La chronique météo de Philippe Jeanneret

Stations de ski: faut-il des prévisions optimistes?

Alpes_suisses_source_nasa_4 Selon une récente étude de l'Institut Economie et Tourisme (HES-SO) de Sierre, les remontées mécaniques valaisannes auraient perdu 5,8 millions de francs l’hiver passé à cause de prévisions météo trop pessimistes. Un chiffre qui a suscité passablement de commentaires la semaine dernière, que ce soit du côté des responsables du tourisme valaisan ou celui de Météosuisse.

Au vu des sommes perdues, la réaction des responsables de stations de sports d’hiver est tout à fait compréhensible: il serait judicieux de se pencher dans les mois à venir sur les propositions formulées dans le rapport, comme de développer le réseau valaisan de webcams ou d’introduire un système de SMS pour avertir les usagers en cas de prévisions erronées. La télévision peut également faire un effort. Tout le monde serait gagnant.

Reste l’impression d’être passé à côté de l’essentiel. Car dans cette étude économique, il n’est jamais question du principal intéressé, à savoir le client, celui qui vient dépenser son argent en station. Paradoxalement, l’étude ne dit pas ce que lui coûte une prévision inexacte. Tout comme il est difficile de savoir si ce même client partage le point de vue des gérants des remontées mécaniques sur la question des prévisions «trop pessimistes».

Dommage. C’eût été l’occasion de vérifier si le vieux sondage effectué par Météosuisse en 1984 était toujours d’actualité. Pour mémoire, il s’agissait de savoir quelle opinion se faisait le grand public des prévisions météo à l’époque. Parmi les 27 questions posées figurait celle-ci:

Laquelle de ces deux erreurs de prévision est-elle la plus grave ?
1. «Le temps sera ensoleillé» mais en réalité il pleut tout le jour
2. «Le temps sera couvert et pluvieux» mais en réalité la journée est ensoleillée

La première erreur apparaissait comme la plus grave pour 77% des personnes interrogées, contre 9 % seulement pour la deuxième.

Un son de cloche bien différent de celui des responsables du tourisme, à l’heure où chacun se demande pourquoi un billet d’avion pour les Baléares coûte à peine plus cher qu’un abonnement journalier dans certaines stations des Alpes…

Philippe Jeanneret

octobre 23, 2007 | Permalink | Commentaires (3)

Arrêt buffet au Cap vert

Emily_source_nasa_2 Le National Hurricane Center de Miami annonçait une activité cyclonique plus forte que la normale pour la saison 2007. Mais force est de le constater, depuis le début du mois de septembre les cyclones sont assez discrets sur l’Atlantique.

Jusqu’à présent, seuls deux ouragans de catégorie 5 ont réussi à se former: Dean qui a dévasté les Caraïbes et tué 42 personnes entre le 13 et le 24 août, et Félix qui a fait 161 victimes entre le 31 août et le 5 septembre. Les cyclones tropicaux qui ont suivi n’ont jamais atteint une intensité comparable.

3d_andrew A l’image récemment de Karen et de Mélissa, les cyclones tropicaux sont régulièrement victimes de vents cisaillants entre les îles du Cap Vert et le Nord des petites Antilles. Un phénomène bien connu des météorologues: lorsque la force et l’orientation des vents change brusquement en altitude, l’humidité – moteur principal des cyclones tropicaux – circule moins bien à l’intérieur, ce qui se traduit par un affaiblissement des courants.

Ainsi, quand même de nombreuses conditions sont favorables, comme la présence d’eaux chaudes à la surface de l’océan ou le passage de dépressions orageuses au large du Sénégal, l’activité cyclonique garde un caractère restreint.

Mais ce n’est qu’une bombe à retardement: il suffit que les courants d’altitude redeviennent favorables sur l’Atlantique pour que les ouragans se forment à nouveau. Potentiellement ces derniers peuvent encore être assez dangereux à cette période de l’année: il faudra attendre la fin de la saison cyclonique – officiellement prévue au 30 novembre – pour que tout danger soit écarté.

Affaire à suivre sur les pages du National Hurricane Center de Miami…

Philippe Jeanneret

octobre 16, 2007 | Permalink | Commentaires (1)

En attendant Godot

Automne_2 La dernière prévision saisonnière n’a pas été à la hauteur des espérances. Si les températures ont été supérieures à la normale, la canicule, attendue sur la majeure partie de l’Europe, s’est limitée à la Méditerranée. Comble pour la Suisse, les inondations ont été fréquentes, chose que les modèles n’ont anticipé que de manière très sommaire.

Malgré ces déconvenues, personne ne se décourage en ce mois d‘octobre, que ce soit du côté des demandeurs de prévisions - toujours plus nombreux à nous poser des questions - ou celui des fournisseurs. D’ailleurs, chacun y va de sa petite théorie…

Ainsi, le Hadley Centre,près de Londres, annonce un automne doux et sec. LeClimate Prediction Center américain opte également pour un temps sec, mais avec de la fraîcheur. Quant à Frédéric Decker, qui compile diverses sorties de modèles sur son site lameteo.org, il prévoit un retour en force des pluies pour novembre, et l’arrivée des grands froids en décembre. Bref, il y en a pour tous les goûts…

De leur côté, Météofrance et Météosuisse restent assez réservés: «Aucun scénario n’est privilégié ni pour les températures, ni pour les précipitations», annoncent les spécialistes de la Météopole de Toulouse. Même son de cloche chez Météosuisse qui ne décèle pas de tendance particulière pour l'automne.

Ce qui n'est pas sans nous rappeler le fameux dicton: «Neige en novembre, Noël en décembre»...

Philippe Jeanneret

octobre 9, 2007 | Permalink | Commentaires (2)

Protocole de Montréal: 20 après…

Earth20sun Signé par 24 pays et par la Communauté économique européenne le 16 septembre 1987 dans la ville de Montréal, le Protocole de Montréal est un accord international visant à réduire et à terme, éliminer complètement les substances qui appauvrissent la couche d'ozone. Aujourd'hui 190 pays l'ont signé.

Ce protocole impose la suppression de l'utilisation des chlorofluorocarbones, sauf pour des utilisations qualifiées de critiques ou essentielles, de halons, bromure de méthyle et autres substances appauvrissant la couche d'ozone. Les CFC sont aujourd'hui définitivement supprimés à l'exception de quantités très minimes et indispensables à des activités comme la médecine. Une opération d’autant plus rentable que ces substances – les derniers rapports du GIEC le confirment - jouent également un rôle dans le réchauffement planétaire.

Selon un rapport publié par Antonio Ruiz de Elvira, professeur de Physique de l'Université d'Alcalá de Henares (Madrid), le trou de la couche d'ozone s'est stabilisé durant ces quinze dernières années grâce à une baisse de 90% des émissions de chlorofluorocarbures. Cette réduction devrait permettre au trou de se fermer d'ici 80 ans.

La superficie actuelle du trou dans la couche d'ozone est de 24 millions de km2, une surface comparable à l'Amérique du Nord. Mais, si ce dernier se résorbe sur une grande partie de la planète, il continue de s'agrandir au-dessus de l'Antarctique. Le phénomène est dû aux fameux nuages stratosphériques polaires qui se développent au-dessus du pôle Sud pendant l’hiver austral. Des nuages d’un genre particulier et dont la formule chimique est proche des CFC.

Ruiz de Elvira explique qu'on a longtemps cru que les gaz des sprays étaient à l'origine de la disparition de la couche d'ozone alors qu'en réalité, ce sont les gaz des congélateurs qui ont causé le plus de dégâts.

Ozone La question de l’ozone est par ailleurs source de nombreuses confusions. Ainsi, l’ozone de basses couches est nuisible à l’humain et provoque des irritations du système respiratoire. L’ozone stratosphérique, quant à lui, est essentiel car il protège la planète du rayonnement ultra-violet, qui est nocif pour le corps humain.

Philippe Jeanneret

octobre 2, 2007 | Permalink | Commentaires (1)