Les blogs | La chronique météo de Philippe Jeanneret

Publié le 19 février 2018 à 14:15

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Les dernières sorties de modèles montrent l’arrivée d’air particulièrement froid en toute fin de semaine. Les températures pourraient chuter d’une bonne dizaine de degrés, ce qui constituerait un évènement assez rare pour une fin février ! Fait surprenant, le phénomène est lié à un réchauffement qui s’est produit la semaine passée dans la stratosphère, au-dessus du Pôle-Nord. Quels sont les tenants et aboutissants de cette situation ? Explications.


Les courants d’Est devraient entraîner une vague d’air froid depuis les régions arctiques vers l’Europe en fin de semaine. Les zones situées à l’Est et au Nord seront les plus exposés. Les modèles hésitent encore sur l’intensité et la localisation des événements mais la Suisse sera également touchée.


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Les températures auront ainsi de la peine à passer la barre du 0°C entre le 25 et le 28 février, ce qui ne se produit que rarement à la fin février. On est loin de la douceur exceptionnelle du mois de janvier…


Refroidissement lié à un réchauffement dans la stratosphère
La plupart des phénomènes météo sont conditionnés par ce qui se passe dans la troposphère – soit jusqu’à environ 11’000m d’altitude à nos latitude – mais ce qui se produit dans la stratosphère peut également jouer un rôle, en particulier les phénomènes de réchauffement à très haute altitude.


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Les dernières observations montrent en effet que la température est passée de -76°C le 1er février à -4°C le 17, au-dessus des régions polaires, entre 20 et 30km d’altitude. Phénomène appelé « réchauffement stratosphérique soudains » ou « sudden stratospheric warming » en anglais. Il se produit en moyenne tous les deux ans, avec une intensité et des conséquences assez variables d’une situation à l’autre.




Interaction complexe avec les courants d'Ouest
La stratosphère se distingue de la troposphère par de faibles quantités de vapeur d’eau mais également par une hausse progressive des températures au fur à mesure que l’altitude croît. Lesquelles passent d’environ -70°C vers 11'000 m, à environ 0°vers 50'000 m. Dans cette couche spécifique de l’atmosphère, cette hausse s’explique par la présence de grandes quantités d’ozone, qui absorbent les radiations ultraviolettes du soleil.


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La stratosphère a par ailleurs la particularité de former une circulation fermée au-dessus des pôles, en période hivernale, d’où l’apparition du fameux «vortex stratosphérique polaire» qui se développe entre 15 et 25 km d'altitude lorsque les températures commencent à baisser. Ce vortex s’organise autour de vents d’Ouest assez violents - atteignant parfois les 300 km/h - et qui portent le nom de « jet de la nuit polaire ou jet circumpolaire». Ces vents perdent généralement de leur intensité à la fin de l’hiver ou au début printemps, pour laisser place à un courant d’Est.


Malgré sa puissance, ce vortex est parfois perturbé par les ondulations des courants d’Ouest qui circulent à plus basse altitude, ce qui génère des phénomènes d’effondrement au-dessus de la zone arctique.


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Par ce mécanisme, l’air contenu dans le vortex passe vers des couches plus basses de l’atmosphère et se comprime (à l’image de ce qui se produit lorsque de l’air est compressé dans une pompe à vélo), d’où une hausse des températures de plusieurs dizaine de degrés C. Au cours de ce processus qui ne dure que quelques jours, les vents d’Ouest faiblissent et laissent place aux courants d’Est.


Au fur et à mesure que le temps passe, ces ondulations - qui agissent comme des coups de buttoirs – font progresser cette circulation d’Est vers le bas. En arrivant vers le sommet de la troposphère, cette dernière finit par interagir avec les systèmes météorologiques qui conditionnent le temps en Europe, provoquant un affaiblissement des courants d’Ouest mais également des anomalies au niveau du Jet Stream Nord-Atlantique. Cette situation a pour effet de réduire la portée des courants doux océaniques sur le Nord et le Centre de l’Europe, au profit des courants d’Est froids continentaux.


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De fait, les dernières sorties de modèles montrent en fin de semaine la formation d’un Jet Stream orienté à l’Est sur le Nord de l’Europe. Lequel va jouer un rôle déterminant dans la progression d’air froid qui se trouve actuellement sur les régions polaires, en direction de l’Europe.


Comme le font remarquer les spécialistes de Météosuisse, l’ampleur du phénomène, sa localisation et sa durée restent cependant à déterminer. Malgré leur degré élevé de perfectionnement, les modèles numériques ne gèrent pas encore très bien les interactions entre la stratosphère et la troposphère…

Philippe Jeanneret, avec le concours de Dean-Adrian Gill, de Météosuisse

Publié le 05 février 2018 à 12:36

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Le mois de janvier qui vient de se terminer a été le plus doux en Suisse depuis le début des mesures, avec des écarts de plus de 4° C par rapport à la norme. Mais les semaines à venir devraient être marquées par des températures plus basses que la moyenne. Quelle est l’origine de ce revirement ? Explications.


Le mois de janvier s’est caractérisé par la persistance d’un forts courant d’Ouest, les dépressions ayant plutôt tendance à circuler entre les îles britanniques, le Nord de la France et l’Allemagne. Ainsi, pendant plusieurs semaines, la région des Alpes s’est trouvée sous un afflux d’air océanique particulièrement doux, avec des températures relativement élevées pendant la journée mais également la nuit.


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Les températures maximales n’ont pas atteint des records mais pour nombre de stations en Suisse, les moyennes sur l’ensemble de la journée ont été particulièrement élevées. A Genève, ces dernières ont été de 6,2° C sur le mois, contre les 1,5° C habituels, le précédent record datant de 1936 avec 4,5° C. A Sion, cette même moyenne a été de 4,0° C en lieu et place du -0,1° C de la norme.


La tendance s’inverse…
Les conditions sur le proche-Atlantique sont encore marquées par la présence d’un fort courant d’Ouest mais la trajectoire des perturbations s’est sensiblement modifiée depuis quelques jours. Au lieu de circuler entre les îles britanniques et l’Allemagne, les dépressions passent plutôt sur la Méditerranée.


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Cette situation se traduit par une nette dominante de vents du Nord, lesquels nous amènent de l’air plus froid depuis la Scandinavie ou depuis les plateaux continentaux. En moins d’une semaine, les températures sont revenues à des niveaux proches de la normale, voire plus bas. Cela devrait continuer apparemment, la plupart des dernières sorties de modèles montrent que sur l'ensemble du mois, les températures devraient être au-dessous de la moyenne.


Vraiment froid ?
Les cartes au sol montrent aujourd’hui des températures particulièrement basses sur la Scandinavie. Les températures atteignent par endroits les -25°, alors qu’il fait plutôt -18°C à cette période de l’année. D’autres poches d’air froid se trouvent également sur l’Est de l’Europe et sur le Groenland.


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Quand-bien même ces vagues d’air froid auront tendance à se déplacer vers l’Ouest de l’Europe, la région des Alpes devrait rester en marge des évènements ces prochains jours. Les dernières sorties de modèles montrent que les températures pourront baisser encore de 1 à 2°C en plaine mais sans plus...


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Il faudra malgré tout surveiller la bise pendant les journées de mercredi et de jeudi. Cette dernière pourra être modérée sur l’Ouest lémanique, ce qui se traduira par une sensation de froid assez marquée. Avec une température sous abris proche de 3°C et un vent de 30 km/h, l’indice éolien sera de -3°C …


Philippe Jeanneret, avec le concours d’André-Charles Letestuz de Météosuisse


Publié le 29 janvier 2018 à 16:08

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Le soleil fait du bien au moral. Il aide surtout notre corps à emmagasiner de l’énergie. En effet, la présence de rayons UVB favorise production de vitamine D à la surface de la peau. Mais à nos latitudes, la période hivernale n’est pas vraiment favorable au processus. Quels sont les bons comportements? Voici quelques conseils.


Connue sous le nom de vitamine du soleil, la vitamine D facilite l’absorption du calcium et du phosphate par l’intestin et joue un rôle essentiel dans la formation des os et des dents. Elle améliore par ailleurs la santé des muscles et réduit le risque de chute et de fracture chez les personnes âgées.


Selon l’OSAV (office fédéral de la santé alimentaire et des affaires vétérinaires), le manque de vitamine D peut être à l’origine de maladies osseuses. Chez les enfants, une carence aiguë peut même provoquer le rachitisme et, chez les adultes, une ostéomalacie (ramollissement des os). La recherche de ces dernières années semble par ailleurs indiquer que la vitamine D influence positivement l'évolution des maladies chroniques et graves.


Le soleil principale source d’approvisionnement
La plus grande part de notre approvisionnement en vitamine D vient de la synthèse effectuée par la peau, lorsque cette dernière est exposée au soleil. Le processus contribue de 80 % à 90 % à l’apport nécessaire au corps humain.


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Mais l’hiver ne lui est guère favorable dans nos régions. En effet, la vitamine D n'est synthétisée par le corps que dans une très faible mesure au nord du 40e parallèle, à cause de l’angle du soleil qui le fait passer à travers plus d’ozone. En Suisse, la période propice pour emmagasiner ce type de vitamine court d’avril à octobre.


Faut-il compenser les carences de vitamine D?
Selon l’office fédéral de la santé publique (OFSP), environ 60 % de la population en Suisse n’est pas suffisamment approvisionnée en vitamine D pendant les mois d’hiver. Des compléments sont parfois nécessaires: tout dépend de la catégorie d’individus et de la tranche d’âge.


Pour les nourrissons, un supplément de vitamines D sous formes de goutte est recommandé et ce, quel que soit le moment de l’année. La posologie et l’utilisation correctes de ces dernières devraient faire l’objet d’une discussion avec le médecin (pédiatre, médecin de famille), la sage-femme ou le conseiller d’un centre de consultation parents/enfants. Même chose pour les enfants jusqu’à 3 ans si l’exposition au soleil n’est pas suffisante à cause de l’utilisation de crème solaire à fort indice de protection ou en cas de maladie chronique, par exemple.


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Les personnes de 3 à 60 ans qui se trouvent régulièrement en plein air n’ont besoin d’aucun supplément en vitamine D pendant la belle saison. L’ensoleillement est alors tel qu’une brève exposition au soleil suffit pour synthétiser assez de vitamine D (environ 10 à 20 min d’exposition du visage et des mains). En hiver par contre, la quantité de vitamine D synthétisée par la peau n’est pas suffisante. Les solutions suivantes sont préconisées :


- Nourriture riche en vitamine D (poissons gras, œufs de poule, champignons de Paris, etc.).
- Absorption d’aliments enrichis en vitamine D.
- Prise de suppléments de vitamine D (par exemple sous forme de gouttes).


A partir de 60 ans, il est recommandé aux hommes et aux femmes de prendre des suppléments de vitamine D, afin de couvrir leurs besoins journaliers, et de se faire conseiller par un médecin.


Enfin, des suppléments de vitamine D sont également recommandés pour les femmes enceintes ou qui allaitent, toujours après consultation auprès d’un médecin.



Soleil et vitamine D : que disent les dermatologues ?


Une bonne exposition au rayonnement solaire permet au corps de produire les quantités nécessaires de vitamine D. Mais elle risque d'endommager la peau si elle est trop intense.


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On a calculé qu'en passant suffisamment de temps à l'air libre - sans pour autant s'exposer à un rayonnement excessif -, il était possible de produire assez de vitamine D. En été, une exposition de dix minutes au soleil de midi est suffisante. Mais il est préférable de prendre le soleil le matin ou l'après-midi et de rester le milieu de la journée à l'ombre.


Philippe Jeanneret, avec le concours du Dr. Idris Guessous, responsable de l'unité d'épidémiologie populationnelle des HUG.

Publié le 22 janvier 2018 à 12:59

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Dans nombre de régions des Alpes, le manteau neigeux atteint des niveaux exceptionnels en ce début de semaine. Situation qui s’accompagne d’un danger d’avalanches de degré 5 dans nombre de régions, en particulier dans les Alpes valaisannes. Le phénomène s’explique par la persistance d’un temps d’Ouest particulièrement humide sur la Suisse depuis le début du mois de décembre, mais surtout par les événements des dernières 48 heures. Les derniers relevés sont assez éloquents:


Le défilé des perturbations a pris un tournant particulier le week-end dernier, avec le passage de plusieurs dépressions tempétueuses sur le Nord de l’Europe. Au-delà des forts vents, les courants d’Ouest ont drainé de l’air assez doux vers les Alpes, porteur de fortes quantités d’humidité. Les relevés de Météosuisse montrent ainsi des cumuls de l’ordre de 50 à 60mm en 48 heures (du 20 au 22 janvier), pour la plupart des stations de montagne.

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Les 80mm ont été localement atteints voire dépassés, à la Dôle (VD), aux Marécottes (VS) ou à Loèche-les-bains (VS). Certaines stations comme Fionnay (VS), Derborence (VS) ou au Turtmannsee (VS) affichent même des cumuls supérieurs à 100mm. Ce qui équivaut à plus d’un mètre de neige...


Manteau neigeux exceptionnellement épais dans les Alpes


Depuis le mois de décembre, le manteau neigeux ne cesse de s’épaissir au-dessus de 2000m, atteignant des niveaux exceptionnels dans un grand nombre de stations. Les chiffres donnés par l’Institut Suisse pour l’étude de la neige et des avalanches montrent que l’épaisseur de neige atteint ou dépasse les 3 mètres dans les zones les plus exposées, comme la région du Simplon (VS), ou celle de Zermatt (VS).


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Certaines stations, comme l’Ecreuleuse (VS) près de Finhaut affichent même 4,57m de neige ce matin. Les chiffres doivent cependant être analysés avec prudence, les mesures pouvant être faussées par les accumulations de neige soufflée.


Encore 30 à 50 cm de neige fraiche à venir


Le passage d’une dépression sur le Nord de l’Europe amènera encore passablement d’activité cet après-midi. Les dernières sorties de modèles prévoient 30 à 50 cm de neige supplémentaire dans les Alpes d’ici à la nuit prochaine.

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Ponctuellement, les quantités pourront être plus importantes sur les zones les plus exposées, comme les régions d’Uri et du Gothard. Dès mardi cependant, le temps devrait à nouveau être sec. Les courants d’Ouest perturbés se rappelleront à notre bon souvenir pendant la journée de vendredi – à surveiller de près, certains modèles montrent 30 à 40mm de précipitations sur 24 heures -, mais les hautes pressions devraient reprendre le dessus par la suite.


Philippe Jeanneret, avec le concours de Lionel Fontrannaz de Métésuisse


Publié le 15 janvier 2018 à 16:22

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Un puissant courant d’Ouest nous amènera plusieurs perturbations actives cette semaine. Au-delà des quantités de précipitations prévues par les modèles, les vents seront égalememt assez forts. L’impact des évènements à venir sera par ailleurs assez différent entre les régions de plaine et celles de montagne. Quels sont les tenants et aboutissants de cette situation? Voici les explications.


Les courants d’Ouest devraient se renforcer pendant cette journée de lundi, avec la mise en place d’un couloir dépressionnaire qui ira de l’Atlantique jusqu’à la Scandinavie. Ce dernier maintiendra un temps assez humide sur les Alpes plusieurs jours d’affilée. Situation qui s’accompagnera d’un puissant jet-stream en altitude.


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Les journées de mardi et de jeudi devraient être marquées par la présence de vents d’Ouest/sud-ouest et par l’arrivée de grandes quantités de précipitations dans de l’air relativement doux. Mercredi et vendredi, nous serons cette fois dans de l’air plus froid, avec une réorientation des vents au Nord-ouest et de la neige jusqu’à basse altitude.


Régions de plaine surtout exposées aux vents
Les quantités de précipitations seront loin d’être négligeables en plaine mais hormis sur la vallée du Rhône, la limite des chutes de neige devrait généralement se situer au-dessus de 600m jusqu’en fin de semaine.

Au chapitre des vents, c’est une autre histoire... Dès ce soir, la proximité d’une zone dépressionnaire bien organisée sur le Nord de l’Europe va permettre aux courants d’Ouest de se renforcer. Les dernières sorties de modèles montrent des rafales entre 80 et 100 km/h sur le Nord du Plateau et en Ajoie. Le phénomène s’explique en grande partie par la proximité de ces régions avec les centres de basses pressions.


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Dans un premier temps, l’ouest du Plateau, le bassin lémanique et le Valais seront en marge des évènements. Mardi cependant, une poussée d’air chaud va permettre aux vents de Sud-ouest de s’établir de la région de Genève jusqu’au lac de Constance, où des rafales entre 80 et 100 km/h seront également possibles. Sans parler du foehn qui pourra être fort par moments dans la vallée du Rhône.



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Mercredi, l’arrivée d’air plus froid, associé à une hausse temporaire des pressions, sera cette fois favorable à l’établissement du Joran. Orienté au Nord-ouest, ce dernier aura comme terrain de prédilection la région des Trois lacs, l’Ouest du Plateau, le bassin lémanique et la vallée du Rhône. L’évènement sera peut-être peut-être de courte durée mais les vents pourront encore atteindre les 80, voire 100 km/h. D’où les avis d’intempéries de degré 3 lancés par Météosuisse et qui concerneront finalement tous les versants Nord des Alpes…


Fortes chutes de neige et danger d’avalanche en montagne
Le passage de perturbations actives associées à un forts jet-stream devrait également se traduire par des vents tempétueux en montagne, avec des pointes entre 130 et 160 km/h aux endroits les plus exposés. Les quantités de précipitations seront par ailleurs assez élevées, les dernières sorties de modèles faisant état de cumuls entre 60 et 90cm, localement 100cm, au-dessus de 1400m sur tous les versants Nord des Alpes entre Mardi et jeudi-soir.

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Le danger d’avalanche ne dépasse pas aujourd’hui le degré 2 dans les Alpes, mais la situation devrait changer assez rapidement à partir de mardi. Au-delà des quantités de précipitations, la présence de vents tempétueux sera favorable aux accumulations de neige soufflée sur les crêtes. Facteur qui devrait être assez déterminant jusqu’en fin de semaine.


Nombre de modèles saisonniers montraient déjà en novembre une nette dominante des courants d’Ouest pour l’hiver 2017-2018. Certes, nous ne sommes qu’au milieu de l’hiver météorologique. Mais pour l’instant, force est de constater que ces derniers ont vu juste…


Philippe Jeanneret avec le concours de Lionel Fontannaz de Mététosuisse

Publié le 08 janvier 2018 à 13:35

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Un foehn tempétueux souffle depuis dimanche dans les Alpes, avec des pointes à plus de 130 km/h par endroits. Orientée au Sud-est, la vaudaire fait également quelques incursions sur le Haut-lac léman. Mais paradoxalement, les vents sont orientés au Nord-est sur le Plateau, d’où le qualificatif de « bise de foehn » dans les bulletins météo. Trois phénomènes de vent bien distincts en apparence mais qui sont étroitement liés aujourd'hui. Explications.


Caractérisé par la présence de forts vents de Sud en altitude, le foehn est à l’opposé de la bise. Cette dernière se forme entre un anticyclone sur les îles britanniques et une dépression sur la méditerranée, tandis que le foehn ne s’exprime que lorsque les pressions sont plus élevées sur les versants Sud des Alpes. Mais la répartition locale des pressions sur le Plateau - et les reliefs - peuvent parfois changer la donne…

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En présence d’un fort de Sud en altitude, les courants ont tendance en effet à se canaliser sur la vallée du Rhône et à déboucher sur le Léman, d’abord sous forme de vaudaire ou de vauderon, avec une orientation Sud-est dans la région du Bouveret, puis Est/Nord-est entre Lausanne et Evian. L’air chaud qui souffle en altitude a par ailleurs parfois de la peine à se poser dans les basses couches de l’atmosphère, ce qui provoque des phénomènes de tirages sur le Plateau. Lesquels prennent également une orientation Nord-est.


Comment distinguer la «bise» de la «bise de foehn»?

Dans un cas comme dans l’autre, les pressions sont plus élevées sur l’Est du Plateau qu’en région lémanique. Mais comme le montrent les cartes ci-dessous, la différence entre les deux situations s’explique par la répartition des pressions des parts et d’autres des Alpes: dans les situations de bise, les pressions au sol sont plus élevée sur les versant Nord des Alpes; dans les situations de foehn, c’est le contraire, ce mêmes pressions sont plus élevées sur les versants Sud.


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Et la vaudaire?


Partant toujours du principe que le vent souffle des hautes vers les basses pressions, la vaudaire de foehn s’installe lorsqu’une surpression apparaît entre la vallée du Rhône et le Plateau, son terrain de prédilection se situant sur le haut-lac Léman. Plus la différence de pression sera élevée, plus le vent sera fort. Avec une différence égale ou supérieure à 4 hPa entre Sion et Pully, la vaudaire pourra ainsi être assez soutenue et dépasser les 60 à 80 km/h. A moins de 4 hPa, les vents de Sud-est pourront se poser mais leur allure restera assez modeste. On parlera alors plutôt de "vauderon".


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La température du Léman avoisine par ailleurs les 5 à 6 degrés en hiver, ce provoque la formation d'une pellicule d'air froid (donc plus "lourd") à la surface du lac. En arrivant entre la région du Bouveret et de Vevey, la vaudaire - qui se caractérise par la présence d'air chaud (donc plus léger)- soufflera d'abord en altitude puis dans les basses couches, au fur et à mesure que la pellicule d'air froid s'errodera. Le processus peut parfois être assez lent. Il arrive même dans certains cas que la vaudaire ne passe pas du tout dans les basses couches.


On précisera qu'hormis les situations de foehn,la vaudaire peut également s'installer sur le Haut-lac lorsqu'une cellule orageuse provoque un reflux d'air froid depuis la vallée du Rhône en direction du Bouveret. Ce cas de figure se rencontre le plus souvent en été. Il n'est pas forcément lié à la présence d'un vent de Sud en altitude...


Philippe Jeanneret

Publié le 18 décembre 2017 à 13:47

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On nous a appris à l’école que la durée du jour diminue entre le solstice d’été et le solstice d’hiver, dans l’hémisphère Nord. Mais la réalité est plus complexe qu’il n’y paraît: en fait, nous gagnons déjà des secondes de lumière le soir depuis la mi-décembre, et nous continuons d’en perdre le matin jusqu’au début du mois de janvier. Explications.


Nous continuons de perdre de petites minutes de lumière entre le 1er et le 21 décembre mais il faut faire la part des choses entre le début et la fin de la journée, ou si vous préférez, entre le moment de l’aube et celui du crépuscule.


Nous perdons en effet des minutes de lumière le matin entre le 1er et le 21 décembre, l’heure de l’aube passant de 7h23 à 7h41. Mais - quand bien même cela paraisse surprenant - nous continuons d’en perdre après le solstice d’hiver, l’heure de l'aube passant de 7h41 à 7h43 entre le 21 décembre et le 5 janvier.


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A l’inverse, nous commençons déjà à gagner de (petites) minutes de lumière pendant la deuxième décade de décembre, l’heure du crépuscule passant de 17h21 à 17h22 entre le 14 et le 15 décembre. Certes, il ne s’agit que de poignées de secondes mais la durée de lumière augmente bel et bien en fin de journée.


En arrondissant à la minute les secondes gagnées ou perdues, on peut même arriver à la conclusion que le jour augmente, avant le solstice d’hiver. Ce point de vue est mathématiquement défendable... mais il est plus juste de faire le calcul à la seconde près, ce qui mène effectivement à la conclusion que nous perdons du temps de lumière jusqu’au 21 décembre…


Paramètres orbitaux

Ce décalage entre les heures d’aube et de crépuscule s’explique par la combinaison de différents facteurs, comme la trajectoire de la Terre par rapport au soleil ou son inclinaison. La latitude à laquelle se trouve l'observateur joue également un rôle.


Philippe Jeanneret

Publié le 11 décembre 2017 à 14:15

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Après un week-end marqué par le retour de la neige à basse altitude, les conditions météo restent assez mouvementées en ce début de semaine : le foehn balaie les crêtes des Alpes avec des rafales à plus de 190 km/h et les cumuls de neige sont particulièrement élevés dans les Alpes Tessinoises et en Engadine, ce qui fait l'objet d'avis d'intempéries de degré 3 et 4. La semaine à venir devrait être marquée par un fort danger d’avalanches. Explications :


L’hiver est souvent propice aux tempêtes, les contrastes thermiques étant plus marqué qu’en été, entre le Pôle Nord et l’équateur. Mais les conditions ne sont pas toujours les mêmes d’une année à l’autre : en 2016, ces contrastes étaient assez faibles sur l’Atlantique Nord, ce qui n’a pratiquement jamais permis au courant d’Ouest de s’exprimer. Le mois de décembre a par ailleurs été marqué par la présence d’un solide anticyclone sur les Alpes, le manque de neige se faisant cruellement ressentir en montagne…


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Cette année, les contrastes thermiques sont assez importants sur l’Atlantique Nord, ce qui est à nouveau favorable à la formation de dépressions tempétueuses. A l’image des évènements des dernières 24 heures, ces dernières se développent sur le flanc Nord d’un puissant jet stream, marqué par des vents à près de 300 km/h, entre 8500 et 9000 m d’altitude.


Ce matin, le Nord-ouest de la France est ainsi balayé par des vents atteignant parfois les 100 km/h à l’intérieur des terres. Le phénomène s’articule autour d’une dépression qui s’est formée hier-soir au large de la Bretagne et qui se dirige maintenant vers les Pays-bas. Marquée par un creux à 958 hPa, cette dernière joue également un rôle sur les conditions en Suisse…


La baisse des pressions sur le Nord de la France provoque en effet un écart de pressions des deux côtés des Alpes. A 9h00 ce matin, ce dernier était de 17 hPa entre les stations de Lugano et de Genève, d’après les relevés de Météosuisse. Phénomène à l’origine d’un foehn tempétueux dans les Alpes :


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Des rafales à près de 196 km/h ont été mesurées tout à l’heure au Piz Martegnas, dans les Grisons. Une pointe à 116 km/h a également été enregistrée à Altdorf. En Suisse-romande, les vents n’ont pas été aussi forts mais Météosuisse a enregistré des vents à 90 km/h à Evionnaz ou encore 122 km/h à la Dôle.
Le passage de cette dépression s’accompagne également de précipitations assez importantes, le long du Jura – plus de 50mm ont été mesurés en 24 à la Dôle – mais surtout dans les Alpes, où les cumuls de neige fraiche dépassent parfois le mètre. Et encore, les chiffres sont provisoires...


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Danger d'avalanches de degré 4 dans les Alpes
Les derniers bulletins de l’Institut suisse pour l’étude de la neige et des avalanches fait état d’un danger d’avalanches de degré 4 sur le Châblais ainsi que dans les Alpes bernoises et valaisannes. Des avalanches de glissement sont possibles, surtout sur les zones raides exposées à l'est, au sud et à l'ouest en dessous d'environ 2400 m comme sur les pentes exposées au nord en dessous d'environ 2000 m (le détail du bulletin sur ce lien).

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Les précipitations devraient diminuer de manière significative pendant la journée de mardi. Une accalmie devrait même se produire mercredi, mais cela se confirme, le défilé des perturbations devrait reprendre en fin de semaine. Le danger d’avalanche restera assez élevé dans nombre de régions des Alpes.


Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse et du SLF

Publié le 04 décembre 2017 à 16:23

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Le calme est revenu en ce début de semaine – les températures ont même tendance à remonter - mais les dernières sorties de modèles montrent une descente d’air froid associée à un nouvel épisode neigeux pendant la journée de vendredi. Signe précurseur d’un hiver plus froid que la norme ? La question mérite d’être posée...


Décembre 2016 a été marqué par la persistance des hautes pressions - et par le manque de neige -, mais c’est tout le contraire qui semble se produire cette année : les courants de Nord-ouest ont pris l’ascendant, permettant à de l’air polaire de circuler sur les Alpes à intervalles réguliers, et accessoirement à la neige de revenir jusqu’à basse altitude…

L’information ne manquera pas de réjouir ceux qui attendent la neige, les dernières sorties de modèles montrent une nouvelle descente d’air froid entre vendredi et samedi, accompagnée de températures comparables à celles de la semaine passée. Si l’avènement d’un nouvel épisode neigeux semble probable, les quantités de précipitations restent malgré tout à déterminer.

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Pour la semaine du 11 au 17 décembre, on devrait même prendre les même et recommencer, les modèles montrant à nouveau des conditions hivernales dépressionnaires, favorables au passage des perturbations. Certes, la prévision d’ensemble ci-dessus montre que le timing des fronts, l’intensité des précipitations et les variations de températures sont encore incertains. Mais le signal est donné : les hautes pressions seront aux abonnés absents !


La prévision mensuelle montre également des conditions dépressionnaires

Présentée sous la forme du diagramme d’Hovmoller (voir ci-dessous), la prévision mensuelle du Centre Européen de Prévisions Météorologiques à Moyen Terme (CEPMMT) met en évidence les anomalies de hautes pressions (en rouge) et de basses pressions (en bleu) pour les semaines à venir : le signal de temps dépressionnaire domine de manière assez nette sur l’Europe de l’Ouest du 9 au 18 décembre. On peut parler de même son de cloche…


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L’évolution est encore assez incertaine pour la fin du mois mais ces anomalies de basses pressions pourraient bien se maintenir sur la Suisse. Un tel signal ne signifie pas que la neige continuera de tomber jusqu'en plaine ou si nous aurons droit à un Noël blanc (il est trop tôt pour le dire) mais que le défilé des perturbations devrait se poursuivre.


Philippe Jeanneret, avec le concours de Lionel Fontannaz de Météosuisse

Publié le 27 novembre 2017 à 11:12

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Une équipe de chercheurs japonais vient de démontrer que les orages peuvent être considérés comme une source naturelle de radioactivité. Les résultats de leurs travaux viennent d’être publiés dans la revue Nature. Rien à voir cependant avec les fissions d’atomes lourds, produit par les réacteurs nucléaires. De par sa durée de vie et son amplitude, le phénomène ne représente aucun danger pour la santé.


Au début des années 90, Leonid Barbich, physicien au Centre Nucléaire russe, avait avancé l’idée que le champ électrique présent les orages était suffisamment fort pour produire des rayons gamma, et provoquer des réactions nucléaires. Des flashs de rayons gamma, baptisés Terrestrial Gamma-ray Flash ou TGF, avaient même été observés depuis l’espace à partir de 1994. Le lien avec l’activité orageuse n’avait cependant jamais été démontré de manière concluante.


Menée par un physicien de l’Université de Kyoto, Teruaki Enoto, une équipe japonaise a utilisé des détecteurs de rayonnement installés dans la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa à Niigata.


A l’occasion d’un évènement orageux le 6 février dernier, l’équipe a enregistré un signal gamma d'un millième de seconde associé à un éclair, au-dessus des côtes de la mer du Japon. Dans la seconde qui a suivi, les détecteurs ont également enregistré le passage de nombreux grains de lumière très particuliers. Signature de la présence d’une réaction nucléaire dans l’atmosphère. « Il s’agit d’une indication concluante de l’annihilation électron-positon, laquelle représente une preuve sans équivoque que les réactions photonucléaires peuvent être déclenchées par des orages », a commenté Leonid Babich dans la revue Nature.


Phénomène sans danger pour la santé


«Ces photons avaient une énergie qui correspondait précisément à un phénomène physique bien connu: l'annihilation d'un électron avec son antiparticule, le positron», explique Sébastien Célestin, physicien et maître de conférences à l'université d'Orléans sur le site du Figaro.


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«Peu de phénomènes permettent d'expliquer la présence de ces positrons avec ce timing particulier. Le plus probable est la «transformation» spontanée d'un atome d'azote radioactif en atome de carbone stable (et/ou d'un atome d'oxygène radioactif en atome d'azote stable). Or un rayonnement gamma intense peut justement produire cet azote et cet oxygène radioactifs, qui ont une courte durée de vie. Conclusion: la foudre, via son rayonnement gamma associé, produit bien des éléments radioactifs dans l'atmosphère».


La foudre génère des particules radioactives dans le ciel mais il n’y a aucune raison de s’inquiéter, précise Teruaki Enoto : « Étant donné que les isotopes radioactifs sont de courte durée et de faible amplitude, par rapport à certains autres évènements radiatifs habituels, je pense que ce phénomène ne présente aucun risque pour la santé ».


C’est la deuxième fois que l’on identifie un processus naturel de production d'éléments radioactifs dans l'atmosphère. Jusqu’à présent, la science ne connaissait que les processus liés aux rayons cosmiques, des particules qui viennent de l'espace et entrent en collision avec les molécules de l'atmosphère pour former des éléments radioactifs.



Philippe Jeanneret, avec le concours de la revue Nature

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