La chronique météo de Philippe Jeanneret

Vers un printemps précoce?

Photo_jean_marc_saredi_6 Avec le retour des courants d’ouest, les températures ont repris l’ascenseur depuis quelques jours. Lundi, les thermomètres atteignaient les 15 degrés sur le bassin lémanique, tandis qu’à Coire on enregistrait un étonnant 16,6 degrés: des valeurs élevées et qui correspondent plutôt aux moyennes d’un mois d’avril.

On aimerait bien savoir si cela va durer…

Les différents modèles numériques semblent s’accorder sur ce point, aucun front froid – digne de ce nom – ne devrait passer sur nos têtes avant la semaine prochaine. D’ici là et malgré le passage de diverses perturbations, les températures resteront au-dessus de la norme.

Ensemble_gfs_t850_2 Mardi ou mercredi cependant, l’établissement d’un courant de Nord-ouest devrait nous amener de l’air plus froid depuis la mer du Nord. De quoi faire enfin baisser la limite des chutes de neige au-dessous de 1000 mètres. Les prévisions d’ensemble – qui nous permettent d’évaluer la fiabilité des prévisions – sont en accord avec ce scénario. Une raison supplémentaire de croire au retour du froid.

Il ne devrait cependant s’agir que d’un bref épisode car en fin de la semaine prochaine, ces mêmes prévisions annoncent des températures à nouveau plus élevées. Certes, les indices de fiabilité sont assez bas, ce qui incite à la plus grande prudence. Seulement voilà, les prévisions saisonnières - qui s’étendent sur des échéances de l’ordre du mois – vont dans le même sens...

En effet, tant les prévisions du Hadley Centre britannique que celles du NCEP américain prévoient des températures supérieures à la normales non seulement pour le mois de mars mais aussi pour avril, mai et juin.

Pour une fois que les modèles sont d'accord, le fait mérite d'être signalé.

Philippe Jeanneret

février 26, 2008 | Permalink | Commentaires (31)

Particules fines: fin de la polémique?

Smog Les particules fines jouent-elles un rôle réfrigérant dans les processus atmosphériques? Ce qui ne serait pas sans conséquences dans le cadre des mesures préconisées par le GIEC pour réduire la consommation d'énergies fossiles. La question a fait l'objet de nombreuses controverses ces dernières années mais une étude récemment publiée par la Nasa pourrait mettre tout le monde d’accord.

Le sujet avait été mis au goût du jour peu après les attentats du 11 septembre. Alors que le trafic aérien avait été interdit plusieurs jours d’affilée au-dessus de New-York, les météorologues avaient constaté une hausse des températures d’environ 3 degrés. Un phénomène qui ne pouvait se justifier par la situation météorologique en cours.

Seule explication, la régression des particules fines contenues dans l’atmosphère. Ces dernières auraient joué un rôle «réfrigérant» en réfléchissant une partie de la lumière solaire vers le ciel. Le fait que le trafic civil ait été stoppé pendant plusieurs jours – entraînant une diminution importante des quantités de particules fines – se serait donc traduit par un réchauffement.

Ship_tracks_source_modis_2 Mais une étude menée par une équipe du NASA Ames Research Center, Moffett Field en Californie, a récemment réfuté cette hypothèse. Selon Andrew Ackermann, membre de l’équipe, lorsque l'air est sec au dessus des nuages, ces derniers reflètent moins l'énergie solaire. Or, l’observation des "ship tracks" générés par les avions ou les navires qui transitent sur l’Atlantique Nord, montre que les nuages de pollution sont associés à des quantités de vapeur d'eau plus faibles que les nuages atmosphériques «normaux». De quoi remettre sérieusement en cause les croyances sur l’effet «réfrigérant » des nuages de pollution...

Une thèse qui devrait permettre de mieux comprendre l’impact d’une réduction des gaz à effet de serre sur la planète. Mais qui doit encore être validée par le GIEC.

A suivre…

Philippe Jeanneret

février 20, 2008 | Permalink | Commentaires (8)

Hautes pressions: le revers de la médaille

Alpes_suisses_source_nasa Situations de hautes pressions et pollution vont souvent de pair. Depuis quelques jours les concentrations de particules fines augmentent en plaine, le seuil limite de 50 ug/m3, fixé par l’office fédéral de l’environnement, étant régulièrement dépassé.

Radiosondage_source_mtosuisse_2 Pour comprendre le phénomène, il suffit de regarder le radiosondage de Météosuisse du 11 février: au lieu de décroître avec l’altitude, les températures ont tendance à augmenter jusqu’à 1500 mètres. Cette situation d’inversion – on parle aussi de « bouclier thermique » - n’a rien d’anormal en soi, mais qui empêche tout brassage vertical. Ainsi, l’air circule très peu dans les basses couches de l’atmosphère, ce qui favorise la concentration de particules fines et autres substances polluantes.

Les particules fines - dont le diamètre est inférieur à 10 millièmes de millimètre - peuvent pénétrer dans les plus petites ramifications des poumons, puis dans les vaisseaux sanguins et lymphatiques. Leur assimilation à fortes doses peut provoquer des inflammations locales des voies respiratoires et avoir de graves conséquences pour la santé. D’où la nécessité pour les autorités de prendre régulièrement des mesures antipollution.

D’un strict point de vue météorologique, cette situation d’inversion de températures peut prendre fin par l'établissement de la bise ou par le retour des perturbations. Mais dans les deux cas, il faudra attendre au bas mot la semaine prochaine pour que la situation n’évolue.

Quand on vous dit que le mauvais temps, c’est le même type de temps qui dure longtemps…

Philippe Jeanneret

NB Le but de cette petite causerie n’est pas de culpabiliser ceux qui ont eu la bonne idée de partir à la montagne pour profiter du soleil – ce serait pure sottise - mais de faire connaître les avantages que nous procure le passage d’une perturbation…

février 12, 2008 | Permalink | Commentaires (3)

Bon carnet pour météosuisse

Anemo2_3 La qualité des bulletins de Météosuisse s’est encore améliorée en 2007. En moyenne, les prévisions à 24h sont justes à 85,5%. Quant aux échéances allant de 2 à 5 jours, leur taux de réussite atteint 76,3%, soit un bond de 4% par rapport à 2006. A quelles conditions de tels progrès sont-ils possibles aujourd’hui? Explications.

Ibm_power5_cluster Depuis 1977, la Suisse participe avec 29 autres pays européens aux programmes du Centre Européen de Prévisions Météorologiques à Moyen Terme (CEPMMT). Dans ce temple de la prévision, les systèmes de calculs sont parmi les plus puissants au monde: le système IMB actuellement en service permet de faire 4000 milliards d’opérations à la seconde! A titre de comparaison, les premiers Crays utilisés en 1977 ne permettaient de faire « que 50 millions » d’opérations à la seconde…

Maillage_2 L’assimilation des données météorologiques introduites dans les systèmes de calcul a également été améliorée. Les équations pour simuler les flux atmosphériques sont devenues de plus en plus sophistiquées, quant à la résolution des modèles, elle est passée de 200 km en 1977 à 25 km en 2007: une précision dans le maillage dont peu de modèles globaux peuvent se vanter.

Ce même centre a également perfectionné ses fameuses prévisions d’ensemble. Grâce à l’approche probabiliste, ces dernières permettent de connaître la fiabilité d’une prévision pour une échéance donnée. A l’instar des modèles opérationnels, leur résolution s’est encore améliorée en 2007, passant à 50 km. D’où une nette amélioration des scores obtenus sur les prévisions allant de 2 à 5 jours.

Dim_12_z_2 Parallèlement, Météosuisse utilise depuis quelques années un modèle à maille fine d’une résolution de 7 km. Appelé d’abord Almo7, puis Cosmo7 ce dernier permet de tenir compte des nombreuses caractéristiques horographiques de la Suisse, chose qu’un modèle avec une maille de 25 km ne peut faire que très partiellement.

Grâce à lui, les particularités de nos régions sont mieux cernées. Quant à certains phénomènes atmosphériques, comme les précipitations liées aux orages, ils sont reproduits avec une plus grande fidélité. Autre progrès, jusqu’en 2007 les modèles ne tenaient pas compte du fait que les vents pouvaient décaler les précipitations par rapport aux nuages: lacune comblée aujourd'hui.

Météosuisse a enfin développé récemment un modèle d’une résolution de 2 km. Appelé Cosmo2, ce dernier devrait permettre dans quelques années de faire un pas supplémentaire vers les prévisions locales. De par son caractère expérimental, il reste pour l'heure réservé aux professionnels de la branche.

Philippe Jeanneret

février 6, 2008 | Permalink | Commentaires (2)