrologiques ou signalent l'apparition éventuelle de phénomènes naturels dangereux ne sont pas limités quant à leurs activités commerciales. Ils ne pourront cependant pas prétendre au label d'alerte officielle".

mars 31, 2009 | Permalink | Commentaires (4)

Le régime des colonels

Lancés il y a plus de 20 ans, les bulletins météo de Rai Due sont devenus une véritable institution au sein du pavé audiovisuel italien. A la clé du succès, les présentations des officiers de l’armée de l’air en uniforme, un phénomène médiatique unique en Europe.

On imagine mal les présentateurs météo de la TSR faire leur travail en gris-vert, même chose d’ailleurs en France ou en Belgique. En Italie cependant, le concept n’a pas été remis en cause depuis son lancement, la présence à l’antenne des officiers de l’armée de l’air ayant même été renforcée ces dernières années.

On peut arguer que les uniformes italiens sont particulièrement seyants et jouissent d’un certain prestige auprès de la population. L’Aeronautica Militare bénéficie par ailleurs d’une assez bonne réputation en tant que fournisseur de prévisions. Mais cela n’explique pas tout.

Bernacca Au milieu des années 60, le paysage audiovisuel italien s’est enrichit d’un personnage haut en couleurs, le fameux colonel de l’Armée de l’Air, Edmondo Bernacca (1914-1993), lequel s’est illustré par son grand sens de la vulgarisation. Grâce à lui des millions de téléspectateurs se sont familiarisés avec les cartes de fronts et ont compris l’importance de l’anticyclone des Açores en période estivale.

Figure mythique de Rai Uno pendant près de 20 ans, Edmondo Bernacca a poursuivi ses activités bien après l'âge de la retraite. Il a même reçu le grade de Général en fin de carrière. Un succès sans précédents, dont l’Aeronautica Militare a finit par tirer profit.

Le tournant fut pris en 1988, les officiers de l’Armée de l’Air, jusque-là en tenue civile, passèrent à l’antenne en uniforme sur Rai Due. Un changement d’habitudes télévisuelles certes, mais qui s’inscrivait dans la continuité des présentations d’Edmondo Bernacca.
Même si la démarche prêtait à sourire, le ton de certains officiers étant parfois assez académique, le succès fut très rapide.

Team aeronautica militare Aujourd’hui, l’Aeronautica continue de «prêter» ses officiers à Rai Due, ces derniers portant souvent le grade de major ou de colonel à l’image de leur illustre prédécesseur. Une association regroupant des passionnés de météo et portant son nom, a d’ailleurs été fondée en 2006.

Philippe Jeanneret

Rubrique dédiée à Jean-Daniel Altheer, équivalent helvétique d'Edmondo Bernacca, les galons en moins.

mars 24, 2009 | Permalink | Commentaires (1)

«La plus grosse pollution du monde»

AsianSmokeCloud source nasa Depuis plusieurs années, un gigantesque nuage de pollution recouvre de décembre à avril le sud de l'Asie, du Pakistan à la Chine en passant par l'Inde. Appelé également «nuage brun» d’Asie, ce dernier est déjà à l’origine de nombreux décès dans les grands centres urbains. Une équipe de l'université de Stockholm, en collaboration avec des chercheurs indiens, vient d’en déterminer l’origine précise.

Cette pollution, dénoncée à l’occasion du rapport publié en 2002 par le Programme des Nations unies pour l'environnement (UNEP), résulte du fort développement démographique et économique de ces pays au cours des dernières décennies. Elle se constitue d'aérosols soufrés, d'oxyde de carbone, d'ozone, d'oxydes d'azote, de suie ainsi que de poussières diverses.

Nuage brun source hung nguyen ucsd Ses conséquences sont multiples: réduction d'environ 10 % de la quantité d'énergie solaire touchant le sol, diminution des précipitations de 20 % à 40 % dans certaines régions, baisse des rendements agricoles. Sans parler du fort impact sur la santé des populations locales (des dizaines de milliers de décès prématurés dans les grandes villes lui sont attribués chaque année) et des répercussions sur le climat mondial.

Différentes hypothèses ont été avancées pour expliquer l’origine de ces particules. Mais jusqu’à ce jour, il n’avait pas été possible de quantifier la proportion des différentes substances contenues dans le nuage. Lacune comblée aujourd’hui, un groupe de recherche suédo-indien a en effet prélevé des particules du nuage au sommet de montagnes en Inde de l'ouest ainsi qu'aux îles Maldives et a procédé à un examen au carbone 14.

Il a ainsi été possible de différencier les particules provenant de la combustion de la biomasse de celles provenant de la combustion de combustible fossile. La biomasse – de formation récente – contient de grandes quantités de carbone 14. A l’inverse, les combustibles fossiles - enfouis pendant des millénaires – en recèlent beaucoup moins, ce dernier ayant eu largement le temps de se désintégrer.

Feux de foret Les résultats de l’analyse montrent que deux-tiers des particules proviennent de la combustion de biomasse, c'est-à-dire des incendies de forêts, mais aussi de la production d'énergie par combustions de fumier et de résidu de coupes forestières, chose assez fréquente en Inde. Les particules produites par combustion de combustibles fossiles, essentiellement par l'industrie et les transports, représentent le dernier tiers.

Une étude qui permet de mieux définir les moyens à mettre en action pour endiguer le phénomène. Mais la mise en place concrète de mesures anti-pollution reste délicate dans la plupart des pays concernés, les négociations internationales sur le Climat l’ont encore démontré en 2008.

Philippe Jeanneret

mars 17, 2009 | Permalink | Commentaires (3)

Le Jet-stream pour les nuls

Jet_stream Le Jet-stream ou Courant-Jet est devenu populaire il y a dix ans à l’occasion du tour du monde en ballon de Bertrand Piccard et de Brian Jones. Ce courant très rapide atteint quelques centaines de kilomètres de large pour quelques centaines de mètres d’épaisseur, et peut s’étendre sur des milliers, voire des dizaines de milliers de kilomètres. A l’intérieur, la vitesse des vents est d’environ 200 à 300 km/h. Dans les cas extrêmes, elle peut dépasser les 400 km/h.

La présence d’un Jet-Stream s’explique par le fait qu’à pression égale, une couche d’air froid (caractérisée par une forte densité moléculaire) sera moins épaisse qu’une couche d’air chaud. Ainsi, au-dessus des régions polaires, le niveau de pression 500 hpa se situe généralement vers 5’000 mètres, tandis qu’on le rencontre environ 1’000 mètres plus haut au-dessus des régions tropicales.

Jet stream source René Mayençon Cette différence d’altitude pour un même niveau de pression est à l’origine de fortes pentes qui se forment au-dessus des zones où l’air froid entre en contact avec l’air chaud qui vient du Sud. Le phénomène se manifeste en particulier à des niveaux de pression compris entre 200 et 300 hpa, soit à des altitudes comprises entre 9’000 et 11’000 mètres.

A l’image de la force centrifuge qui s’exerce sur les cyclistes sur un anneau de vitesse, la force de Coriolis (ou force de déviation) empêche le vent de s’engouffrer vers les basses pressions, d’où un phénomène d’accélération le long de ces pentes. Plus ces dernières seront fortes, plus la vitesse du vent sera élevée.

L’allure générale du courant sera également déterminante: plus ce dernier sera rectiligne, plus les vents seront puissants. Le phénomène s’est par exemple vérifié au passage de la tempête Lothar le 26 décembre 1999, ou plus récemment avec Klaus le 24 janvier dernier.

Ngp10_w30_120_atlantic Il y a deux types de jet-streams:
- Le Jet-stream subtropical, situé entre les circulations atmosphériques tropicales et de moyenne latitude. Lequel circule par exemple sur le Nord de l’Afrique en période hivernale.
- Le Jet-stream polaire qui sépare l’air polaire de l’air chaud qui circule aux latitudes moyennes et que l’on trouve fréquemment au-dessus de l’Europe.

La position Jet-stream polaire change avec les saisons: en hiver il tend à se former à une altitude plus faible et à circuler plus au Sud. Il passe ainsi régulièrement au-dessus de la Méditerranée. En été, il tend à se former à une altitude plus élevée et circule plutôt sur le Nord de l’Europe. Mais ce n’est pas une règle absolue.

JetStream Le Jet-stream joue un rôle important dans la circulation générale des courants et conditionne également un certain nombre de processus atmosphériques. Ainsi, la partie active des dépressions qui circulent sur l’Europe se trouvera très souvent sur le flanc Nord du Jet-stream.La présence de ce dernier constituera également une circonstance aggravante lors de situations orageuses, à l’image de la situation du 18 juillet 2005.

Philippe Jeanneret

mars 10, 2009 | Permalink | Commentaires (5)

Bise Repetita

Bise C’est un classique du climat romand, la bise souffle toujours pendant le salon de l’auto. Et 2009 ne devrait pas échapper à la règle! A ceci près que cette semaine, les visiteurs du bout du lac auront peut-être droit à la bise noire. Frissons garantis.

La force et la fréquence des vents de Nord-Est peuvent varier d’une année à l’autre mais il est rare qu’au mois de mars ces derniers ne soient pas au rendez-vous. On parle d’ailleurs de spécialité du bout du Lac, les statistiques de Météosuisse montrant à cette période de l’année une nette prédominance des situations de bise à Genève, par rapport aux autres régions de plaine.

Bise de beau temps La régularité du phénomène s’explique par le fait qu’au printemps les dépressions transitent plus facilement entre le Nord de l’Europe et la Méditerranée. Lorsque ces dernières se trouvent entre le Golfe de Gênes et l’Adriatique - et que simultanément un anticyclone se forme sur les îles britanniques -, la bise s’installe.

Dans une majorité de cas, la proximité des hautes pressions se traduit par le retour à un temps ensoleillé. Mais suivant la position et les caractéristiques de la dépression qui se trouve au Sud, des quantités non négligeables d’humidité circulent alors vers la Suisse. D’où les situations de bise noire.

Bise noire On parle de bise noire à cause de la couverture nuageuse assez compacte qui s’étend non seulement sur le plateau mais aussi sur le Jura, les Préalpes et une bonne partie des Alpes. Parfois, les pluies, voire les chutes de neige, sont également de la partie. Mais c’est l’Est de la Suisse qui est généralement le plus exposé, l’humidité arrivant précisément par l’Est.

L’adage « petite pluie abat grand vent » s’applique par ailleurs assez bien à ce genre de situations. Selon un calcul empirique, la bise perd en moyenne une force beaufort par temps nuageux et une force supplémentaire par temps de pluie. Ainsi, à gradient de pression égal, une bise noire sera moins soutenue qu’une bise accompagnée de soleil.

Autant de caractéristiques qui devraient se vérifier ces prochains jours, les modèles numériques faisant justement transiter une dépression entre l’Angleterre et l’Adriatique. Cela dit, de la bise il y en aura, mais pas pour longtemps semble-t-il.

Voilà qui nous changera des années précédentes!
Philippe Jeanneret


mars 3, 2009 | Permalink | Commentaires (3)