Les blogs | La chronique météo de Philippe Jeanneret

Publié le 14 avril 2014 à 12:57

Diapositive1 Le retour du printemps marque la fin de l’extension hivernale de la banquise au Pôle Nord. Selon les derniers bilans fournis par le National Snow and Ice Data Center (NSIDC) américain, cette dernière a atteint 14,91 millions de km2 cet hiver, soit la cinquième mesure la plus basse depuis le début des observations satellite, en 1979. A l'inverse, la banquise de l'Antarctique, qui ne montrait aucune tendance claire durant les années 1980 et 2000, affiche des records d'extension depuis trois ans, malgré la hausse des températures. Le paradoxe est saisissant:


Diapositive2 Après le record de rétractation atteint en septembre 2012, avec 3,41 millions de kilomètres carrés, l’état de santé de la banquise arctique s’est amélioré en 2013. Les mesures effectuées par satellite ce printemps confortent cette tendance.


Selon les dernières projections des modèles, la déperdition des glaces pluriannuelles devrait se poursuivre sur le long terme, le processus semble inéluctable. Depuis les années 60, la température moyenne de l’Arctique s’est élevée de 3,6 degrés, selon le NSIDC, soit deux fois plus qu’aux latitudes moyennes. Sans parler de la ville de Barrow, au nord de l'Alaska, où les températures minimales ont été supérieures ou égales au zéro degré pendant 86 jours consécutifs, ce qui n’était jamais arrivé depuis le début des mesures.


Diapositive4 Au delà des hausses de températures, le démantèlement des glaces s’explique en grande partie par les variations d’albédo: les eaux sombres non recouvertes de glace de l’océan Arctique absorbent la lumière solaire, alors que les étendues blanches qui recouvrent la banquise ont tendance à les réfléchir. Plus la banquise se réduit, plus l’océan Arctique se réchauffe, accélérant ainsi la fonte du reste de la banquise et ainsi de suite. On peut parler de rétroaction positive.



Diapositive6De l’autre côté du globe, la banquise de l'Antarctique, qui n’a montré aucune tendance claire durant les années 1980 et 2000, affiche des records d'extension depuis trois ans. Le 23 février 2014, les étendues de glaces de mer ont atteint leur point le plus bas de l’année, avec 3,54 millions de kilomètres carrés, soit la quatrième extension la plus forte depuis le début des mesures par satellite. (Il ne faut pas confondre ces évolutions des glaces de mer avec celles des calottes polaires, formées à partir des chûtes de neige).



Diapositive5 Cette hausse est rassurante (pour rappel une fonte totale des glaces du Pôle Sud provoquerait une élévation du niveau de la mer de l’ordre de 60 mètres). Mais il ne faut pas s’y tromper, comme le montre ce graphique à gauche, l'Antarctique s'est également réchauffée depuis les années 60. La hausse des températures a même été plus forte qu’aux latitudes tempérées de l'hémisphère sud. Il ne s’agit donc pas d’un refroidissement ou d’une «pause du réchauffement» mais d’une réaction spécifique de l’Antarctique, face au réchauffement.


Cette différence entre les Pôles s’explique d’abord par la présence conjointe de glaces de mer et de calottes continentales en Antarctique. La déperdition des glaces de mer est par ailleurs compensée par un surplus de chutes de neige sur les calottes continentales.
La présence de vastes étendues océaniques – alors que l’Arctique est entouré de plaques continentales – joue également un rôle, tout comme les vents et la circulation des courants marins. D’où un ensemble complexe d’interactions favorables à une augmentation de la masse des glaces. Par opposition au Pôle Nord, on peut parler de rétroaction négative.


Diapositive7 On précisera que cette augmentation de la masse des glaces ne compense pas les déperditions enregistrées en Arctique. Une étude publiée le 12 janvier dans Nature Climate Change, réalisée par les glaciologues du Laboratoire de Glaciologie et de géophysique de l'environnement de Grenoble, montre par ailleurs que les glaciers en Antarctique contribuent malgré tout à l’élévation du niveau marin. L’un des principaux glaciers de l’Antarctique de l’Ouest, situé sur l’ìle de Pin, pourrait déverser dans l’océan jusqu’à 120 milliards de tonnes de glace par an. Et permettre au niveau global marin de l’élever de 3,5 à 10 millimètres dans les 20 prochaines années. Ce qui montre bien la complexité du phénomène...



Philippe Jeanneret avec le concours du NOAA et du NSIDC


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Publié le 07 avril 2014 à 10:14

Diapositive1 C’est désormais officiel, Cherrapunji en Inde détient le record mondial de pluie sur deux jours (48 heures), avec un cumul de 2 493 millimètres mesurés les 15 et 16 juin 1995. Un chiffre impressionnant qui confirme que la petite localité indienne, également appelée Sohra, compte parmi les lieux les plus arrosés de la planète. L’enquête a été menée pour le compte des Archives mondiales de données concernant les extrêmes météorologiques et climatiques, lesquelles constituent les relevés mondiaux officiels de l’OMM.



Diapositive219 ans après les faits, un un groupe d’experts de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), constitué de spécialistes du climat, a pu vérifier la cohérence des mesures effectuées à Cherrapunji entre le 15 et le 16 juin 1995. Un travail minutieux de réanalyse de données météorologiques anciennes, effectué à la demande et avec la collaboration du gouvernement indien. Le groupe d’experts était constitué de spécialistes du climat venant d’Allemagne, d’Argentine, de Colombie, d’Espagne, des États-Unis d’Amérique, de France, de l’Inde et du Maroc.

Diapositive3 La petite localité de Cherrapunji, située dans l’État du Meghalaya sur un plateau dont l’altitude moyenne atteint 1 484 mètres et qui fait face aux plaines du Bangladesh, ouvre ainsi une nouvelle page du livre des records. Mais elle n’est pas une inconnue car elle possède depuis longtemps le record de précipitations sur 12 mois, établi entre août 1860 et juillet 1861, avec 26 470 millimètres. On précisera que le record des 15 et 16 juin 1995 supplante un record de pluviométrie qui était associé à un cyclone tropical.


Diapositive5Les cumuls importants enregistrés dans cette région du monde s’expliquent par la présence de reliefs montagneux favorables aux effets de barrage mais également par une forte exposition aux courants chauds et humides qui circulent entre le golfe du Bengale et le Nord-est de l’Inde pendant la mousson d’été. La zone est par ailleurs très sensible aux orages.


Les 2467millimètres, relevés sur l’ìle de la Réunion au passage d’un cyclone sur l’océan Indien en avril 1958, sont donc relégués au second rang. Le département français d’outre mer continue cependant de détenir les records de pluviométrie sur des périodes de 12 heures et 24 heures au passage du cyclone Denise en 1966, ainsi que les records sur 72 heures et 96 heures établis en 2007.



Diapositive4 A titre de comparaison le record en Suisse est de 495mm, relevés à la station du Simplon les 13 et 14 octobre 2000. Evènement à l’origine de la catastrophe de Gondo. Au chapitre des précipitations annuelles, Camedo au Tessin a enregistré un cumul de 4020 millimètres en 1977, soit six fois mois qu’à Cherrapunji. Pour la petite histoire, c’est encore Camedo qui détient le record sur 24 heures avec 414millimètres enregistrés le 10 septembre 1983.

On est peu de chose...


Philippe Jeanneret avec le concours de l’OMM et de Météosuisse

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Publié le 31 mars 2014 à 12:56

Diapositive1 L’affaire suscite passablement de remous depuis quelques semaines, un professeur de Physique de l’Université de Temple à Philadelphie propose de construire des murailles géantes pour réduire le nombre de tornades sur le Middle West des Etats-Unis. Un projet pharaonique dont le coup - estimé à 16 milliards de dollars - devrait être compensé par une diminution des dommages liés aux tornades.

Apparemment, il ne s’agit pas d’un canular...



Diapositive2 Les tornades sont assez fréquentes sur les grandes plaines des Etats-Unis, le phénomène se produit au sein de supercellules orageuses dans les situations de forts contrastes thermiques. Ces derniers se manifestent lorsque l’air humide et chaud qui remonte depuis le Golfe du Mexique, entre en contact avec l’air froid qui arrive par le Nord en passant par les Rocheuses.

«En Chine, il n’y a eu que 3 tornades l’année passée car contrairement aux Etats-Unis, les grandes régions de plaine se caractérisent par la présence de reliefs orientés d’Ouest en Est. Ce qui atténue les contrastes.» explique le Professeur Ronjia Tao, de l’Université de Temple à Philadelphie qui estime que la barrière des Alpes joue le même rôle en Europe.


Diapositive3 «En construisant des murailles de 300m de haut et de 50m d’épaisseur sur le Nord du Dakota, la frontière du Kansas et de l’Oklahoma ainsi que sur le Sud du Texas et la Louisiane, nous pouvons faire diminuer de manière significative le nombre d’évènements sur l’allée des tornades, en aval des Montagnes Rocheuses» annonce-t-il. «Nous construirons d’abord des murailles à proximité des zones les plus exposées, puis nous étendrons le projet aux autres régions».




Diapositive4Les propositions du professeur Ronjia Tao ont fait l’objet d’une forte médiatisation de l’autre côté de l’Atlantique. Elles sont cependant loin de faire l’unanimité, en particulier auprès du NOAA (National Oceanographic and Atmospheric Admistration):

«Rongjia Tao sous-estime l’activité des tornades sur le territoire chinois.» dit Harold Brook, chercheur au National Severe Storm Center Laboratory. «Par ailleurs, il existe déjà, en aval des Rocheuses, des reliefs comme ceux des Wichitas ou des Ozarks, avec une orientation et une taille similaire à ce qui est préconisé par le projet. Or, ces reliefs n’empêchent pas les tornades de se former!».


Diapositive5 L’affirmation selon laquelle les Alpes «atténueraient» les tornades est également discutable. Une étude attentive des conditions climatiques européennes montre en effet que les tornades sont assez fréquentes sur la Plaine du Pô, par rapport à la surface du territoire. Sans parler des phénomènes de cisaillement de vents (changements brusque de force et de direction), générés par les reliefs des Alpes, qui favorisent le développement de supercellules orageuses.


Rongjia Tao a récemment présenté ses travaux, lors du Congrés de l’American Physical Society. Il y encore affirmé que la présence de large murailles décorées de verre seraient du plus bel effet dans le paysage. «J’ai discuté avec des architectes, qui me disent que le projet est réalisable» a-t-il précisé. Le Professeur s’est cependant bien gardé d’aborder la question de l’impact environnemental des murailles, en particulier des atteintes à la faune et à la flore. Pas un mot non plus sur d’éventuelles conséquences climatiques.

Dommage…


Philippe Jeanneret

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Publié le 24 mars 2014 à 10:11

Diapositive1 Un même phénomène peut prendre des formes assez différentes selon le point où se trouve l’observateur. En voici la démonstration avec ces formes étranges que nombre d’internautes ont photographiées au-dessus du Jura le 18 mars dernier. L’analyse des images montre qu’il s’agit d’un seul et unique événement, sous la forme de nuages de type lenticularis. Ces derniers se sont développés dans le courant de l’après-midi et se sont maintenus dans le ciel jusqu’en fin de journée. Un phénomène assez fréquent mais peu connu du grand public.


Diapositive2 Les vents sont relativement faibles dans les basses couches de l’atmosphère, le 18 mars. Mais le radiosondage effectué depuis Payerne à 12h UTC montre la présence d’un fort courant d’altitude: les vents soufflent à plus de 60 km/h vers 6000m et atteignent les 120 km/h entre 11'000 et 12'000 mètres. Situation favorable à la formation de nuages dits «orographiques», de forme allongée, lesquels peuvent se maintenir sur les mêmes zones plusieurs heures d’affilée.



Diapositive3 Dans une masse d’air stable, les courants ont tendance à s’élever à proximité des reliefs et à former une onde, appelée onde orographique ou onde sous le vent. Les nuages se forment au sommet de l’onde - où les baisses de températures sont propices aux phénomènes de condensation – et se dissipent plus bas, en passant dans un champ de températures plus élevées. D’où la forme «de lentille» que prennent les nuages. La photo réalisée par S. Butty, un peu avant le coucher du soleil, en constitue un bel exemple.


Diapositive4 Malgré la présence de forts vents d’altitude, cette nébulosité garde un caractère stationnaire, ce qui la distingue des autres nuages. Elle se rencontre fréquemment dans les Alpes où elle porte parfois le nom de «chapeau d’âne». Elle peut également se présenter sous une forme simple ou par une superposition de nuages, faisant penser à une pile d’assiettes. Ce type de structure est bien visible sur le cliché réalisé par Georges Chatelain, vers 18h30 à Saint-Cergue, et qui se trouvait juste au-dessous du nuage.


Diapositive5 L'altocumulus lenticularis est le plus souvent situé au sommet de la montagne mais peut également être à une certaine altitude au-dessus de celui-ci, comme le montre cette autre vue, réalisée par P. Besson au-dessus du Locle. Il peut également se former en aval des reliefs.


Par sa forme évocatrice, ce nuage est parfois confondu avec des OVNIS, ce qui donne lieu à toutes sortes de théories assez farfelues. Et nous renvoie à la théorie selon laquelle « l'explication la plus simple à un phénomène a priori inexplicable ou paranormal est toujours la meilleure et doit être privilégiée au détriment de thèses plus compliquées, particulièrement lorsqu'elles incluent des éléments non prouvés comme des visites extraterrestres sur Terre»…


Philippe Jeanneret

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Publié le 17 mars 2014 à 14:01

Diapositive1 Une nouvelle étude, récemment publiée par la revue Nature Géoscience, montre que les variations des flux solaires ont influencé le climat européen de manière significative pendant le dernier millénaire. Des chercheurs de l’Université de Cardiff, en Angleterre en collaboration avec l’Université de Berne, ont découvert une corrélation entre l’activité solaire et les courants océaniques sur l’Atlantique Nord, qui conditionnent les aléas météorologiques du Vieux Continent.




Diapositive6 L’Europe a vécu un climat relativement froid pendant le Petit-Âge glaciaire, entre le XVème et le XIXème siècle. L’activité volcanique a largement contribué à la baisse des températures mais une étude publiée par une équipe de chercheurs de l’Université de Cardiff montre que les changements de température qui se sont produits à la surface de l’océan pendant cette période ont également favorisé l’avènement d’hiver froids en Europe, en particulier entre le XVIème et le XVIIIème siècle. Des variations qui ont un lien avec l'activité solaire:


Diapositive2 "Nous avons utilisé des sédiments de fonds marins, prélevés au sud de l'Islande, pour étudier la circulation des courants à la surface de l’océan», explique le Dr Paola Moffa-Sanchez, auteur principal de l’étude à l’Institut des sciences de la Terre et des océans de l'Université de Cardiff. «L'analyse de la composition chimique de ces micro-organismes a permis de reconstruire les variations de température et de salinité sur l’Atlantique Nord au cours des 1000 dernières années."



Diapositive3 Ces analyses ont révélé des changements brusques de température et de salinité à la surface de l’Atlantique Nord, sur des périodes allant de la décennie jusqu’au siècle. Elles montrent surtout que les épisodes de froid, à la surface sur l’océan, correspondent à des cycles de faible activité des taches solaires. Une corrélation qui apparaît également sur les simulations faites à partir de modèles climatiques, selon l’équipe de chercheurs.




Diapositive5 «La circulation des courants à la surface de l’Atlantique Nord est étroitement liée à la modification des régimes de vents», ajoute Ian Hall, co-auteur de l’étude, «En analysant les composantes atmosphériques sur les modèles climatiques, il apparaît que les périodes de minima solaires se traduisent par la présence de hautes pressions sur les îles britanniques. Or ces situations – qui ont souvent un caractère bloquant – favorisent les courants de Nord et les intrusions d’air arctique sur le continent européen, au détriment des courants d’Ouest. D’où des hivers plus rigoureux. Dans un passé relativement récent, de tels évènements se sont par exemple produits en 2010 ou en 2013».

Diapositive4«La nature de cette interaction entre l’activité solaire et les changements à la surface de l’Atlantique Nord n’est pas très claire», précise le Dr. Paola Moffa-Sanchez. «Il pourrait s’agir d’un processus complexe au niveau de la stratosphère. Mais nous pensons que ce phénomène peut expliquer les hivers particulièrement rigoureux que l'Europe a traversé entre le XVIème et le XVIIIème siècle et qui avaient défrayé les chroniques à l'époque».



Ces travaux s'inscrivent en complément du projet CLOUD, mené par le CERN, et qui étudie le lien existant entre le rayonnement cosmique et la formation des noyaux de condensations à l'intérieur des nuages.

Bien que l’impact des variations de flux solaires soit moins fort que celui provoqué par les gaz à effet de serre, l’étude préconise de mieux prendre en compte la variabilité du climat régional ainsi que les effets des cycles d’activité solaire sur l'océan pour améliorer la qualité des futures prévisions climatiques.

Philippe Jeanneret


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Publié le 08 mars 2014 à 13:28 dans Gastronomie

Diapositive1 L’allure générale des courants au large des côtes européennes s’est bien modifiée depuis quelques jour. Finies les tempêtes à répétition, les hautes pressions nous amènent à nouveau un temps stable. Selon les dernières sorties de modèles numériques, cette situation pourrait même durer un bon moment. Le printemps 2014 sera-t-il comparable à ceux de 2007 ou de 2011, qui ont été particulièrement ensoleillés? Voici les dernières analyses:



La situation des trois derniers mois peut être qualifiée d’exceptionnelle, par le nombre de tempêtes recensées sur les côtes atlantiques mais surtout par leur intensité. Le phénomène s’explique par la conjonction d’un ensemble de facteurs, comme les différences de pressions et de températures à la surface de l’océan ou par la circulation des courants au niveau de la stratosphère.


4-earth-sun-bright Par nature, l’hiver est par ailleurs assez propice aux tempêtes: les contrastes thermiques entre le Pôle Nord et l’équateur sont assez marqués de décembre à février, ce qui donne un fort potentiel aux dépressions qui se forment dans les courants d'Ouest. Ces contrastes ont cependant tendance à diminuer vers le mois de mars, avec l'augmentation de la durée du jour dans l'hémisphère Nord. A terme les courants d’Ouest perdent de leur intensité.



Diapositive3 Cette baisse de régime permet à toutes sortes de évènements de se produire en période printanière, parmi lesquelles les fameuses bises "du salon" de l’Auto, qui décoiffent si volontiers les visiteurs du bout du lac. Ces situations se caractérisent par la présence d’un anticyclone sur les îles britanniques et d’une dépression sur la Méditerranée.






Diapositive6 Or, les hautes pressions pourraient bien être bloquées entre deux systèmes dépressionnaires ces prochains jours, l’une au large de l’Irlande, l’autre entre l’Est de l’Europe et la Méditerranée. Situation appelée «bloc Oméga» par les météorologues - à cause de la forme générale des courant -, et qui se distingue par une grande stabilité. Soleil et douceur pourraient bien se maintenir sur l’Ouest de l’Europe pendant une à deux semaines encore. Voire plus.




Diapositive4 Les derniers diagrammes d’Hovmöller du Centre Européen de Prévisions Météorologiques à Moyen Terme (CEPMMT) - qui donnent des tendances à l’échelle mensuelles -, montrent justement que les hautes pressions ont de bonnes chances de camper sur leur positions jusqu’au 18, voire jusqu'au 20 mars (sous réserve d'une possible intrusion des perturbations entre le 15 et le 16).

La fin du mois pourrait être marquée par l’établissement d’une zone dépressionnaire sur l’Ouest de l’Europe mais l’information est à mettre au conditionnel car l’indice de fiabilité qui l’accompagne est assez bas. Il ne faudra donc pas s’étonner si l’ensoleillement et les températures s’avèrent au-dessus de la norme pendant le mois de mars.


A l'image des prévisions saisonnières du Climate Prediction Center américain, les modèles ne montrent cependant pas de signal particulier pour les mois d'avril et de mai. La plus grande réserve s'impose...


Diapositive5Les printemps de référence


Au chapitre de l’ensoleillement, les statistiques de Métésuisse placent 2011 en tête du hit-parade des 50 dernières années, avec 751 heures de soleil entre mars et mai pour la station de Genève Cointrin. Exemple parmi d’autres. 1998 arrive en deuxième position avec 747 heures, 2007 en troisième avec 681 heures. Ces trois années se sont caractérisées par des situations bloquantes de hautes pressions. L’avenir dira si 2014 fera aussi bien.


On précisera que ces situations ne s’accompagnent pas obligatoirement de records absolus de chaleur: la température la plus élevée enregistrée en Suisse pendant un mois de mars est de 28,5 degrés à Magadino en 2005. En Suisse-romande, le record est conjointement détenu par Delémont et Genève, avec 24,5 degrés le 22 mars 1990. Sion arrive juste en troisième position, avec 24,4 degrés enregistrés le 17 mars 2004.



Philippe Jeanneret, avec le concours d’Olivier Düding de Météosuisse

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Publié le 03 mars 2014 à 11:41

 


Un nouveau satellite d'observation a été mis en orbite par une fusée nippone H2A, le 27 février dernier. Issu d’une collaboration entre la Nasa et le Jaxa, son homologue japonais, il embarque à son bord des instruments qui fourniront des données jugées essentielles sur les précipitations. Une mission qui s’inscrit dans le cadre du Global Precipitation Measurement Core Observatory (ou GPM), dont l’ambition est de fournir une cartographique des précipitations sur l’ensemble de la Terre toutes les trois heures:


Diapositive1 La qualité des prévisions dépend en grande partie de l’évaluation des champs de précipitations, à l’échelle locale comme à celle du globe. Or les systèmes d’observations actuels sont loin d’être parfaits. Les radars au sol ne fournissent des informations que pour les zones terrestres. Quant aux satellites, leur résolution reste assez moyenne, malgré les progrès réalisés ces dernières années dans la mesure des champs de précipitations. En pratique, ces derniers permettent surtout de voir ce qui se passe au sommet des nuages. Pour savoir ce qui se passe à l’intérieur, c’est une autre histoire...


Diapositive3 Pour palier à ces carences, le satellite GPM a été placé à une orbite basse, à 407 km d’altitude, pour passer à intervalles réguliers au-dessus de la Terre. Il embarque à son bord deux types de capteurs. Lesquels vont transmettre des images en deux et en trois dimensions de la structure interne des nuages. Grande nouveauté, ces capteurs pourront également faire la distinction entre la pluie et la neige:

«Jusqu'à présent, on savait observer la surface, la forme et la vitesse de déplacement d'un typhon, mais guère davantage. Avec le GPM, il sera possible de voir la composition intérieure des nuages, de les analyser dans leur profondeur et de pouvoir ainsi mieux anticiper les quantités de pluie», expliquent les responsables de l’agence spatiale japonaise (Jaxa).


Diapositive4 Grâce au satellite GPM, il devient ainsi possible de dresser toutes les trois heures une cartographie des précipitations sur l’ensemble de la Terre. A titre de comparaison, le système SMAP (Soil Moisture Active and Passive) actuellement utilisé par les météorologues, ne permet de le faire que tous les trois jours. Un progrès de taille.

A terme, le dispositif va également prendre en compte des données émanant d'une constellation d'autres satellites d'observation météo, déjà en exploitation ou qui entreront en fonction ultérieurement.


Diapositive2 Les données ainsi récoltées seront bientôt implémentées dans les modèles numériques qui calculent l’évolution des conditions atmosphériques autour du globe. La fiabilité des prévisions devrait s’en ressentir de manière positive, en particulier dans le domaine des cyclones tropicaux. Ces informations permettront également d’étudier les changements climatiques, la formation des ouragans, les sécheresses, les inondations ainsi que l'évolution des ressources d'eau douce: «Le but ultime est de cartographier les précipitations mondiales, voir comment ces dernières au fil du temps, et d'améliorer les prévisions climatiques", ajoute Gail Skofronick-Jackson, adjoint scientifique auprès de la NASA.


Les deux missions sont prévues pour durer trois ans mais les satellites devraient être en mesure d’envoyer des données bien plus longtemps. Selon la Nasa, le satellite GPM a suffisamment de carburant pour rester en orbite pendant cinq ans.


Philippe Jeanneret

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Publié le 24 février 2014 à 13:14

Diapositive1 A l’image des évènements du Petit-Age glaciaire, entre le Xvème et le XIXème siécle, l’Histoire montre que l’activité vocanique joue un rôle important dans les processus climatiques. Mais cette dernière a probablement été sous-estimée, selon une récente étude menée par une équipe du Lawrence Livermore National Laboratory en Californie. Ce qui pourrait expliquer – en partie – la «pause» du réchauffement climatique, observée par les scientifiques depuis une quinzaine d’année.



Diapositive2 Alors que la plupart des modèles climatiques prévoyaient une hausse majeure des températures pour le début du millénaire, les observations faites à l’échelle du globe montraient une certaine lenteur des processus. Phénomène d’autant plus surprenant que les concentrations de C02 étaient en constante augmentation. Et qui a suscité de nombreuses critiques de la part de climatosceptiques, tendant à discréditer les scénarios des modèles numériques.



Diapositive4Mais entretemps, les recherches se sont poursuivies, montrant tout d’abord que le rôle des océans – par les mécanismes d’El Nino et de la Nina – avaient été sous-estimés. D’autres études – menées par le NOAA, la NASA et le Hadley Centre – ont également permis de mieux évaluer les variations de températures à l’échelle du globe. L’étude du Lawrence Livermore National Laboratory - publiée dimanche par la prestigieuse revue «Nature Géoscience» - apporte de son côté un éclairage supplémentaire sur les mécanismes de la «pause du réchauffement», en mettant en évidence le rôle joué par l’activité volcanique.

Diapositive3Mécanismes sur le long terme
Les volcans émettent de grandes quantités de dioxyde de soufre dans la stratosphère. En se mélangeant avec la vapeur d'eau, ce gaz se transforme en acide sulfurique liquide (H2S04) et devient ce qu'on appelle un "aérosol", c'est-à-dire de fines gouttelettes de quelques dixièmes de microns de diamètre.
Ces aérosols absorbent et réfléchissent vers l'espace le rayonnement solaire, ce qui provoque un réchauffement de la stratosphère, qui peut atteindre quelques degrés au plus fort de la couche, mais également un refroidissement des basses couches de l’atmosphère, sur des durées de 2 à 3 ans. Les études menées jusqu’à présent, montrent que le phénomène se traduit par une réduction nette de 5 à 10% de l'énergie reçue sur la surface de la Terre, et par une baisse de température comprise entre 0,10°C et 1°C, selon les cas.

Le refroidissement climatique déclenché par les éruptions volcanique serait par ailleurs d’abord observé sur les zones tropicales et se propagerait les années suivantes aux latitudes moyennes .

Diapositive5Activité sous-estimée par les modèles
L’équipe de climatologues du Lawrence Livermore National Laboratory en Californie a analysé les 17 évènements volcaniques observés depuis 1999 jusqu’à nos jours. Malgré leur caractère «limité», il apparaît que ces derniers ont provoqué une réduction nette d’ensoleillement d’environ 7%, entre 2000 et 2009.


«Le ralentissement du réchauffement depuis 1998 a plusieurs causes et les éruptions volcaniques du début du XXIè siècle sont l'une d'elles» explique Ben Santer, co-auteur de l’étude. «Nos analyses montrent en effet une corrélation entre l’activité volcanique et les variations de températures à l’échelle du globe, facteur que les modèles climatiques n’ont pas correctement pris en compte jusqu’à présent. D’où les écarts avec ce qui est observé».


«De meilleures observations des éruptions volcaniques, mais également des analyses plus pointues des propriétés spécifiques des aérosols qui se propagent dans l’atmosphère, devraient permettre de réduire les incertitudes quant à la portée des réchauffements à venir» précise-t-il.


Un nouveau pas dans la compréhension des rouages climatiques et qui permet de saisir un peu mieux la marge de progression des modèles numériques.


Philippe Jeanneret

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Publié le 17 février 2014 à 10:49

Diapositive1 L’hiver météorologique 2013-2014 restera dans les mémoires comme particulièrement tempétueux sur les côtes atlantiques mais également comme l’un des plus chauds en Suisse, depuis le début des mesures. Une situation qui s’explique par la persistance des courants d’Ouest, associée à un nombre élevé de situations de foehn. L’hiver en cours ne devrait pas rivaliser avec 2006-2007 – qui restera le plus chaud depuis 1964 - ou 1989-1990, mais il sera en concurrence avec 2000-2001.



Diapositive3 La neige est revenue jusqu’en plaine début décembre mais cela n’a pas duré: après une période de hautes pressions (déjà marquées par un temps particulièrement doux en montagne), les courants d’Ouest et le foehn ont pris le dessus. Configuration qui a placé la Suisse dans un afflux d’air océanique assez doux pendant environ deux mois. Certes, des bascules ont été observées, avec par moments des intrusions d’air polaire, mais ces dernières n’ont pas permis de faire pencher la balance.


Malgré un léger déficit thermique sur les régions de plaine – dû à la présence chronique des brouillards – le mois de décembre s’est ainsi montré plus doux que la norme. Même son de cloche pour janvier, où un excédent de 2.2 degrés a été relevé sur l’ensemble de la Suisse, par rapport à la norme 1981-2010. On précisera qu’au Nord des Alpes et en Valais, l’écart thermique a été compris entre 2.4 et 3.1 degrés. Dans les région à foehn comme Vaduz, Bad Ragaz, Coire ou Viège, ce dernier a même atteint entre 3.5 et 3.9 degrés.


Diapositive4 Le mois de février ne devrait quant à lui, pas réserver de surprises. Les courants d’Ouest – et la douceur - devraient se maintenir au-dessus des Alpes pendant plusieurs jours encore. Selon les dernières estimations des modèles numériques (voir projection à gauche) l’hiver en cours devrait se solder par un écart positif d’environ 2 degrés, par rapport à la norme. Chiffre relativement élevé et qui devrait le placer dans le peloton de tête des hivers les plus chauds depuis le début des mesures.



Diapositive5 2006-2007 devrait rester l’hiver le plus chaud

L’hiver 2013-2014 ne sera pas aussi chaud que 2006-2007, qui s’était caractérisé par un écart thermique de 3,1 degrés. Il n’arrivera pas non plus aux niveaux de 1989-1990, qui s’est distingué par un manteau neigeux particulièrement faible sur l’ensemble de la Suisse. Mais il pourra rivaliser avec 2000-2001 ou encore 1974-75, qui occupent respectivement la troisième et la quatrième place au hit-parade des hivers les plus chauds. Les chiffres définitifs devraient être publiés au début de mois de mars, mais - c’est un petit scoop - la probabilité d’arriver en troisième position est assez élevée...


On retiendra que les hivers les plus doux en Suisse se caractérisent par une nette dominante des courants d’Ouest et des situations de foehn, ce qui n’a rien de surprenant en soi. Ces hivers peuvent également se combiner avec des périodes prolongées de hautes pressions, à l’image des évènements de l’hiver 1989-1990, où les perturbations ont boudé la Suisse du 23 décembre au 18 janvier.

Philippe Jeanneret, avec le concours d’Isabelle Fath et de Lionel Moret de Météosuisse

Voir également l'actualité de Météosuisse du 20 février

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Publié le 10 février 2014 à 14:17

Diapositive1On pensait jusqu’à présent que 1998 était l’année la plus chaude sur Terre depuis le début des mesures. Mais récemment, des équipes américaines, canadiennes et anglaises ont réanalysés les mesures.
Surprise, c’est 2010 qui apparaît comme l’année la plus chaude, suivie de 2005. Dans ce nouveau classement, publié sur le site américain realclimate.org, 1998 n’arrive qu’en troisième position en concurrence avec 2007. Un revirement dont il convient d’expliquer les tenants et les aboutissants:



Diapositive2 La température moyenne de la planète au niveau du sol ainsi que les mesures à la surface des océans constituent des indicateurs précieux pour évaluer les variations climatiques. Mais le traitement des mesures n’est pas aisé: il faut homogénéiser les valeurs selon des normes bien définies et surtout combler les données manquantes par des estimations dans les régions où il n’y a pas (ou pas assez) de stations météo. Même problème pour les zones où les réseaux de mesures se sont dégradés, à l’image des bouées et des balises sur l’océan, que le NOAA américain n’arrive plus à entretenir depuis quelques temps, faute de moyens.


Les méthodes de reconstitution des températures ont cependant évolué ces dernières années; les incertitudes sont également mieux prises en compte. Ce qui permet d’aboutir à des conclusions sensiblement différentes de celles du passé. Certes, ces reconstitutions sont loin d’être parfaites, en particulier par rapport à la problématique des lacunes de mesures, mais comme le font remarquer nombre de scientifiques: «mieux vaut des méthodes qui permettent d’interpoler des données manquantes que de faire abstraction de ces dernières».


On précisera qu’à ce jour, les principaux travaux de reconstitution sont menés par la NASA (GISS) le NOAA (NCDC), le Hadley Centre (Hadcrut4) en Angleterre, ainsi que par les équipes de Kevin Cowtan et de Robert Way des Universités de York et d’Ottawa, qui proposent une nouvelle méthode d’évaluation des données manquantes sur l’Arctique.


Diapositive4 Ainsi selon les dernières évaluations, les quatre équipes sont d’accord pour placer 2010 en tête des années les plus chaudes depuis le début des mesures, suivie par 2005. Les avis divergent pour la troisième place: le NOAA et le Hadley Centre optent pour 1998, tandis que la NASA et l’équipe Cowtan & Way retiennent 2007. En ce qui concerne les quatrième et cinquième places, les divergences sont plus marquées mais 1998, 2002, 2003, 2006, 2009 et 2013 apparaissent comme des années particulièrement chaudes.




Diapositive3 Pour la petite histoire, 2013 a été conforme à la norme en Suisse, malgré sa position élevée au hit parade à l’échelle du globe. Quant à 2011 qui apparaît comme l’année la plus chaude dans nos contrées, elle n’arrive qu’en dixième position selon le classement Cowtan & Way.

Ces résultats confortent l’idée selon laquelle, la dernière décennie a été la plus chaude depuis le début des mesures – on peut parler de véritable tir groupé - mais également le fait que le climat continue de se réchauffer. Ce qui porte un sérieux coup aux climatosceptiques qui nous affirment que «le réchauffement climatique s'est arrêté en 1998".


Diapositive5 Au delà des polémiques, il apparaît que les variations des dernières années ont été fortement conditionnées par El Niño et la Niña sur le Pacifique. Comme le montre le graphique à gauche, les années «froides» correspondent aux épisodes de la Nina, tandis que les années «chaudes», comme 2010, correspondent à El Niño.
Ce qui renforce la théorie selon laquelle le prochain épisode d'El Niño sera probablement le théâtre d’un nouveau record de températures à l'échelle du globe.



Philippe Jeanneret


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