Les blogs | La chronique météo de Philippe Jeanneret

Publié le 25 mai 2015 à 12:55

Diapositive1 Le site du Goulburn Post révèle que des millions d’araignées se sont déversées sur la province de la Nouvelle Galles du Sud, dans l’Est de l’Australie le 13 mai dernier. La petite ville de Goulburn a littéralement été couverte de toiles d’araignées : champs, maisons, habitants, rien n’a été épargné. D’après les spécialistes, le phénomène se produit régulièrement mais il est rare qu’il prenne un telle ampleur.



Diapositive2Des millions d’araignées se sont posées sur la petite localité de Goulburn, entre Sydney et Canberra, le 13 mai dernier. «C’est comme si ma maison avait été abandonnée, puis colonisée par les araignées », a expliqué Ian Watson à une journaliste du Sydney Morning Herald: "le sol était couvert de bébés-araignées, et quand j'ai levé les yeux, il y avait comme une trainée de toiles s'élevant vers le ciel sur quelques centaines de mètres. C’était très beau mais impossible de sortir de la maison sans être couvert de toiles d’araignées. Personnellement, j’en ai eu jusque dans ma barbe!».


 


Selon Martyn Robinson, naturaliste à l’Australian Museum, le phénomène en soi n’a rien d’exceptionnel: «les araignées sont capables de tisser une sorte de mini-parachute pour se propager dans les airs. Grâce à cette technique, appelée « Angel hair » (ou «cheveux d’ange »), il leur est parfois possible de s’élever jusqu’à 3000 mètres d’altitude et de couvrir plusieurs milliers de kilomètres». (voir la video montrant le même phénomène au Texas en 2013)


"Cette méthode est particulièrement efficace pour coloniser de nouvelles régions. Des araignées arrivent ainsi régulièrement jusqu’en Antarctique - où elles meurent assez rapidement à cause du froid » précise-t-il : «C'est ce qui explique que le premier animal terrestre qui colonise des îles volcaniques soit habituellement l'araignée.".


Diapositive4 L’arrivée d’un si grand nombre sur un périmètre restreint est cependant assez rare. Selon Keith Basterfield, auteur de l’étude «A catalogue and analysis of australian « angel hair» cases», ce genre d’événement n’a été signalé qu’une vingtaine de fois en cinquante ans. Dans la plupart des cas, les conditions météorologiques semblent avoir été déterminantes, en particulier dans les cas de fortes pluies qui obligent les araignées à quitter en même temps leur territoire.


Lors des évènements de Goulburn, le passage d’une zone dépressionnaire, associée à des mouvements de convergence a par ailleurs confiné les araignées sur une bande de courants relativement étroites pendant la journée du 13 mai. D’où une concentration inhabituelle de ces dernières dans l’atmosphère. Le fait que la ville de Goulburn sur trouve dans une vallée - encore synonyme de phénomènes de convergence - a probablement aussi joué un rôle.


Diapositive5Toujours selon Keith Basterfield, ces migrations spectaculaires se produisent le plus souvent entre mai et août, plutôt dans la matinée, généralement par temps clair et avec une légère brise. La durée des épisodes de «pluies d’araignées» est en général d’une à deux heures.


« Mais pas de quoi s’inquiéter », ajoute-t-il « dès que le temps se réchauffe, les araignées finissent par s’en aller!».


Les arachnophobes apprécieront…


Philippe Jeanneret

Publié le 18 mai 2015 à 14:15

Diapositive1 Etrange spectacle que celui qui s’offre à la vue de Pierre Schwaller le 13 mai dernier, sur les bords du lac de la Gruyère. Un nuage aux formes inhabituelles s’élève dans le ciel, comme un feu d’artifice aux couleurs grisâtres. Certes, l’atmosphère est instable mais ce nuage ne ressemble pas aux cumulonimbus d’orage que l’on peut observer dans ce type de situation. De quoi s’agit-il? Voici l’explication:



Diapositive2 Il fait très chaud pendant la journée du 13 mai, les thermomètres atteignent jusqu’à 30 degrés à Genève et dans la vallée du Rhône mais surtout, les courants d’Ouest à Nord-ouest - assez forts en altitude - nous amènent de l’air instable. Durant l’après-midi, deux lignes orageuses se forment ainsi le long des Préalpes: elles s’accompagnent localement de pluies intenses, parfois également de fortes rafales, et se dirigent vers l’Est.




Diapositive3 Vers 20h30, l’activité semble diminuer mais une nouvelle cellule orageuse se développe sur les crêtes du Jura, dans la région de Sainte-Croix. Le processus s’explique par la présence de phénomènes de convergence et par des effets de soulèvements à proximité des reliefs. D’où la formation d’un couloir nuageux - et pluvieux - qui se dirige en direction des Préalpes, dans l’axe du vent.





Diapositive3A cette heure tardive de la journée, la température a cependant tendance à s’abaisser: peu à peu, les cumulonimbus d’orage perdent de leur activité. Comme le montrent les images radar à gauche, les pluies s’estompent entre 20h40 et 21h00. Le couloir nuageux redevient ainsi inoffensif, tout en se maintenant en altitude à la hauteur du lac de la Gruyère.





Diapositive4Marc Schwaller se trouve précisément dans la région de Pont-la-Ville vers 21h, pile dans l’axe du couloir nuageux. Depuis son point d’observation, les nuages semblent prendre une extension verticale. Le spectacle est assez impressionnant - le cliché est très réussi - mais l’image prise depuis Meteosat MSG à 18h UTC ne laisse planer aucun doute, ces nuages s’étendent essentiellement sur un plan horizontal. Il s’agit d’une illusion d’optique.


Belle illustration de la nécessité de tenir compte du point d’observation pour comprendre un événement météorologique.


Philippe Jeanneret


Publié le 11 mai 2015 à 14:15


Diapositive1 Les hautes pressions nous amèneront des conditions assez estivales ces prochains jours: la barre des trente degrés devrait être franchie pour la première fois de l’année en Valais! Certes, Saint Mamert, Pancrace et Servais seront aux abonnés absents pour leurs fêtes respectives, mais les fronts polaires se rappelleront à notre bon souvenir à partir de jeudi. Les dernières sorties de modèles nous promettent d’ailleurs des changements assez spectaculaires. Cela va-t-il durer? Voici les dernières analyses:



Diapositive2 Les hautes pressions s’accompagneront d’un léger courant de Sud-ouest en ce début de semaine, ce qui va permettre à de l’air méditerranéen de s’installer sur la Suisse: il pourra faire entre 26 et 28 degrés sur le Plateau, jusqu’à 30 en Valais. Le redoux touchera également les régions de montagne avec 15 à 17 degrés vers 1500 mètres et une limite du 0°C vers 3800 mètres. Soit des valeurs relativement proches des records enregistrées en 2009 ou plus récemment en 2012…



Diapositive3Mais il ne faut pas oublier les autres Saints de Glace, comme Saint Boniface ou Saint Urbain, qui se fêtent jusqu’à la fin du mois. De fait, les fronts polaires devraient revenir à la charge ce jeudi avec en point d’orgue une situation de constrastes thermiques, accompagnée de forts orages. Cette dernière se traduira également par une baisse de températures: d’après les dernières sorties de modèles, les maximales ne devraient pas dépasser les 15 à 16 degrés sur le Plateau, avec une limite des chutes de neige vers 1200 mètres. En 48 heures nous serons passés de l’été à l’hiver, en quelques sortes…


Diapositive4Tout spectaculaires qu’ils soient, ces changements n’ont cependant rien d’extraordinaire pour un mois de mai: en période printanière, l’allure générale des courants peut se modifier assez rapidement, en raison des comportement erratiques de l’anticyclone des Açores sur l’Atlantique. Et les exemples ne manquent pas, comme celui de l’année passée où les températures avaient également chuté d’une dizaine de degrés (avec rafales à près de 100 km/h en plaine). Mais il est vrai qu’il n’avait pas fait aussi chaud.



Diapositive5 Les modèles sont unanimes pour une baisse des températures, mais ils s’accordent également pour une nouvelle hausse – assez progressive – en fin de semaine. On sera bien loin des 30 degrés mais à la faveur du soleil les températures devraient repasser la barre des 20 degrés sur le Plateau. Ce qui correspond à des valeurs de saison.


«Mamert, Pancrace, Servais sont les trois saints de Glace, mais Saint-Urbain les tient tous dans sa main.»


Philippe Jeanneret

Publié le 04 mai 2015 à 15:42

Diapositive1De mémoire de genevois, jamais un tel débit n’a été observé sur le cours de l’Arve depuis la mise en place de la station de mesures de la Confédération en 1935! Toutes diluviennes qu’elles aient été, les précipitations n’ont cependant pas atteint des niveaux record ces derniers jours. Comment de telles crues peuvent-elles s’expliquer? Retour sur les évènements.





Diapositive2La présence d’un fort courant d’Ouest en altitude permet aux perturbations de s’enchaîner assez rapidement depuis la semaine passée. Certes, le soleil a été du genre discret mais nous sommes restés dans de l’air particulièrement doux: ce dernier a drainé d’importantes quantités d’humidité vers les Alpes (plus l’air est chaud, plus il contient d’eau, sous forme de vapeur), ce qui a constitué un cadre idéal pour les épisodes pluvieux de grande intensité.




Diapositive3 Les cumuls de précipitations ont ainsi atteint 75,5 mm à Genève entre le 27 avril et le 1er mai. On peut parler de valeurs élevées sur une période de cinq jours, - pour un mois de mai -, de tels évènements ne se produisant que tous les cinq à dix ans. Mais paradoxalement, ces cumuls n’ont pas égalés ceux de 1977, 1983 et surtout 2002 (avec un record de 86mm), où l’Arve n’avait pas connu un débit aussi fort...





Diapositive4 D’autres facteurs ont donc joué un rôle, comme les fortes pluies qui se sont produites pendant la journée de vendredi sur le Châblais valaisan et le Massif du Mont-blanc qui conditionne fortement le niveau de l’Arve, en aval. Les quantités ont d’ailleurs été plus importantes qu’à Genève, les cumuls dépassant par endroits les 200 mm en 24 heures.


Au-delà des quantités de précipitations et des zones touchées, le redoux en constitue également une circonstance aggravante. Pendant les journées de vendredi et de samedi, la limite du 0 degré est remontée jusqu’à 2600 mètres environ: au lieu de se stoker sous forme de neige, les précipitations ont directement alimenté les cours d’eau en moyenne montagne; la fonte du manteau neigeux s’est par ailleurs accélérée. Certes, ces phénomènes sont toujours difficiles à quantifier mais ils semblent avoir été déterminants.


Une situation qui montre bien la complexité des phénomènes de crues…

Philippe Jeanneret, avec le concours de Pascal Balestra, de Météosuisse.


Publié le 27 avril 2015 à 14:02

 


Un évènement particulièrement rare, appelé «snow devil» ou «diable des neiges», s’est produit il y a trois semaines, à Lassach dans les Alpes autrichiennes. Filmé par un randonneur, il se présente sous la forme d’une tornade de neige d’une vingtaine de mètres de haut. Fort heureusement, le phénomène s’est accompagné de vents assez modestes. Comment un tel tourbillon arrive-t-il à se former au-dessus de zones enneigées? Explications, avec Dean Gill de Météosuisse.



Diapositive1 «Les tourbillons et autres trombes se manifestent essentiellement au printemps et en période estivale. Ils apparaissent le plus souvent dans les situations orageuses -notamment au passage d’un front froid. Ils dépendent beaucoup des contrastes thermiques et de l’échauffement des sols», explique Dean Gill, prévisionniste chez Météosuisse. «De tels évènement sont donc très rares à proximité d'un manteau neigeux, où les sols ont de la peine à s’échauffer»




Diapositive2 «Mais suivant la configuration des vents, à différents niveaux, le phénomène peut quand même se produire» poursuit-il. «Les images tournées en Autriche suggèrent en effet que les vents ont d’abord tendance à converger dans les basses couches de l’atmosphère, ce qui produit de forts mouvements verticaux mélangés à des cristaux de glace».






Diapositive3«Simultanément, le vent se renforce en altitude. La partie supérieure du nuage de cristaux de neige subit ainsi une rotation, du fait de l’accélération du champ de vent. Le phénomène ne dure que quelques dizaines de secondes et se produit dans une phase de transition, au moment où le vent d’altitude a tendance à se poser vers le sol. D'où la formation d’un tourbillon, bien visible sur les images».

 

Contrairement à ce qui peut se produire en présence d’une trombe – ou d’une tornade – les vents ne sont pas d’une violence particulière à l’intérieur du tourbillon. Lequel garde une faible extension verticale. Le phénomène de « snow devil» filmé en Autriche mesure une vingtaine de mètres de haut mais il peut prendre une extension plus forte – de l’ordre de la centaine de mètres -, comme le montre cette autre vidéo, tournée il y a sept ans à Jackson Hole dans le Wyoming.


Jusqu’à présent, le phénomène n’avait été filmé qu’une demi-douzaine de fois…



Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse


Vidéo: Heinz Petelin

Publié le 20 avril 2015 à 09:52

Le ciel a viré au rouge dans une partie de la Chine et de la Mongolie, le 15 avril dernier: l’événement s’est accompagné de pluies rougeâtres et boueuses, d’où des ambiances d’apocalypse. Des carambolages en série et de nombreuses coupures d’électricité ont été signalés à Pékin, où les habitants ont été obligés de porter des masques en extérieur pour respirer. Le phénomène s’explique… par le retour des tempêtes de sable.


 



Le dragon est l’une des figures du calendrier chinois mais il symbolise également les tempêtes de sable qui s’abattent chaque année entre mars et avril sur l’Est du pays. Les anciens chinois l’appellent le «Dragon jaune»:

Diapositive2Le phénomène est dû à la présence de vastes zones désertiques sur le Nord-ouest de la Chine, notamment sur les hauts plateaux tibétains qui culminent à 4000 mètres d’altitude. Pendant les mois de mars et avril, les contrastes thermiques sont assez importants entre les plaines froides de Sibérie et les massifs de l’Himalaya qui ont tendance à s’échauffer, d’où l’établissement d’un fort courant de Nord-ouest qui transporte les sables vers l’Est.


Ces derniers atteignent régulièrement la capitale Pékin mais également le Japon, les îles du Pacifique Nord, voire dans certains cas, la côte Ouest des Etats-Unis.


Diapositive3Les tempêtes de sable s’associent généralement à de l’air sec à cette période de l’année mais elles peuvent parfois s’accompagner de précipitations. Le ciel tourne alors au rouge-orange, les pluies prenant une consistance rougeâtre et boueuse, comme pendant la journée du 15 avril dernier. L’évènement a été d’autant plus spectaculaire qu’il s’agissait de la plus forte tempête de sable depuis 13 ans, en Chine.




Diapositive4 Evènements de plus en plus fréquents
Ces dernières décennies, les tempêtes de sable sont devenues plus intenses et plus fréquentes: d'après l'académie des Sciences chinoises, le nombre des évènements a été multiplié par six en 50 ans. Selon les estimations, les zones désertiques gagnent environ 2500 km2 par an en Chine, soit l’équivalent de la surface des cantons de Neuchâtel et de Fribourg réunis…


Cette recrudescence s’explique surtout par la désertification des zones où se forment les vents. La régression des permafrosts himalayens, la hausse de la température moyenne des hauts-plateaux tibétains, la déforestation ou encore l’utilisation extensive des ressources en eau par l’agriculture ont joué un rôle important dans ce processus. Sans parler du climat qui est devenu plus instable depuis la fin du XXème siècle sur le Nord-ouest de la Chine.



Philippe Jeanneret avec les agences

Publié le 13 avril 2015 à 15:16

Diapositive1 Après avoir montré quelques velléités de retour en 2014, El Niño s’est maintenant installé sur le Pacifique. Les dernières analyses du Climate Prediction Center américain montrent que l’épisode en cours est de faible intensité et qu’il devrait durer jusqu’à l’automne. Mais des incertitudes planent encore, en particulier sur l’intensité des évènements à venir. Quels sont les tenants et aboutissants de ce flou artistique? Voici quelques explications:




Diapositive3 Depuis octobre 2014, les températures de surface du Pacifique tropical sont supérieures de 0,5 à 1 °C à la normale, ce qui correspond aux niveaux observés pendant les épisodes El Niño. Le régime des pluies s’est par ailleurs modifié sur le Pacifique central et le long des zones côtières d’Amérique latine, comme sur le Nord du Chili où les services météo ont récemment enregistré des quantités inhabituelles de précipitations. Des anomalies de vents se sont également manifestées de parts et d’autres: on peut parler de signal consistant.



Diapositive4Au vu des dernières analyses du Climate Prediction Center américain, ces éléments, pris dans leur ensemble, montrent qu’un épisode de faible intensité est en cours. D’après les dernières sorties de modèles, les anomalies propres à El Niño devraient même se maintenir ces prochaines semaines, autour du Pacifique avec une probabilité d’environ 70%. Mais pour la suite, c’est une autre histoire:


Si nombre de modèles misent sur la persistance d’El Niño pendant l’été, des incertitudes planent quant à l’intensité des évènements: certaines projection montrent l’avènement d’un épisode de forte intensité pendant l’été, tandis que d’autres misent sur des conditions proches de la normale. Les doutes concernent également la durée de l’épisode en cours : selon les spécialistes du Climate Prediction Center américain, les conditions pourraient revenir à la normale cet automne, avec une probabilité de 60%. On a vu mieux en termes de fiabilité !


Diapositive6La question n’est pas sans importance: en sait que les épisodes el Niño poussent vers le haut les températures moyennes de la planète. 2015 devrait être priori une année plutôt chaude que la normale. Mais le record de 2014 sera-t-il battu? On aimerait bien le savoir...


Un flou artistique qui s’explique par la présence d’un système océan-atmosphère est très instable dans le Pacifique entre avril et juin, mais également par le fait que les épisodes El Niño et la Niña ont tendance à se dissiper habituellement entre mars et avril. Les écarts de solutions assez importants, montrés par les différents modèles numériques représentés à gauche, sont assez explicites.


Philippe Jeanneret, avec le concours du NOAA


Pour en savoir plus sur El Niño et ses conséquences, cliquez ici.


Publié le 30 mars 2015 à 17:40

Diapositive1La tempête Mike s’est accompagnée la nuit passée de rafales à plus de 80 km/h sur le Nord du Plateau et ce n’est pas terminé! Dans son sillage, Niklas devrait également balayer le Nord de la Suisse demain, d’où un nouvel avis d’intempéries lancé par Météosuisse. En fin de semaine, les vents perdront de leur intensité mais le temps devrait rester assez humide et frais. Qu’en sera-t-il du week-end de Pâques? Voici les dernières analyses:




Diapositive3Les différences de pressions ont été particulièrement marquées la nuit passée, au passage de la tempête Mike sur le Nord de l’Europe. Les cartes au sol montrent un creux de 977 hPa sur le Danemark, parallèlement à des valeurs de 1008 hPa sur l’Ouest de la Suisse. Dans ce contexte assez chahuté, les vents les plus forts ont ainsi été mesurés sur le Nord de l’Allemagne, avec par endroits des pointes à plus de 100 km/h.

En Suisse, ces mêmes vents n’ont pas dépassé les 80 à 90 km/h en plaine mais les conditions ont été assez musclées dans les régions de montagne, comme au Saentis où Météosuisse a enregistré une pointe à 141 km/h.



Diapositive2 Ce matin, les vents ont perdu de leur intensité mais ce sera bientôt partie remise, avec l’arrivée de la tempête Niklas pendant la journée de mardi. Situation qui devrait s’accompagner de vents encore plus forts: «Les sorties de modèles et surtout l’allure générale des courants montrent que les vents seront à nouveau tempétueux sur le Nord de l’Europe » explique Lionel Fontannaz de Météosuisse. «Nos régions seront également concernées car un puissant jet va gagner l'Europe centrale tout en «léchant» littéralement la crête alpine. C'est donc sans surprise que nous aurons de violentes rafales en altitude. L'extrême nord du pays et une grande partie du nord-est du Plateau seront les régions de plaine Suisse les plus exposées à la dépression Niklas, pour lesquelles un avis de vent de degrés 3 a été émis par notre service de prévisions»

Diapositive4Nouvel avis de prudence pour mardi
Demain-matin, les vents devraient à nouveau se renforcer. Les régions de plaine situées au Nord – entre l’Ajoie et le lac de Constance – devraient être les plus exposées, avec des rafales entre 90 et 110 km/h. Les régions de montagne ne seront pas en reste, avec des vents pouvant atteindre – toujours en rafale – les 130 à 160 km/h, notamment sur les crêtes des Alpes. L’avis d’intempéries Météosuisse prendra fin mardi à 20h00.


Il faudra également s’attendre à de fortes pluies le long du Jura, où les modèles montrent des cumuls de 100 mm sur 24 heures, d’où un deuxième avis de degré 3, lancé par les spécialistes de Météosuisse. Lequel devrait prendre fin mercredi à 12 h (pour les détails régionaux, cliquer ici).


Diapositive5Week-end de Pâques en dents de scie
Après le passage de Niklas sur le Nord de l’Europe, le défilé des perturbations devrait se poursuivre en milieu de semaine. Vendredi, même combat, avec l’arrivée de nouvelles pluies par l’Ouest. Samedi, les modèles montrent cette fois une rotation des vents au Nord-ouest mais le temps restera assez frais, avec une alternance d’averses et d’éclaircies. Apparemment, ces dernières devraient être plus généreuses en Valais.




Diapositive6Dimanche, des améliorations semblent plus nettes, avec le retour de la bise mais les températures auront encore de la peine à remonter. En début de semaine prochaine, les modèles montrent enfin des velléités de retour de la part des hautes pressions: le soleil pourrait être à nouveau plus généreux pour le lundi de Pâques mais cela reste à confirmer...



Philippe Jeanneret, avec le concours de Lionel Fontannaz de Météosuisse

Publié le 23 mars 2015 à 15:55

Diapositive1 A peine arrivé, le printemps nous fait déjà des caprices: après avoir atteint les 17 à 19 degrés, la semaine passée, les températures devraient chuter d'une dizaine de degrés entre mercredi et jeudi! Peut-on pour autant parler de prémisses d’une saison pourrie? Voici les dernières analyse, avec le concours des spécialistes de Météosuisse.






Diapositive2 Grâce à la présence des hautes pressions sur une bonne partie de l'Europe, les perturbations ont essentiellement circulé sur les côtes atlantiques ou en Méditerranée ces dernières semaines. Bien que les bilans ne soient pas définitifs, le mois de mars apparait d’ores et déjà comme plus ensoleillé et plus doux que la normale sur les versants Nord des Alpes. Même les régions de montagne ont enregistré des températures supérieures à la moyenne.




Diapositive3 Mais tout cela devrait changer: les hautes pressions vont se retirer sur l’Atlantique en milieu de semaine pour laisser place à un courant d’Ouest à Nord-ouest. Ce dernier permettra à de l’air polaire de transiter jusqu’aux Alpes, d'où une baisse de températures d'une dizaine de degrés, prévus par les dernières sorties de modèles pendant la journée jeudi. Le tout avec des limites des chutes de neige s’abaissant jusque vers 800 mètres…



Diapositive4 Hautes pressions de retour en avril
Malgré leur vigueur, les courants de Nord-ouest ne devraient apparemment se maintenir entre l'Atlantique et les Alpes que pendant quelques jours: d'après les dernières prévisions mensuelles du Centre Européen de Prévisions Météorologiques à Moyen Terme (voir diagramme d’Hovmoller à gauche), les hautes pressions devraient déjà montrer des velléités de retour début avril:

«Les dernières sorties de modèles montrent une dominante de hautes pressions pendant les trois premières semaines d’avril, ce qui pourra nous amener à nouveau un temps ensoleillé et doux. Le signal est clair» explique Didier Ulrich de Météosuisse, «mais les indices de fiabilité qui accompagnent la prévision restent assez moyens, il faudra attendre les prochaines sortie de modèles pour s'en assurer».



Diapositive5Les rebuses printanières: phénomène courant
Le retour du froid dans un courant d’Ouest à Nord-ouest est un grand classique des périodes printanières. Le phénomène s’explique par le fait qu’à ce moment de l’année, les contrastes thermiques sont assez marquées entre les pôles et les régions subtropicales, ce qui renforce la circulation des courants entre l’Atlantique et le continent européen, en général avec une orientation au Nord-ouest.


Comme le fait remarquer Max Bouët dans son ouvrage « Climat et Météorologie de Suisse-romande » (éd. Payot) les descentes d’air froid ou «rebuses » s’accompagnent d’une chute des températures d’une dizaine de degrés en général. Mais contrairement à certaines idées reçues, elles n’ont pas de période de prédilection et apparaissent de manière assez irrégulière d’une année à l’autre. On les redoute beaucoup pendant les Saints de Glace en mai, car la végétation est plus sensible au retour des gels.



Diapositive6Printemps et vents de Nord-ouest déjà associés dans l’antiquité
Dans la mythologie grecque et romaine, le vent d’Ouest ou de Nord-ouest est personnifié par Zéphyr, fils d’Astreos (ou d’Eole, maître des vents) et d’Eos (l’Aurore). On lui attribue comme royaume «les lieux où se lève l'étoile du soir, où le soleil éteint ses derniers feux». Il s’unit d’abord avec Podarge, l’une des Harpies (qui incarnent l’esprit des tempêtes), puis prend pour épouse la Nymphe Chloris, déesse des fleurs qui représente le printemps.


Après l’avoir enlevée, Zéphyr donne à Chloris des champs emplis de fleurs magnifiques, en guise de cadeau de mariage. Selon Ovide, elle se voit également dotée du pouvoir de contrôler les floraisons du printemps, et devient déesse sous le nom de Flore.

L’association des deux personnages apparaît dans nombre d'écrits mais également sur des tableaux célèbres comme «le Printemps » de Sandro Boticelli et la « Naissance de Vénus», où Zéphyr et Chloris sont étroitement enlacés.


Philippe Jeanneret, avec le concours de Christophe Salamin et de Didier Ulrich de Météosuisse.

Publié le 16 mars 2015 à 14:59

Diapositive1 Accompagné de vents à plus de 320 km/h et classé en catégorie 5, le cyclone Pam est l’un des pires évènements qui se soit produit sur les îles Vanuatu ces dernières décennies. Il survient par ailleurs dans un contexte assez particulier sur le Pacifique équatorial, où le nombre simultané de cyclones est exceptionnellement élevé cette année. Quelles en sont les causes? Voici les dernières analyses.




Diapositive6La saison cyclonique commence habituellement en novembre et se termine en avril sur le Pacifique Sud. Si la région est connue pour être l’une des plus actives du globe, des cyclones de catégorie 5 n’y sont pas très fréquents: selon Michael Lowry du Weather Channel, neufs cas seulement ont été recensés depuis 1970. Ce qui représente en moyenne un évènement tous les 5 ans. Le dernier en date est le cyclone Ului qui s’est accompagné de vents à près de 260 km/h sur la mer de Corail (à l’Ouest des îles Vanuatu) en mars 2010.



Diapositive2 Pam s’est formé le 6 mars dernier près de l’équateur, vers le 180 degré de longitude Est. Accompagné de vents à plus de 107 nœuds (198 km/h) le 13 mars en début de journée, il a été classé en catégorie 5. Son pic d’activité a été observé en soirée, au-dessus de la capitale des Vanuatu, Port-Vila, avec des pointes à près de 320 km/h et des vagues de près de 8 mètres à proximité des côtes.


Par la suite, Pam a perdu de son intensité le 14, et a pris une trajectoire au Sud-est en épargnant la Nouvelle Calédonie. Il se trouve aujourd’hui au large des côtes de la Nouvelle Zélande.


Au-delà des vents et de la hauteur de vagues, le cyclone Pam s’est également caractérisé par pression centrale particulièrement basse, les estimations basées sur les analyses satellite faisant état d’un creux à 890 hPa. Selon l’Université du Wisconsin, ce creux aurait même atteint 879 hPa, soit l’une des valeurs les plus basses jamais enregistrées. A ce jour, le record est toujours détenu par le typhon Tip avec 870 hPa, mesuré sur le Pacifique Nord-ouest le 12 octobre 1979.


Diapositive4Quatre cyclones au même moment sur le Pacifique Sud
La caractère exceptionnel des évènements relève également du nombre de cyclones observés simultanément sur le Pacifique Sud. Comme le montre l’image satellite à gauche, Pam s’est développé parallèlement à trois autres cyclones, Nathan et Olwyn au large des côtes autraliennes, et Bavi à l’Est de Guam. Du jamais vu apparemment sur cette région du globe.


A titre de comparaison, le phénomène n’a été observé que deux fois sur l’Atlantique équatorial, le 22 août 1898 et plus récemment, entre le 25 et le 27 septembre 1998. Selon le National Hurricane Center de Miami, l’avènement simultané de cinq ouragans ne s’est produit qu’une fois depuis le début des observations, les 11 et 12 septembre 1971.


Diapositive5Contexte particulièrement favorable aux cyclones sur le Pacifique Sud
Les îles Vanuatu ne sont pas affectées par les fronts froids, qui circulent beaucoup plus au Sud sur cette région du globe, mais elles dépendent beaucoup des vagues de fortes précipitations et de temps sec qui s’alternent à intervalles réguliers près de l’équateur. Phénomène appelé «Oscillation de Madden-Julian», du nom des deux chercheurs qui l’ont découvert.

Or, ces vagues d’air humide et instable (en rose), ont pris une ampleur considérables ces derniers jours sur le Pacifique Sud, comme le montre le graphisme à gauche, ce qui a été propice à l’activité cyclonique.


Diapositive7 Des phénomènes de convergence dans les basses couches de l’atmosphère – favorables aux mouvement verticaux - ont également joué un rôle. Ces derniers s’expliquent pas la présence de vents d’Ouest plus forts qu’à l’accoutumée ces derniers jours au Sud de l’équateur, vers le 140ème degrés de longitude Est. D’après Philip Klotzbach, chercheur au Colorado State University, de telles poussées de vents d’Ouest n’ont pas été observées depuis une vingtaine d’années.

Philippe Jeanneret


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