L’été indien n’est pas un mythe. Pas plus qu’il ne s’agit d’une spécialité uniquement américaine ou canadienne. Le Vieux Continent bénéficie également de périodes de temps ensoleillé et doux en automne. Et en Suisse, la période la plus propice est souvent la mi-octobre. Explications.
Si le mois de septembre se caractérise souvent par un temps d’Ouest synonyme de perturbations, les hautes pressions reviennent assez volontiers par la suite. Un revirement qui se traduit généralement le matin par le retour des brouillards ou des stratus en plaine, et par un temps ensoleillé l’après-midi.
Etant à l’abri des stratus et des brouillards, les régions de montagne bénéficient d’un ensoleillement relativement élevé pendant l’arrière saison. Sans parler des phénomènes d’inversion de températures – fréquents dans les situations de hautes pressions – qui se caractérisent souvent par des températures plus douces qu’en plaine.
D’après une étude publiée récemment par Météosuisse, l’été indien ne se produit pas forcément toutes les années mais les chances de retrouver le soleil augmentent de manière significative dès la mi-octobre. Sur la période allant de 1901 à 2007, les chiffres montrent que du 12 au 14 et du 16 au 17 octobre, les chances d’avoir une belle journée sont proches du 50%.
De plus récentes mesures prises à Davos sur la période allant de 1981 à 2007, confirment cette tendance. Mais il apparaît que la fin du mois a également de bonnes chances d’être ensoleillée, notamment la période du 25 au 28. La période allant du 19 au 24 est quant à elle, souvent marquée par la grisaille. Mais il y a une exception avec la journée du 22 qui, dans le 50% des cas s’accompagne également de bons moments de soleil. Surprenant mais les chiffres sont formels…
Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse
La photo que vous découvrez cette semaine a été prise par Raoul Otz à Saint-Jean de Luz. Elle nous montre de curieuses protubérances à la base des nuages. L’occasion d'évoquer le cas du mammatus, un hydrométéore d’un genre bien particulier.
En réalité, il ne s’agit pas d’un nuage à proprement parler mais d’un phénomène qui se produit dans ce dernier. Le mot «mammatus signifie mamelle ou mamelon en latin et désigne les poches circulaires qui se constituent à la base de nuages comme les cumulonimbus ou les altocumulus.
Les mammatus se forment lorsque la partie instable d’un nuage passe au-dessus d’une couche d’air très sec. Dans ce genre de situations, la température et l’humidité varient fortement d’un endroit à l’autre. Ainsi les zones chaudes et humides subissent une poussée d'Archimède vers le haut, tandis que les zones plus froides sont entraînées vers le bas. D’où une alternance de zones de mouvements convectifs ascendants et subsidents. Les deux effets combinés donnent l'aspect d’un mamelon à la base de la couche nuageuse.
On trouve généralement ce type de formation à la base des altocumulus et surtout des cumulonimbus, les fameux nuages d’orage. Le fait que ces derniers se caractérisent par une forte instabilité a conduit dans les années 50 et 60 à une appréciation erronée selon laquelle les mammatus seraient le signe précurseur de tornades. Fort heureusement, il n’en est rien.
Dans son excellent ouvrage «traqueurs d’orages» Alex Hermant explique justement que les mammatus se développent à l’écart de la partie active d’un orage. Une tornade ne prendra jamais naissance dans ce secteur d’un cumulonimbus. Il faudra par contre se méfier des phénomènes de cisaillement (changements brusques d’orientation et de force du vent) qui accompagnent souvent ces protubérances. Chose que les aéronefs évitent soigneusement…
En tant que phénomène particulier dû à la configuration des couches nuageuses, on peut trouver des mammatus à la base de plusieurs types de nuages, comme les stratocumulus, les altocumulus, les altostratus, les cirrus et les cirrocumulus. Ces derniers se caractérisant par des mouvements verticaux moins forts, les mammas y sont moins prononcés.
D’après un rapport publié il y a quelques jours par les experts du UK Met Office et de l’Université d’Est Anglia, les températures devraient être encore supérieures à la normale. Si les estimations s’avèrent exactes, l’excédent devrait même être de 0,37° C.
Ce constat intervient pourtant dans un contexte de baisse générale des températures. Il y a quelques mois, l’Organisation Météorologique Mondiale avait annoncé une année 2008 globalement «froide». En cause, l’avènement d’un nouvel épisode de la Niña, et une baisse de l’activité des taches solaires.
Depuis plusieurs mois, les changements de la circulation des courants intervenus à la surface du Pacifique sont en effet à l’origine d’une baisse générale des températures sur de nombreuses régions du globe, comme l’Est des Etats-Unis ou le Sud du continent africain. Une baisse d’autant plus significative que l’épisode de la Niña en cours est le plus fort depuis 2000.
Les températures sur Terre dépendent également des fluctuations des taches solaires dont l’intensité varie sur des cycles d’environ 11 années. Lors des pics d’activité – le prochain est prévu pour 2012 - des quantités d’énergie considérables sont libérées. D’où des orages magnétiques assez fréquents et une hausse générale des températures sur Terre. Or, depuis la fin 2007, l’activité de ces tâches est au plus bas. Le phénomène semble même durer plus longtemps que prévu.
Autant de facteurs qui feront que 2008 sera probablement l'année la plus "froide" depuis 2000.
Mais malgré des conditions favorables à la baisse des températures, 2008 devrait être marquée par des valeurs supérieures à la moyenne 1960–1990. Avec un écart de 0,37° C, elle devrait même figurer dans le top 10 des années les plus chaudes depuis que les mesures existent, soit depuis 1850. Selon les mêmes spécialistes du UK Met Office, le retour à la normale autour du Pacifique et la reprise prochaine de l’activité des tâches solaires devraient se traduire par une nouvelle hausse des températures.
Les clichés que vous nous envoyez depuis le 28 août en attestent, les phénomènes météo ne vous laissent pas insensibles. Et cela vous incite également à nous poser des questions.
Voici par exemple une très belle photo réalisée par monsieur Giannilivigni le 3 septembre, près de Genève. On distingue en altitude des nuages sombres et de forme concave. De quoi s’agit-il?
Le phénomène est assez fréquent mais peu connu du grand public: il s’agit d’un nuage de type lenticularis, lequel trahit la présence d’un fort courant d’altitude. A proximité des reliefs, ces derniers ont en effet tendance à s’élever et à former une onde, appelée onde orographique ou onde sous le vent. La formation de ces nuages a lieu lorsque de l’air humide entre en contact avec cette dernière. Comme le montre cette photo prise par le satellite Modis pendant la journée du 3 septembre, le phénomène peut se propager sur de grandes distances.
Malgré la présence de forts vents d’altitude, cette nébulosité garde un caractère stationnaire, ce qui la distingue des autres nuages. Elle se rencontre fréquemment dans les Alpes où elle porte parfois le nom de «chapeau d’âne». Elle peut se présenter sous une forme simple ou par une superposition de nuages faisant penser à une pile d’assiettes.
Il y a quelques années, des habitants de la Colombie britannique ont confondu ce genre de nuages avec des OVNIS. Ce qui nous renvoie immanquablement à la théorie du rasoir d’Occam, selon laquelle « l'explication la plus simple à un phénomène a priori inexplicable ou paranormal est toujours la meilleure et doit être privilégiée au détriment de thèses plus compliquées, particulièrement lorsqu'elles incluent des éléments non prouvés comme des visites extraterrestres de la Terre»…
La nouvelle est officielle, Météosuisse dispose enfin d’un LIDAR (light detection and ranging). Grâce à cet instrument développé conjointement avec l’EPFL, les météorologues disposeront de mesures continues sur l’humidité présente dans l’atmosphère. A moyen terme, des profils de températures seront également disponibles. De quoi mettre au placard les radiosondes traditionnelles ? Explications.
Le fonctionnement du Lidar est le même que celui du radar, la différence étant le domaine spectral dans lequel il travaille et le type de faisceau utilisé : alors que le radar fonctionne dans le domaine des ondes radio, le lidar couvre celui du visible. Il se compose d'un système laser chargé d'émettre l'onde lumineuse, d'un télescope qui récoltera l'onde rétrodiffusée par les particules rencontrées, et d'une chaîne de traitement qui quantifiera le signal reçu.
L’originalité du système développé par L’EPFL et Météosuisse réside dans l’application de l’effet Raman: chaque particule renvoie une longueur d’onde spécifique, ce qui la rend immédiatement reconnaissable par les systèmes de détection. Grâce à cette signature, il est possible de mesurer pour chaque niveau d’altitude les quantités de vapeur d’eau présente dans l’atmosphère.
Le Lidar fournit des données toutes les demi-heures: un progrès de taille quand on sait que les radiosondages classiques ne s’effectuent que deux fois par jour. Seul inconvénient, l’appareillage n’est pas utilisable par pluie, par neige ou par fort brouillard, ce qui représente une perte de données d’environ 30%. Malgré ce défaut, les quantités d’informations obtenues restent supérieures à celles des radiosondages...
Mais surtout ce lidar est pleinement opérationnel: seuls trois systèmes au monde peuvent s’en vanter à ce jour, le second se trouvant en Allemagne, le troisième aux Etats-Unis. Autre point fort, il n’a pas besoin d’être constamment calibré, opération à laquelle les autres sont astreints de manière quasi-quotidienne.
D’ici à 2009, d’autres applications de l’effet Raman devraient permettre de mesurer également les températures pour chaque niveau d’altitude. Le recoupement des données ainsi obtenues permettra de fournir des informations similaires à celles des radiosondages classiques.
De manière plus concrète, la mise à disposition de données en continu devrait amener des améliorations significatives dans la prévision numérique. On le sait, la fiabilité des pronostics dépend de la qualité de l’état initial introduit dans les modèles. Et justement, ce sont les paramètres relatifs à l’humidité qui constituent à ce jour le gros des lacunes dont souffrent ces derniers. D’où l’idée que les pluies et la couverture nuageuse pourront être mieux prévues à l’avenir.
Les radiosondages n'en sont pas morts pour autant, loin s’en faut. Ces derniers seront toujours nécessaires dans les situations où les lidars ne pourront être utilisés. Et surtout, ils continueront de donner des informations sur la haute atmosphère, soit jusqu’à 30'000 mètres, chose que les mesures laser ne permettent pas de faire, leur «plafond» se situant à environ 10'000 mètres.
C’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les meilleures soupes…
Philippe Jeanneret avec le concours de Bertrand Calpini, de Météosuisse.
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Philippe Jeanneret