Les blogs | La chronique météo de Philippe Jeanneret

Publié le 25 juin 2018 à 09:52

Diapositive1


Les fuites de méthane provenant de l'industrie pétrolière et gazière américaine sont supérieures de 60 % aux estimations officielles, selon une étude publiée le 21 juin par la revue Science. La différence s’explique par le fait que perditions liées à la vétusté des installations n’avait pas été comptabilisé correctement. Faut-il pour autant parler de mauvaise nouvelle ? La réponse est nuancée.


Au cours des 20 premières années qui suivent son émission dans l’atmosphère, le méthane a un pouvoir réchauffant 80 fois plus élevé que celui du CO2 : les scientifiques estiment qu’il contribue à environ 25% du réchauffement planétaire.


Globalement, 60% des émissions de méthane sont liées aux activités humaines : une grande part de ces émissions est liée aux rejets de l’agriculture, à l’élevage et aux feux de forêts. Les rejets liés à l’exploitation des ressources gazières et pétrolifères jouent également un rôle important.


Diapositive2


Selon des estimations faites en 2012, notamment par l’Agence américaine de Protection de l’Environnement (EPA) les taux de fuite de méthane oscillent entre 1% et 8% sur le territoire américain. Ces chiffres n’ont cependant jamais fait l’objet d’un consensus de la part des scientifiques, faute d’étude suffisamment complète dans ce domaine.


Pour combler cette lacune, Ramón Alvarez, un chimiste de l'atmosphère du Environmental Defense Fund, a compilé avec son équipe toutes les données disponibles, notamment celles qui tenaient compte des perditions liées aux installations individuelles ; les différentes mesures ont été validées par des relevés aériens. L’étude a par ailleurs couvert le 30% de la production gazière américaine, ce qui a permis de faire une extrapolation assez fidèle pour évaluer l’ensemble des émissions sur le territoire des Etats-Unis.


L'équipe est arrivée à la conclusion que la chaîne d'approvisionnement en pétrole et en gaz des États-Unis émet chaque année environ 13 millions de tonnes de méthane, principal composant du gaz naturel. Chiffre beaucoup plus élevé que l'estimation de l'Agence américaine de protection de l'environnement qui était d'environ 8 millions de tonnes. Soit un taux de fuite de 2,3% et non pas de 1,4%.

« Cet écart provient probablement du fait que les enquêtes sur les émissions de l'EPA ne tenaient pas compte des sources potentielles de fuites de méthane, comme les équipements défectueux des installations pétrolières et gazières », explique Ramón Alvarez.


« Si rien n'est fait » ajoute-t-il « les émissions de méthane provenant de l'industrie pétrolière et gazière pourraient minimiser les avantages du gaz naturel, qui libère beaucoup moins de dioxyde de carbone et d'autres polluants toxiques que le charbon, lorsqu'il est brûlé ».


Diapositive3

Le taux de fuite du méthane sur le territoire américain pourrait même être supérieur à ce qui est annoncé, pour Robert Howarth, spécialiste des systèmes terrestres à l'Université Cornell à Ithaca, New York. Interrogé par la revue Nature, ce dernier explique que les chercheurs n'ont pas pris en considération les émissions des systèmes de distribution de gaz dans les zones urbaines. Lesquelles constituent également une source de perdition.


Mais Ramon Alvarez voit le bon côté des choses : dans la mesure où une part importante de ces fuites est due à des équipements défectueux, la mise en place de systèmes de détection des dysfonctionnements des installations pétrolières et gazières pourrait constituer une "opportunité énorme" pour réduire les émissions de méthane.


On précisera que l’étude survient un an après que l'EPA ait annoncé son intention de retarder la mise en place d’une règlementation pour limiter les émissions de méthane produites par les opérations de forage pétrolier et gazier. Introduite sous l'ancien président Barack Obama, cette dernière n'entrera en vigueur qu'en 2019. Retard largement imputable à la volonté de Donald Trump et de l’administrateur de l’EPA, Scott Pruitt…


Philippe Jeanneret, avec les revues Science et Nature

Publié le 18 juin 2018 à 14:44

Diapositive1

Plusieurs indicateurs montrent que les hautes pressions ont de bonnes chances de se maintenir sur les Alpes ces prochaines semaines. Les températures devraient même être supérieures à la normale selon les prévisions du Centre Européen (CEPMMT) ou celles du Climate Prediction Center américain. Cela signifie-t-il que des sécheresses ou des grandes chaleurs sont en vue ? Pas forcément : voici la tendance pour les prochaines semaines :

Les pressions sont à la hausse en ce début de semaine : les dépressions circulent plutôt entre le Nord des îles britanniques et la Scandinavie. De son côté, le fameux jet-stream qui marque la présence des fronts polaires en altitude, circule très au Nord. Pas de doute, l’anticyclone des Açores et de retour.

Diapositive2

Les dernières prévisions hebdomadaires montrent que ce dernier pourra perdre de sa vigueur entre jeudi et vendredi. Certes, la tendance aux averses va augmenter, la bise également va faire parler d’elle avec une légère baisse des températures à la clé. Mais tout cela ne devrait pas durer: soleil et chaleur reprendront le dessus en fin de semaine.

Diapositive3

La prévision mensuelle donne le même signal: les indices de fiabilité sont assez moyens à partir du 26 juin mais les dernières sorties de modèles montrent un nette dominante de hautes pressions entre le proche-Atlantique et l’Ouest de l’Europe pour les quatre semaines à venir. Sur son site web, Météosuisse mise également sur des températures supérieures à la norme.

Diapositive4


De leur côté, les prévisions saisonnières montrent aussi cette dominante de hautes pressions, associée à un temps ensoleillé et chaud. Le Centre Européen de Prévisions Météorologiques à Moyen Terme (CEPMMT) et celui du Climate Prediction Center (CPC) américain semblent assez unanimes. Mais il est vrai que les indices de fiabilité sont moins bons…

Diapositive5


Au vu de ce qui précède, l’été devrait être plutôt ensoleillé et chaud, bonne nouvelle !
Il convient cependant de rappeler qu’il ne s’agit que de tendances. Ces dernières ne permettent pas de prévoir longtemps à l’avance des événements ponctuels comme l’incursion d’une perturbation. Encore moins des évènements extrêmes comme des orages violents ou une période de canicule... Ce genre de situation se prévoit au mieux quelques jours à l’avance.


Philippe Jeanneret, avec le concours de Météosuisse

Publié le 11 juin 2018 à 11:14

Diapositive1


La recherche s’est focalisée sur l’intensité, la trajectoire et le nombre des cyclones, ces dernières années. Mais elle ne s’est pas beaucoup intéressée à leur vitesse de déplacement. Or selon une étude menée par un chercheur de l’Université du Wisconsin, cette dernière s’est ralentie de manière significative ces dernières décennies. Ce qui a un impact non négligeable sur les quantités de précipitations…


James P. Kossin, de l’Université du Wisconsin a mené une étude approfondie sur la vitesse de translation des cyclones entre 1949 et 2016, soit 68 années de mesures. Les observations satellite n'ont commencé qu'à partir des années 60 - ce qui rend parfois difficile la détection d’événements sur les océans - mais le suivi systématique des cyclones par les météorologues permet d'avoir une vision suffisamment étendue du phénomène.


L’analyse des données montre que les changements dans la vitesse de translation des cyclones varient considérablement d’une région à l’autre mais elle met en évidence des ralentissements de 20 à 30 % sur les régions de terre situées à proximité de l'ouest de l'océan Pacifique Nord, de l'océan Atlantique Nord et autour de l'Australie. A l’échelle globale, ce ralentissement serait d’environ 10%, des vitesses de translation des cyclones inférieures à 20 km/h ayant augmenté de manière significative à la fin du XXème siècle.


Diapositive2


Ces travaux soulignent l’influence de la circulation générale des courants sur les quantités de précipitations générés par les cyclones tropicaux à l’échelle régionale. Ces derniers ont en effet tendance à " suivre le courant ", ce qui signifie que la direction et la vitesse auxquelles ils se déplacent sont guidées par les vents environnants. Tout changement dans la circulation tropicale pourrait ainsi affecter la vitesse de translation des cyclones à l’avenir.


Les conclusions de James P. Kossin, publiés la semaine dernière dans la revue Nature, mettent en évidence le phénomène des cyclones dits " bloqués ". Caractérisés par une vitesse de translation extrêmement lente (à l’image du typhon Morakot1 qui s'est déplacé au-dessus de Taïwan à une vitesse de translation de 5 km/h en 2009), ces derniers peuvent générer des cumuls de précipitations particulièrement élevés. Ils peuvent également revenir sur les mêmes zones, comme le cyclone Hyacinthe, qui est passé trois fois sur la Réunion en 1980. Le cumul des deux a même été observé pendant les événements d’Harvey sur le Texas en 2017.


Diapositive3


Les cyclones tropicaux sont parmi les désastres les plus dangereux sur Terre, par la force des vents qui les accompagnent mais également par les quantités énormes de précipitations qu’ils génèrent, explique Christina Patricola, spécialiste du climat et de l’atmosphère à l’Université de Berkeley en Californie.


Mais la chercheuse reste assez prudente : "les découvertes de Kossin soulèvent beaucoup de questions mais on ne sait pas vraiment si ces cyclones « lents » sont devenus plus fréquents, ni comment la variabilité naturelle et le changement climatique d'origine humaine peuvent contribuer à une telle tendance. Il n'est par ailleurs pas aisé de prévoir des tendances pour le futur. Mais il ne fait pas de doute que l’étude aide à une meilleure compréhension du phénomène.


Philippe Jeanneret, avec le Magazine Nature

Publié le 04 juin 2018 à 14:18

Diapositive1

Plusieurs méthodes ont été mise au point ces dernières années pour capturer le CO2 résultant de la combustion d’énergies fossiles. Technologies hélas assez coûteuses en général. Des solutions économiques sont cependant en passe d’être mises au point aux Etats-Unis, selon le Magazine Nature. Des usines de production d’électricité au gaz naturel - respectueuses de l’environnement - pourraient même voir le jour cette année.


Une équipe d’ingénieurs de La Porte au Texas s’est livrée à une batterie de tests assez concluants ces dernières semaines, afin de valider un système de production d’électricité « propre » à partir de gaz naturel. Mis au point par la société Net Power à Durham en Caroline du Nord, avec la collaboration du géant Toshiba, ce dernier se caractérise par l'utilisation une boucle de CO2 chaud et pressurisé.


Diapositive2


La première étape consiste à remplir le système de CO2, puis à le chauffer pour entraîner une turbine, comme une centrale électrique conventionnelle qui chauffe de l'eau pour créer de la vapeur. La chambre de combustion utilise pour sa part un mélange de gaz naturel et d'oxygène, extrait de l'atmosphère au terme d’un processus séparé. Le procédé permet de chauffer le CO2 dans la boucle qui entraîne la turbine et de produire du CO2 supplémentaire. A l’inverse de ce qui se passe avec des turbines traditionnelles, le CO2 généré en fin de processus est pur et directement stockable.


Selon Rodney Allam, ingénieur chimiste et concepteur en chef du système, il devrait être possible de produire une électricité aussi bon marché et efficace qu'une centrale électrique au gaz classique et moderne. Si les essais se déroulent comme prévu, NET Power devrait même mettre sa turbine en service et produire de l'électricité avant la fin de l’année.


Diapositive3


Les ingénieurs de NET Power doivent cependant régler un certain nombre de questions techniques, notamment au chapitre de la chambre de combustion, précise le Magazine Nature. Les coûts précis du système doivent également être définis.


Philippe Jeanneret


Publié le 28 mai 2018 à 11:24

Diapositive1


L’information n’a pas fait beaucoup de vagues en Suisse la semaine passée, elle mérite pourtant qu’on s’y attarde : soutenues par une armada d’ONG et de juristes, onze familles attaquent le Parlement européen pour ne pas avoir fait le nécessaire afin de protéger les populations contre les effets du réchauffement climatique. Le cas n’est pas isolé, d’autres procédures ont été lancées dans différents pays du monde, dont les Etats-Unis. Les enjeux sont de taille.


Le 24 mai dernier, plusieurs conférences de presse ont été données simultanément dans différentes capitales européennes pour présenter l’action collective de onze familles contre le Parlement européen. Cas sans précédents, jusqu’à présent seuls des Etats ou des entreprises avaient fait l’objet d’actions en justice, jamais un groupement de pays.


Venues des quatre coins du monde, ces familles font aujourd’hui les frais des changements climatiques: une première a perdu sa plantation de chênes dans les feux de forêts qui ont ravagé le Portugal en 2017 ; une seconde estime avoir perdu en six ans 44% de ses récoltes en France ; une troisième risque de perdre son hôtel-restaurant, bâti sur une île exposée à la montée du niveau des eaux en mer du Nord. Des familles du Kenya et des îles Fidji participent également aux démarches pour démontrer la dimension planétaire du problème.

Action principalement dirigée contre la législation européenne


Les plaignants estiment insuffisantes les mesures prises par l’Union Européenne pour garantir les droits fondamentaux à la vie, à la santé ou à la propriété des populations, par rapport aux objectifs fixés par l’accord de Paris sur le Climat (COP21). L’action vise notamment l’annulation de paquets législatifs en cours de publication, régulant les quotas d’émission de CO2, les activités non couvertes par le marché du carbone et la gestion du secteur forestier. Pour rappel, l’Union européenne s’est fixée pour objectif de réduire d’au moins de 40% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, par rapport aux niveaux mesurés en 1990.


Les familles sont largement soutenues par des ONG, comme Climate Action Network, Greenpeace ou Care International ou Friends of the Earth. Elles disposent par ailleurs d’une armada d’avocats spécialisés de ce genre de cas, comme Roda Verheyen qui a obtenu en novembre 2017 qu’un tribunal allemand entre en matière pour examiner une demande d’indemnisation d’un agriculteur péruvien qui estime l’énergéticien allemand RWE responsable de la fonte des glaciers dans son pays.


Les juges n’auront pas la tâche facile. Ils devront examiner les préjudices subis par les plaignants, leur lien avec les réchauffements climatiques et surtout la responsabilité de l’Union européenne dans sa politique d’environnement. Point qui fera probablement l’objet de nombreux débats.


La question des droits de l’enfant – et des générations futures - devrait également être prise en compte, au regard de l’article 6 al 2 de la Convention sur les droits de l’enfant qui stipule que les États doivent prévenir les risques auxquels les enfants peuvent être particulièrement exposés, y compris les risques liés à la crise financière, économique, climatique et énergétique.

D’autres actions dans le monde


Un certain nombre d’actions ont été menées devant les tribunaux ces dernières années. Rien que sur le territoire des Etats-Unis, plus de 800 cas ont été recensés. Le 8 avril, 2016, le juge Thomas Coffin, du district fédéral de l’Oregon a notamment jugé recevable la plainte de 21 enfants et adolescents, qui accusent le gouvernement de ne pas les protéger contre le réchauffement climatique. La procédure durera probablement plusieurs années mais le fait que la justice ait accepté d’entrer en matière constitue déjà un succès en soi.


Certaines actions ont déjà abouti à des résultats concrets : le 24 juin 2015, un tribunal a par exemple condamné l’Etat néerlandais à réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays de 25% par rapport à 1990, d’ici à 2020. On peut parler de précédent.


Diapositive3


Pour le spécialiste du droit de l’environnement Laurent Neyret, cité par le journal "Le Monde", l’initiative montre que « la société civile est une fois de plus la gardienne du respect des engagements internationaux » et constitue une « action politique par le biais d’une action judiciaire ». Reste à savoir si les cours européennes iront dans le même sens que les tribunaux néerlandais...



Philippe Jeanneret avec les agences


Publié le 22 mai 2018 à 13:57

Diapositive1

L’expression « marais barométrique » a refait son apparition dans les bulletins météo : un grand classique des périodes printanières et estivales ! Fait particulier, ce genre d’évènement ne s’apparente ni aux situations dépressionnaires, ni aux situations de hautes pressions. De quoi s’agit-il? Petite piqûre de rappel.


On parle de marais barométrique lorsque les différences de pressions sont faibles de parts et d’autres de l’Europe centrale et occidentale, les isobares apparaissant de manière espacée sur les cartes au sol. Bien que ces situations se produisent en marge des courants perturbés, elles ne s’apparentent pas aux situations de hautes pressions.

Diapositive2

Contrairement aux situations de hautes pressions qui s’accompagnent de mouvements vers le bas (dits de subsidence), les marais barométriques se caractérisent par de fortes ascendances, synonymes d’air instable, propices aux évolution diurnes. Ils se développent avec des pressions au sol comprises généralement entre 1010 et 1020 hPa (QNH).


Situations propices aux évolutions diurnes
Dans les situations de marais barométrique, le rayonnement solaire échauffe le sol par temps ensoleillé, entraînant une augmentation des températures dans les basses couches de l’atmosphère. Tout corps qui s’échauffe ayant tendance à se dilater, l’air devient de plus en plus léger, ce qui lui permet s’élever.

Diapositive3


Cet air plus léger entraîne de l’humidité dans son ascension. En prenant de l’altitude, ce dernier se refroidit, provoquant des phénomènes de condensation. D’où la formation de nuages sous forme de cumulus. Si les contrastes thermiques et l’humidité ambiante sont suffisants, ces cumulus pourront évoluer en orages, à l’image des évènements de ces derniers jours.


Impact assez net sur la qualité de la prévision

Les modèles numériques disposent aujourd’hui d’une résolution assez fine (de l’ordre du kilomètre), leur permettant de décrire les précipitations à l’échelle locale, au passage d’une perturbation. Ces derniers sont également capables de décrire les situations orageuses mais dans ce genre de situations, ils restent relativement imprécis : parfois les orages se développent 20 kilomètres plus au Nord, parfois plus à l’Ouest… Des erreurs peuvent également se produire dans les horaires donnés.

Diapositive4

Ces erreurs proviennent en grande partie de la complexité des processus orageux, notamment du nombre de paramètres élevés dont un modèle doit tenir compte pour calculer une évolution.


Tout cela ne signifie pas que ces modèles soient de mauvaise qualité, mais qu’il faut se garder des interprétations « à la lettre ». Ainsi, lorsque, le modèle montre des orages sur le Chasseral à 14h30, vaut mieux en rester à l’idée que des orages peuvent se produire l’après-midi le long du Jura, ou plus simplement que « des orages peuvent se produire »…


Philippe Jeanneret


Publié le 14 mai 2018 à 13:36

Diapositive1

Le Co2 émis par les avions de ligne contribue au réchauffement climatique mais les trainées de condensation que ces derniers répandent dans l’atmosphère jouent un rôle plus important encore. C’est la conclusion d’une étude menée par Bernd Kärcher, physicien au Centre allemand pour l’aéronautique et l’astronautique (DLR) et qui vient d’être publié dans la Revue Nature. Mauvaise nouvelle pour le climat ? La réponse est nuancée…


Dans ses différents rapports, le GIEC avait émis l’hypothèse qu’en marge des émissions de Co2, les trainées de condensation de l’aviation civile contribuaient au réchauffement climatique. Les nuages élevés ne retiennent en effet qu’une partie du rayonnement solaire. A l’inverse, le rayonnement terrestre est limité en présence de ces mêmes nuages, ce qui a pour effet de conserver la chaleur dans les basses couches de l’atmosphère. Les scientifiques utilisent le terme de « forçage radiatif » pour qualifier le phénomène.

Diapositive3


Jusqu’à présent, cette hypothèse n’avait jamais vraiment pu être vérifiée mais Bernd Kärcher et son équipe se sont livrés à une étude approfondie des mécanismes de formation des trainées de condensation, de leur durée de vie et de la manière dont elles pouvaient agir sur le climat. De nombreux facteurs ont été pris en compte, comme la chimie ou la microphysique des nuages. Les analyses s’appuient également sur des mesures spatiales et aériennes.


Emissions de suie particulièrement déterminantes

Une traînée de condensation, appelé « cirrus homogenitus » dans le nouvel Atlas international des nuages de 2017 se forme lorsque les panaches d'échappement des moteurs à réaction se dilatent et que leurs constituants se mélangent à l'air ambiant, en général à partir de 8 000 m d'altitude, si le taux d'humidité est de plus de 68 %, et que la température est inférieure à −39 °C.


Diapositive2


Le phénomène – assez complexe - est en grande partie conditionné par les turbulences qui se forment dans le sillage des appareils et par la présence de suie dans les panaches d’échappement, permettant aux gouttelettes d’eau qui se trouvent dans l’atmosphère de geler et de former de microscopiques cristaux de glace. On précisera que la durée de vie et la manière dont les trainées de condensation se répandent dans l’atmosphère dépendent également des altitudes de vols et des conditions météorologiques.

Selon le dernier rapport du GIEC, l’aviation civile est responsable d’environ 4% du réchauffement climatique lié aux activités humaines. L’étude menée par Bernd Kärcher montre que ce pourcentage se partage entre les nuages générés par les avions et le CO2 issu des réacteurs. Les nuages pourraient même jouer un rôle plus important, ce qui montre la portée du phénomène à l’échelle globale...

Réduire les trainées de condensation pour lutter contre le réchauffement
« Il faut souligner que le CO2 persiste beaucoup plus longtemps dans l’atmosphère que les nuages générés par les avions. Empêcher la formation de ces nuages pourrait donc constituer une solution rapide pour ralentir le changement climatique, et nous donner un peu de temps pour arriver à réduire les émissions de CO2. » explique Bernd Kärcher.


Diapositive4


L’utilisation de combustibles synthétiques, dérivés du gaz naturel ou de la biomasse, ou encore de biocarburants est par exemple envisageable sur le court terme, dans la mesure où leur combustion entraîne des émissions de particules beaucoup plus faibles que le kérosène. L’hydrogène liquide ou le gaz naturel liquéfié représentent également des options, mais la mise en place de ces dernières sera plus difficile car elle nécessite d’autres types de moteur. « Voler plus haut, où l’air est froid et sec, pourrait également réduire la formation de traînées », précise le chercheur.


Ce dernier fait également remarquer à la fin de son rapport que l’Organisation de l’aviation civile internationale a adopté en 2016 un plan de compensation et de réduction des émissions de carbone dans le but de réduire son impact sur le changement climatique. Mais les nuages générés par l’aviation, qui représentent la moitié du problème, ne sont toujours pas pris en compte…

Philippe Jeanneret, avec le Magazine Nature

Publié le 07 mai 2018 à 13:00

Diapositive1

L’arrivée d’air polaire coïncidera avec le retour dans les calendriers de Saint-Mamert, de Saint-Pancrace et de Saint-Servais, les 11, 12 et 13 mai prochains. La plupart des modèles montrent une baisse de températures de 7 à 8 degrés en plaine : des gels au sol ne sont pas exclus. Faut-il pour autant craindre les Saint de Glace ? La réponse est nuancée.

Les agriculteurs redoutent les Saints de Glace à cause de gels nocturnes, qui peuvent parfois provoquer des dommages importants aux cultures. Ces craintes reposent sur des faits réels : les courants de Nord peuvent encore diriger de l’air polaire sur nos régions au printemps, ce qui est favorable aux gels en fin de nuit, lorsque le ciel et dégagé et que les vents sont faibles.


L’analyse des mesures effectuées par Météosuisse à la station de Payerne entre 1965 et 2008, montre cependant que le phénomène ne se produit pas de manière systématique pendant les journées des 11, 12 et 13 mai. De manière générale, des gelées au sol peuvent survenir jusqu’à la mi-avril ; elles prennent un caractère plus occasionnel pendant le mois de mai.


Diapositive3

Plus précisément, des gels au sol ne se produisent en moyenne qu’une à deux fois sur l’ensemble du mois de mai. Il y a des situations extrêmes, comme en 1991, où 15 jours de gels avaient été répertoriés mais ces dernières sont assez rares. Les mois marqués par plus de deux jours de gel représentent à peine le 50 % de la série. Et certaines années, les gels ne se produisent pas…


Diapositive4

Danger surtout lorsque la végétation est précoce

Les gels se manifestent au printemps dans de l’air polaire après une nuit dégagée, dans la mesure où le rayonnement des sols permet à la chaleur de se dissiper vers l’atmosphère. L’absence de vent peut jouer également un rôle en facilitant la formation d’une pellicule de glace à la surface des végétaux.


Il ne faut par ailleurs pas négliger le degré de précocité de la végétation, à l’image des évènements de 2017. Cette année-là, la floraison avait commencé au mois de mars, avec 15 jours d’avance sur le Plateau et dans la vallée du Rhône. Le froid s’était invité à la mi-avril, sous la forme d’une intrusion d’air polaire : il a suffi de trois nuits glaciales, marquées par des températures de l’ordre de -12°C à 5cm du sol, pour avoir raison des cultures. La vendange 2017 avait été la plus faible en Valais depuis 1966. 35% de la récolte arboricole valaisanne avait également été perdue.


Diapositive2

Journée de dimanche en point de mire

La fin de semaine va être marquée par l’arrivée d’air polaire sur la Suisse, avec à la clé une baisse de températures de 7 à 8 degrés sur les régions de plaine. Mais les dernières sorties de modèles montrent que la couverture nuageuse sera encore assez importante pendant la journée de dimanche. Ce qui ne sera guère favorable à l’avènement d’un épisode de gel. Bonne nouvelle pour les agriculteurs mais la prévision doit encore être confirmée.



Philippe Jeanneret, avec le concours de Dean Gill de Météosuisse

Publié le 30 avril 2018 à 14:04




La nouvelle est loin d’être réjouissante, deux études publiées ce mois dans la revue Nature montrent que le Gulf Stream est en train de s’affaiblir. Les températures comme le régime des pluies pourraient être bouleversées en Europe mais également sur le Nord du Continent américain ou le Sahel. La portée exacte du phénomène et la rapidité des changements restent cependant à déterminer.


Appelée Amoc (circulation méridienne de renversement de l’Atlantique), la circulation des courants océaniques de l’Atlantique Nord s’articule comme un «tapis roulant» entre les eaux de surface et l’océan profond.


Cette circulation est conditionnée par la plongée des eaux de surface, sur l’Atlantique Nord. Le mécanisme s’explique par le fait les eaux ont tendance à s’évaporer et se refroidir au fur et à mesure de leur progression vers leur Nord. Leur salinité - et leur densité - ayant également tendant à augmenter, elles finissent par basculer vers l’océan profond en mer du Groenland.


Diapositive1


Cette plongée des eaux est très importante car elle provoque un « tirage » des eaux chaudes du Golfe du Mexique vers les côtes européennes. Elle permet surtout à l’Ouest du Vieux continent de bénéficier d’un climat relativement doux et humide, comparé à ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique.


Or, selon une première étude, réalisée par l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact du climat, l’Amoc aurait diminué d’environ 15%, depuis le milieu du XXème siècle. «Nous avons détecté un phénomène de refroidissement des eaux au sud du Groënland avec, en parallèle, un réchauffement inhabituel le long de la côte nord-américaine, explique une des auteurs de l’étude, Levke Caesar. C’est la signature d’un affaiblissement de ces courants océaniques.»

Diapositive3

Le phénomène serait lié au réchauffement climatique et à la fonte des glaces de l'Arctique canadien et des calottes glaciaires. L’arrivée sur l’Atlantique Nord de grandes quantités d'eau froide et non saline rendrait plus difficile les mécanismes d’échanges entre les eaux profondes et les eaux de surface, avec à la clé un ralentissement du « tapis roulant».


Même constat selon seconde étude, menée par David Thornalley de l’University College de Londres. La circulation de l’Amoc aurait subi une diminution de l’ordre de 3 millions de mètres cubes d’eau par seconde, soit l’équivalent de près de 15 rivières amazoniennes Mais contrairement à ce qui est préconisé par l’équipe de Levke Caesar, l’Amoc se serait affaiblie par des causes naturelles au début de l’ère industrielle déjà, après une relativement stable entre l’an 500 et 1850. L’intensité actuelle serait la plus faible depuis 1600 ans...


Ces divergences s’expliquent par la différence des approches: les conclusions de l’équipe de David Thornalley s’appuient sur l’analyse de carottes de sédiments prélevés au large du Cap Hatteras, en Caroline du Nord, pour reconstituer l’intensité des courants marins sur les 1600 dernières années ; de son côté, l’équipe de Levke Caesar a utilisé des modèles climatiques globaux et des mesures de l’océan en surface.


Diapositive4

« C’est quelque chose que les modèles climatiques ont prédit depuis longtemps, mais nous n’étions pas sûrs que cela se produisait vraiment », explique l’un des auteurs de l’étude, Stefan Rahmstorf, de l’Institut de recherche sur les impacts climatiques de Potsdam, en Allemagne.

« Si le système continue de faiblir, cela pourrait perturber les conditions météorologiques depuis les États-Unis et l’Europe jusqu’au Sahel, et provoquer une hausse plus rapide du niveau des mers sur la côte est des États-Unis », avertit l’Institut océanographique de Woods Hole basé aux États-Unis.


Reste à savoir à quelle vitesse les changements pourront s’opérer: « La pourrait à terme être de 40% ; un arrêt total de la circulation océanique est également envisageable selon les scénarios les plus catastrophiques : il n’y a pas de consensus sur ce sujet », explique Gilles Reverdin, chercheur au CNRS. «Si l’on perdait de 60 à 80% du transport d’eaux chaudes, par exemple, cela induirait un changement significatif, avec une boucle de rétroaction négative : le froid qui règnerait aux hautes latitudes pourrait réduire la fonte de la calotte groenlandaise. Attention, c’est très hypothétique ».


« Il y a en revanche un consensus pour dire que même s’il n’y a pas de changement climatique majeur dans l’Arctique, à nos latitudes - de 45°N à 60°N -, il y aura un refroidissement et des conséquences fortes sur le climat », poursuit-il. « Nous subirons alors des étés particulièrement chauds et secs en Europe de l’ouest. En hiver, certains modèles montrent qu’il y aura plus de vents d’ouest et de tempêtes».


Une étude qui conforte l'idée que des refroidissements régionaux peuvent se produire dans un contexte global de réchauffement...


Philippe Jeanneret avec le Magazine Nature

Publié le 23 avril 2018 à 12:11

Diapositive1


Ambiance exceptionnelle pour une fin de mois d’avril, la barre des 25°C a été franchie sur l’ensemble des stations de plaine pendant la journée de dimanche. Les températures ont même atteint 29.8°C degrés à Sion, soit la valeur la plus élevée pour un mois d’avril, depuis le début des mesures. Quels sont les ingrédients qui ont permis aux températures de prendre l’ascenseur ? Retour sur les événements.


Le retour des hautes pressions et un soleil généreux ont joué un rôle important la semaine passée mais ils n’étaient pas seuls en cause :
Malgré la présence chronique de vents de Nord-est sur le Plateau, l’arrivée d’une dépression assez vigoureuse sur le proche-Atlantique a permis aux courant de s’orienter au Sud-ouest sur l’Ouest de l’Europe, faisant remonter de l’air subtropical vers les Alpes.


Diapositive2

Lundi, les températures repassaient la barre des 20°C degrés en plaine, dès mardi, ces mêmes températures passaient également la barre des 10°C degrés vers 1500 mètres, marquant le début d’une période de temps particulièrement ensoleillé et chaud sur l’ensemble de la Suisse.

La persistance des hautes pressions, associées aux courants de Sud-ouest, a également joué un rôle. Contrairement aux épisodes précédents, le retour des hautes pressions ne s’est pas étalé sur un ou deux jours mais sur l’ensemble de la semaine. Chaque jour, les températures ont ainsi pu grimper de quelques degrés.

Diapositive3

Cerise sur le gâteau, les courants de Sud/Sud-ouest se sont renforcés pendant la journée de dimanche, faisant remonter de l’air encore plus chaud vers les Alpes. Au-delà des 28.9°C et 27,5°C degrés atteints respectivement à Sion et à Genève, l’événement a permis aux températures d’atteindre les 22.6°C degrés à la Brévine (NE) ou les 25.3°C à Fahy (JU), lesquels constituent également des records pour un mois d’avril.


On notera en passant que ce ne sont pas seulement les températures maximales qui ont connu des envolées mais également les minimales. On peut parler d’un ensemble de conditions exceptionnelles : d’après les projections de Météosuisse, avril 2018 pourrait figurer au deuxième ou au troisième rang des mois d’avril les plus chauds depuis le début des mesures.

Diapositive4


Taux d’humidité également déterminants
A l’image de ce qui se passe dans les zones désertiques, une atmosphère sèche favorise de fortes amplitudes de températures. Les faibles taux d’humidité mesurés par exemple dans la ville de Sion (17,7% vers 18h) s’est traduit par un minimum de 9,1°C et un maximum de 29,8°C, soit une amplitude de plus de 20 degrés !


Diapositive5


A l’inverse, les régions plus humides, comme les bords de lacs, ont été marquées par une amplitude moindre. A Pully, où l’humidité relative n’a pas été inférieure à 29,5%, le minimum et le maximum ont atteint respectivement 14.2°C et 24.3°C, soit une amplitude de 10 degrés seulement. On était encore loin des records pour les maximales… Mais la fin de nuit a été particulièrement douce !


Philippe Jeanneret, avec le concours de Météosuisse.

A propos

Chaque jeudi (au minimum) à 20h sur RTS Un, l'équipe météo commente une photo envoyée par les internautes. N'hésitez pas à nous envoyer des clichés de phénomènes météorologiques dont vous êtes les témoins.
Philippe Jeanneret

Accueil

Articles récents

Calendrier

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  

Catégories

Archives

Flux RSS