La chronique météo de Philippe Jeanneret
Ovni soit qui mal y pense
24 novembre 2009
D’étranges formations nuageuses ont été observées dans le ciel de Limoges le 5 novembre. La présence d’un cône inversé dans le ciel n’est pas sans rappeler le phénomène du Virga, sujet récemment abordé dans cette rubrique. Si ce n’est que le nuage est surmonté d’une zone de ciel clair, ce qui fait immanquablement penser à l’empreinte d’un Ovni.
D’autres observations ont récemment été faites, comme en Russie le 7 octobre ou dans le ciel de Roumanie le 6 novembre. Des vidéos sont également proposées sur Youtube.com, toutes concordantes. Selon le National Oceanic and Atmospheric Administration américain (NOAA), il ne s’agit pas d’un Ovni, mais d’un phénomène assez rare et méconnu, le «Hole Punch Cloud».
Traduite littéralement de l’anglais, l’expression signifie : «nuage en forme de coup de poing». Le phénomène s’apparente à la catégorie des Virgas, mais se distingue par la présence d’un «trou d’air sec» de forme ronde ou ovale s’étendant sur un périmètre de l’ordre du kilomètre, voire plus.
En présence de températures négatives, un nuage est en effet composé de gouttelettes d'eau surfondue, de cristaux de glace et de vapeur d'eau. Dans cet environnement dit de « nuage mixte », l'air qui est en contact avec les cristaux de glace est "sursaturé" alors que l'air qui se situe à proximité de gouttelettes surfondues est seulement "saturé". Conséquence, la vapeur d'eau se dépose en priorité sur les particules de glace. (réf. K.H Hack Météorologie pour aviateur 1987)
Ce processus, dit de Bergeron, est important lorsque la température avoisine les -15 degrés. Il se traduit par un accroissement et donc par un alourdissement des cristaux de glace qui vont descendre vers le sol. Comme le montre la photo prise au-dessus de Limoges le 5 novembre, ces derniers subissent un phénomène progressif d’évaporation en se déplaçant dans de l’air ambiant non saturé qui se trouve en aval. D’où la forme de virgule qui apparaît à la base du nuage. Dans la zone que les cristaux de glace viennent de quitter, l’air a tendance à s’assécher, ce qui explique l’apparition de notre fameuse zone de ciel clair.
Selon le NOAA, le phénomène est assez complexe et les explications qui ont été émises jusqu’à présent ne sont que des hypothèses. Ainsi, la formation de « Hole Punch Clouds » pourrait être provoquée par les traînées de condensation générées par les avions qui passent à proximité des nuages mixtes, ce que porte à croire des photos prises par les satellites Modis le 29 juillet 2007. Autres explication possible, la présence de mouvements verticaux importants au voisinage du jet-stream, lequel était justement présent au-dessus de Limoge le 5 novembre.
Certaines manifestations du phénomène pourraient également être en rapport avec des expériences d’ensemencement de nuages, ce que révèle cette photo prise par l’US Air Force en 1973, au-dessus de Green bay dans le Labrador, et relayée sur le site du North Amercican Weather Consultant.
De quoi alimenter le vaste débat des chemtrails…
Philippe Jeanneret avec le concours de Lionel Fontannaz de Météosuisse
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Un 14 novembre pas comme les autres
17 novembre 2009
Les orages ne se produisent pas qu’en été, les évènements de la nuit du 14 au 15 novembre en constituent un bel exemple. Non seulement les éclairs ont fait leur apparition, mais des chutes de grêlons se sont également produites, heureusement sans conséquences.
Comme le montrent les échos radars, les précipitations étaient en nette reprise vers 22h00 en région Lyonnaise, le tout accompagné de nombreux impacts de foudre. L'activité s’est déplacée vers 22h30 sur le canton de Genève, puis sur la rive Sud du lac Léman un peu plus tard. Phénomène assez local certes, mais peu courant à cette période de l’année.
Les orages se développent dans une masse d’air instable lorsqu’une réserve importante de chaleur et d'humidité est surmontée d'air plus sec et froid en altitude. L’air chaud - qui a une densité moléculaire moins importante que l’air froid -, a en effet tendance à s’élever, d’où de forts mouvements verticaux et la formation chronique de cumulonimbus d’orage…
Faciles à reconnaître de loin, grâce à leur forme d’enclume, ces nuages sont le siège d’une activité intense: à l’intérieur, les mouvements verticaux atteignent facilement les 100 km/h, le potentiel électrique est énorme, sans parler des imposantes quantités d’eau et de glaces en suspension dans l’air.
Les périodes estivales sont souvent le théâtre de foyers orageux: l’ensoleillement est en effet assez généreux à cette période de l’année, d’où un échauffement important des sols, lequel sera à l’origine de forts contrastes thermiques avec les couches supérieures de l’atmosphère.
A la fin de l’automne ainsi qu’en hiver, les situations de forts contrastes thermiques sont cependant moins fréquentes, sans parler de l’humidité qui, de manière générale, sera moins importante. C’est donc essentiellement à l’approche d’un front froid que les orages ont une chance de se produire.
Mais les différences de température et l’humidité n’expliquent pas tout. D’autres facteurs ont joué le rôle de «circonstance aggravante » pendant cette soirée du 14 novembre, comme l’arrivée d’une zone de convergence de pression au sol – synonyme de mouvements ascendants -, des phénomènes de soulèvement à proximité des reliefs du Jura, et surtout la présence de forts vents entre 6000 et 9000m d’altitude.
Pour la petite histoire, les modèles numériques ont bien anticipé la présence d’air instable en région lyonnaise le soir du 14 novembre. Mais les quantités d’humidité ayant été sous-évaluées, aucun signal d’orage n’a été décelé. En météo, les détails font souvent la différence…
Philippe Jeanneret avec le concours d’Olivier Duding de Météosuisse
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Machine arrière
10 novembre 2009
La prévision saisonnière du Hadley Center a perdu de sa cote depuis quelques mois. Après une sérieuse déconvenue pendant l’hiver, d’autres déboires se sont produits cet été en Angleterre, entraînant une vague de mécontentement auprès du grand public.
Résultat, les cartes de prévisions saisonnières et autres diagrammes se réduisent désormais au strict minimum sur les pages du UK Met Office. Tout comme Météosuisse se contente d’un simple texte pour donner la tendance sur les mois à venir. Explications avec Pierre Eckert, directeur du Centre Météo de Genève.
Sommes-nous en train de faire machine arrière?
Pierre Eckert: Ce n’est pas le signe d’un découragement, d’autant plus que ce type de prévision a beaucoup évolué ces dernières années. Mais le problème est que de telles prévisions restent assez techniques et ne sont pas encore prêtes à être diffusées auprès d’un large public. J’ai toujours été réservé par rapport à une large diffusion de ce genre de prévisions.
Mais où se situent les points faibles de ces prévisions ?
Si les tendances à grande échelle sont relativement bien perçues par les modèles numériques – comme l’avènement d’un hiver plus doux sur le Nord de l’Europe -, ces derniers ne sauraient donner des tendances bien définies sur des zones de la taille de la Suisse ou de l’Angleterre.
Certains phénomènes ne sont par ailleurs pas toujours bien anticipés par les modèles, comme l’étendue du manteau neigeux sur le Centre et l’Est de l’Europe, lequel joue un rôle important dans les processus de formation des hautes et des basses pressions. A l’image de ce qui s’est produit l’hiver passé.
L’évolution saisonnière est enfin plus difficile à prévoir pour certaines zones comme le centre de l’Europe qui est très affectée par l’instabilité sur l’Atlantique. Et la Suisse ne fait pas exception à cette règle, comme le montrent les scores mitigés obtenus pour la prévision saisonnière ces dernières années!
Comment sont faites ces prévisions saisonnières?
Dans la quasi-totalité des cas, c’est l’approche probabiliste qui prévaut, appelée également «prévision d’ensemble». L’exercice consiste à faire une cinquantaine de fois un calcul en changeant les conditions initiales de l’atmosphère et des océans, et à comparer les résultats obtenus.
Lorsque ces derniers convergent vers une même solution, nous nous trouvons face à une évolution peu sensible aux conditions initiales, d’où un bon indice de fiabilité. Dans le cas contraire – ce qui arrive hélas assez souvent avec les prévisions saisonnières – ce même indice sera assez faible. Ce que nous allons bien-sûr exprimer dans la prévision.
Mais pourquoi alors calculer de telles prévisions?
Si la qualité de la prévision est médiocre au centre de l’Europe, ce n’est pas le cas partout autour du globe. L’ensemble des régions tropicales ainsi que l’Amérique du Nord montrent des scores de prévision bien supérieurs, même si leur utilité se restreint plutôt aux professionnels de l’énergie ou de l’agriculture.
Concrètement, quels sont les résultats pour cet hiver?
Justement, lors de la dernière prévision effectuée en octobre, les cinquante calculs ou «membres» ont proposé chacun des solutions assez différentes, nous sommes une fois de plus confrontés à un mauvais indice de fiabilité! Dans certains cas, les «membres» suggèrent des températures allant jusqu’à 4 degrés au-dessous de la normale pour le mois de janvier, alors que d’autres retiennent des valeurs supérieures de 5 degrés.
Bien-sûr, si nous faisons la moyenne de tous ces calculs, nous nous apercevons que l’hiver 2009-2010 sera peut-être un peu plus doux que la normale, mais on le voit bien, ce chiffre est très relatif compte tenu du mauvais indice de fiabilité. Vous comprendrez dès lors notre retenue par rapport à la diffusion de ce genre d’information...
Philippe Jeanneret
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Arrêt sur image
20 octobre 2009
Les galeries d’images de tsr.ch ne fournissent pas seulement une illustration du temps qu’il fait, elles nous permettent également de nous pencher sur des phénomènes particuliers. Comme celui du virga qui a été photographie par Willy Clerc la semaine du 14 septembre.
Venant du latin virga qui signifie branche verte, tige ou baguette, le terme désigne en météorologie toute forme de précipitation qui n’atteint pas le sol. Il caractérise aussi le phénomène des cristaux de glace qui passent directement de l’état solide à l’état gazeux, par le processus dit de sublimation.
L’état de l’atmosphère peut en effet changer assez rapidement sous la base des nuages, ce qui n’est pas sans conséquences pour les gouttes d’eau. Lorsque l’air ambiant est non saturé, ces dernières peuvent subir un phénomène d’évaporation en se déplaçant des nuages vers le sol. Mais avec la particularité de ne pas disparaître d’un coup, d’où la forme de virgule qui apparaît à la base du nuage.
Les virgas peuvent se développer sous tous les types de nuages, quelle que soit leur altitude. On pourra donc aussi bien les observer à proximité d’un banc de cirrostratus qu’à la base d’un cumulus. Les images radar permettent également de les déceler mais il n’est pas toujours aisé de les différencier des précipitations qui arrivent jusqu’au sol. Dans le doute, il faudra recourir aux mesures des pluviomètres…
La présence de virgas s’accompagne assez souvent de mouvements verticaux sous la base des nuages, d’où des phénomènes de turbulences potentiellement dangereux pour les aéronefs. Lorsque des cumulonimbus d’orages se forment au-dessus de régions particulièrement sèches, les virgas peuvent même provoquer de fortes rafales jusqu’au sol. Une situation plutôt rare en Europe mais fréquente dans les Grandes Plaines américaines.
Philippe Jeanneret avec le concours de Lionel Peyraud de Météosuisse.
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La valse des extrêmes
13 octobre 2009
La nature ne fait pas les choses à moitié: en moins de 8 jours, les températures ont passé de 19 à -2 degrés à 1500 mètres, ce qui se traduit en plaine par une baisse de 15 degrés en moyenne. Comme si nous passions d’un coup du mois de juillet au mois de novembre! Voilà qui mérite quelques explications.
Il y a un peu plus d’une semaine, les fronts polaires circulaient très au Nord de l’Europe. Et les températures étaient exceptionnellement douces pour la saison! Mais depuis, l’allure générale des courants a changé: un anticyclone s’est formé sur les îles britanniques, obligeant cette fois les dépressions à circuler sur l’Est de l’Europe.
Dans ces conditions, les fronts polaires ont enfin réussi à revenir sur la Suisse pendant la journée de lundi, le tout sur fond de bise. Une première baisse de températures a ainsi été enregistrée, suivie par une deuxième baisse en milieu de semaine. Un phénomène qui s’explique également par la présence des hautes pressions jusqu’à la mer de Norvège, lesquelles ont fait circuler de l’air froid directement de la Scandinavie vers les Alpes.
Tout spectaculaire qu’il soit, cet épisode de froid ne saurait cependant perdurer. Les courants de Nord sont en effet conditionnés par la position des hautes pressions, lesquelles auront tendance à se décaler vers l’Est la semaine.
Et justement, la plupart des modèles numériques montrent une atténuation progressive des courants de Nord, suivie par une hausse des températures à partir du 20 octobre, phénomène qui devrait être sensible tant en altitude que sur les régions de plaine. Voilà qui devrait nous permettre de retrouver des températures comprises entre 11 et 14 degrés sur le Plateau.
Un retour à la normale plutôt rassurant. Mais qui ne permettra pas de combler le déficit hydrologique accumulé ces trois derniers mois…
Philippe Jeanneret
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13 records battus en Suisse
07 octobre 2009
Journée faste que celle de mercredi, 13 records ont été battus sur l’ensemble de la Suisse dont 10 en Suisse-romande. Les nuages ont cependant joué aux troubles-fête, notamment à Genève où il ne manquait qu’un demi-degré pour établir une nouvelle référence.
A l'origine de cette journée particulière, des fronts polaires situés très au Nord de l'Europe et surtout, la présence d'une dépression centrée au large du Portugal.
Sur son flanc droit, les courants de Sud-ouest ont entraîné de l'air méditerranéen vers les Alpes, d'où une montée assez rapide des températures.
Les records en Suisse-romande :
Payerne : 27,7°
Neuchâtel : 25,9°
La Brévine : 25,8°
La Chaux-de Fonds : 25,4°
Pully: 25,4°
La Frettaz : 21,5°
Evolène : 19,8°
Chasseral : 19,3°
La Dôle : 19,3°
Moléson : 18,5°
Et dans le reste de la Suisse
Adelboden : 24,8°
Disssentis : 24,7°
Scuoll : 26,5°
Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse.
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Premier record en Suisse-romande
Un premier record est tombé à la Chaud-de-Fonds où le mercure affichait 24,3 degrés à 14h30. La ville de Neuchâtel semble bien partie pour battre également son record de 25,7 degrés.
A suivre...
Philippe Jeanneret
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Record ou pas?
06 octobre 2009
Bien que nous soyons au mois d’octobre, la douceur persiste. Et la plaisanterie est loin d’être terminée car de nouveaux records de chaleur pourraient bien être battus pendant cette journée de mercredi. A condition que le soleil et les vents soient de la partie.
Depuis le mois d’août les fronts polaires circulent plutôt sur le Nord de l’Europe. Un phénomène tout ce qu’il y a de plus normal en plein été mais assez inhabituel en automne. Ainsi, depuis le début du mois, les thermomètres affichent des 20 à 22 degrés, soit 4 à 6 degrés de plus que la normale.
Cerise sur le gâteau, pendant la journée de mercredi une dépression centrée au large du Portugal va provoquer des remontées d’air chaud. Les températures vont donc prendre l’ascenseur entre l’Espagne, le Nord-Est de la France et les Alpes. Situation temporaire certes, mais qui pourra se solder par des records de chaleur.
Tout dépendra des vents et de l’ensoleillement. Dans l’idéal, il faudrait une bonne couverture nuageuse pendant la nuit de mardi à mercredi pour limiter le risque de gels matinaux, et un bon ensoleillement pendant la journée. Le foehn dans les Alpes et les vents de Sud-ouest en plaine joueront également un rôle important.
Une journée à suivre sur les réseaux de mesures de Météosuisse ou à passer à la terrasse d’un café. Résultat des courses et commentaires (à chaud, bien-sûr) en fin de journée.
Quelques records de chaleur pour octobre:
Bâle : 29,6°
Changins : 27,8°
Sion: 27,6°
Genève : 27,3°
Fahy : 27,3°
Viège: 26,7°
Payerne : 26,7°
Aigle: 26.0°
Neuchâtel: 25,7°
Berne: 25,5°
Pully : 25,1°
La Chaux-de-Fonds: 23,3°
Montana: 23,3°
La Dôle: 19,1°
Philippe Jeanneret avec le concours d’Isabelle Fath de Météosuisse
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Les ouragans aux abonnés absents
29 septembre 2009
D’habitude la saison des ouragans bat son plein sur l’Atlantique au mois de septembre, et les météorologues du National Hurricane Center ne savent plus où donner de la tête. Mais cette année c’est le calme plat. Et on se demande si ça ne va pas durer…
Les éminents spécialistes du NHC avaient annoncé une activité cyclonique au-dessus de la normale pour 2009: entre 9 et 14 tempêtes tropicales auraient dû se former sur l’Atlantique, 4 à 7 d’entre-elles pouvant atteindre le stade d’ouragans. Mais depuis le mois de juillet, seuls deux ouragans ont été répertoriés. On est bien loin du compte.
Principal responsable, El Niño qui a montré de premiers signes de reprise au mois de juin. Le phénomène qui entraîne surtout des aléas climatiques autour du Pacifique, exerce également une influence entre les côtes du Sénégal et les Caraïbes.
L’une des conditions nécessaire à la formation des ouragans est en effet l’absence de cisaillement en altitude. Dans de telles situations - caractérisées par des changements brusques de la force et de l’orientation du vent -, les mouvements ascendants s’atténuent à l’intérieur du cyclone. Lequel décline assez rapidement.
Or, lors d’évènements de type El-Niño, l’allure générale des courants atmosphériques a tendance à se modifier, pas seulement au-dessus du Pacifique mais également sur l’Atlantique tropical. Une variation à grande échelle qui se traduit par une augmentation du cisaillement entre le Sénégal et les îles du Cap Vert. Et par une diminution significative de l’activité cyclonique.
Il va sans dire que les habitants des zones sensibles aux cyclones se réjouissent du retour d’El Niño. Mais ils ne sont pas forcément au bout de leur peine: les phénomènes de cisaillement peuvent temporairement s’interrompre, et ouvrir la voie aux cyclones. Il n’est d’ailleurs pas exclu que ces derniers puissent encore se développer sous forme d’ouragans majeurs d’ici la fin de la saison. La prudence reste de mise.
Selon une opinion largement répandue auprès du grand public, le réchauffement climatique devrait s’accompagner d’une augmentation du nombre des ouragans dans les prochaines décennies. Une étude menée par Mann et Emanuel en 2006 a cependant démontré quel tel ne devrait pas être le cas: dans un processus global de montée des températures, les phénomènes de cisaillement devraient justement augmenter sur l’Atlantique tropical, ce qui aura pour conséquence de faire diminuer le nombre des ouragans.
Cette même étude montre que parallèlement à une diminution du nombre des ouragans, l'intensité des événements devrait être plus forte. Autrement dit, les ouragans de catégorie 1 à 3 sur l’échelle Saffir-Simpson seront moins nombreux, tandis que ceux de catégorie 4 et 5 seront en augmentation.
Ce qui nous renvoie furieusement à la théorie des vases communicants…
Philippe Jeanneret avec le concours de Martin Beniston, Professeur de climatologie à l'Université de Genève.
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Climat de vendanges
22 septembre 2009
Malgré les orages, les conditions météorologiques ont été assez favorables à la production de raisin cette année. Que ce soit en Suisse ou en France voisine, les spécialistes s’attendent en 2009 à un bon millésime. Lequel pourrait être comparable à celui de 2005, déjà considéré comme une référence.
Dans la plupart des cas, températures et ensoleillement ont été au-dessus de la normale. Exception faite du mois de juillet – théâtre de nombreux épisodes orageux - les précipitations se sont quant à elles soldées par un bilan déficitaire en Suisse, autant de conditions assez favorables à l’épanouissement de la vigne. Et qui expliquent la précocité avec laquelle les vendanges ont commencé dans certaines régions.
Le registre des vendanges est à ce titre un outil précieux de l'évolution climatique, d’autant plus que les premiers documents de ce genre remontent au début du Moyen Age. Grâce à des études comme celles d’Alfred Angot ou Emmanuel Le Roy Ladurie, les tendances météorologiques de nos étés ont pu être reconstituées sur près d’un millénaire.
La date des vendanges ne saurait être considérée comme un thermomètre précis mais elle nous donne une tendance. Ainsi, on considère qu’une variation de un degré par rapport à la normale entre mai et août entraîne une variation de 10 jours de la date des vendanges. Ce que corroborent les séries de mesures de températures effectuées depuis la fin du 18ème siècle.
En 2004, des chercheurs du CNRS, du CEA et de l'INRA ont reconstitué le climat de la Bourgogne depuis 1370 à partir des dates de vendange du pinot noir, cépage roi de la région. Fait intéressant, les reconstitutions montrent que la Bourgogne a connu pendant le Petit Age Glaciaire (entre 1370 et 1850) plusieurs périodes aussi chaudes que les années 1990.
En revanche, l'année 2003 apparaît de loin comme l'année la plus chaude qu'ait connue la Bourgogne – à l’image du reste de l’Europe d’ailleurs -, les mesures montrant une anomalie de + 5,86 °C par rapport à la normale. Une période marquée également des vendanges débutant le 18 août, ce qui est un record. A titre de comparaison, l’année de référence pour le Moyen Age est 1523, caractérisée par une anomalie estimées à +4,10° et des vendanges commençant le 26 août «seulement».
Reste à savoir si le réchauffement climatique sera favorable à la production de raisin. Dans son ouvrage «abrégé d’histoire du climat», Emmanuel Le Roy Ladurie estime que cela devrait être le cas. «La vigne et son fruit apprécient les situations caniculaires qui sont toujours synonymes de millésimes exceptionnels» relève-t-il.
Mais une étude menée par Eric Duchêne, de l'Unité mixte de recherche "Santé de la vigne et qualité du vin" de l'Inra de Colmar, montre que certains cépages comme ceux utilisés en Alsace pourraient souffrir d’une hausse des températures. Les rieslings, pinots gris et gewurztraminers pourraient même perdre de leur typicité au fil des années, ou voir leur profil aromatique se modifier. Une dégradation qui devrait, toujours selon cette étude, toucher également les autres vignobles européens.
Un débat à suivre, un verre à la main…
Philippe Jeanneret
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tsr.ch, placé sous la responsabilité de la TSR, met en ligne sur cette page des "blogs" personnels souvent décalés, parfois impertinents. Ces textes proposent des regards subjectifs; c'est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de telle ou telle émission mais bien celui de son auteur.