Cherche taches solaires désespérément
21 octobre 2008
Le phénomène agite passablement le monde scientifique depuis quelques mois, les tâches solaires, censées reprendre de leur activité en début d’année, ne se manifestent que de manière très sporadique à la surface du soleil. Si les prévisions sont quelque peu remises en question, un pic d’activité est toujours prévu pour 2012.
Les taches solaires sont des zones sombres qui se manifestent par intermittence sur la surface apparente du Soleil. De température inférieure d'environ 1500 K à celle des régions voisines, elles se caractérisent par un champ magnétique intense. Repérée dès les débuts de l’astronomie, leur activité varie sur des cycles d’environ 11 années.
Les orages magnétiques qui se produisent dans de tels évènements peuvent provoquer de nombreuses perturbations sur Terre: dans certains cas, les satellites peuvent être fortement endommagés, voire détruits, les transmissions radio, la navigation GPS peuvent être atténuées ou interrompues. Des pannes informatiques peuvent également se produire à bord des avions de ligne, sans parler des dommages sur les transformateurs des réseaux d'électricité…
Les températures terrestres sont également tributaires de ces variations. Entre 1645 et 1715 par exemple - durant ce que les climatologues appellent le Minimum de Maunder – l’activité des taches solaires a été très faible. Pendant cette période, caractérisée également par une importante activité volcanique et de fortes variations de température à la surface de l’océan, l’Europe a vécu un climat particulièrement froid.
En 2007 un nouveau cycle a commencé, son maximum d’intensité étant attendu pour 2012. Jusque là rien d’extraordinaire. Si ce n’est que ce dernier devrait être 30 à 50% plus fort que le précédent, d’où une certaine inquiétude de la part des scientifiques. Or depuis le début de l’année, très peu de taches sont apparues à la surface du soleil, comme le témoignent les images prises par le satellite SoHO. D'où un certain nombre d'interogations.
Du 1 au 6 juin 2008, l’Université du Montana a organisé une conférence internationale sur la variabilité de l’activité solaire, le climat de la Terre et son environnement spatial. Les chercheurs y ont discuté de cette anomalie. Mais cette dernière n’est pas forcément étonnante ni inquiétante: depuis sa découverte par l'astronome amateur allemand Heinrich Schwabe vers 1843, on sait que ce cycle oscille en fait entre 8 et 15 ans.
Trois physiciens solaires du NCAR, Mausumi Dikpati, Peter Gilman et Giuliana Toma, ont par ailleurs développé en 2006 un modèle de prévision pour l’activité du Soleil. Comme le montre le schéma ci-dessus, ce dernier reproduit assez fidèlement les observations. Or, d’après les dernières projections, la simulation a effectivement prévu un retard d’au moins un an sur le cycle normal du Soleil, le pic d'activité étant quant à lui, maintenu pour 2012.
En attendant, nos satellites, GPS et autres instruments électroniques auront droit à un petit sursis…
Philippe Jeanneret
Commentaires
Bonjour,
Vous semblez attribuer la cause du petit âge glaciaire à la faible activité solaire. Cependant, bien qu'elle y ait une évidente corrélation entre ces deux variables (activité solaire, température en Europe), peut-on vraiment en tirer un lien de causalité ?
La prudence s'impose dans ce genre de cas, d'autant plus que seule l'Europe semble avoir été touchée par cette période froide.
Salutations
Rédigé par: Barthélémy | 22 oct 2008 13:06:33
Bonjour,
Désolé si je n’ai pas été suffisamment clair sur ce point. Il va de soi que le Petit âge glaciaire – ainsi que le minimum de Maunder - ne sauraient s’expliquer que par les variations des taches solaires. D’autres facteurs ont également joué un rôle important, comme l’activité volcanique et les changements de températures à la surface de l’océan (in casu, l’affaiblissement de la dérive Nord-Atlantique). D’ailleurs, l’une des questions qui se pose encore aujourd’hui est de savoir si l’un de ce facteurs a joué un rôle prépondérant par rapport aux autres. Et comme vous le faîtes justement remarquer, il faut se méfier des conclusions hâtives: on serait en effet tentés de croire – au vu des températures globales enregistrées cette année – que les creux d’activité solaires n’ont pas beaucoup d’influence sur le climat. Ce serait évidemment une erreur, le minimum de Maunder ayant duré 70 ans, contre un an seulement (et encore) pour le creux de 2008....
Meilleures salutations
Rédigé par: Philippe Jeanneret | 22 oct 2008 15:20:40
Vous dites:
"on serait en effet tentés de croire – au vu des températures globales enregistrées cette année – que les creux d’activité solaires n’ont pas beaucoup d’influence sur le climat"
Pourtant dans le post du 16 septembre:
"Autant de facteurs qui feront que 2008 sera probablement l'année la plus "froide" depuis 2000."
Rédigé par: libre | 22 oct 2008 17:55:31
Des fois en lisant certain commentaire, j'ai l'impression que c'est devenu une sorte de sport de contredire, ou trouver à redire sur les articles de Philippe.
Moi j'ai appris quelque chose, je suis content, on a pas tous la science infuse!!!
Sur ce --->
Rédigé par: Darth | 22 oct 2008 20:52:39
Bonjour « libre »
Je ne crois pas que mes propos soient contradictoires: 2008 devrait effectivement être l’année la plus « froide depuis 2000» à cause de la baisse d’activité des taches solaires, mais surtout à cause de l’épisode de la Niña qui, par le changement des températures à la surface du Pacifique, amène un certain nombre d’aléas climatiques autour du Pacifique. D’où l’expression «..autant de facteurs qui feront que…» sur le post du 18 septembre.
En réalité, je dois vous avouer qu’en rédigeant ces commentaires, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’étude faites dans les années 80-90 par une équipe de chercheur Danois (Knud Lassen, Eigil Friis-Christensen et Henrik Svensmark), selon laquelle le réchauffement planétaire ne serait pas imputable aux activités humaines mais aux variations des flux solaires. Cette théorie s’est d’ailleurs passablement référée au minimum de Muender.
C'est dire l’intérêt des évènements de ces derniers mois, caractérisés par un creux d’activité des taches solaires et un épisode de la Niña. Lesquels font apparaître une tendance à la baisse. Le problème, c’est que, malgré ce repli, 2008 entrera quand-même au top 10 des années les plus chaudes depuis que les mesures existent. Avouez que ça fait mal…
Mais comme je le faisais remarquer un peu plus haut, il faut se méfier des conclusions hâtives. Des évènements climatiques ne peuvent être mis en perspective qu’à partir du moment où ils se situent dans une même échelle d’espace et de temps. (et encore, ce n’est qu’une condition parmi tant d’autres). Ce qui n'est pas le cas des évènements de 2008 et du minimum de Muender car il n'ont pas eu la même durée dans le temps...
Rédigé par: Philippe Jeanneret | 22 oct 2008 23:49:55
Merci Monsieur Jeanneret pour votre commentaire. Quand vous dites :'Le problème, c’est que, malgré ce repli, 2008 entrera quand-même au top 10 des années les plus chaudes depuis que les mesures existent. Avouez que ça fait mal…" Personnellement si l'année 2008 avait été un peu plus chaud et sec, cela ne m'aurait pas dérangé, mais bon c'est totalement subjectif, j'en conviens.
Concernant la Niña et el Niño, il semblerait qu'ils soient fortement liés au PDO (Pacific Decadal Oscillation). Or ce phénonème cyclique, qui dure en moyenne 20 ans, est passé récemment en mode froid. Ce qui pourrait nous valoir de plus en plus de Niña. On verra bien. Voici un communiqué de la Nasa sur le sujet:
http://www.jpl.nasa.gov/news/news.cfm?release=2008-066
Rédigé par: libre | 23 oct 2008 08:08:21
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