La chronique météo de Philippe Jeanneret

Il y a un an…

Temperatures_2 Les saints de glaces se terminent sur un bilan mitigé. Certes, l’arrivée d’une vague de froid le 9 mai, a provoqué une belle chute des températures mais les gels tardifs - tant redoutés par les agriculteurs - ne se sont pas produits. On se demande si la réputation de Saint Mamert, Saint Pancrace et Saint Servais n’est pas surfaite…

Il y a un an…
Saint Urbain, dernier des Saints de Glace a tiré sa révérence mais la Suisse grelotte à nouveau. Le 30 mai, la Chaux-de-Fonds se retrouve sous la neige, de nombreux cols sont fermés et le Téléjournal nous raconte que les Genevois ont un sentiment de frustration à cause du froid pendant le week-end de Pentecôte. Pour couronner le tout, Météosuisse nous dit qu’il faut remonter à 1986 pour retrouver de telles conditions.

Il y a un an…
La vague de froid emballe les modèles numériques du très réputé Centre Européen de Prévisions à Moyen Terme. D’après les diverses projections, les courants de Nord devraient persister, l’été quant à lui, devrait être plus frais que la normale. Un nouveau coup dur pour le tourisme? La grogne s’installe.

Il y a un an…
La bise souffle pendant quelques jours, mais les hautes pressions reprennent vite du poil de la bête. Si bien qu’à partir du 15, les thermomètres passent à nouveau la barre des 25 degrés. Au final, le mois de juin est au-dessus de la normale et il en sera de même pour juillet ! Les modèles numériques du Centre Européen de Prévisions à Moyen Terme ont de la peine à s’en remettre…

Aujourd’hui
Entre le retour de la neige et la grisaille de Pentecôte, la ressemblance entre 2006 et 2007 est frappante. D’autant plus que les températures devraient reprendre l’ascenseur ces prochains jours. Mais il y a une différence: cette fois, les modèles numériques prévoient que l’été sera chaud.

Et vous, que faisiez-vous il y a un an ?

Philippe Jeanneret


mai 29, 2007 | Permalink | Commentaires (1)

2007, année de tous les records?

4earthsunbright_2 Vous vous en souviendrez peut-être, le Hadley Centre britannique prévoyait au début de l'année de nouveaux records de chaleur pour 2007. A l’époque, l’information avait fait passablement de bruit – la publication des derniers rapports du GIEC n’y était pas étrangère - mais aujourd’hui, les médias sont plus discrets sur la question. Et pour cause...

Pour faire une prévision saisonnière, les scientifiques procèdent à de nombreuses simulations et s’appuient sur le calcul numérique: un processus complexe qui essaye de tenir compte de tous les signaux climatiques susceptibles d’influencer le comportement général de l’atmosphère.

En début d'année, deux facteurs semblent avoir joué un rôle de premier plan: l’augmentation dans l’atmosphère des concentrations de CO2 et autres gaz à effet de serre ainsi que l’avènement d’un nouvel épisode El Niño sur le Pacifique. Faut-il le rappeler, c’est dans de telles conditions que 1998 s’était avérée l'année la plus chaude sur Terre depuis que les mesures existent.

Or, l’épisode El Niño qui a démarré il y a quelques mois est déjà en train de se terminer, de nombreux signaux climatiques montrant un retour à la normale autour du Pacifique.
Au vu de l’importance du phénomène et de son implication dans la circulation générale des courants, les chiffres ont logiquement été revus à la baisse.

Globe_source_uk_met_office Ainsi, d’après les dernières prévisions du Hadley Centre, les mois à venir devraient se caractériser par de nouvelles anomalies froides, en Amérique latine, sur le Centre et le Sud du continent africain ou encore sur le Pôle Nord. Vous l’aurez compris, 2007 pourrait ne plus être une année à records…

Europe_source_uk_met_office Mais fait intéressant, les anomalies froides attendues ces prochains mois dans l’hémisphère Sud et sur l’extrême Nord du globe, pourraient être partiellement compensées par des températures au-dessus de la normale sur le Nord et l’Est de l’Europe. En clair, l’été pourrait être particulièrement chaud dans nos régions.

Quant à dire que nous allons connaître un épisode similaire à 2003, c’est une autre histoire…

Philippe Jeanneret avec le concours de Martin Beniston de l’Université de Genève

mai 22, 2007 | Permalink | Commentaires (4)

Le thermique de Valence dément sa réputation

Oracle_2 Le choix de Valence pour l’America’s Cup a souvent été remis en cause ces dernières semaines: absence de vent en début de compétition, manque de suspens dans les situations de brises thermiques, les griefs étaient nombreux. Mais depuis lundi, il a fallu revenir sur un certain nombre de préjugés.

Tout semblait très simple: les vents de Nord-ouest ayant tendance à faiblir, les météorologues prévoyaient l’établissement d’une brise thermique. Dans ce genre de situation, le vent, orienté au Sud-est, a tendance à se renforcer pendant les heures chaudes de la journée et à tourner vers la droite jusqu’à 17h30 environ. Ce qui donne un gros avantage au premier bateau qui se place sur la droite du plan d’eau. Les statistiques de course le montrent assez bien, une telle position donne la victoire sept fois sur dix.

Des vents capricieux
Malgré un soleil généreux, la brise n’a pas été à la hauteur de sa réputation: au lieu de se stabiliser à 10 – 12 nœuds, comme à l’accoutumée, le vent n’a censé d’osciller tant en force qu’en direction, modifiant constamment les écarts entre bateaux. Météorologues et tacticiens y ont perdu leur latin…

Luna_rossa Et contrairement à ce que l’on aurait pu croire, Luna Rossa, qui se trouvait sur la gauche du plan d’eau a finalement pris l’avantage dans son duel contre BMW-Oracle . Autre surprise de taille, pendant le dernier bord de vent arrière, le vent est passé de 16 à 4 nœuds, en se réorientant au Nord-est: les concurrents en ont été quittes pour affaler leur spinnaker et finir la course au génois…

Source_inm_2 Si les modèles numériques développés par les différents teams, permettent de définir la tendance générale des courants, des variations comme celles observées lundi après-midi devant Valence, restent difficiles à prévoir: seules les observations faites sur le plan d’eau pendant la course permettent réellement de faire la différence. D’où le rôle crucial de la cellule arrière.

Difficile pour l’instant d’expliquer le phénomène. Une piste tout de même: la région de Valence se trouvait à l’arrière d’un front froid ce jour-là, un facteur qui explique la rotation des vents au Nord-est mais qui ne nous permet pas de comprendre pourquoi il se sont affaiblis si vite. Patience, les météorologues finiront par trouver la réponse...

Qui a dit que Valence était un plan d’eau ennuyeux?


Philippe Jeanneret

mai 15, 2007 | Permalink | Commentaires (0)

La signature des tornades

Tornadoes_source_noaa_2 Chaque printemps, les tornades reviennent sur le Middle West des Etats-Unis. Mais cette année, le phénomène est particulièrement dévastateur: rien que pendant la période du 4 au 6 mai, les services du NOAA ont répertorié 136 tornades!


Source_noaa_2_2 Pendant ces trois journées, 11 personnes ont été tuées au Kansas, dont 9 à Greensburg dans le conté de Stafford. Au plus fort de l’évènement, les vents ont été estimés à près de 330 km/h, soit force 5 sur l’échelle de Fujita. Du jamais vu depuis 1999 ! Face à l’ampleur des dégâts, les autorités ont dû faire évacuer la moitié des habitants de la ville…

A l'origine du drame, une zone de basses pressions qui s'est activée sur le Middle West des Etats-Unis en fin de semaine. Sa présence s’est non seulement traduite par de forts contrastes thermiques mais aussi par des taux d’humidité très élevés. Sans parler des vents d’altitude (jet stream) qui ont favorisé les phénomènes de cisaillements, propices aux tornades.

Tornadogreensburgkanradar05042007 Les tornades se produisent dans des supercellules orageuses. Des structures complexes qui se caractérisent entre autres par la présence d’un mésocyclone, c'est-à-dire par une rotation d’environ 3 à 10 km de diamètre, généralement située dans la région arrière droite d’une supercellule et qui couvre une zone beaucoup plus large que la tornade elle-même.

Si le phénomène ne peut que difficilement être décelé à l’œil nu, il peut être identifié par un spécialiste sur une séquence d’images radar. C'est ce qu'on appelle "signature" des tornades. Un facteur qui a joué un rôle déterminant dans la prévision le week-end passé, permettant aux météorologues du NOAA de prévenir les habitants de Greensburg environ 12 minutes avant que les éléments ne se déchaînent.

Cela peut paraître dérisoire mais cela suffit pour sauver des vies humaines...

Philippe Jeanneret avec le concours du NOAA

mai 8, 2007 | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Les orages pour les nuls

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L'activité orageuse ne sera pas négligeable ces prochains jours. Pour ceux qui veulent aller droit au but, voici un petit tour d'horizon:


Les orages se développent lorsque l’air est instable ou à proximité d’un front froid. Le phénomène est complexe et se produit dans les fameux nuages de type cumulonimbus.

Supercell_photo Faciles à reconnaître de loin, grâce à leur forme d’enclume, ces nuages sont le siège d’une activité intense: à l’intérieur, les mouvements verticaux atteignent facilement les 100 km/h, le potentiel électrique est énorme, sans parler des imposantes quantités d’eau et de glaces en suspension dans l’air…

Cumbschema L’évolution des cumulonimbus se fait en trois étapes: la première, dite de croissance, se caractérise par des vents ascendants. La deuxième, dite de maturité, est accompagnée de précipitations et de vents descendants (rabattants). La troisième, dite de dissipation, est aussi suivie de pluies mais avec des vents plus faibles.

Photo_jj_chifelle C'est pendant la deuxième phase que les orages sont les plus dangereux: non seulement le vent change brusquement de direction et se renforce mais les précipitations ont aussi tendance à s'intensifier (parfois sous forme de grêle). Parallèlement, l'activité électrique prend son ampleur maximale. Dans les cas extrêmes, des trombes ou des tornades se forment entre la base du nuage et le sol. Heureusement, le phénomène est assez rare en Suisse.

Deux grandes familles d’orages

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Les orages locaux
Fréquents pendant les journées chaudes, leur extension est limitée. Dans la majorité des cas, ils se déclenchent sur les reliefs en seconde partie de journée. Leur caractère isolé ne les empêche pas parfois d’être assez violents, tant au chapitre des vents que celui des précipitations qui peuvent prendre la forme de la grêle.

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Les orages frontaux
Appelés aussi "lignes de grains", ils sont généralement associés au passage d’un front froid et se déplacent sous la forme de plusieurs cellules bien organisées. Traversant le plus souvent nos régions dans un courant d’ouest, ils se distinguent surtout par la présence d’un ciel très sombre. Dans ce genre de situations, les coups de vent dépassent facilement les 60 km/h au sol et les précipitations peuvent localement prendre un caractère intense.

L’évolution diurne

Cumulus2_2

Dans les belles journées du printemps et de l’été, les perturbations sont loin de la Suisse mais l’air peut devenir instable. Cela arrive par exemple dans les situations de marais barométrique lorsque la répartition des pressions est uniforme sur de grandes étendues. Le rayonnement solaire échauffe le sol ce qui entraîne une augmentation des températures dans les basses couches de l’atmosphère.

Tout corps qui s’échauffe ayant tendance à se dilater, l’air surchauffé au niveau du sol, devient de plus en plus léger et finit par s’élever au dessus de l’air froid. C’est le début de l’évolution diurne.

Cumulus_congestus

L’air plus léger entraîne de l’humidité dans son ascension. En prenant de l’altitude, il finit par se refroidir, ce qui provoque un phénomène de condensation, d’où la formation de nuages. Si les contrastes thermiques et l’humidité ambiante sont suffisants, les orages pourront alors se développer.

Le suivi des orages

En marge des traditionnels bulletins météo, l’internaute trouvera facilement les avis de danger, les données satellitaire ou les images radar (indispensables pour le professionnel comme pour l’amateur éclairé) sur des sites Internet, comme landi.ch, meteox.com, infoclimat.fr, westwind.ch ou meteosuisse.ch. Moyennant rémunération, certaines de ces données sont aussi accessibles par téléphone portable.

Depuis quelques années, les opérateurs proposent aussi des avis de prudence par SMS, ces derniers constituant l’un des moyens les plus efficaces pour se tenir informé. Autre moyen assez prisé des navigateurs, les feux de signalisation installés par Météosuisse autour des lacs romands.
Ce n’est pas le choix qui manque…

Philippe Jeanneret

mai 1, 2007 | Permalink | Commentaires (3)