Les blogs | La chronique météo de Philippe Jeanneret

Publié le 15 septembre 2014 à 14:59

Diapositive1 Les années se suivent mais ne se ressemblent pas: après plusieurs saisons marquées par une activité au-dessus de la normale, les conditions semblent relativement calmes en ce moment, sur l’Atlantique équatorial. A l’inverse, l’activité pourrait être plus forte qu’à l’accoutumée ces prochains mois sur le Pacifique Nord-est, comme sur les côtes de la Basse Californie où l’Ouragan Odile va passer ces prochains jours. El Niño n’est pas étranger au phénomène. Explications.



Diapositive2La Basse Californie est en alerte aujourd’hui, dans l’attente de l’ouragan Odile qui a un centre estimé à 934 hPa et dont les vents atteignaient jusqu’à 195 km/h ce matin. Selon le National Hurricane Center de Miami, le cyclone a sensiblement perdu de sa puissance ces dernières 24 heures - passant de 4 à 3 sur l’échelle de Saffir-Simpson -, mais il n’en restera pas moins dangereux ces prochains jours. Les dernières sorties de modèles confirment en effet une trajectoire au Nord-est, ce qui signifie que les vents tempétueux et les pluies pourront se maintenir près des côtes mexicaines jusqu’en milieu de semaine au moins.



Diapositive3 Odile est le 16ème système cyclonique de la saison 2014 sur le Pacifique Nord-est, où 11 ouragans se sont formés depuis le mois de mai, dont 8 majeurs (3 et plus sur l’échelle de Saffir-Simpson). La saison a notamment été marquée par le passage de l’ouragan Iselle sur les îles hawaïennes entre le 7 et le 9 août, et celui de Marie au large des côtes mexicaines entre le 22 août et le 2 septembre. Avec un centre à 918 hPa et des rafales estimées à 260km/h, ce dernier a été le premier cyclone de catégorie 5 sur le Pacifique Nord-est depuis Celia en 2010.



Diapositive4Calme relatif sur l'Atlantique
Après un début de saison marqué par la formation de l’ouragan Arthur (catégorie 2) au large de la Caroline du Sud, l’activité cyclonique n’est pas particulièrement forte cette année, sur l’Atlantique Nord: seuls quatre ouragans se sont formés jusqu’à présent. Dernier en date, Edouard était classé aujourd’hui en catégorie 1 par le National Hurricane Center. Il restera assez puissant ces prochains jours - avec des vents pouvant dépasser les 150 km/h -, mais sa trajectoire ne devrait pas lui permettre de s’approcher de zones habitées. C’est une bonne nouvelle pour les habitants des Caraïbes:



Diapositive7 Changements de tendances dans les prévisions
En début d’année, divers centres de prévisions comme le Tropical Storm Risk anglais (TSR) avaient en effet annoncé une saison 2014 plus active que la normale sur l’Atlantique équatorial. Mais le tir a été corrigé par le Hurricane Center de Miami. Dans un avis publié au mois d’août, ce dernier estimait que la probabilité d’avoir une activité au-dessous de la normale serait d’environ 70%. Ce qui ne devrait se traduire « que » par la formation de 3 à 6 ouragans cet automne, 0 à 2 d’entre eux pouvant prendre une forme majeure.



Ce revirement s’explique par une diminution de la mousson africaine (qui conditionne l’activité orageuse sur la zone de convergence intertropicale, et le développement des dépressions tropicales) mais également par la mise en place de conditions atmosphériques défavorables sur l’Atlantique équatorial. En particulier par une augmentation des phénomènes de cisaillement, qui nuisent au développement des cyclones tropicaux.


A l’inverse, ces mêmes spécialistes du National Hurricane Center ont annoncé ce printemps une recrudescence du nombre et de l’intensité des évènements sur le Pacifique Nord-est, mettant fin à la période de calme relatif qui s’est amorcée vers la fin des années 90. Prévision qui s’avère assez juste pour l’instant.


Diapositive6 Ces prévisions se justifient par le retour d’ El Niño cet automne, dont les conséquences seront multiples et variées mais qui devrait faire diminuer les phénomènes de cisaillement des vents en altitude sur le Pacifique Nord-est, et les faire augmenter sur l’Atlantique équatorial. Facteur parmi d’autres, on s’empresse de le dire, mais qui jouera un rôle important ces prochains mois.


Dans un récent communiqué, l’OMM précise que ce nouvel épisode d’El Niño devrait démarrer entre septembre et novembre; il atteindrait un pic au cours des derniers mois de 2014, et persisterait jusqu’au début de 2015.
Bien que l’intensité de cet épisode probable reste indéterminée, les modèles et les experts prévoient plutôt un épisode de faible intensité, même si un phénomène d’intensité modérée reste possible.


Philippe Jeanneret

Publié le 08 septembre 2014 à 14:49

Diapositive1 Les pluies diluviennes ont fait plus de 350 victimes en Inde et au Pakistan ces derniers jours, pour la plupart en raison d’inondations ou de coulées de boues. L'évènement a été qualifié de véritable «drame national » par le Premier ministre indien Narendra Modi. Ce déferlement de pluies – nettement supérieur à la norme - s’explique par la persistance d’une zone dépressionnaire sur le Nord de l’Inde. Apparemment El Niño et la Niña ne sont pas en cause.



Diapositive5Après un début de saison erratique, la mousson indienne a pris une tournure dramatique ces dernières semaines, avec le retour de pluies diluviennes sur nombre d’Etats. Ces derniers jours, environ 2500 villages ont été touchés par les inondations dans le Cachemire, 450 d’entre eux étant totalement submergés. Ces mêmes pluies ont également fait plus de 193 victimes dans province du Pendjab au Pakistan selon un bilan provisoire. Situation d’autant plus préoccupante que de nouvelles pluies vont circuler sur les régions sinistrées cette semaine, d’après les services météo indiens.

Diapositive3La mousson indienne se produit chaque année entre les mois de juin et septembre, les dates de mise en place et de fin du processus pouvant varier d’une année à l’autre selon les régions. Le phénomène s’explique par le fait que la terre s'échauffe et se rafraîchit plus vite que la mer. Au printemps, les températures terrestres s'élèvent progressivement et la terre atteint une température plus élevée que la mer. L'air chaud de la terre tend ainsi à s'élever, créant localement une zone de basse pression au niveau du sol.


La présence de cette zone dépressionnaire se traduit par un appel d’air à grande échelle, qui provoque le déplacement de grandes quantités d’humidité de la mer vers les zones de terre dans un courant de Sud/Sud-ouest. La zone de convergence intertropicale – caractérisée par de fortes pluies sur les zones tropicales et qui circule normalement au Sud de l’Inde - a par ailleurs tendance à se décaler vers le Nord, entrainant dans son sillage des quantités non négligeables d’air humide et instable.


Diapositive4El Niño et la Niña en second plan

Pendant les épisodes de type El Niño, la température de l’Océan Indien a tendance à s’abaisser en surface, ce qui se traduit par une diminution des phénomènes d’évaporation mais également par une régression des pluies sur l’Inde et le Pakistan. Parfois de longues périodes de sécheresses - synonymes de famine - s’installent.
A l’inverse, la Niña s’accompagne par une hausse des températures à la surface de la mer, d’où un régime de pluies plus élevé que la normale.


Diapositive2 Nombre de spécialistes avaient annoncé le retour d’El Niño pour cet été, laissant présager des pluies de mousson égales ou légèrement inférieures à la normale en 2014.
Mais El Niño se fait attendre sur cette région du globe, la température à la surface de l’Océan indien ayant de la peine à s’abaisser. Sur nombre de portions océaniques, cette même température est même supérieure à la normale ces derniers jours, ce qui reste favorable à la mousson.


Selon les dernières analyses, l’intensité de la mousson s’explique en réalité par un creusement dépressionnaire relativement fort sur le Nord de l’Inde, associé à des forts courants de Sud-ouest qui ont contribué au déplacement de fortes quantités d’humidité vers les zones de terre. Dans la contexte actuel, el Niño et la Niña seraient donc relégués au second plan.



Diapositive7Les variations sur les Pôles pourraient jouer un rôle.


La fonte des glaces en Arctique peut avoir de fortes conséquences sur la circulation des courants atmosphériques - à l’image des anomalies observées en Europe pendant le printemps 2013, qui a été particulièrement pluvieux et froid en Suisse - et nombre de régions du globe pourraient être concernées par le phénomène. Ce qui pousse aujourd’hui les gouvernements français et indiens à mener une étude conjointe:



Diapositive6«De récentes découvertes montrent un lien entre l’évolution des conditions climatiques sur les Pôles et la mousson indienne, à l’échelle décennale» expliquait récemment Shailesh Nayak, Ministre des Sciences indien, lors d’une conférence de presse à Hyderabad. «Et nous aimerions en savoir plus sur la manière dont ces changements sur les Pôles affectent la mousson. Nous déciderons en octobre de la marche à suivre mais nous sommes d’ores et déjà prêts à investir une somme de 3 millions de dollars pour mener une étude dans ce sens».


Une étude d’autant plus attendue qu’elle pourrait mettre en évidence le rôle majeur joué par la fonte des pôles dans les processus climatiques.



Philippe Jeanneret

Publié le 01 septembre 2014 à 15:53

Diapositive1 Depuis plus d’un an, les thermomètres de la station de Sion relèvent des températures plus élevées qu’à l’accoutumée. Selon les spécialistes de Météosuisse, le phénomène ne serait pas dû à des variations atmosphérique mais s'expliquerait plutôt par la construction de nouveaux bâtiments à proximité du site de mesure. Ce dernier sera peut-être être déplacé à l’avenir.

Les stations d’observations de Météosuisse ont relevé des températures plus basses que la norme cet été, avec des écarts atteignant en moyenne 0,6 degrés. Mais paradoxalement, la station située près la piste de l’aérodrome de Sion - montre un excédent thermique de 0,1 degrés. Particularité d’autant plus surprenante que des stations relativement proches, comme celles d’Evolène ou de Viège, accusent des déficits pour cette même période.

Diapositive3« Ce n’est pas vraiment une surprise» explique Didier Ulrich, prévisioniste au Centre Météosuisse de Genève. «Autrefois, les instruments de mesures se trouvaient sur une zone relativement abritée des interférences extérieures. Mais en 2012, des travaux pour la construction de hangars d’une superficie de 18'000 m2 ont été entrepris à une vingtaine de mètres seulement de la station. De fait, nous observons une hausse significative des températures depuis l’été 2013. Chose que des facteurs d’ordre purement atmosphériques ne permettent pas d’expliquer».



Diapositive4«Une masse sombre accumule beaucoup plus d’énergie solaire et de chaleur qu’une zone claire ou couverte de verdure» explique encore Didier Ulrich. « Et la présence d’un bâtiment moderne, couvrant une vaste surface, peut avoir influence significative sur la température des zones avoisinantes, par temps ensoleillé. A Sion, le phénomène est manifeste dès qu’un vent d’Ouest se lève, car l’air chaud qui se trouve à proximité des hangars se déplace vers la station de mesure, ce qui se traduit par une hausse instantanée de la température d’environ 1 degré! Par temps de pluie ou avec une forte couverture nuageuse, l’influence du bâtiment reste cependant négligeable».




Diapositive5Selon les directives de l’Organisation Météorologique Mondiale, cette situation ne serait pas conforme: les températures doivent en effet être mesurées sur un terrain plat et horizontal, entouré d'une surface de dégagement; le sol doit être recouvert d'herbe ou de végétation basse, représentative de la région; le point de mesure doit par ailleurs être situé à plus de 100 m de sources de chaleur artificielles ou réfléchissantes (bâtiment, aires bétonnées, parking, etc.), à plus de 100 m d'étendues d'eau (sauf si elles sont significatives de la région) et à l'écart de toute ombre portée lorsque la hauteur du Soleil est supérieure à 3°. Manifestement, on est loin du compte…


Il n’y pas lieu de remettre en cause la construction des hangars – pour lesquels nombre d’aspects environnementaux ont été pris en compte -, mais les mesures de températures devront probablement être corrigées à l’avenir, comme les valeurs record enregistrées à Sion en avril 2014. Et il faudra peut-être chercher un nouveau site d’observation.


«Ce ne sera pas la première fois qu’on déplace une station d’observation» ajoute Didier Ulrich. «Jusqu’en 1964, le site de mesures de Sion se trouvait au Couvent des Capucins de Sion à 542m d’altitude. Il a ensuite été déplacé à plusieurs reprises, avant de trouver son emplacement actuel en 2005, près de la piste de l’aérodrome de Sion».

Un déplacement de site est envisageable mais la procédure risque d'être lente...


Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse


Publié le 25 août 2014 à 13:21

Diapositive2 Il ne devrait pas y avoir de surprises, l’été 2014 restera dans les annales comme l’un des plus humides depuis le début des mesures. De leur côté, les températures ne devraient être inférieures à la moyenne que de 0,4 degré sur l’ensemble de la Suisse, ce qui place 2014 au 34ème rang des étés les plus chauds depuis le début des mesures, en 1864. Mais il faut relativiser les chiffres au regard de ce qui s'est passé ces trente dernières années, nous disent les spécialistes de Météosuisse:


Diapositive3 Tout dépendra des quantités de pluies qui seront enregistrées cette semaine, mais 2014 devrait arriver entre 5ème et la 11ème place du hit-parade des étés les plus humides depuis le début des mesures. Un chiffre qui s’explique par les quantités record enregistrées pendant le mois de juillet mais également par les excédents observés pendant mois d’août sur nombre de stations de mesures. La vague de chaleur et le temps sec du mois de juin n’arriveront finalement pas à faire pencher la balance.



Diapositive4 Malgré la pluie, les dernières projections de Météosuisse montrent que l’été 2014 devrait se solder par un déficit de 0,4 degrés sur l’ensemble de la Suisse (selon la norme 1981 – 2010), avec quelques disparités de parts et d’autres. Lugano devrait enregistrer un écart négatif entre -0,9 et 1 degré. Ce même écart sera compris entre 0,5 et 0,9 à Genève et entre 0,3 et 0,4 degré à la Chaux-de-Fonds. Sur le Nord de la Suisse, le déficit devrait être moins élevé, comme à Zurich avec un écart négatif entre 0,2 et 0,3 degrés. Bâle pourrait même être pile dans la norme. Les chiffres définitifs seront communiqués aux premiers jours de septembre.

Cette différence s’explique par le fait que les stations situées sur le Nord de la Suisse ont parfois bénéficié des hautes pressions, qui ont prévalu sur la Scandinavie pendant le mois de juillet. Contrairement aux versants Sud des Alpes qui ont souvent été confrontés à des situations dépressionnaires sur la Méditerranée.



Diapositive5 Ce déficit thermique place ainsi 2014 au 34ème rang des étés les plus chauds depuis le début des mesures, selon la norme 1960 – 1991. Chiffre qu’il convient malgré tout de relativiser: comme le montre le graphique à gauche, la plupart des étés chauds en Suisse ont été recensés pendant les trente dernières années, en relation avec le réchauffement climatique observé dans les Alpes.

«A l’échelle des 150 dernières années, l’été 2014 n’apparaît pas comme exceptionnel, mais il faut quand même remonter à 1987 pour trouver des conditions «comparables» en Suisse » explique Olivier Düding, climatologue auprès de Météosuisse. «On peut parler dans ces conditions d’un été relativement froid».


Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse


Publié le 23 juin 2014 à 17:19

Diapositive7La bise n’amène pas que du beau temps. Et dans certains cas, les orages peuvent même être de la partie! Le phénomène – surprenant à bien des égards - s’est produit à plusieurs reprise pendant le mois de juin. Il s’explique par la présence conjointe d’un courant de Nord-est au sol et d’une zone dépressionnaire en altitude. Peut-on pour autant parler d’un évènement hors norme? Réponse avec Lionel Fontannaz de Météosuisse.




Diapositive2Plutôt discrète en été, la bise se forme généralement entre une haute pression sur les îles britanniques et une dépression sur la Méditerranée, la force des vents étant surtout conditionnée par les différences de pressions d’un centre à l’autre. Le plus souvent, elle s’accompagne d’air froid et sec, ce qui permet au soleil de prendre le dessus. Mais elle peut parfois s’accompagner de mauvais temps. On parle alors de situation de bise noire.



Diapositive1 Plus rare que les situations de bise noire

«Les situations de bise noire sont assez rares en Suisse mais l’analyse des relevés des stations automatiques du Jura et du Plateau entre 1990 et 2013 montre que les situations de bise accompagnée d’orages le sont encore plus» explique Lionel Fontannaz, prévisioniste au Centre de Météosuisse de Genève.


«En été, plus de 90 % des situations orageuses se produisent en effet dans un courant de Sud-ouest ou dans un marais barométrique. Dans moins de 10% des cas seulement, ces situations peuvent s’accompagner de bise. En analysant les situations de bise en elles-même, près de 95% d’entre-elles s’accompagnent d’un temps sec et environ 5% peuvent donner de l’orage».


Diapositive5 Phénomène lié à l’instabilité

À l’instar des évènements du 17 juin dernier, le phénomène s’explique par la présence conjointe d’un courant de Nord-est au sol et d’une zone dépressionaire en altitude, synonyme d’air instable. Cette dernière favorise le développement de cellules orageuses l’après-midi sur les Alpes et le long du Jura. Lesquelles finissent par déborder sur le Plateau et l’arc lémanique en fin de journée. On précisera que l’orientation des vents entre 2500m et 8000m – de secteur Est/Nord-est -, joue un rôle important, empêchant les cellules de garder un caractère stationnaire sur les reliefs.

Diapositive4 «Dans des situations comme celle du 2 mai 2009, les cellules orageuses peuvent même se former sur le Plateau » poursuit Lionel Fontannaz. « L’analyse des évènements de cette journée montre le développement d’orage isolé et de lignes orageuses sur le Plateau dans l’après-midi, lesquelles se sont déplacées avec la bise vers l’arc lémanique. Ces orages ont donné des fronts de rafales proche des 75km/h, alors que pointes de bise avoisinaient déjà les 30 à 40 km/h.


Pour la petite histoire, une des cellules orageuses qui était sur la région des trois lacs s’est dégonflée en allant vers le sud, tandis que le front de rafales – invisible mais bien réel - poursuivait sa route sur le Léman. Nombre de navigateurs ont été surpris par la soudaineté des rafales, malgré l’avis de prudence qui avait été émis ce jour-là».


Diapositive3«Cela dit, la présence d’air instable en altitude, conjointement à un vent de Nord-est au sol, n’est pas en événement exceptionnel, en soi » ajoute-t-il enfin. «Ce genre de situation se produit régulièrement en automne, en hiver ou encore au printemps, lors des fameuses situations de bise noire. Mais les températures – et les contrastes thermiques - sont moins élevés qu’en période estivale, ce qui rend plus difficile le développement de cellules orageuses. Les situations de bise sont par ailleurs peu fréquentes au mois de juin, traditionnellement dominé par les courants d’Ouest. D’où la faible occurrence des situations de bises associées à des orages».


Conséquences variables d’une situation à l’autre
L’arrivée de cellules orageuses sur les zones de prédilection de la bise peut avoir des conséquences assez variables. A l’image de la situation du 2 mai 2009, avec des cellules gardant une faible extension, la bise peut soudainement se renforcer. Mais lorsque ces mêmes cellules prennent un caractère plus étendu, comme le 17 juin dernier, la bise peut tomber pendant quelques heures. Ce qui montre à quel point ces situations peuvent être capricieuses…


Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse


Publié le 16 juin 2014 à 15:07

Diapositive1 L’hiver et le printemps ont été au-dessus de la norme. Et cela n'est pas terminé! Selon les derniers calculs du Centre Européen de Reading en Angleterre (CEPMMT), la probabilité d’avoir un été plus chaud que la moyenne semble relativement élevée. Coté précipitations, les quantités pourraient être dans la norme mais l’information est à mettre au conditionnel car les indices de fiabilité sont assez bas. Analyse avec Pierre Eckert de Météosuisse



Diapositive2 La première quinzaine de juin est traditionnellement pluvieuse et fraîche en Suisse, d’où la présence de Saint-Médard dans les calendriers. Mais c’est l’inverse qui semble se produire en 2014. Certes, le début du mois a été particulièrement chaud et orageux - la bise a même fait son apparition -, mais nombre de modèles montrent que la dernière semaine du mois pourrait être dominée par un courant d’Ouest humide.


Au final, les quantités de précipitations devraient quand même être inférieures à la moyenne. Quant aux températures, les dernières sorties des modèles montrent un excédent thermique d’environ 1 degré.


Diapositive4 Pour la suite, les modèles américains du NCEP prévoient des températures et des quantités de précipitations supérieures à la norme pendant le mois de juillet et des conditions proches de la normale en août. Mais le son de cloche est différent sur les modèles du Centre européen, qui montrent un signal de temps relativement conforme à la moyenne de juin à août.

Sur l’ensemble de l’été, les températures devraient ainsi être légèrement supérieures à la moyenne sur l’Ouest de la Suisse. De fortes anomalies chaudes devraient cependant être observées sur la Méditerranée ainsi qu’à la surface de l’Atlantique, entre l’Islande et la Norvège.



Diapositive3 «Le signal de température donné par les modèles est difficile à interpréter » explique Pierre Eckert de Météosuisse. « On serait tentés de croire que le mois de juin fera pencher la balance sur l’ensemble de l’été. Mais ce genre de raisonnement n’est pas toujours exact. En pratique, un léger excédent thermique est également possible en juillet ou en août». Côté précipitations, la prudence reste de mise: «la prévision des pluies reste le point faible des modèles saisonniers. Parfois un orage apporte en 24 heures des sommes de précipitations équivalentes à un mois», poursuit-il. «Or les modèles ne peuvent prévoir longtemps à l’avance ce genre de situation».


Diapositive5Episode El Niño de plus en plus probable sur le Pacifique

L'annonce faite à la fin du mois d'avril se confirme: selon les spécialistes du National Prediction Center, la probabilité d’un épisode de type El Niño est d’environ 70% pour cet été et de 80% pour cet hiver. Entre sécheresse sur l’Australie, faible mousson en Inde ou pluies torrentielles sur les côtes pacifiques de l’Amérique centrale, l’évènement pourrait avoir de lourdes conséquences.

Abares, le Bureau australien des statistiques et des prévisions agricoles, s'attend ainsi à une perte de 12 % les récoltes du pays par rapport à la campagne 2013-2014, notamment sur la production de blé. Selon la banque Barclays, un mois de sécheresse dans le Sud-Est asiatique réduirait de 5 % pendant trois ans la production régionale de sucre. Exemple parmi d’autres. En Europe, l’impact d’un épisode El Niño reste cependant difficile à prévoir.



Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse

Publié le 13 juin 2014 à 16:33

Diapositive1 La bise sera de la partie pour la 76ème édition du Bol d’Or. Elle pourra même être assez soutenue entre Le Petit et le Grand-Lac Léman. Spectacle garanti! Mais à l’image des éditions précédentes du Bol d’Or, la décision devrait se faire sur le Haut-lac, où les airs pourraient être assez capricieux. Analyse des dernières sorties de modèles numériques, avec les spécialistes de Météosuisse.





Diapositive2 La répartition des pressions sera favorable à la bise à partir de vendredi-soir. Mais il faudra compter avec un creusement dépressionnaire en altitude, lequel amènera une légère dégradation en région lémanique pendant la journée de samedi, essentiellement sous forme de passages nuageux. En fin de journée et dans la nuit, un resserrement du gradient de pression au sol, accompagné d’une arrivée d’air froid, devrait finalement permettre à la bise de se renforcer.



Diapositive3 La plupart des modèles montrent des airs bien établis samedi-matin pour le départ de la régate : vers 10h, la force du vents devrait encore osciller entre 3 et 4 Bf et devrait progressivement passer à 4 -5 Bf dans les deux heures suivantes. La plupart des modèles montrent que des rafales à plus de 20 nœuds sont déjà possibles.

En arrivant sur le Grand-lac, les concurrents du Bol d’Or devraient rencontrer la même force de vents vers la mi-journée. Des différences pourraient cependant apparaître de parts et d’autres, avec des airs plus soutenus sur une moitié Nord du plan d’eau, jusqu’à la hauteur de Cully. Les tacticiens de bord devront choisir entre la route la plus courte (sur les rives Sud du lac) et la vitesse…


Diapositive5 Toujours vers la mi-journée, les airs devraient être plus faibles et variables en direction pour la traversée du Haut-lac. Zone sur laquelle les modèles numériques sont moins performants. Divers scénarios sont possibles, comme celui du Rebat qui pourrait temporairement ralentir la course. Mais le plus probable semble être celui d’un vent de Nord/Nord-ouest soufflant à 2-3 Bf. Le traditionnel «trou de Meillerie» pourrait encore faire parler de lui cette année, la bise ayant tendance à se soulever à proximité du massif du Grammont. On précisera que les risques de précipitations – synonymes de bascules ou de renverses - seront assez faibles en région lémanique.


Diapositive4L’après-midi, la bise devrait garder un caractère irrégulier sur le Haut-lac. Mais bénéficiant d’un meilleur gradient de pressions au sol, la bise devrait monter en puissance sur le Petit et le Grand-lac léman, les modèles montrant cette fois des rafales à plus de 25 nœuds, voire jusqu’à 33 noeuds. Bref, des conditions plus sportives qu’à l’aller et qui devraient permettre aux concurrents de revenir assez rapidement vers la Nautique. La prudence reste de mise.


Evolution à suivre dès demain-matin, en complément des sorties de modèles numériques et des prévisions spéciales que Météosuisse publiera sur son site.

Philippe Jeanneret avec le concours de Lionel Fontannaz de Météosuisse

Publié le 02 juin 2014 à 14:21

Diapositive1 Malgré un épisode assez tourmenté, entre le 27 et le 30 avril, le printemps 2014 n’a pas été très propice aux tornades sur le territoire américain. Le National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) n’a recensé que 358 évènements depuis le début de l’année, soit environ 200 de moins que la moyenne pour cette période. Un répit que les populations du Middle West apprécient à sa juste valeur mais qui laisse paradoxalement les chasseurs de tornades sur leur faim.


Diapositive4 Le printemps 2014 a été marqué par un évènement majeur, avec le passage d'un front froid sur le Centre et le Sud des Etats-Unis entre le 27 et le 30 avril. Environ 80 tornades ont été répertoriées en quatre jours seulement, deux d’entre elles étant classées en F4 sur l’échelle de Fujita. Selon un dernier bilan, les intempéries ont causé la mort de 35 personnes, soit l’un des "tornado outbreak" les plus meurtriers de ces dernières années sur le territoire américain. Voici une video montrant l'une de ces tornades F4. Elle a été tournée près de la localité de Mayflower-Vilonia en Arkansas:



 


Diapositive2 Le calme après la tempête
Depuis l'épisode de Mayflower-Vilonia, les tornades sont devenues assez discrètes, le nombre d’évènements passant de 113 en avril, à 55 pendant le mois de mai. Autre chiffre - tout aussi évocateur -, les services météo américains n’ont recensé que 2 tornades, classées respectivement en F1 et en F3 sur l’échelle de Fujita, entre le 17 et le 31 mai. Situation que l'on peut qualifier d'assez inhabituelle pour cette période de l'année.

«L’avènement d’épisodes tornadiques dépend en grande partie de la position et de la force du Jet Stream » explique Dean Gill météorologue chez Météosuisse et spécialiste des tornades. «Or ce dernier a plutôt circulé au Nord ces dernières semaines. Les régions du Middle West des Etats-Unis ont même bénéficié par moment des hautes pressions! Les remontées humides en provenance du Golfe du Mexique – qui jouent également un rôle important – ont par ailleurs été plus faibles qu’à l’accoutumée. Ce qui a considérablement réduit le potentiel pour la formation de tornades».


Les chasseurs d’orages sont ainsi restés sur leur faim ces dernières semaines, se contentant parfois de phénomènes de «Gustnadoes», comme le montrent ces images tournées le 27 mai et publiées par le site ustornadoes.com:

 


Les définitions varient d’un site à l’autre, mais selon l'American Meteorological Society, un Gustnado (de l'anglais GUST pour rafale de vent et NADO pour tornado) est comme une très faible tornade de courte durée de vie que l'on retrouve le long d'un front de rafales provenant d'un orage mais pas directement connecté à celui-ci (le tuba, - qui caractérise l’événement - n’atteint pas la base du nuage). Dans la plupart des cas, le phénomène ne peut être reconnu en tant que tel qu’une fois que les évènements se sont terminés. Ce qui ne peut qu'inciter à la prudence.


Diapositive3 Reprise possible le 3 juin.

D’après les dernières sorties de modéles, un nouvel épisode de tornades pourrait cependant se produire pendant la journée de mardi, avec le passage d’un front froid sur le Centre des Etats-Unis. Lequel devrait s’accompagner d’un puissant Jet Stream assez en altitude. «précise Dean Gill. « Tout dépendra de la manière dont le front va s’organiser pendant la journée de mardi mais il y a un fort potentiel pour la formation de tornade. L’épisode de temps calme sur le Middle Est – assez inhabituel à cette saison – pourrait ainsi connaître une interruption», précise Dean Gill.

«Les conditions sont assez particulières en ce moment» explique de son côté Greg Carbin, météorologue au Storm Prediction Center de Norman, dans l’Oklahoma. «Des tornades il y en a cette année. Mais on a l’impression que c’est tout ou rien!».


Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse

Publié le 26 mai 2014 à 15:38


Diapositive2La couverture des radars météorologiques n’a pas toujours été optimale pour Valais mais tout cela n’est plus qu’un souvenir aujourd’hui, grâce à la mise en service de la nouvelle installation de la Pointe de la Plaine Morte (2900 m) au-dessus de Sierre. Bourrée de nouvelles technologies, cette dernière a été développée en complément des radars de la Dôle, du Monte Lema et de l’Albis. Un véritable plus dans le domaine de l’observation mais également à terme dans celui de la prévision.



Diapositive3En quelques années, le réseau radar de l’office fédéral de météorologie et de climatologie s'est offert une belle cure de jouvence: des radars de 4ème génération ont été implémentés à la Dôle, au Monte Lema et à l’Albis; une nouvelle installation a été mise en service à la Plaine Morte. Un chantier a également été ouvert en 2013 au Weissfluh dans les Grisons. Un investissement de taille. D’ici à 2016, le nombre de radars en Suisse devrait ainsi être porté à cinq, ce qui permettra de couvrir de manière optimale l’ensemble du territoire.


Diapositive1 Grâce aux radars de 4ème génération, toutes les images sont maintenant générées à une cadence de 5 minutes, voire toutes les 2,5 minutes si les conditions l’exigent. La résolution spatiale passe de deux à un kilomètre. Et le balayage vertical de 12 à 18 kilomètres, ce qui constitue une amélioration décisive pour reconnaître les orages violents. Les nouveaux radars permettent également de mieux faire la distinction entre pluie, neige, grêle et grésil, mais cette application demandera encore du travail de recherche avant d’être pleinement opérationnelle.



Diapositive6La nouvelle installation de la Pointe de la Plaine Morte augmentera la qualité des données de précipitations dans les Alpes et assurera leur disponibilité à l'échelle de la Suisse si l'un des radars existants venait à tomber en panne. Elle comblera également les lacunes d’observations des radars de la Dôle, d’Albis et du Monte Lema, qui ne permettaient pas jusqu’à présent de couvrir de manière optimale le Valais (selon la hauteur du plafond nuageux, les précipitations sont parfois masquées par les reliefs).




Diapositive5Cette amélioration touchera le domaine de l’observation mais impactera également celui de la prévision, grâce à une meilleure intégration de données sur le modèle Cosmo2 de Météosuisse, qui fournit nombre de sites et d’applications mobiles en Suisse. Sur ce dernier point encore, il faudra attendre un peu, avant que des résultats ne soient obtenus, précise Pierre Eckert, directeur du Centre Météosuisse de Genève.



Diapositive7Le fonctionnement d'un radar repose sur l’effet Doppler et consiste à émettre dans l’atmosphère des impulsions de courte durée, puis à en analyser le signal de retour. Les gouttes de pluie, les flocons de neige et les grêlons réfléchissent en effet les ondes électro-magnétiques émises par le radar de manière proportionnelle à leur taille. D’où l’apparition sur les écrans de signaux, dont l’intensité est indiquée par un code de couleurs.



Les données provenant des radars suisses sont traitées sous forme de mosaïque permettant de visualiser la totalité du territoire suisse. Cette dernière inclut officiellement les données de la Pointe de la Plaine Morte depuis le 22 mai et peut être consultée sur tous les sites qui proposent les données radar de Météosuisse.


Philippe Jeanneret

Publié le 19 mai 2014 à 15:32

Diapositive1 La Bosnie et la Serbie ont été confrontées la semaine passée aux pires intempéries depuis 120 ans. Selon un bilan provisoire, les inondations provoquées par les orages et la pluie auraient fait 45 victimes, sans parler des 100'000 foyers qui ont été privés d’électricité. Un évènement peu fréquent pour ces régions à cette période de l’année et qui s’explique en grande partie par le passage de la dépression Yvette entre le 13 et le 17 mai. Analyses et commentaires avec Météosuisse.



Diapositive2 L’épisode pluvio-orageux – qui dure pratiquement une semaine – commence par l’arrivée d’un front froid sur les Balkans dans la nuit du 11 au 12 mai (pour l’anecdote, ce dernier circulait dans la journée entre la Suisse et la plaine du Pô). De premiers orages, accompagnés de pluies soutenues font leur apparition sur la Slovénie, la Croatie et la Bosnie. L’événement est d’autant plus marquant que les contrastes thermiques sont assez forts de parts et d’autres du front, atteignant une dizaine de degrés.



Diapositive3 Pendant les journée du 12 et du 13 mai, la présence d’une zone dépressionnaire associée à de l’air humide et instable est encore favorable aux orages sur les Balkans. Les pluies ne sont pas d’une intensité particulière mais les cumuls sont loin d’être néglieables, ce qui contribue à la montée du niveau des cours des eaux. Ce dernier est déjà assez élevé en raison des nombreuses pluies qui se sont abattues sur la région pendant la dernière semaine d’avril et les premiers jours de mai.



Diapositive4Toujours le 13 mai, un front froid circule dans un courant de Nord sur l’Allemagne et la Suisse. Il passe dans la nuit la barrière des Alpes, ce qui permet à la zone dépressionnaire qui se trouve sur les Balkans de se réactiver. Les pluies et les orages sont d’autant plus forts que les contrastes thermiques sont à nouveau très marqués. Les relevés au sol font état de températures atteignant par endroits 25 degrés sur la Grèce, contre 8 seulement en Bosnie. C’est énorme…



Diapositive5Du 14 au 16, les cartes météo montrent clairement la persistance de la zone dépressionaire sur les Balkans, laquelle prend officiellement le nom d’Yvette. Il s’agit en réalité d’une goutte froide (dépression isolée des courants d’Ouest) qui reste bloquée entre deux zones de hautes pressions, la première sur l’Ouest de l’Europe, la deuxième entre la Turquie et la Mer Noire. C’est le coup de grâce. Les cumuls de précipitations atteignent jusqu’à 150mm sur des tranches de 24 heures, selon les services météo serbes, avec des conséqences dramatiques sur le niveau des eaux. La zone dépressionnaire ne se résorbe que le 17 mai.



Diapositive6 «La persistance des basses pressions sur les mêmes zones a joué un rôle primordial dans les évènements de la semaine passée» explique Pierre Eckert, directeur du Centre de Météosuisse à Genève. «La présence d’un fort jet stream entre la Mer Noire et l’Adriatique a également contribué à la dynamique des évènements. Sans parler des reliefs de la Bosnie et de la Serbie qui ont été favorables aux phénomènes de soulèvement et à une intensification des pluies. On peut parler de concours dramatique de circonstances».


Pour la petite histoire, cette zone dépressionnaire a également été à l’orgine de la forte bise qui a soufflé sur le Plateau et en région lémanique entre le 15 et le 17 mai.



Philippe Jeanneret

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