La chronique météo de Philippe Jeanneret
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Le pire des hivers
25 novembre 2008
On connaît les grands froids de 1962-63, ceux de février 1956 ou encore les terribles conditions de 1954 qui furent à l’origine des premiers appels de l’abbé Pierre. Mais l’histoire nous apprend qu’il y a plus extrême encore, notamment pendant le Petit Age Glaciaire entre le 16ème et le 19ème siècle. Dans ce contexte – globalement plus froid que le nôtre - la référence est probablement l’hiver 1708-1709.
Pas moins de sept vagues de froids traversèrent l’Europe entre octobre 1708 et mars 1709, l’épisode le plus intense étant celui du mois de janvier. D’après les mesures effectuées par Louis Marin, observateur du Thermomètre sous Louis XIV, les minima atteignirent entre -10 et -18 degrés à Paris du 10 au 21 janvier. Toute l’Europe fut touchée par cette invasion d’air polaire dont les premiers assauts furent donnés entre le 5 et le 7 janvier.
Dès le début du mois, les oliveraies méridionales furent détruites par le gel. Tous les fleuves et lacs furent pris par les glaces, de Stockholm à Riga en passant par Naples et Cadix. L’Ebre gela en Espagne, les lacs suisses, notamment celui de Constance purent être traversés en voiture. La Baltique quant à elle était encore recouverte de glaces le 8 avril. De nombreuses espèces d’oiseaux, d’insectes ou de plantes furent décimées.
Mais surtout le prix du froment augmenta rapidement, passant de 9 livres le setier en juin 1708 à 25 en mars 1709 et même 45 entre mai et juin de la même année. Ce fut la disette. Le dégel spectaculaire qui s’en suivit, fut à l’origine de nombreuses inondations. Cumulé avec les épidémies, le bilan de tous ces évènements s’éleva à 600'000 morts rien que pour la France, à une époque où le pays comptait 20 millions d’habitants.
D’après Christian Pfister, cette situation hors norme aurait été engendrée par l’établissement d’un solide anticyclone de type sibérien, lequel aurait dirigé de l’air froid sur toute l’Europe, y compris sur le pourtour méditerranéen. L’ampleur du phénomène s’explique donc non seulement par sa durée mais également par son extension géographique.
Depuis l’an Mille, seuls 8 hivers peuvent se targuer d’avoir engendré des conditions comparables, le plus récent datant de 1830. Fait significatif, dans le contexte de réchauffement que nous connaissons actuellement, un hiver comme 1709 ne pourrait se produire qu’une fois tous les 100'000 ans!
Philippe Jeanneret
Pour en savoir plus: Emmanuel Le Roy Ladurie "Abrégé d'histoire du climat" Editions Fayard
novembre 25, 2008 | Permalink
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Sites météo: les incontournables
18 novembre 2008
Ils ont récemment fait peau neuve ou nous proposent des nouveautés: voici les sites qui font parler d’eux en ce moment…
Meteox.com
On connaissait meteox.com pour ses images composites des radars européens – une première à l’époque - mais depuis peu, le site hollandais propose également une animation superposant des images satellite et radar: la synthèse de ces informations permet de saisir les situations météo en un clin d’œil. Un bémol cependant, les précipitations en Suisse ne sont suivies que par les radars français, d’où des lacunes chroniques…
Autre originalité sur les pages du site, une prévision des précipitations pour les trois heures à venir. Basé sur les dernières observations radar, cet outil de calcul permet de gérer de manière assez efficace le (très) court terme. Il par ailleurs facile à l’emploi.
Meteoblue.ch
On ne présente plus le site de l’Université de Bâle, connu depuis belle lurette pour ses sorties de modèles GFS et NMM. La mise en image des cartes est l’une des plus réussie qui soit. Quant à l’ergonomie du site, elle est plutôt réussie
Depuis peu, des animations permettent de visualiser les vents au sol sur plusieurs régions du globe, dont la Suisse. Au-delà de la qualité de la prévision (ces modèles sont parmi les plus performants), cette imagerie vous en apprendra un rayon sur la circulation générale des courants. Idéal également pour suivre les conditions météo du Vendée Globe Challenge.
Slf.ch
Le site de l’Institut Fédéral pour l’Etude de la Neige et des Avalanches vient de faire peau neuve. Si le contenu informatif est sensiblement le même qu’avant, un effort particulier a été porté sur la mise en image et l’ergonomie. Finies les mises en image qui semblaient sortir tout droit d’un vieux manuel militaire, de belles photos agrémentent maintenant le site. Quant aux menus déroulants, ils permettent de trouver les différentes rubriques en un clin d’œil.
Malgré les nouveautés, les habitués du site n’auront aucune peine à s’y retrouver: les cartes de dangers d’avalanches – en parfaite conformité avec l’échelle européenne des dangers – ont été maintenues telles quelles. De même que les cartes d’enneigement. Rien à redire.
Au chapitre des nouveautés, les internautes ont la possibilité de signaler les cas d’avalanches, un formulaire en ligne ad hoc étant mis à leur disposition. Voilà qui devrait permettre de cerner les phénomènes avalancheux sur des zones où l’Institut Fédéral pour l’Etude de la Neige et des Avalanches ne disposerait pas de moyens d’observations suffisants.
Incontournable avec le retour de la neige en fin de semaine !
Bon surf
Philippe Jeanneret
novembre 18, 2008 | Permalink
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Chronique de la Saint Martin
11 novembre 2008
Depuis quelques jours, les fronts polaires reviennent à la charge: un grand classique en période automnale. Et qui coïncide à quelques jours près avec la Saint-Martin. Cela signifie-t-il pour autant que l’été indien soit terminé et que les températures ne passeront plus la barre des 10 degrés? Pas si sûr. Et pour une fois, ce ne sont pas les dictons qui vont nous contredire.
L’été indien se produit généralement vers la mi-octobre, ce qui se traduit parfois par des températures atteignant les 18 à 20 degrés sur le plateau. Par la suite, la douceur peut cependant persister encore pendant quelques jours, mais de manière éphémère seulement. Car les fronts polaires finissent toujours par l’emporter. D’où les dictons de la Saint-Martin:
Eté de la Saint Martin
Dure trois jours et un brin
Si l'hiver va droit son chemin
Vous l'aurez à la saint Martin
Certes, le caractère prédictif de ces dictons laisse souvent à désirer mais au moins ont-ils le mérite de refléter les changements brusques qui peuvent s’opérer au mois de novembre. Et de nous rappeler que ces périodes de froids ne vont pas forcément durer tout l’hiver:
Si le vent du Sud souffle à la Saint-Martin,
L’hiver ne sera pas coquin.
Si le brouillard entoure Saint Martin, l'hiver passe tout bénin.
Ces hausses chroniques de température correspondent à des phénomènes météorologiques bien connus. Ainsi, lorsque les hautes pressions se renforcent sur l’Est de l’Europe, les courants s’orientent au Sud sur leur flanc gauche, facilitant l’établissement du foehn dans les Alpes. C’est le fameux redoux de Noël: dans de telles situations, les températures atteignent facilement les 18 à 20 degrés dans les régions à foehn.
Autre exemple, les phases dites positives de l’oscillation Nord-Atlantique qui se caractérisent par des hivers dominés par les courants d’ouest. Lors de tels évènements, les rentrées maritimes en provenance de l’Atlantique – synonymes d’air humide et doux – maintiennent un niveau de températures supérieur à la normale sur une grande partie du Continent. Dernier exemple en date, l’hiver 2006–2007.
Et justement, selon le UK Met office, c’est précisément ce second scénario qui devrait se produire cet hiver. A suivre...
Philippe Jeanneret
novembre 11, 2008 | Permalink
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Effet Cévenol et foehn: les dessous de la relation
04 novembre 2008
Inondations en France, pluies diluviennes en Suisse, l’actualité de ces derniers jours nous rappelle que l’automne est propice aux épisodes de fortes précipitations. Mais un examen attentif nous montre que dans une même situation météo, les causes du déluge ne sont pas toujours les mêmes d’une région à l’autre. Explications autour des deux phénomènes dont tout le monde parle en ce moment.
Dans le cas du foehn, comme dans celui de l’effet Cévenol, les aléas sont provoqués par la présence d’une dépression entre le Golfe de Gascogne qui dirige de l’air humide et instable de la Méditerranée vers le Nord. Le mécanisme qui conduit aux fortes pluies n’est cependant pas le même:
Ainsi, dans les phases de foehn, l’humidité se bloque par effet de barrage sur les versants Sud des Alpes. Les courants ayant tendance à s’élever, l’air se refroidit, ce qui provoque une forte condensation. D’où de fortes précipitations. Autre caractéristique de ce genre de situation, la température est plus élevée sur les versants Nord des Alpes: l’air devenant plus sec, les éclaircies se développent assez rapidement.
Lors les épisodes de type Cévenol, l’air chaud et humide – qui remonte depuis le Golfe du Lion – a également tendance à s’activer sur les reliefs. Mais à la différence des situations de foehn, il va à la rencontre de l’air froid qui circule à l’arrière de la dépression. Et qui arrive dans notre cas sur le massif des Cévennes. Le phénomène se caractérise par des contrastes thermiques importants, d’où des orages violents et de fortes précipitations. Lors de tels épisodes les cumuls atteignent facilement les 300 à 400 mm en 24 heures.
Dans une situation comme dans l’autre, le caractère stationnaire de la zone dépressionnaire entre les Baléares et le Golfe de Gascogne constituera une circonstance aggravante. Tout comme la température relativement élevée de la Méditerranée à cette période de l’année se traduira par une évaporation plus forte et entraînera de plus grandes quantités de pluies sur le Sud de la France et dans les Alpes.
Quand le ciel vous tombe sur la tête, autant savoir pourquoi….
Philippe Jeanneret
novembre 4, 2008 | Permalink
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tsr.ch, placé sous la responsabilité de la TSR, met en ligne sur cette page des "blogs" personnels souvent décalés, parfois impertinents. Ces textes proposent des regards subjectifs; c'est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de telle ou telle émission mais bien celui de son auteur.