Les orages sont difficiles à prévoir mais les sciences ont fait de grandes percées ces dernières années: les moyens de détection à court terme (comme les images radar toutes les 5 minutes) se sont améliorés. Même chose pour les modèles dit conceptuels qui décrivent les divers modes de formations des orages.
Comment les météorologues s’y prennent-ils pour prévoir les orages? Et surtout, comment détecter les situations explosives? Explications avec Lionel Fontannaz de Météosuisse.
Pour rappel, les orages se développent dans les fameux nuages de type cumulonimbus. Faciles à reconnaître de loin, grâce à leur forme d’enclume, ces nuages sont le siège de mouvements verticaux pouvant dépasser les 100 km/h, de fortes activités électriques, sans parler des imposantes quantités d’eau et de glaces qui gravitent à l’intérieur.
Conditions de formation:
Les orages se produisent lorsque l’air est instable, phénomène qui se caractérise par la présence d’un fort gradient vertical de températures (baisse rapide de la température avec l’altitude). Ce dernier peut se développer par un échauffement dans les basses couches de l’atmosphère, suite à un bon ensoleillement. Mais il peut également apparaître lors d’un processus de refroidissement en altitude.
L’instabilité se détermine assez simplement, en mesurant la différence de température entre 1500m et 5500m: un écart de 30° entre ces deux niveaux représente déjà une valeur élevée! Ce facteur peut aussi s’évaluer sur base des paramètres dits de «Cape» et de «Lift index» que l’on trouve sur nombre de sorties de modèles numériques. Le premier donne le potentiel d’énergie présent dans une masse d’air et se mesure en joules par kilo. Le second donne la différence de température entre une bulle d’air qui s’élève dans l’atmosphère et l’air ambiant. Plus ces valeurs sont élevées, plus le potentiel orageux est important.
L’humidité joue également un rôle en amenant les ingrédients indispensables à l’avènement de la pluie ou de la grêle. Elle peut même constituer une circonstance aggravante lorsqu’elle provient de masses d’air tropicales (ces dernières renferment un potentiel accru d’énergie). A l’inverse, lorsque les taux d’humidité sont faibles, l’activité orageuse est fortement diminuée (ce qui n’empêche pas de forts développements à l’échelle locale), voire réduite à néant.
Situations orageuses: les deux extrêmes
Les orages locaux: fréquents pendant les journées chaudes et dans les situations de marais barométrique, ces derniers ont une extension géographique assez limitée. Dans la majorité des cas, ils se déclenchent sur les reliefs en seconde partie de journée. Leur caractère isolé ne les empêche pas d’être parfois violents, tant au chapitre des vents que celui des précipitations.
Les orages frontaux: appelés aussi "lignes de grains", ces derniers sont généralement associés au passage d’un front froid et se déplacent sous la forme de plusieurs cellules bien organisées. Traversant le plus souvent nos régions dans un courant d’Ouest à Sud-ouest, ils couvrent de vastes zones, atteignant parfois l’échelle du Continent. Dans ce genre de situations, les coups de vent dépassent facilement les 60 km/h au sol, des rafales de plus 90 km/h n’étant pas rares. Et les précipitations peuvent localement prendre un caractère intense.
Entre ces deux cas de figure, toute sortes de situations peuvent apparaître, avec des degrés variables d’intensité. On peut ainsi rencontrer des exemples de marais barométrique en marge d’un courant d’Ouest, mais également des situations de fronts froids associés à une faible activité orageuse…
Circonstances aggravantes:
- Par les accélérations qu’il imprime dans les couches supérieures de l’atmosphère, la proximité d’un jet Stream (ou fort courant d’altitude) peut provoquer un forçage des phénomènes de soulèvement dans une masse d’air instable.
- La présence de cisaillement (changement brusque de direction et de force du vent avec l’altitude) aura de son côté pour conséquence de renforcer la circulation des courants à l’intérieur des nuages d’orage.
Lorsque tous ces éléments entrent en phase, la probabilité d’orages violents augmente considérablement . A titre d’exemple, la journée de mardi devrait se caractériser par une forte instabilité mais par une faible humidité et des vents d’altitude assez modestes. Ce qui laisse entrevoir une activité orageuse à caractère local, mais pouvant être violente.
Celle de mercredi pourra quant à elle s’accompagner d’air plus humide, ce qui constituera déjà une circonstance aggravante.
Jeudi, le renforcement des vents d’altitude viendra s’ajouter à l’instabilité et à la présence d’air humide: l’activité orageuse risque d’être particulièrement forte – n’oublions pas qu’il fera encore autour des 30 degrés en plaine -. Ce qui explique les mises en garde de Météosuisse.
A noter que si les modèles numériques ont fait beaucoup de progrès ces dernières années, ils ne sont pas encore capables de simuler de manière correcte toutes les gammes de situations orageuses. Ils permettent cependant de mieux anticiper des éléments propices aux orages, comme l’instabilité ou l’humidité.
Affaire à suivre ces prochains jours sur les sites web de la RTS et de Météosuisse.
Plus de 500 bateaux chercheront la meilleure route entre Genève et le Bouveret en cette fin de semaine: beau spectacle en perspective. Les modèles numériques nous le confirment, le cru 2013 devrait se caractériser par des airs assez changeants, sous forme de thermique et de vents d’Ouest. Par quels mécanismes ces vents s’installent-ils sur le Léman? Quelles sont leurs zones de prédilection? Piqure de rappel.
Les thermiques:
Quand le temps se calme et que les hautes pressions s’installent, les vents de gradient (bise, sud-ouest) laissent place aux thermiques. Leur mécanisme réside dans le fait que la température de l’eau varie peu avec l’ensoleillement alors qu’au contraire, celle de la terre est importante, ce qui provoque des mouvements de parts et d’autres.
Le jour, l’air réchauffé sur terre se dilate et s’élève en provoquant un tirage qui va du large vers la côte. La nuit, c’est l’inverse qui se produit: la terre se refroidit et cette fois, l’air - plus lourd - tend à descendre des reliefs côtiers et à s’écouler vers le large.
Selon sa force et son orientation, le vent d’altitude peut favoriser – ou contrarier – le thermique. D’où des variations de régime d’une situation à l’autre.
Les brises diurnes:
Le nom du thermique diurne sur le léman est le Rebat. Sur le Petit-lac, son appellation courante est le Séchard.
Sur le Grand-lac, le Rebat souffle du large vers la côte. Lorsque le relief se resserre sur le Haut-Lac, le vent a tendance à se canaliser et à souffler parallèlement à la côte avec une orientation Ouest/Nord-ouest. Le même phénomène se produit sur le Petit-lac avec le Séchard, mais cette fois avec une orientation au Nord-Est.
Conseils pratiques:
Souvent, le thermique est meilleur sur la côte la plus ensoleillée
Sur le Petit-Lac, il conviendra généralement de passer par la côte suisse en début de journée, et par la côte française dans l’après-midi. Sur le Grand-Lac, le rebat sera généralement plus favorable à la côte Suisse. Il ne s’agit cependant pas d’une règle absolue. Observez bien le plan d’eau avant de prendre une décision.
Les thermiques diurnes ont de la peine à se développer sur certaines portions de lacs, comme entre Ouchy et Evian et au large de Meillerie. Cela tient à la circulation locale des courants (voir illustration). Zones à éviter aux heures chaudes de la journée.
Différents facteurs peuvent perturber la régularité des thermiques et leur donner un caractère aléatoire:
- La présence de nuages élevés - qui réduisent l’insolation et les différentiels de températures - se traduit généralement par une baisse de régime et par des vents assez variables en direction. Même chose en soirée lorsque le soleil se couchera derrière les reliefs.
- Lorsqu’un front se rapproche de la Suisse ou lorsqu’une zone orageuse est en train de se former sur un relief, l’atmophère devient instable : la force et l’orientation des airs peuvent se modifier de manière assez significative.
- La présence d’inversions de températures dans les basses couches de l’atmosphère est généralement néfaste aux thermiques. Ce qui peut se traduire par de longues périodes de calmes plats, à l’image du Bol d’Or 2009. Dans ce genre de cas, il convient de se rappeler, qu’à vent égal, le chemin le plus court est souvent le meilleur. Et de passer par la côte française.
Les brises nocturnes:
Sur le Petit-lac, ces brises sont généralement faibles en force. Elle peuvent cependant souffler en moyenne entre 1 et 2 beaufort sur le Grand et le Haut-Lac , éventuellement 3 beaufort dans certaines zones privilégiées comme la baie de Morges.
La plupart des brises nocturnes se canalisent par les vallées avant de se poser sur les plans d’eau. Plus les reliefs sont abrupts, plus les airs ont de chances de s’accélérer avant de se disperser en éventail sur l’eau. Phénomène qui se vérifie assez souvent sur le Haut-Lac.
Conseils pratiques:
Comme les thermiques diurnes, les brises nocturnes sont particulièrement sensibles à la présence d’un vent d’altitude, au développement d’une zone orageuse ou à la proximité d’une perturbation. Suivant les cas, leur force et leur orientation peuvent être complètement modifiées et ce, de manière aléatoire.
De manière générale, un vent orienté au Nord en altitude sera favorable aux thermique sur la côte suisse. A l’inverse, un vent orienté au Sud en altitude, sera propice au développement des brises nocturnes sur la côte française.
Entre le moment ou un thermique diurne cesse de souffler et celui ou la brise nocturne s’établit, il peut s’écouler un certain laps de temps sans qu’il y ait de vent.
Lorsque le thermique de nuit s’atténue, la transition au thermique de jour peut être beaucoup plus longue et même durer plusieurs heures. C’est en général le moment idéal pour remonter le moral de l’équipage avec les gâteaux embarqués la veille...
Vent d'Ouest et de Sud-ouest:
Souvent annonciateur de l’arrivée d’une perturbation, le vent d’ouest se forme lorsqu’une dépression traverse le Nord de l’Europe. De force variable, il atteint en moyenne les 4 à 5 beaufort, les situations les plus redoutables étant celles qui s’accompagnent d’une évolution orageuse.
Selon une règle établie il y a quelques années par Météosuisse, le vent d’Ouest ne se pose sur le Léman que si les courants sont de secteur Sud-ouest à Ouest à 1500 mètres et atteignent en moyenne la quinzaine de nœuds . De plus, le gradient vertical de températures en l’aéroport de Genève et la Dôle doit être de 9 degrés au minimum. Si ces conditions ne sont pas remplies, le vent d’Ouest pourra interagir avec le thermique, mais sans plus…
Par beau temps, le vent d’Ouest sera en conflit avec les thermiques, phénomène qui se traduira par la présence d’un front de brise. Il se posera d’abord sur la rade de Genève et n’avancera que de manière très progressive sur le Petit-lac. Plus en avant, le thermique prend souvent la forme du Vauderon, gardant une orientation Est à Sud-est sur le Haut-lac.
Par ciel nuageux, ce même vent d’Ouest se posera de manière plus uniforme sur le Léman, sa zone de prédilection étant la côte française.
Avec une orientation plutôt Ouest, le vent passera sur la plus grande partie du lac. Près du Bouveret cependant, il aura souvent tendance à devenir irrégulier, à cause du relief.
Avec une orientation Sud-Ouest, il entrera en conflit avec la Vaudaire et ne passera que peu sur le Haut-lac. Dans ce genre de cas, les deux vents peuvent souffler en alternance sur une même zone. De l’un à l’autre, les airs seront généralement faibles, changeants et les vagues seront hachées.
Dans certains cas, la Vaudaire peut rester aux abonnés absents, ce qui se traduit par de longues périodes de calmes plats sur le Haut-lac, à l’image du Bol d’Or 2012.
Conseils pratiques:
- Le vent d’ouest est souvent adonnant bâbord amures à la côte française - là où précisément le clapot est moins formé - ce qui permet de faire de faire des trajets rapides.
Cette règle est valable pour autant qu’il n’y ait pas d’orages ou de précipitations car dans les deux cas ,la force et l’orientation des airs pourra changer au gré des pluies.
Evolution météo à suivre ces prochains jours, en complément des sorties de modèles numériques et des prévisions spéciales que Météosuisse publiera dès jeudi. Avis aux amateurs, des mises à jour seront effectuées jusqu’à dimanche sur le site officiel du Bol d'Or.
Philippe Jeanneret
Références :
Yves Ganter: «Contribution à l’étude des brises du lac Léman»
Editeur: ISM
C. Wahl, J-L. Gabayet, Y. Ganter, B. Dunand: «Le Léman – Micro-météo: les vents»
Editeur : Crédit Suisse
"S’il pleut à la Saint-Médard, il pleut pendant quarante jours. A moins que Saint Barnabé ne lui coupe le nez". Certes, le dicton est démenti par les statistiques mais chaque année, nous craignons le pire entre le 8 et le 11 juin. Ce qui donne lieu à toutes sortes de rumeurs.
Peut-on malgré tout donner des tendances pour les prochaines semaines? Analyse avec Météosuisse, sur la base des dernières sorties de modèles.
L’été va montrer le bout de son nez ces prochains jours : les températures devraient ainsi repasser la barre des 25 degrés en Valais et sur le Plateau. Mais dans l’ensemble les modèles montrent toujours la même évolution, à savoir l’arrivée d’air instable en fin de semaine accompagnée d’une tendance aux averses sur les reliefs. La journée de samedi – jour de la Saint-Médard - devrait encore être belle. La tendance orageuse devrait cependant augmenter dimanche avec l’arrivée d’une zone dépressionnaire sur les Pyrénnées.
En début de semaine prochaine, les prévisions mensuelles du Centre Européen de Prévisions Météorologiques à Moyen Terme (CEPMMT)-, favorisent un scénario de courant d’Ouest. Ce dernier nous apportera un temps changeant, avec semble-t-il quelques averses le jour de la Saint Barnabé. Malgré une légère baisse, les températures resteront conformes aux normes saisonnières. Et les accalmies pourront parfois être belles...
Le degré d’incertitude qui accompagne la prévision est relativement élevé mais les hautes pressions semblent revenir sur l’Ouest de l’Europe à partir du 14 juin. Elles pourraient même nous tenir compagnie jusqu’au 24. «A cette échéance, un signal de hautes pressions ne signifie cependant pas que le temps restera totalement sec» explique Lionel Fontannaz de Météosuisse. « Il ne faut pas oublier qu’à cette période de l’année, les hautes pressions se dégradent assez rapidement en marais baromètrique. En effet les longues journées de soleil favorisent une baisse de la pression sur le continent. Les hautes pressions – dans notre cas l’anticyclone des Açores - ont alors tendance de « se mettre au frais » sur l'océan. Du coup les journées chaudes et ensoleillées se terminent avec des averses ou des orages d’instabilité».
Pour la dernière semaine du mois, les modèles montrent un signal qui s’apparente à une situation plutôt depressionnaire ou à un marais barométrique. Mais en réalité aucun scénario ne s’impose vraiment. «C’est un cas de figure qui se présente souvent pour ce genre d’échéance » explique encore Lionel Fontannaz. «Les prévisions mensuelles comme toutes les prévisions à longue échéance, reposent sur des prévisions d'ensemble, lesquelles sont calculées en modifiant les conditions initiales. Si les différences entre les divers conditions initiales influencent peu les résultats des premières échéances, les scénarios de la fin du mois ont naturellement tendance à diverger et donc à donner un signal assez flou». Difficile de donner une tendance solide dans ces conditions…
Les tendances mensuelles se présentent généralement sous la forme des diagrammes d’Hovmoller. En suivant l’évolution du haut vers le bas, le lecteur trouvera les variations de champ de pression pour le niveau 500 Hpa du 3 juin au 5 juillet, les contours de couleurs rouge et bleue représentant respectivement des signaux de hautes et de basses pressions. L’échelle horizontale représente la longitude; une carte du monde située au bas de la page permet de repérer les zones géographiques; les échelles de gris représentent quant à elles le degré d’incertitude.
Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse
En attendant de savoir de quoi l’été européen sera fait, on peut déjà estimer le nombre de cyclones qui devraient circuler sur l’Atlantique de juin à octobre. Le National Oceanic and Atmospheric Administration américain (NOAA) vient de publier ses prévisions. Lesquelles ne sont pas très rassurantes pour les habitants des Caraïbes car cette année encore, le nombre d’’évènements devrait être supérieur à la moyenne.
Selon les dernières projections, il devrait y avoir entre 13 et 20 tempêtes tropicales (vents entre 63 et 117km/h) sur l’Atlantique pendant la saison à venir.
7 à 11 d’entre-elles pourront atteindre le stade d’ouragan (vents supérieurs à 118 km/h), dont 3 à 6 sous forme majeure (vents supérieurs à 178 km/h). Le tout avec une probabilité de 70%.
A titre de comparaison, une saison «normale» s’accompagne de 12 tempêtes tropicales, dont 6 au stade d’ouragan, et 3 sous forme majeure (statistique NOAA: 1981-2010).
Cette recrudescence s’explique par une conjonction de plusieurs facteurs, à commencer par la présence d’eaux plus chaudes que la normale sur l’Atlantique équatorial et dans les Caraïbes. Synonymes de forte évaporation et de taux élevés d’humidité, ces dernières vont être propices au développement des cyclones. La circulation générale des courants, en particulier l’absence de cisaillement (changements de force et d’orientation du vent en altitude), devrait également leur être favorable.
Certes, un épisode de type El Niño pourrait perturber cette circulation. Bien que ses effets se soient concentrés sur le Pacifique, l’épisode de 1997 a par exemple contribué à une activité plus faible que la normale, seules 9 tempêtes tropicales ayant été répertoriées sur l’ensemble de la saison. Mais les spécialistes du Climate Prediction Center américain (CPC) ne décèlent pas d’anomalies de températures propices à ce genre d’évènements à la surface du Pacifique. Du moins pour l’instant.
Dernier facteur et non des moindres, les météorologues du NOAA prévoient une forte mousson africaine cet été. Moins connue que son homologue indien, cette dernière joue un rôle important dans la circulation générale des courants, en particulier de juin à septembre sur l’Afrique de l’Ouest et dans les pays du Sahel qui bordent le golfe de Guinée:
Lorsque le Continent se réchauffe en été, les courants de Sud chargés d’humidité se renforcent en effet sur le golfe de Guinée. En remontant vers le Nord, ce flux participe activement à la formation de systèmes orageux, appelés également lignes de grain (à cause de leur structure frontale) et qui se déplacent d’Est en Ouest.
Ces systèmes constituent un maillon essentiel du régime des pluies sur cette partie de l’Afrique, mais sont également à l’origine des dépressions tropicales qui se développent au large du Sénégal et des îles du Cap Vert. D’où un suivi particulier pendant la saison des cyclones.
Pour mieux anticiper les évènements et surtout prévenir les populations, le National Hurricane Center de Miami utilisera un nouveau computer pour son modèle de prévisions à haute résolution HWRF. Lequel devrait apporter une amélioration de 10 à 15% dans la fiabilité des prévisions. Les fameux «hurricane hunter aircrafts» seront également mis en service pour effectuer des mesures à l’intérieur des cyclones.
Selon une récente actualité de Météosuisse, 2013 devrait figurer au top 5 des printemps les plus pourris des trente dernières années sur bon nombre de régions. On peut sans autres parler de situation hors norme. Comment de telles évènements peuvent-ils se produire en Suisse? Retour sur les moments les plus marquants des dernières semaines, avec Météosuisse
Rien ne s’est passé comme à l’accoutumée cette année, à l’image les premiers jours du printemps, ponctués par des températures largement au-dessous de la moyenne. Depuis le début du mois, le Jet stream circule en effet sur le Nord de l’Afrique au lieu de remonter à nos latitudes. Ainsi, les perturbations qui passent sur les Alpes s’accompagnent régulièrmement d’air polaire: les températures ont de la peine à passer la barre des 10 degrés sur le Plateau.
Vers le 10 avril, grisaille et pluies sont encore de mise mais le Jet stream se trouve à nouveau sur les Alpes. Il remonte même sur Nord de l’Europe les jours suivants. Le 14 avril, la Suisse retrouve les hautes pressions: les températures passent enfin la barre des 20 degrés sur le Plateau, ce qui n’était plus arrivé depuis le 6 octobre!
Un temps relativement ensoleillé et doux s’installe sur la Suisse. La végétation – qui a environ un mois de retard dans son développement - reprend des couleurs. Mais cela ne dure pas.
Le 19 avril, une dépression se creuse sur la façade atlantique, permettant au foehn des souffler dans les Alpes. Retour à la case départ le lendemain, la pression baisse subitement sur le Golfe de Gênes: bise et froid prennent le relais. Sur nombre de régions de plaine, les maximas ne dépassent que difficilement la barre des 10 degrés.
Soleil et douceur semblent revenir les jours suivants mais les basses pressions – qui n’ont pas quitté la Méditerranée – remontent progressivement vers le Nord.
Dans un premier temps, le ciel reste assez clément mais peu à peu l’instabilité reprend le dessus. Le 2 mai de violents orages éclatent en Suisse-alémanique, faisant une victime en Argovie. Le lendemain des tornades évaluées à Force 2 à 3 sur l’échelle de Fujita font de nombreux dégâts dans la région de Modène en Italie. Chaque jour, ou presque, amène son lot de précipitations.
«Après une longue série d’épisodes perturbés marqués par un courant d’ouest trop au Sud début avril, les situations de fin de mois nous ont replongé dans une configuration dépressionnaire particulièrement méridionale», explique Lionel Fontannaz de Météosuisse. «Le tout avec des perturbations qui s’organisent régulièrement sous forme de vastes dépressions d’altitude et qui s’isolent en partie des courants d’Ouest. Au lieu de s’évacuer vers l’Est, les perturbations ne maintiennent ainsi plusieurs jours d’affilée entre la Méditerranée et l’Ouest de l’Europe. D’où la persistance des pluies mais également de températures relativement basses pour la saison.»
Un scénario dit de «goutte froide» qui devrait de surcroît se poursuivre cette semaine, avec l’arrivée sur les Alpes d’une nouvelle dépression, actuellement centrée sur l’Islande. Selon les dernières sorties de modèles numériques, les pluies devraient même s’accompagner d’une intrusion d’air polaire sur la Suisse: la baisse des températures devrait atteindre son apogée vendredi...
«Difficile de dire quel événement se trouve à l’origine de tous ces aléas mais une telle configuration bloquante n’est pas inconnue. Elle ne touche pas toujours les mêmes régions. Actuellement cette situation se caractérise par la persistance des hautes pressions sur le Proche-Atlantique et sur l’Ouest de la Russie, et entre les deux des séries de situations dépressionnaires qui affectent l’ouest de l’Europe. En 1983, nos régions avait connu une configuration similaire de la fin mars à la fin mai. A noter que parfois, c’est un anticyclone bloquant qui produit chez nous un temps sec et plus doux que la norme, avec des régions plus à l’Est de l’Europe soumise à de régulières intempéries», ajoute Lionel Fontannaz.
Petite consolation, les températures devraient remonter de quelques degrés en début de semaine prochaine…
Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse
Les poussées d’adrénaline du direct mettent-elles les présentateurs à l’abri du hoquet? Rien n’est moins sûr. David Paul en a fait l’expérience – avec un certain brio - sur la chaîne KHOUnews de Houston le 29 avril dernier. Le clip de sa présentation, relayé dans un premier temps parCBSnews, connaît depuis le début du mois un franc succès sur le Net:
Selon les derniers comptages, David Paul a été victime de 12 constrictions de la glotte pendant la présentation de son bulletin télévisé du soir, qui a duré deux minutes trente. Evènement plutôt rare à l’antenne. Qui plus est, en direct.
Ces nombreuses contractions ne l’ont pas empêché d’aller jusqu’au bout de son exposé. Et de garder le sourire en précisant que le hoquet n’arrive que lorsqu’on annonce de fortes précipitations. Chapeau bas!
D’après les spécialistes, le hoquet prend le plus souvent une forme momentanée, banale et complètement inoffensive. Il touche l'ensemble de la population humaine, y compris le fœtus, et d'autres mammifères. Cette réaction – aussi inopinée qu’incontrôlable - est le plus souvent liée à une dilatation de l'estomac, situé près du diaphragme, après un repas trop copieux ou ingurgité trop rapidement. Peut-être une explication à la mésaventure de David Paul…
Le début mai n’est pas réputé pour les orages. Mais la présence d’une goutte froide - ou dépression d’altitude - sur l’Ouest du Vieux Continent a eu des conséquences dramatiques la semaine passée, sur le Nord-est de la Suisse et surtout sur le Nord de l’Italie, où des évènements tornadiques ont été répértoriés. Retour sur les évènements avec Dean Gill de Météosuisse, spécialiste des orages et des tornades.
La présence d’air instable associé à de forts vents d’altitude ont été à l’origine de nombreux orages et de pluies dilluviennes le 2 mai dans la région de Fribourg et sur le Nord-est de la Suisse. A Schaffhouse, Météosuisse a ainsi mesuré 32.8 mm de pluies en 10 minutes, ce qui constitue la deuxième valeur la plus élevée en Suisse après les 33.6 mm enregistrés à Locarno-Monti le 29 août 2003. Evènements qui se sont localement traduits par des inondations et qui ont fait une victime en Argovie.
Le 3 mai, la même masse d’air instable a également contribué à l’avènement d’un épisode orageux particulièrement violent dans la région de Modène. Selon les derniers rapports, entre deux et trois tornades se sont développées en milieu d’après-midi sur les petites localités de Castelfranco, Bentivoglio e San Giorio, détruisant plusieurs habitations et faisant 16 blessés. L’évaluation des dégâts au sol porte à croire que ces dernières ont atteint force 2 à 3 sur l’échelle de Fujita et que les rafales ont atteint par moments les 250 km/h.
«C’est la même dépression d’altitude qui contribue à l’avènement des orages du 2 mai en Suisse et des tornades sur le Nord de l’Italie le jour suivant» explique Dean Gill de Météosuisse. «Mais les analyses montrent que l’instabilité s’est renforcée sur la plaine du Pô pendant la journée du 3 mai, que les phénomènes de cisaillement (changements brusque de la force et de l’orientation du vent en altitude) étaient par ailleurs plus marqués. Et surtout, que la circulation des courants ainsi que l’humidité ont joué un rôle aggravant dans les basses couches de l’atmosphère».
Les cartes au sol montrent en effet que la région de Modène se trouvait sur une zone de convergence l’après-midi du 3 mai, entre un courant de Sud-ouest provenant du golfe de Gênes et un courant de Sud-est venant de l’Adriatique: configuration favorable aux phénomènes d’ascendances qui caractérisent évolutions orageuses. L’humidité était par ailleurs assez marquée dans les basses couches de l’atmosphère, ce qui se traduisait par une base nuageuse très proche du sol: facteur également propice au développement des tornades.
«La Plaine du Pô est une région d’Europe assez sensible à ce genre d’évènements» précise encore Dean Gill. «Au printemps, les journées ensoleillées se traduisent souvent par un fort échauffement au sol, ce qui est toujours favorable aux évolutions orageuses. Cette vaste étendue présente également des analogies avec les grandes plaines du Middle West: à l’instar des Montagnes Rocheuses, la chaîne des Alpes génère des phénomènes de cisaillement sur la Plaîne du Pô, lorsque les vents s’orientent entre l’ Ouest et le Nord.
Les contrastes thermiques entre l’air froid qui arrive depuis le Nord de l’Europe et l’air chaud qui se trouve en Méditerranée sont par ailleurs comparables à ceux qui s’exercent entre le Nord des Etats-Unis et le golfe du Mexique.
Mais le nombre d’événements est malgré tout plus faible: des épisodes comme ceux de la semaine passée ne se produisent pas tous les ans ».
Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse.
Les nuages prennent parfois des allures étranges, comme le montre ce cliché réalisé le 23 avril vers 7h20 par Claude Mermod dans la région d’Yverdon. La nébulosité prend l’apparence d’une sculpture posée à la verticale dans le ciel. Phénomène assez spectaculaire. De quoi s’agit-il? Explications avec Lionel Fontannaz de Météosuisse.
La Suisse se trouvait à l’arrière d’une zone dépressionaire centrée sur la Méditerranée le 23 avril. Le soleil faisait de belles apparitions en début de journée mais comme le montrent les radiosondages effectuée à Payerne, les courants de Nord étaient assez forts en altitude. L’humidité était par ailleurs assez marquée au-dessus de 7000 mètres, d’où l’apparition de voiles de nuages élevés sous forme de cirrus ou de cirrostratus, bien visibles en arrière plan.
«La présence d’air humide à ce moment de la journée est telle qu’un simple excès d’humidité, au passage d’un avion, puisse générer une traînée de condensation». Explique Lionel Fontannaz de Météosuisse. «Ce cliché nous montre ce qu’on appelle un «cirrus aviaticus». Le phénomène est dû aux noyaux de congélations dégagés par les gaz de combustion des avions. Il se développe lorsque le taux d’humidité dépasse 68% et avec des températures égales ou inférieures -39° Celsius. Un grand classique qui a été étudié dès les années 50».
Autre particularité, les radiosondages montrent que le vent avait tendance à se renforcer à partir de 5700 mètres, ce qui se traduisait ce jour-là par des changements brusques de la force du vent. Ce phénomène, dit de cisaillement, explique très vraisemblablement que le nuage prenne un aspect vrillé, en particulier sur la partie haute de l’image.
La photo réalisée par Claude Mermod suggère enfin que le nuage se développe sur un plan vertical. «Les traînées de condensation se forment généralement sur un plan horizontal à l’arrière de l’avion lorsque celui-ci est en vol de croisière», précise Lionel Fontannaz «Nous sommes confrontés ici à un effet de perspective, dû au fait que l’observateur se trouve dans l’axe du nuage».
Ce qui montre l’importance du point d’observation pour comprendre un phénomène météorologique.
Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse
Une étude, essentiellement financée par les Etats-Unis et par la Suisse, permet aujourd’hui de mieux comprendre les variations climatiques des 2000 dernières années de parts et d’autres du Globe. Principale découverte, un lent refroidissement dû la superposition de différents facteurs, qui s’interrompt à la fin du 19ème sicècle lorsque démarre le réchauffement climatique. Un travail de longue haleine qui a mobilisé 80 chercheurs du monde entier.
De nombreuses études ont été menées pour reconstituer le climat du passé. Mais jusqu’à présent, ces dernières ne permettaient de décrire les variations climatiques qu’à l’échelle du globe. D’où le lancement en 2006 d’un projet international de grande ampleur, PAGES2k (Past Global Changes), visant à décrire les processus à l’échelle des Continents.
Pour mener à bien leur étude, les scientifiques ont construit des courbes de température pour différentes grandes régions du globe, réparties sur les 7 continents. 511 enregistrements locaux - obtenus à partir d'analyses de cernes d'arbres, de grains de pollen fossiles, de coraux, de sédiments lacustres et marins, de carottes de glaces, de stalagmites, et de documents historiques - ont ainsi été utilisés. Les résultats de ces recherches viennent d’être publiés dans la revue Nature Geoscience.
Le graphique à gauche montre les variations sur les différentes zones du globe par tranches de 30 ans. L'observation la plus cohérente entre les régions étudiées est une tendance lente, mais globale, à un refroidissement au cours des 2000 dernières années. Lequel a été causé par la combinaison de facteurs naturels, tels que les variations lentes de l'orbite terrestre par rapport au soleil, une tendance générale à l'augmentation de l'activité volcanique, des variations de l’activité solaire, et des changements de la couverture végétale. Par manque de données pertinentes, l’Afrique n’a pas été intégrée dans l’étude.
Au cours de la période 830-1910, les refroidissements les plus prononcés sur des moyennes de 30 ans sont observés durant les périodes de plus faible activité solaire et de fortes éruptions volcaniques. La conjonction des deux phénomènes a été responsable d'une baisse marquée des températures durant 5 épisodes ayant duré de 30 à 90 ans, entre 1251 et 1820. Le plus spectaculaire est connu sous le nom de minimum de Maunder, entre 1645 et 1720 environ.
Ce lent refroidissement a été interrompu vers la fin du 19e siècle par le réchauffement climatique du 20e siècle, qui a donc renversé la tendance. Les auteurs de la recherche soulignent le fait que ce réchauffement a été deux fois plus marqué dans l'hémisphère nord que dans l'hémisphère sud et que l'augmentation récente des températures n'est pas claire en Antarctique.
L'analyse de l'évolution des températures par intervalles de 30 ans montre que la période de 1971 - 2000 a été probablement plus chaude que toute autre période de 30 ans pendant les 1400 dernières années. Cependant, certaines régions ont connu au début de notre ère des épisodes de 30 ans plus chauds qu'au 20e siècle. Ainsi, en Europe, les années entre 21 et 80 ont probablement été plus chaudes que les années 1971-2000.
On précisera que le volet suisse de la recherche a notamment été assuré par Ulf Büntgen et Raphael Neukom, de l'Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) et par Heinz Wanner, de l’Université de Berne.
Le seuil des 20 degrés sonne le retour des belles journées de printemps sur le Plateau, en général au mois de mars. Mais cette année, il aura fallu attendre le 14 avril pour y parvenir. Contre le 16 mars en 2012.
Persistance exceptionnelle du froid ou phénomène chronique? Météosuisse vient de compiler ses statistiques. Voici les résultats:
En dehors des régions à foehn, le seuil des 20 degrés est généralement atteint pour la dernière fois de l'année pendant le mois d’octobre, en Suisse-romande. Valeur que l’on retrouve entre la deuxième décade de mars et la première d’avril dans la plupart des cas.
Mais entre 2012 et 2013, il s’est passé très exactement 196 jours sur le Plateau sans que les températures ne passent la barre des 20 degrés. Un chiffre relativement élevé qui a été établi par Météosuisse sur la base des enregistrements faits à Neuchâtel et à Genève, où cette valeur a été atteinte pour la dernière fois le 6 octobre 2012.
Certes, on pourrait citer la ville de Sion, où la «trêve» n’a duré que du 22 octobre au 14 avril. Mais s’agissant d’une localité exposée au foehn, la comparaison est assez difficile car ce dernier permet de passer plus facilement le seuil des 20 degrés. Comme le 21 février 1998 où les thermomètres ont atteint les 20.1°C...
«De tels évènements ne sont pas exceptionnels, en soi» explique Lionel Fontannaz de Météosuisse. «Si l’on prend les statistiques de Genève sur les 20 dernières années, la barre des 20 degrés n’a pas été franchie pendant 204 jours, entre le 29 septembre 1999 et le 21 avril 2000. Ce même intervalle est de 192 jours pendant l’hiver 2007-2008. Avec 196 jours, 2012-2013 arrive donc en deuxième position. Pour la petite histoire, l’intervalle le plus court des 10 dernières années – toujours pour Genève - est celui de l’hiver 2002-2003 avec 134 jours». (Les chiffres détaillés se trouvent ici).
«Cela dit, l’analyse montre que le dernier hiver s’est soldé par un déficit thermique de 1 à 2 degrés selon les régions, par rapport à la norme» poursuit Lionel Fontannaz «Le mois de mars – considéré d’un point de vue météorologique comme un mois de printemps – a été également au-dessous de la moyenne. Nous sommes par ailleurs passés pratiquement « sans transition » de l’hiver au printemps. Un passage fulgurant vers des conditions quasi-estivale qui se répercute aujourd’hui sur de fortes concentrations de pollens de frêne ».
La persistance du froid pendant une période aussi longue s’explique par l’intrusion d’air polaire sur la Suisse pendant le mois de janvier mais également par une position très atypique du Jet Stream. Placé très au Sud de sa route habituelle, ce dernier a favorisé le maintient d’air froid sur nos régions, au détriment des courants d’Ouest qui nous apportent habituellement de l’air plus doux depuis l’Atlantique. Situation qui a pris fin il y a quelques jours avec le retour du Jet Stream vers le Nord. Et par le retour des hautes pressions.
Mais tout cela ne devrait pas durer, précise encore Météosuisse. Fidèle à la tradition, le mois d’avril devrait être assez changeant.
Philippe Jeanneret, avec le concours de Météosuisse
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