Les blogs | La chronique météo de Philippe Jeanneret

Publié le 15 décembre 2014 à 15:39

Diapositive1 La neige se fait attendre en montagne mais les perturbations pourront encore circuler sur les Alpes ces prochains jours: de quoi redonner de l’espoir aux stations de sports d’hiver, même si les quantités de précipitations semblent modérées pendant les fêtes de Noël. Pour les mois de janvier et de février, les dernières sorties de modèles misent sur des conditions proches de la normale. A quoi ressembleront les prochaines semaines? Analyse, avec Pierre Eckert de Météosuisse.



Diapositive2 Depuis plusieurs semaines l’allure générale des courants sur l’Atlantique est favorable au temps d’Ouest et aux situations de foehn sur les Alpes. Mais les précipitations circulent surtout sur le Nord de l’Europe, d’où une faible épaisseur de neige dans la plupart des stations des Alpes. Selon les dernière mesures de l’Institut suisse pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF), le manteau neigeux atteint entre 50 et 80 centimètres vers 2000m. Le long du Jura, ce dernier se limite à une dizaine de centimètres, à 1400m.



Diapositive3 La situation est cependant loin d’être désespérée: les perturbations continueront de circuler sur la Suisse ces prochains jours. Certes, les modèles ne montrent pas de grandes quantités de précipitations mais ces dernières s’accompagneront d’air plus froid en fin de semaine, ce qui ramènera la neige dans les Alpes et le long du Jura. En plaine, la probabilité d’un Noël blanc reste assez faible. Pour rappel, le Noël 2013 avait été marqué par la présence d'un foehn tempétueux dans les Alpes. Comme quoi, les années se suivent et ne se ressemblent pas!



Diapositive4 Mois de décembre plutôt doux et humide
Malgré quelques intrusions d’air froid, le mois de décembre devrait être plus doux que la moyenne en Suisse, d’après les dernières prévisions mensuelles du Centre Européen de Prévisions Météorologiques à Moyen Terme (CEPMMT). Comme le montre le graphique à gauche, ces mêmes températures devraient rester au-dessus de la norme pendant la première semaine de janvier. Ce qui s’expliquerait par une dominante des courants d’Ouest sur l’ensemble de la période.



Diapositive5 De leur coté, les précipitations devraient être proches ou légèrement supérieures à la norme sur la région des Alpes, ces quatre prochaines semaines. A noter également la diminution significative des quantités de précipitations sur le Nord de l’Europe pendant la dernière semaine de décembre et la première semaine de janvier. Information à mettre au conditionnel, compte tenu des modestes taux de fiabilité qui accompagnent les prévisions de pluies pour ce type d’échéances…



Diapositive6Un hiver globalement proche de la norme
Au chapitre de la prévision saisonnière, les dernières sorties de modèles mettent bien en évidence l’anomalie chaude du mois de décembre. Pour les mois de janvier et de février, les différents calculs effectués par le Centre européen montrent des divergences de solution mais le scénario le plus probable semble être celui de températures proches de la norme. Seul le mois de décembre pourra éventuellement faire pencher la balance vers le haut...

«La prudence reste de mise avec la prévision saisonnière», explique Pierre Eckert, du Centre de Prévisions de Météosuisse de Genève. «Au delà des questions de fiabilité, ces modèles ne donnent qu’une vision générale de l’évolution météo sur la région des Alpes. Des évènements extrêmes comme l’avènement d'une vague de froid de fortes chutes de neige ne peuvent être détectés par ce genre de démarche».


Diapositive7Qu’est-ce que la norme?

Pour l'Ouest de la Suisse, on parle d'un hiver frais, lorsque la température moyenne hivernale (décembre, janvier et février) se situe en-dessous de 1.6°C (Station de référence : Genève). Pour un hiver normal, la température moyenne se situera entre 1.6°C et 2.6°C. Et un hiver chaud affichera des températures moyennes au-dessus de 2.6°C. Ces valeurs limites ont été définies sur la base d'une longue série de mesures (depuis 1981) dans laquelle les hivers frais, normaux ou chauds ont été classifiés avec la même occurrence statistique.


Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse

Publié le 08 décembre 2014 à 19:03

Diapositive1Il y a un quart de siècle, la Suisse s’apprêtait à vivre l’un de ses hivers les moins enneigés depuis le début des mesures, au terme d’un concours de circonstances assez exceptionnel. Triste souvenir pour les stations de sports d’hiver et pour ceux qui avaient décidé de passer leur Noël à la montagne! Voici l’analyse des évènements qui ont mené à cette situation. Elle est riche en enseignements.

Souvenez-vous, en décembre 1989, la télévision montre la chute du régime de Ceaucescu en Roumanie et le premier épisode de la série des Simpson. En Suisse, Yvette Jaggi devient la première femme à occuper la fonction de Syndic de Lausanne. Quant à Jean-Pascal Delamuraz, il se prépare à laisser la Présidence de la Confédération à Arnold Koller. Personne ne se soucie de la douceur qui s’installe aux premiers jours de décembre…

Diapositive3La douceur n’a rien d’exceptionnel à cette période de l’année. Le phénomène s’explique par la présence des hautes pressions sur l’Est de l’Europe: située sur leur flanc gauche, la Suisse est naturellement exposée à un courant de Sud, ce qui est assez propice au foehn et à la douceur. C’est le fameux redoux de Noël, qui se produit pratiquement chaque année.

Mais en décembre 1989, le foehn est particulièrement persistant dans les Alpes: les températures passent régulièrement la barre des 20 degrés dans la vallée du Rhône et il fait jusqu’à 18 degrés à Genève. Ce qui est assez rare.
Certes, les précipitations circulent régulièrement sur les Alpes mais comme le montrent les sondages effectués pendant cette période, la limite des chutes de neige se situe entre 2000m et 2500m. Dans les stations de basse et de moyenne altitude, la plupart des pistes sont impraticables…


Diapositive4Coup de théâtre le 23 décembre, les courants perturbés laissent place à l’anticyclone continental qui est vissé depuis le début du mois sur l’Est de l’Europe. Le soleil revient en montagne – il est même assez généreux -, tandis que les stratus s’installent sur le Plateau et autour du Léman. Mais plus de neige! C’est le début d’une longue période de temps sec qui va durer jusqu’au 18 janvier.



Diapositive2Pendant quatre semaines, la neige brille encore par son absence jusqu’à environ 2000 mètres. Dans les stations, les skis et les snowboards ne bougent pas des râteliers: on voit les vacanciers se promener, ou s’adonner à la pratique du mountain bike. Ambiance surréaliste pour certains.

Mais dès la fin du mois de janvier, les perturbations circulent à nouveau sur le Nord de l’Europe - parfois sous forme de tempêtes -, et la neige est de retour. Le 15 février, les relevés de Météosuisse indiquent cette fois une hauteur de neige de 85cm à Montana, contre 0, un mois plus tôt. C’est la fin du cauchemar.


Diapositive6D’après les relevés de Météosuisse, l’hiver 1989 – 1990 apparaît comme le moins enneigé des 25 dernières années, en prenant comme critère la hauteur de neige, un 15 janvier. On précisera que ce chiffre concerne les stations de basse et de moyenne altitude (au-dessus de 2500m, la réalité a été assez différente car la persistance du foehn pendant le mois de décembre, associée à des températures moins élevées, a permis au manteau neigeux de se constituer).




Diapositive5Au chapitre du manque de neige, l’année de référence reste malgré tout 1964, avec un manteau neigeux aux abonnés absents pendant pratiquement tout l’hiver. Voici un lien qui vous mènera sur une archive filmée de la RTS qui relate l’ambiance dans les stations. On y parle des premiers canons à neige dans la station de Verbier.

Les chiffres montrent que certains hivers ont été plus doux par la suite, notamment en 2006-2007 et plus récemment en 2013-2014. Mais le déficit de manteau neigeux n’a jamais été aussi marqué qu’en 1989 – 1990, indépendamment de l’usage des canons à neige. Ce qui montre à quel point l’alternance entre situation de foehn et hautes pressions peut être déterminante pour le manteau neigeux.



Philippe Jeanneret avec le concours de Lionel Fontannaz de Météosuisse


Publié le 01 décembre 2014 à 11:11

Diapositive1 Les températures moyennes ont atteint des valeurs records pendant le mois de novembre, en particulier sur les stations de moyenne altitude, tandis que le Tessin a enregistré des quantités records de précipitations. Au final, l’automme 2014 apparaît comme le deuxième le plus chaud en Suisse, en 151 ans de mesures. Une situation inédite qui s’explique par la persistance des courants de Sud sur les Alpes.




Diapositive2L’afflux d’air doux qui s’est manifesté pendant le mois de novembre a été à l’origine de températures mensuelles exceptionnellement élevées en Suisse, notamment sur les régions de moyenne altitude, épargnées par les brouillards. L’écart à la norme 1981-2010 a parfois été supérieur à 4 degrés, selon Météosuisse. Sur l’ensemble du pays, l’excédent thermique s’est élevé à 3.3 degrés, ce qui égale le record de novembre 1994. Cette situation est due à la persistance des courants de Sud mais également à la position des hautes pressions sur les Balkans. On peut parler de situation bloquante.

Diapositive3 Au Tessin, les quantités de précipitations ont par ailleurs été exceptionnelles, entre le 2 et le 17 novembre. A Lugano, le cumul de pluies s’est élevé à 538 mm. Au 20ème siècle, une telle quantité d’eau - sur 16 jours - n’a été relevée qu’une seule fois. Il était alors tombé une lame d’eau de 547 mm du 20 octobre au 4 novembre 1928. Au cours de la seconde moitié du 19ème siècle, un autre épisode de pluies abondantes avait été relevé avec une quantité de 554 mm entre le 16 et le 31 octobre 1896. Au cours des 151 années de mesures, des précipitations supérieures à 500 mm en 16 jours à Lugano n’ont été comptabilisées qu’à 5 reprises.


Toujours entre le 2 et le 17 novembre, un cumul de 1080 mm a été mesuré à Càmedo dans les Centovalli, soit 2 fois plus qu’à Lugano. Des précipitations encore plus importantes en 16 jours ont été relevées à 2 reprises seulement, dans le passé: 1202 mm du 22 septembre au 7 octobre 1993 et 1139 mm du 14 au 29 novembre 2002. A titre de comparaison, il tombe en moyenne annuelle entre 1000 et 1200 mm sur le Plateau!


Diapositive4Foehn tempétueux, début novembre
La mise en place de ce courant de sud à sud-ouest s’est également accompagnée d’un foehn tempétueux sur le Nord des Alpes. Le 3 novembre, des rafales supérieures à 160 km/h ont ainsi été mesurées sur les crêtes. Le 4 novembre, les pointes ont même atteint entre 170 à 190 km/h sur les reliefs les plus exposés, tandis que la station de Bad Ragaz enregistrait une rafale à 131 km/h, soit la deuxième valeur la plus élevée depuis sa mise en place, en 1997.


A Wädenswil au bord du lac de Zurich, le foehn a soufflé jusqu’à 107 km/h, soit la rafale de foehn la plus forte au cours des plus de 30 années de mesures. La rafale la plus forte de 131 km/h avait été mesurée le 26 janvier 1994 au cours d’une tempête hivernale accompagnée d’orages.


Diapositive5Deuxième automne le plus chaud depuis le début des mesures
En moyenne nationale, la température de l’automne a affiché un excédent de 2.2 degrés par rapport à la norme 1981-2010. Le record qui date de l’automne 2006 affichait un excédent thermique de 2.6 degrés au-dessus de la norme, tandis que l’automne 2011 qui se place au troisième rang a affiché un écart à la norme déjà nettement plus de bas de 1.4 degré.




Diapositive6Selon Météosuisse, ce sont les mois d’octobre et de novembre qui ont essentiellement contribué à ces températures élevées avec un écart à la norme de presque 2.5 degrés pour ces deux mois. En moyenne nationale, la Suisse a vécu le mois de novembre le plus chaud avec 1994, ainsi que le quatrième mois d’octobre le plus chaud depuis le début des mesures en 1864. Le mois de septembre a aussi été nettement plus chaud avec un écart à la norme 1981-2010 de 1 degré.



L’automne 2014 a présenté un excédent thermique compris entre 1.7 et 2.5 degrés dans la plupart des régions suisses. Au Sud des Alpes et en Engadine, l’écart a été un peu plus faible, compris entre 1 et 1.7 degré par rapport à la norme 1981-2010.



Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse

Publié le 24 novembre 2014 à 14:45

Diapositive1 La région des Grands Lacs sur le Nord des Etats-Unis a été le théâtre de chutes de neiges exceptionnelles la semaine passée, comme à Buffalo dans l'Etat de New-York où près de 1,80 m ont été mesurés en moins de 3 jours. Un phénomène qui s’explique par la formation d’une dépression particulièrement active au large de l’Alaska mais également par la présence d’eaux relativement chaudes à la surface des Grands Lacs. On peut parler de cocktail explosif!




Diapositive2 La vague de froid qui s’est propagée sur le Canada et les Etats-Unis la semaine passée restera dans les mémoires. Au Texas, la température a chuté de 27°C à -5°C en trois heures seulement. En moins de 24 heures, nombre d'Etats situés au Nord ont été paralysées par la neige, le tout avec des vents dépassant les 100km/h. Aucun des 50 États américains n'a été épargné, pas même Hawaï, où le mercure est également tombé sous zéro. D’après les experts du National Weather Service américain, il s’agit du mois de novembre le plus froid en 38 ans. Les derniers bilans font état de 13 victimes.


Circonstances aggravantes dans la région des Grands Lacs
La présence d’eaux relativement chaudes à la surface des Grands Lacs a largement contribué à l’avènement d’un épisode de fortes chutes de neige pendant la journée du 18 novembre. Comme le montre cette vidéo, l’arrivée d’air polaire à la surface du lac Erié s’est accompagné de phénomènes d’évaporation intenses, faisant rapidement augmenter l’humidité ambiante.


 



Cette humidification des différentes couches de l’atmosphère a provoqué une baisse supplémentaire des températures, d’où un cocktail explosif de fortes précipitations, associées à de l’air polaire. Située à l’extrémité Est du lac Erié, la ville de Buffalo s’est trouvée dans un couloir neigeux particulièrement actif: plus de 1,50 m de neige se sont accumulés sur la ville en 24 heures. Le 20 novembre, le manteau neigeux atteignait même 1,80m en certains endroits. Selon les autorités locales, ce cumul correspond à ce qu'il tombe habituellement en un an: on peut parler d’événement exceptionnel.

Malgré les améliorations, les autorités de l’Etat de Buffalo restaient sur le qui-vive dimanche, craignant des inondations provoquées par le redoux.


Diapositive3Evènement hors normes
Le phénomène d’ «effet de lac» est plutôt rare. Il se produit dès qu’un écart de températures de 13 degrés (ou plus) est observé entre la surface des eaux et une altitude d’environ 1500m. Il s’accompagne de chutes de neige dès que la température au sol est égale ou inférieure à 2 degrés sur les rives.

Dans le cas du 18 novembre, la température du Lac Erié atteignait par endroits la douzaine de degrés, tandis que les radiosondages montraient une température de -5 degrés à 1500m. Le fait que l’air froid ait parcouru de grandes distances au dessus des eaux du Lac Erié a également contribué à la forte humidification des différentes couches de l’atmosphère. De par sa situation par rapport au plan d’eau, la ville de Buffalo était particulièrement exposée.


Diapositive5Restes de cyclones à l’origine du phénomène
A l'origine de cette vague de froid, la "dépression du siècle" qui s'est formée le week-end dernier sur le Pacifique, au large des côtes de l'Alaska. En remontant vers le Nord, l'ex-typhon Nuri, a interagi avec les courants d’Ouest, formant la plus grosse dépression jamais enregistrée dans le Pacifique Nord, avec une pression de 920 hPa en son centre. Il faut remonter jusqu'en 1977 pour retrouver une pression quasi similaire avec 925 hpa.



Philippe Jeanneret


Publié le 17 novembre 2014 à 14:55

Diapositive2L’accord entre les Etats-Unis et la Chine - qui totalisent à eux seuls environ 45% des émissions mondiales de gaz à effet de serre -, amène un vent d’espoir dans les négociations internationales sur le climat. Il marque également un tournant dans la politique des deux pays, qui prennent pour la première fois des engagements dans la lutte contre le réchauffement. Mais médias et commentateurs ont-ils eu raison de se réjouir la semaine passée? Voici quelques éléments de réponse, chiffres à l’appui.


Selon l’annonce faite mercredi passé à Pékin par Barack Obama et Xi Jinping, les Etats-Unis promettent une réduction de 26 à 28 % de leurs émissions d'ici 2025, par rapport à 2005. Quant à la Chine, elle envisage d'atteindre un pic des siennes autour de 2030, si possible avant. Certes, on peut parler de signal fort mais les promesses restent en deçà des objectifs du Protocole de Kyoto:


Diapositive3 Pour les Etats-Unis, les engagements de réduction sont en effet établis par rapport au niveau d'émissions atteint en 2005. Soit l'année où les émissions américaines ont été les plus fortes jamais observées, avec près de 7’200 Milliards de tonnes de CO2. Ramenés à 1990, année de comparaison internationale, les objectifs américains sont plutôt modestes: -13,8 % en 2025 par rapport à 1990. Pour rappel, le Protocole de Kyoto prévoit pour les nations industrialisées une baisse de 20% d’ici à l’horizon 2020, par rapport à ce même niveau de 1990.



Diapositive4 Quant à la Chine, elle n’a cessé d’augmenter ses émissions de CO2 depuis la fin du XXème siècle. Comme le montre le graphique à gauche, elle est même devenue le plus gros pollueur mondial depuis 2005, devant les Etats-Unis, avec des émissions de CO2 estimées à 9'777 milliards de tonnes en 2013. Certes, le chiffre doit être relativisé au regard du nombre de tonnes par habitant (7,2 en Chine contre 16 aux Etats-Unis). Il n’en demeure pas moins préoccupant dans la mesure où la Chine s’accorde la possibilité d’augmenter ses émissions de C02 jusqu’en 2030.



Dans son dernier rapport pour les décideurs, le GIEC a par ailleurs fait comprendre que pour juguler le réchauffement sous la barre des 2 °C d'ici la fin du siècle, il ne faudrait pas dépasser une concentration de gaz à effet de serre de 450 parties par million (ppm), dans l'atmosphère. Pour atteindre cet objectif, les émissions mondiales devraient être réduites de 40 % à 70 % d'ici 2050, par rapport à 2010, et ramenées à un niveau « proche du zéro » d'ici à 2100. Le GIEC insiste sur la nécessité d'un très net fléchissement des émissions mondiales d'ici l’horizon 2020. De ce point de vue, les Etats-Unis et la Chine sont encore loin du compte.



Diapositive5Négociations internationales: tout reste à faire
Dans leur communiqué commun, la Chine et les Etats-Unis on reconnu la semaine passée que leur accord ne constituait qu’une étape dans la lutte pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Déclaration encourageante en vue des prochaines négociations sur le Climat à Paris en 2015 qui rappelons-le, ne pouvaient que rester dans l’impasse en l’absence d’engagement des plus gros pollueurs mondiaux. On attend donc avec impatience le prochain geste de bonne volonté!


Au-delà des implications de la Chine et des Etats-Unis, de nombreuses questions restent en suspens:


Les Nations émergentes ont revendiqué ces dernières années le droit de se développer, avant de prendre des mesures pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Position légitime au regard de la responsabilité historique des nations industrialisées dans le réchauffement climatique, mais dont il conviendra de définir les limites pour aller de l’avant.


Il s’agira également de fixer des objectifs ambitieux - pour toutes les Nations cette fois - afin de réduire les émissions de manière significative d’ici à 2050. La discussion promet d'être animée.


Il faudra enfin que les pays industrialisés honorent leurs promesses pour la constitution du fameux fond vert, censé favoriser l’investissement dans des projets de réduction des émissions de carbone et d’adaptation aux changements climatiques dans les pays en développement.


Bref, il y a du pain sur la planche...




Philippe Jeanneret


Publié le 10 novembre 2014 à 16:14

Diapositive1 On entend régulièrement l’expression «bise de foehn» dans les bulletins météo, pour évoquer les vent de Nord-est qui soufflent sur le Plateau pendant les situations de foehn. Ce qui suscite parfois des réactions de la part des téléspectateurs. Parallélement, la littérature reste assez discrète sur la question. Faut-il en déduire que l’expression n’a pas sa raison d’être dans notre vocabulaire? Pas si sûr. Explications avec Météosuisse.



Diapositive2Lorsque le foehn souffle dans les Alpes, il arrive régulièrement que les vents s’orientent au Nord-est sur le Plateau et en région lémanique. Quand bien même, les airs gardent des allures assez modestes, la confusion avec la bise est assez fréquente.

En présence d’un fort de Sud en altitude, les courants ont tendance en effet à se canaliser sur la vallée du Rhône et à déboucher sur le Léman, d’abord avec une orientation Sud-est dans la région du Bouveret, puis Est/Nord-est entre Lausanne et Evian. L’air chaud qui souffle en altitude a par ailleurs parfois de la peine à se poser dans les basses couches de l’atmosphère, ce qui provoque des phénomènes de tirages sur le Plateau. Lesquels prennent également une orientation Nord-est.


Diapositive3 Comment distinguer la «bise» de la «bise de foehn»?
Comme le montrent les deux cartes à gauche, la différence entre les deux vents s’explique par la répartition des pressions au sol: dans les situations de bise, les pressions sont plus élevée sur les versant Nord des Alpes; dans les situations de foehn, c’est le contraire, les pressions sont plus élevées sur les versants Sud. On précisera que dans un cas comme dans l’autre, les pressions sont plus élevées sur l’Est du Plateau qu’en région lémanique.


Diapositive4 Evènements parfois à l’origine d’épisodes neigeux
On aurait tendance à croire que les situations de foehn – caractérisées par des remontées d’air relativement doux et humide depuis la Méditerranée – ne seraient pas favorables au retour de la neige jusqu’en plaine, en période hivernale. Mais tel n’est pas toujours le cas: les situations de bise de foehn contribuent au maintien d’air froid sur le Plateau, ce qui permet parfois à la neige de revenir jusqu’à basse altitude. L’exemple le plus célèbre des dernières années est probablement celui des 30 novembre et 1er décembre 2010, où 30cm de neige étaient tombés sur le Plateau et l’arc lémanique en près de 24 heures.


Saentis - meteosuisseFormule pratique malgré tout
L’expression « bise de foehn » fait parfois sourire: les puristes lui préfèrent celle de « retour de foehn », étymologiquement plus juste. De fait, Météosuisse ne l’utilise pratiquement pas dans ses bulletins.

Mais dans la pratique, l’expression «bise de foehn » permet parfois d'apporter des nuances: «la présence de vents de Nord-est, sur le Plateau ou en région lémanique, porte souvent les usagers à croire que la bise s’installe et que les hautes pressions - et le soleil - sont de retour. Or tel, n’est pas toujours le cas, comme dans les situations de bise noire par exemple ou avec les retour de foehn » explique Lionel Fontannaz, prévisioniste chez Météosuise. «le terme de bise de foehn permet malgré tout aux usagers d’associer la présence des vents de Nord-est à un processus de dégradation par situation de foehn, ce qui ne manque pas d’intérêt ».


Difficile de dire si l’expression si l’expression sera plus utilisée à l’avenir mais cela n'empêchera pas la bise de foehn de faire son apparition pendant la journée de mardi. C’est du moins ce que nous montrent les dernières sorties de modèles.


Philippe Jeanneret, avec le concours de Météosuisse


Publié le 03 novembre 2014 à 14:56

Diapositive1 Le dernier-né des satellites géostationnaires vient d’être mis en orbite par l’Agence Spatiale Japonaise. Avec son nouvel imageur à 16 canaux, Himawari-8 marque l'avènement d'une nouvelle génération de satellites. Dès l’année prochaine, ses observations permettront d’améliorer le suivi des phénomènes violents au-dessus du Pacifique. Il contribuera également à une meilleure qualité des prévisions à moyen terme.



Diapositive2Himawari-8 a été lancé le 7 octobre 2014 depuis le centre spatial de Tanegashima, à Kagoshima, Japon, à partir d’un véhicule de lancement H-IIA F25. Le satellite s'est séparé avec succès de son lanceur au bout de 28 minutes. Après avoir volé en autonomie pendant une dizaine de jours, il a été placé en orbite géostationnaire à 35’800km de la Terre, à la verticale de l’équateur au 140éme degré de longitude. Il sera opérationnel vers la mi-2015 pour remplacer le satellite MTSAT 1R/2, en orbite depuis 1999.



Diapositive3Les équipements les plus performants
Le satellite de l’Agence Spatiale Japonaise embarque pour la première fois à son bord un imageur à 16 canaux (soit 4 canaux de plus que Meteosat Seconde Génération qui couvre l’Europe et l’Afrique). Il couvrira de manière plus large le spectre Infrarouge, pour observer les poussières volcaniques, l’ozone et différents types d’aérosols. Dans le spectre visible, il offrira toutes les dix minutes une image couleur haute résolution de 0,5km, sur l’ensemble du disque terrestre. Au-dessus du Japon, le temps de réactualisation des image sera même porté à 2 minutes 30: du jamais vu sur un satellite géostationnaire.

A titre de comparaison, le satellite MTSAT 1R/2 qui couvre actuellement le Pacifique, dispose de 5 canaux et ne propose une image noir et blanc que toutes les 30 minutes, avec une résolution à 1 km.

Diapositive4Bénéfice pour la prévision, jusqu’en Europe
Ces améliorations dans le domaine de l’observation permettront aux météorologues de mieux suivre les cyclones tropicaux ou les orages sur les zones limitrophes du Pacifique. Elles devraient également contribuer à une meilleure définition des états initiaux à partir desquels les modèles numériques font leurs prévisions. Gain d’autant plus significatif que ces observations couvriront des zones où les stations de mesures sont relativement rares au sol ou sur mer.

Les observations faites au-dessus du Pacifique ne jouent pas de rôle pour des prévisions à 24 heures sur l’Europe. Mais comme le montre le graphique de gauche, les informations pertinentes pour les prévisions couvrent des zones de plus en plus grandes, au fur et à mesure que les échéances augmentent. Les mesures faites au-dessus du Pacifique deviennent ainsi particulièrement déterminantes pour des échéances égales ou supérieures à 72 heures, avec un impact non négligeable sur la qualité des prévisions.


Diapositive5Besoins couverts jusqu'en 2030
Après avoir procédé au remplacement de MTSAT 1R/2, l’Agence spatiale Japonaise lancera Himawari-8 en 2016, qui servira de satellite de secours en lieu et place de l’actuel MTSAT-2. Des lancements sont également prévus entre 2015 et 2019 par le Service météorologique chinois, EUMETSAT, l'Organisation indienne de recherche spatiale, l'Administration météorologique coréenne, le Service fédéral russe d'hydrométéorologie et de surveillance de l'environnement (Roshydromet) et l'Administration américaine pour les océans et l'atmosphère (NOAA). Ce qui devrait assurer les observations satellite jusqu’aux environs de 2030.



Philippe Jeanneret avec le concours de l’Organisation Météorologique Mondiale

Publié le 27 octobre 2014 à 08:51

Diapositive1Le mois n’est pas terminé mais les dernières projections faites par Météosuisse pour les principales villes de Suisse montrent qu’octobre 2014 devrait être le plus chaud en plaine depuis le début des mesures. Une douceur inhabituelle qui s’explique en grande partie par la dominante de situations de foehn pendant les trois premières semaines du mois. Paradoxalement, les régions de montagne n’ont pas enregistré de records.



Diapositive4 Certes, la première quinzaine du mois a été particulièrement pluvieuse, à l’image de la nuit du 7 au 8 octobre qui s’est soldée par 73mm de pluies à Lausanne, mais les courants de Sud/Sud-ouest ont dominé pendant près de trois semaines, entraînant jour après jour de l’air méditerranéen extrêmement doux vers les Alpes. Les thermomètres ont ainsi régulièrement passé la barre des 20 degrés, en lieu et place des 14 à 16 habituellement observés. L’intrusion d’air froid qui s’est produite entre le 21 et le 22 octobre, n’a pas permis de rétablir l’équilibre.


Diapositive3 Selon les dernières projections, les températures moyennes devraient présenter un excédent d’environ 3 degrés en plaine sur l’ensemble du mois. Les mesures pour la ville de Sion montrent par exemple un écart positif de 3,2 degrés. Ce même écart est de 3,1° à Genève, 2,7° à Zurich et 2,5° à Lugano, selon la norme 1981-2010: du jamais vu en Suisse depuis le début des mesures, en 1864.



Diapositive2En montagne, les températures ont souvent été au-dessus de la norme mais aux dernières nouvelles, aucun record n’a été battu. A l’instar de nombreuses stations d’altitude, la Chaux-de-Fonds a enregistré un écart positif de 2,9 degrés sur l’ensemble du mois. Chiffre qui ne représente que la quatrième valeur plus élevée enregistrée à ce jour. Au Saentis, octobre 2014 n’arrive qu’en 11ème position des mois les plus chauds.



Diapositive5 Cette différence entre les régions de plaine et de montagne s’explique également par la persistance des courants de Sud, synonymes de douceur en plaine mais également de grisailles près des reliefs. L’analyse des chiffres montre par ailleurs qu’en automne, les records de douceur sont essentiellement battus dans les situations de hautes pressions, dans les régions de montagne.

Reste à savoir si octobre 2014 sera le mois le plus chaud en Suisse sur l’ensemble des stations de mesures. Les chiffres définitifs ne devraient être publiés par Météosuisse à la fin du mois. Les paris sont ouverts…


Philippe Jeanneret avec le concours de Marianne Giroud et Dean Gill de Météosuisse


Addendum:

Selon les derniers bilans de Météosuisse, le mois d'octobre 2014 a connu des températures record en Valais, à Genève et au Tessin. Moyenné pour l'ensemble de la Suisse, il s'agit du 4ème mois d'octobre le plus chaud depuis le début des mesures il y a 150 ans. Pour plus de détails, cliquer ici.


A l'échelle planétaire, les températures de janvier à septembre battent également des records. Vous trouverez sur ce lien le dernier rapport de l'OMM.

Publié le 20 octobre 2014 à 15:24

Diapositive1 Après avoir frappé les Caraïbes, l’ouragan Gonzalo poursuivra sa route vers les côtes européennes ces prochains jours. Certes, les vents ne seront pas aussi puissants que sur l’Atlantique équatorial, mais les dernières sorties de modèles montrent des rafales à plus de 100 km/h au large des côtes françaises et anglaises, pendant la journée de mardi. En Suisse, ces mêmes vents seront également soutenus, sans parler de la baisse des températures qui devrait s’ensuivre. Plusieurs Centres Météo européens lancent aujourd’hui des avis de prudence.


Diapositive2 Gonzalo est le phénomène cyclonique le plus puissant de l’année sur l’Atlantique. Il s’est accompagné de vents à près de 250 km/h au large de Saint-Barthélémy le 15 octobre dernier, ce qui lui a valu d’être classé en catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson, qui en compte 5.
Il a perdu de son intensité, entre le 17 et le 18, en passant au-dessus des Bermudes mais des rafales à près de 118km/h ont encore été enregistrées sur la Capitale Hamilton. Les dégâts matériels sont importants mais heureusement, aucune victime n’est à déplorer.



Diapositive4Par la suite, Gonzalo est remonté vers le Nord et s’est mis en interaction avec un front polaire en arrivant au large de Terre-Neuve. Les contrastes thermiques étant assez importants de parts et d’autres, une dépression extratropicale particulièrement active s’est développée sur l’Atlantique Nord, accompagnée d’un puissant jet Stream et de vents à plus de 100km/h au sol. Elle atteindra les côtes européennes mardi: la journée promet d’être mouvementée.




Diapositive5La Suisse dans le couloir actif
La dépression extrêmement active qui circulera sur le Nord de l’Europe pendant la journée de mardi étendra également son influence sur la région des Alpes. Au-delà du gradient de pressions au sol – très resserré et synonyme de vents soutenus – les modèles numériques montrent une baisse spectaculaire des températures – en moyenne 10 degrés en 24 heures -, suivie d’une hausse subite des pressions pendant la journée de mercredi.



Diapositive6Dès mardi après-midi, les vents devraient ainsi se renforcer sur le Jura et sur le Nord du Plateau, avec une orientation Ouest/Nord-ouest. Ces mêmes vents s’étendront dans la nuit de mardi à mercredi à l’ensemble de la Suisse. Pour l’accalmie, il faudra attendre la journée de jeudi, au Nord, plutôt celle de vendredi au Tessin.


Les modèles montrent également de fortes précipitations de barrage le long des versants Nord des Alpes, associées à une limite des chutes de neige vers 1000m pendant la journée de mercredi. De fortes chutes de neige sont attendues sont attendues en montagne, en particulier sur les Alpes centrales et orientales ainsi que sur les Préalpes. De fait, Météosuisse se prépare à lancer plusieurs avis d'intempéries.



Diapositive7Force précise des vents et quantités de précipitations à déterminer
Les dernières sorties modèles font état de vents à plus de 90km/h en plaine mais comme dans la plupart des situations tempétueuses, il faudra attendre les dernières sorties de modèles à mailles fines de Météosuisse - en particulier celles de Cosmo2 - pour se faire une idée précise de la force des vents et repérer les zones les plus exposées. Même chose pour les quantités de précipitations et la limite des chutes de neige.


L’épisode à venir devrait être spectaculaire mais les vents et la vague de froid ne devraient pas se maintenir très longtemps sur la Suisse. Les dernières tendances montrent déjà que la fin de la semaine devrait à nouveau être ensoleillée et douce…


Philippe Jeanneret avec le concours de Lionel Fontannaz de Météosuisse

Publié le 13 octobre 2014 à 14:39

Diapositive1La persistance des basses pressions sur le Proche Atlantique nous amène depuis le début du mois une douceur inhabituelle mais également des pluies diluviennes sur l’Ouest et au Tessin. Une situation que l’on doit à la persistance des hautes pressions sur le Proche Atlantique et à la présence d’eaux relativement chaudes sur le Nord-ouest de la Méditerranée. Mais bonne nouvelle, le cortège des pluies devrait marquer une pause en fin de semaine. Pour la suite, c’est une autre histoire...



Diapositive2 L’Ouest de l’Europe se trouve depuis un mois sous l'influence d'un régime perturbé de Sud/Sud-ouest, piloté par un vaste système dépressionnaire sur le Proche Atlantique.
Cette situation favorise la remontée d'air chaud, très humide et instable depuis la Méditerranée. La teneur en vapeur d’eau de cette masse d’air est d’autant plus importante que la température de surface de la mer a été plus chaude que la moyenne ces dernières semaines entre le Golfe du Lion, les Baléares et la Sardaigne.



Diapositive3 Les couloirs humides qui se sont organisés ces derniers jours ont ainsi été à l’origine de nombreuses inondations dans les départements du Gard et du Héraut. En remontant vers le Nord, ces derniers ont également débordé par moments sur l’Ouest de la Suisse, d’où l’avènement d’épisodes pluvieux de forte intensité, comme celui de la nuit du 7 au 8 octobre où 73mm de pluies ont été enregistrés à Lausanne. Situation que l'on peut qualifier de bloquante.




Diapositive5 Malgré la grisaille, les courants de Sud - et le foehn qui s’est installé dans les Alpes – ont permis le maintien de températures assez douces pour la saison: les thermomètres ont par exemple atteint les 26 à 27 degrés pendant la journée du 9 octobre, soit 7 à 8 degrés de plus de ce qui est habituellement enregistré pendant une première décade du mois.





Diapositive4Changement de tendance pour la fin de la semaine
Toute chose ayant une fin, la zone dépressionnaire sur le Proche Atlantique laissera place à une dorsale de hautes pressions en fin de semaine. Soleil et douceur devraient l’emporter sur l’ensemble de la Suisse pendant les journées de samedi et de dimanche, ce qui nous changera des week-ends précédents!


Pour la suite, les dernières sorties de modèles montrent l’établissement d’un solide courant d’Ouest sur le Nord de l’Europe. «Certes, les perturbations pourront encore circuler sur la Suisse la semaine prochaine et des épisodes de fortes pluies seront encore possibles sur de courtes périodes » explique Lionel Fontannaz, prévisionniste chez Météosuisse . «Mais les régions du Sud, comme le Midi de la France ou le Tessin ne devraient plus être touchées par des épisodes de foehn ou des situations de type Cévenol à répétition. Les cumuls de précipitations devraient s’en ressentir de manière positive».


Un changement de régime qui va s’accompagner à terme d’une baisse des températures mais les valeurs devraient rester au-dessus de la moyenne. C’est du moins ce que nous montrent les dernières sorties de modèles.


Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse


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