Les blogs | La chronique météo de Philippe Jeanneret

Publié le 23 juin 2014 à 17:19

Diapositive7La bise n’amène pas que du beau temps. Et dans certains cas, les orages peuvent même être de la partie! Le phénomène – surprenant à bien des égards - s’est produit à plusieurs reprise pendant le mois de juin. Il s’explique par la présence conjointe d’un courant de Nord-est au sol et d’une zone dépressionnaire en altitude. Peut-on pour autant parler d’un évènement hors norme? Réponse avec Lionel Fontannaz de Météosuisse.




Diapositive2Plutôt discrète en été, la bise se forme généralement entre une haute pression sur les îles britanniques et une dépression sur la Méditerranée, la force des vents étant surtout conditionnée par les différences de pressions d’un centre à l’autre. Le plus souvent, elle s’accompagne d’air froid et sec, ce qui permet au soleil de prendre le dessus. Mais elle peut parfois s’accompagner de mauvais temps. On parle alors de situation de bise noire.



Diapositive1 Plus rare que les situations de bise noire

«Les situations de bise noire sont assez rares en Suisse mais l’analyse des relevés des stations automatiques du Jura et du Plateau entre 1990 et 2013 montre que les situations de bise accompagnée d’orages le sont encore plus» explique Lionel Fontannaz, prévisioniste au Centre de Météosuisse de Genève.


«En été, plus de 90 % des situations orageuses se produisent en effet dans un courant de Sud-ouest ou dans un marais barométrique. Dans moins de 10% des cas seulement, ces situations peuvent s’accompagner de bise. En analysant les situations de bise en elles-même, près de 95% d’entre-elles s’accompagnent d’un temps sec et environ 5% peuvent donner de l’orage».


Diapositive5 Phénomène lié à l’instabilité

À l’instar des évènements du 17 juin dernier, le phénomène s’explique par la présence conjointe d’un courant de Nord-est au sol et d’une zone dépressionaire en altitude, synonyme d’air instable. Cette dernière favorise le développement de cellules orageuses l’après-midi sur les Alpes et le long du Jura. Lesquelles finissent par déborder sur le Plateau et l’arc lémanique en fin de journée. On précisera que l’orientation des vents entre 2500m et 8000m – de secteur Est/Nord-est -, joue un rôle important, empêchant les cellules de garder un caractère stationnaire sur les reliefs.

Diapositive4 «Dans des situations comme celle du 2 mai 2009, les cellules orageuses peuvent même se former sur le Plateau » poursuit Lionel Fontannaz. « L’analyse des évènements de cette journée montre le développement d’orage isolé et de lignes orageuses sur le Plateau dans l’après-midi, lesquelles se sont déplacées avec la bise vers l’arc lémanique. Ces orages ont donné des fronts de rafales proche des 75km/h, alors que pointes de bise avoisinaient déjà les 30 à 40 km/h.


Pour la petite histoire, une des cellules orageuses qui était sur la région des trois lacs s’est dégonflée en allant vers le sud, tandis que le front de rafales – invisible mais bien réel - poursuivait sa route sur le Léman. Nombre de navigateurs ont été surpris par la soudaineté des rafales, malgré l’avis de prudence qui avait été émis ce jour-là».


Diapositive3«Cela dit, la présence d’air instable en altitude, conjointement à un vent de Nord-est au sol, n’est pas en événement exceptionnel, en soi » ajoute-t-il enfin. «Ce genre de situation se produit régulièrement en automne, en hiver ou encore au printemps, lors des fameuses situations de bise noire. Mais les températures – et les contrastes thermiques - sont moins élevés qu’en période estivale, ce qui rend plus difficile le développement de cellules orageuses. Les situations de bise sont par ailleurs peu fréquentes au mois de juin, traditionnellement dominé par les courants d’Ouest. D’où la faible occurrence des situations de bises associées à des orages».


Conséquences variables d’une situation à l’autre
L’arrivée de cellules orageuses sur les zones de prédilection de la bise peut avoir des conséquences assez variables. A l’image de la situation du 2 mai 2009, avec des cellules gardant une faible extension, la bise peut soudainement se renforcer. Mais lorsque ces mêmes cellules prennent un caractère plus étendu, comme le 17 juin dernier, la bise peut tomber pendant quelques heures. Ce qui montre à quel point ces situations peuvent être capricieuses…


Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse


Publié le 16 juin 2014 à 15:07

Diapositive1 L’hiver et le printemps ont été au-dessus de la norme. Et cela n'est pas terminé! Selon les derniers calculs du Centre Européen de Reading en Angleterre (CEPMMT), la probabilité d’avoir un été plus chaud que la moyenne semble relativement élevée. Coté précipitations, les quantités pourraient être dans la norme mais l’information est à mettre au conditionnel car les indices de fiabilité sont assez bas. Analyse avec Pierre Eckert de Météosuisse



Diapositive2 La première quinzaine de juin est traditionnellement pluvieuse et fraîche en Suisse, d’où la présence de Saint-Médard dans les calendriers. Mais c’est l’inverse qui semble se produire en 2014. Certes, le début du mois a été particulièrement chaud et orageux - la bise a même fait son apparition -, mais nombre de modèles montrent que la dernière semaine du mois pourrait être dominée par un courant d’Ouest humide.


Au final, les quantités de précipitations devraient quand même être inférieures à la moyenne. Quant aux températures, les dernières sorties des modèles montrent un excédent thermique d’environ 1 degré.


Diapositive4 Pour la suite, les modèles américains du NCEP prévoient des températures et des quantités de précipitations supérieures à la norme pendant le mois de juillet et des conditions proches de la normale en août. Mais le son de cloche est différent sur les modèles du Centre européen, qui montrent un signal de temps relativement conforme à la moyenne de juin à août.

Sur l’ensemble de l’été, les températures devraient ainsi être légèrement supérieures à la moyenne sur l’Ouest de la Suisse. De fortes anomalies chaudes devraient cependant être observées sur la Méditerranée ainsi qu’à la surface de l’Atlantique, entre l’Islande et la Norvège.



Diapositive3 «Le signal de température donné par les modèles est difficile à interpréter » explique Pierre Eckert de Météosuisse. « On serait tentés de croire que le mois de juin fera pencher la balance sur l’ensemble de l’été. Mais ce genre de raisonnement n’est pas toujours exact. En pratique, un léger excédent thermique est également possible en juillet ou en août». Côté précipitations, la prudence reste de mise: «la prévision des pluies reste le point faible des modèles saisonniers. Parfois un orage apporte en 24 heures des sommes de précipitations équivalentes à un mois», poursuit-il. «Or les modèles ne peuvent prévoir longtemps à l’avance ce genre de situation».


Diapositive5Episode El Niño de plus en plus probable sur le Pacifique

L'annonce faite à la fin du mois d'avril se confirme: selon les spécialistes du National Prediction Center, la probabilité d’un épisode de type El Niño est d’environ 70% pour cet été et de 80% pour cet hiver. Entre sécheresse sur l’Australie, faible mousson en Inde ou pluies torrentielles sur les côtes pacifiques de l’Amérique centrale, l’évènement pourrait avoir de lourdes conséquences.

Abares, le Bureau australien des statistiques et des prévisions agricoles, s'attend ainsi à une perte de 12 % les récoltes du pays par rapport à la campagne 2013-2014, notamment sur la production de blé. Selon la banque Barclays, un mois de sécheresse dans le Sud-Est asiatique réduirait de 5 % pendant trois ans la production régionale de sucre. Exemple parmi d’autres. En Europe, l’impact d’un épisode El Niño reste cependant difficile à prévoir.



Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse

Publié le 13 juin 2014 à 16:33

Diapositive1 La bise sera de la partie pour la 76ème édition du Bol d’Or. Elle pourra même être assez soutenue entre Le Petit et le Grand-Lac Léman. Spectacle garanti! Mais à l’image des éditions précédentes du Bol d’Or, la décision devrait se faire sur le Haut-lac, où les airs pourraient être assez capricieux. Analyse des dernières sorties de modèles numériques, avec les spécialistes de Météosuisse.





Diapositive2 La répartition des pressions sera favorable à la bise à partir de vendredi-soir. Mais il faudra compter avec un creusement dépressionnaire en altitude, lequel amènera une légère dégradation en région lémanique pendant la journée de samedi, essentiellement sous forme de passages nuageux. En fin de journée et dans la nuit, un resserrement du gradient de pression au sol, accompagné d’une arrivée d’air froid, devrait finalement permettre à la bise de se renforcer.



Diapositive3 La plupart des modèles montrent des airs bien établis samedi-matin pour le départ de la régate : vers 10h, la force du vents devrait encore osciller entre 3 et 4 Bf et devrait progressivement passer à 4 -5 Bf dans les deux heures suivantes. La plupart des modèles montrent que des rafales à plus de 20 nœuds sont déjà possibles.

En arrivant sur le Grand-lac, les concurrents du Bol d’Or devraient rencontrer la même force de vents vers la mi-journée. Des différences pourraient cependant apparaître de parts et d’autres, avec des airs plus soutenus sur une moitié Nord du plan d’eau, jusqu’à la hauteur de Cully. Les tacticiens de bord devront choisir entre la route la plus courte (sur les rives Sud du lac) et la vitesse…


Diapositive5 Toujours vers la mi-journée, les airs devraient être plus faibles et variables en direction pour la traversée du Haut-lac. Zone sur laquelle les modèles numériques sont moins performants. Divers scénarios sont possibles, comme celui du Rebat qui pourrait temporairement ralentir la course. Mais le plus probable semble être celui d’un vent de Nord/Nord-ouest soufflant à 2-3 Bf. Le traditionnel «trou de Meillerie» pourrait encore faire parler de lui cette année, la bise ayant tendance à se soulever à proximité du massif du Grammont. On précisera que les risques de précipitations – synonymes de bascules ou de renverses - seront assez faibles en région lémanique.


Diapositive4L’après-midi, la bise devrait garder un caractère irrégulier sur le Haut-lac. Mais bénéficiant d’un meilleur gradient de pressions au sol, la bise devrait monter en puissance sur le Petit et le Grand-lac léman, les modèles montrant cette fois des rafales à plus de 25 nœuds, voire jusqu’à 33 noeuds. Bref, des conditions plus sportives qu’à l’aller et qui devraient permettre aux concurrents de revenir assez rapidement vers la Nautique. La prudence reste de mise.


Evolution à suivre dès demain-matin, en complément des sorties de modèles numériques et des prévisions spéciales que Météosuisse publiera sur son site.

Philippe Jeanneret avec le concours de Lionel Fontannaz de Météosuisse

Publié le 02 juin 2014 à 14:21

Diapositive1 Malgré un épisode assez tourmenté, entre le 27 et le 30 avril, le printemps 2014 n’a pas été très propice aux tornades sur le territoire américain. Le National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) n’a recensé que 358 évènements depuis le début de l’année, soit environ 200 de moins que la moyenne pour cette période. Un répit que les populations du Middle West apprécient à sa juste valeur mais qui laisse paradoxalement les chasseurs de tornades sur leur faim.


Diapositive4 Le printemps 2014 a été marqué par un évènement majeur, avec le passage d'un front froid sur le Centre et le Sud des Etats-Unis entre le 27 et le 30 avril. Environ 80 tornades ont été répertoriées en quatre jours seulement, deux d’entre elles étant classées en F4 sur l’échelle de Fujita. Selon un dernier bilan, les intempéries ont causé la mort de 35 personnes, soit l’un des "tornado outbreak" les plus meurtriers de ces dernières années sur le territoire américain. Voici une video montrant l'une de ces tornades F4. Elle a été tournée près de la localité de Mayflower-Vilonia en Arkansas:



 


Diapositive2 Le calme après la tempête
Depuis l'épisode de Mayflower-Vilonia, les tornades sont devenues assez discrètes, le nombre d’évènements passant de 113 en avril, à 55 pendant le mois de mai. Autre chiffre - tout aussi évocateur -, les services météo américains n’ont recensé que 2 tornades, classées respectivement en F1 et en F3 sur l’échelle de Fujita, entre le 17 et le 31 mai. Situation que l'on peut qualifier d'assez inhabituelle pour cette période de l'année.

«L’avènement d’épisodes tornadiques dépend en grande partie de la position et de la force du Jet Stream » explique Dean Gill météorologue chez Météosuisse et spécialiste des tornades. «Or ce dernier a plutôt circulé au Nord ces dernières semaines. Les régions du Middle West des Etats-Unis ont même bénéficié par moment des hautes pressions! Les remontées humides en provenance du Golfe du Mexique – qui jouent également un rôle important – ont par ailleurs été plus faibles qu’à l’accoutumée. Ce qui a considérablement réduit le potentiel pour la formation de tornades».


Les chasseurs d’orages sont ainsi restés sur leur faim ces dernières semaines, se contentant parfois de phénomènes de «Gustnadoes», comme le montrent ces images tournées le 27 mai et publiées par le site ustornadoes.com:

 


Les définitions varient d’un site à l’autre, mais selon l'American Meteorological Society, un Gustnado (de l'anglais GUST pour rafale de vent et NADO pour tornado) est comme une très faible tornade de courte durée de vie que l'on retrouve le long d'un front de rafales provenant d'un orage mais pas directement connecté à celui-ci (le tuba, - qui caractérise l’événement - n’atteint pas la base du nuage). Dans la plupart des cas, le phénomène ne peut être reconnu en tant que tel qu’une fois que les évènements se sont terminés. Ce qui ne peut qu'inciter à la prudence.


Diapositive3 Reprise possible le 3 juin.

D’après les dernières sorties de modéles, un nouvel épisode de tornades pourrait cependant se produire pendant la journée de mardi, avec le passage d’un front froid sur le Centre des Etats-Unis. Lequel devrait s’accompagner d’un puissant Jet Stream assez en altitude. «précise Dean Gill. « Tout dépendra de la manière dont le front va s’organiser pendant la journée de mardi mais il y a un fort potentiel pour la formation de tornade. L’épisode de temps calme sur le Middle Est – assez inhabituel à cette saison – pourrait ainsi connaître une interruption», précise Dean Gill.

«Les conditions sont assez particulières en ce moment» explique de son côté Greg Carbin, météorologue au Storm Prediction Center de Norman, dans l’Oklahoma. «Des tornades il y en a cette année. Mais on a l’impression que c’est tout ou rien!».


Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse

Publié le 26 mai 2014 à 15:38


Diapositive2La couverture des radars météorologiques n’a pas toujours été optimale pour Valais mais tout cela n’est plus qu’un souvenir aujourd’hui, grâce à la mise en service de la nouvelle installation de la Pointe de la Plaine Morte (2900 m) au-dessus de Sierre. Bourrée de nouvelles technologies, cette dernière a été développée en complément des radars de la Dôle, du Monte Lema et de l’Albis. Un véritable plus dans le domaine de l’observation mais également à terme dans celui de la prévision.



Diapositive3En quelques années, le réseau radar de l’office fédéral de météorologie et de climatologie s'est offert une belle cure de jouvence: des radars de 4ème génération ont été implémentés à la Dôle, au Monte Lema et à l’Albis; une nouvelle installation a été mise en service à la Plaine Morte. Un chantier a également été ouvert en 2013 au Weissfluh dans les Grisons. Un investissement de taille. D’ici à 2016, le nombre de radars en Suisse devrait ainsi être porté à cinq, ce qui permettra de couvrir de manière optimale l’ensemble du territoire.


Diapositive1 Grâce aux radars de 4ème génération, toutes les images sont maintenant générées à une cadence de 5 minutes, voire toutes les 2,5 minutes si les conditions l’exigent. La résolution spatiale passe de deux à un kilomètre. Et le balayage vertical de 12 à 18 kilomètres, ce qui constitue une amélioration décisive pour reconnaître les orages violents. Les nouveaux radars permettent également de mieux faire la distinction entre pluie, neige, grêle et grésil, mais cette application demandera encore du travail de recherche avant d’être pleinement opérationnelle.



Diapositive6La nouvelle installation de la Pointe de la Plaine Morte augmentera la qualité des données de précipitations dans les Alpes et assurera leur disponibilité à l'échelle de la Suisse si l'un des radars existants venait à tomber en panne. Elle comblera également les lacunes d’observations des radars de la Dôle, d’Albis et du Monte Lema, qui ne permettaient pas jusqu’à présent de couvrir de manière optimale le Valais (selon la hauteur du plafond nuageux, les précipitations sont parfois masquées par les reliefs).




Diapositive5Cette amélioration touchera le domaine de l’observation mais impactera également celui de la prévision, grâce à une meilleure intégration de données sur le modèle Cosmo2 de Météosuisse, qui fournit nombre de sites et d’applications mobiles en Suisse. Sur ce dernier point encore, il faudra attendre un peu, avant que des résultats ne soient obtenus, précise Pierre Eckert, directeur du Centre Météosuisse de Genève.



Diapositive7Le fonctionnement d'un radar repose sur l’effet Doppler et consiste à émettre dans l’atmosphère des impulsions de courte durée, puis à en analyser le signal de retour. Les gouttes de pluie, les flocons de neige et les grêlons réfléchissent en effet les ondes électro-magnétiques émises par le radar de manière proportionnelle à leur taille. D’où l’apparition sur les écrans de signaux, dont l’intensité est indiquée par un code de couleurs.



Les données provenant des radars suisses sont traitées sous forme de mosaïque permettant de visualiser la totalité du territoire suisse. Cette dernière inclut officiellement les données de la Pointe de la Plaine Morte depuis le 22 mai et peut être consultée sur tous les sites qui proposent les données radar de Météosuisse.


Philippe Jeanneret

Publié le 19 mai 2014 à 15:32

Diapositive1 La Bosnie et la Serbie ont été confrontées la semaine passée aux pires intempéries depuis 120 ans. Selon un bilan provisoire, les inondations provoquées par les orages et la pluie auraient fait 45 victimes, sans parler des 100'000 foyers qui ont été privés d’électricité. Un évènement peu fréquent pour ces régions à cette période de l’année et qui s’explique en grande partie par le passage de la dépression Yvette entre le 13 et le 17 mai. Analyses et commentaires avec Météosuisse.



Diapositive2 L’épisode pluvio-orageux – qui dure pratiquement une semaine – commence par l’arrivée d’un front froid sur les Balkans dans la nuit du 11 au 12 mai (pour l’anecdote, ce dernier circulait dans la journée entre la Suisse et la plaine du Pô). De premiers orages, accompagnés de pluies soutenues font leur apparition sur la Slovénie, la Croatie et la Bosnie. L’événement est d’autant plus marquant que les contrastes thermiques sont assez forts de parts et d’autres du front, atteignant une dizaine de degrés.



Diapositive3 Pendant les journée du 12 et du 13 mai, la présence d’une zone dépressionnaire associée à de l’air humide et instable est encore favorable aux orages sur les Balkans. Les pluies ne sont pas d’une intensité particulière mais les cumuls sont loin d’être néglieables, ce qui contribue à la montée du niveau des cours des eaux. Ce dernier est déjà assez élevé en raison des nombreuses pluies qui se sont abattues sur la région pendant la dernière semaine d’avril et les premiers jours de mai.



Diapositive4Toujours le 13 mai, un front froid circule dans un courant de Nord sur l’Allemagne et la Suisse. Il passe dans la nuit la barrière des Alpes, ce qui permet à la zone dépressionnaire qui se trouve sur les Balkans de se réactiver. Les pluies et les orages sont d’autant plus forts que les contrastes thermiques sont à nouveau très marqués. Les relevés au sol font état de températures atteignant par endroits 25 degrés sur la Grèce, contre 8 seulement en Bosnie. C’est énorme…



Diapositive5Du 14 au 16, les cartes météo montrent clairement la persistance de la zone dépressionaire sur les Balkans, laquelle prend officiellement le nom d’Yvette. Il s’agit en réalité d’une goutte froide (dépression isolée des courants d’Ouest) qui reste bloquée entre deux zones de hautes pressions, la première sur l’Ouest de l’Europe, la deuxième entre la Turquie et la Mer Noire. C’est le coup de grâce. Les cumuls de précipitations atteignent jusqu’à 150mm sur des tranches de 24 heures, selon les services météo serbes, avec des conséqences dramatiques sur le niveau des eaux. La zone dépressionnaire ne se résorbe que le 17 mai.



Diapositive6 «La persistance des basses pressions sur les mêmes zones a joué un rôle primordial dans les évènements de la semaine passée» explique Pierre Eckert, directeur du Centre de Météosuisse à Genève. «La présence d’un fort jet stream entre la Mer Noire et l’Adriatique a également contribué à la dynamique des évènements. Sans parler des reliefs de la Bosnie et de la Serbie qui ont été favorables aux phénomènes de soulèvement et à une intensification des pluies. On peut parler de concours dramatique de circonstances».


Pour la petite histoire, cette zone dépressionnaire a également été à l’orgine de la forte bise qui a soufflé sur le Plateau et en région lémanique entre le 15 et le 17 mai.



Philippe Jeanneret

Publié le 12 mai 2014 à 14:40

Diapositive1Saint-Mamert n’a pas failli à sa réputation le week-end dernier,les températures ont chuté d’une dizaine de degrés en 24 heures. Un changement qui s’est accompagné de vents à près de 103 km/h sur les crêtes du Jura. En plaine, Aigle, le Bouveret et Oron ont respectivement enregistré des rafales à 90, 98 et 104 km/h, ce qui n'est pas anodin. Par quels mécanismes les Saints de Glace sont-ils parvenus à nous décoiffer? Retour sur les évènements.




Diapositive2 L’allure générale des courants a joué un rôle important pendant la journée de dimanche.
Les vents d’ouest atteignaient en moyenne les 40 à 60 km/h vers 1500 mètres, 60 à 80 km/h vers 5500 mètres et plus de 180 km/h vers 9000 mètres, attestant de la présence d’un puissant jet stream en altitude. Le tout s’accompagnant d’un afflux d’air froid et de fortes différences de pressions de parts et d’autres. On peut parler de concours de circonstances.




Diapositive3 En fin de matinée, le développement de belles éclaircies a permis au vent d’altitude de s’établir du Léman jusqu’au lac de Constance. Vers midi, les vents moyens atteignaient ainsi les 30-40 km/h en moyenne entre Genève et le Bouveret. Même force à peu de choses près sur la région des Trois Lacs. On précisera que les variations locales de pressions – en particulier sur l’Ouest de la Suisse – ont également contribué au phénomène.


Mais au même moment de l’air froid et instable - qui circulait dans le courant d’Ouest - a provoqué la formation d’une zone pluvio-orageuse sur le Centre de la France. Bien organisée, cette dernière s’est rapidement dépacée vers la Suisse et a atteint les crêtes du Jura entre 15h et 15h30. D’où le retour des nuages et de la pluie mais également l’avènement de forts coups de vents.

Diapositive4 Le passage de la zone pluvio-orageuse sur la Suisse a été précédée par de premiers renforts mais c’est surtout l’arrivée d’air froid sur les crêtes du Jura qui a permis au vent de se renforcer. Le phénomène s’est en effet accompagné de fortes variations de pressions de parts et d’autres. Comme le montre les graphiques de mesures de la station de Changins (VD), baisses de températures, hausses locales de pressions et forts vents sont allés de pair. Signature classique du passage d’un front froid.


L’intensité des vents a été assez variables de parts et d’autres. Sur les régions de plaine situées le long du Jura, les rafales atteignaient en moyenne les 60 à 70 km/h. La station d’Oron – située à 827m et plus exposée aux vents – a enregistré une pointe à 104 km/h.
Ces valeurs n’ont rien d’exceptionnel dans nos régions mais elles illustrent bien le potentiel des vents au passage d'un front froid.


Diapositive6 Le Haut-lac léman et la vallée du Rhône n’ont pas été épargnés non plus, avec des rafales à plus de 90 km/h. Cette particularité s’explique par le resserrement des reliefs à partir du Bouveret (effet de Venturi) mais également par les différences de pressions entre Pully et Sion. Lesquelles ont atteint 4,7 hectoPascals à 16h50, ce qui peut être considéré comme une valeur particulièrement élevée.


Pour la petite histoire ces mêmes différence de pression sont également à l’origine des situations de foehn et des célèbres coups de Vaudaire qui viennent parfois balayer les eaux du Haut-lac Léman.


Philippe Jeanneret avec le concours d’Annick Haldimann de Météosuisse


Publié le 05 mai 2014 à 15:04

Diapositive1Fidèles à la tradition des Saints de Glace, la bise et la fraicheur nous ont ramené à l’ordre dimanche passé, les coureurs du Marathon de Genève ne sont pas près de l’oublier. Et les gels - toujours redoutés par les agriculteurs -, pourront encore se manifester ces prochains jours.

Certes, le mois de mai peut nous réserver des surprises mais les dernières sorties de modèles nous montrent que le printemps 2014 devrait malgré tout être plus doux que la normale. Explications avec les spécialistes de Météosuisse.



Diapositive2L’hiver 2013-2014 a été l’un des plus chauds en Suisse depuis le début des mesures. Tendance qui s’est confirmée pendant les mois de mars et d'avril: selon les derniers bilans de Météosuisse, le mois de mars s’est caractérisé par un excédent thermique de 2 degrés par rapport à la norme 1981-2010 (grâce à 2 semaines de beau temps, l'ensoleillement a également été supérieur à la normale); de son côté, le mois d’avril a été marqué par des températures entre 2,2 et 2,7 degrés au-dessus de la moyenne sur l’ensemble de la Suisse, malgré le retour du froid pendant le week-end de Pâques.


Diapositive3 Cet excédent thermique s’explique par une alternance de périodes de hautes pressions et de situations de courants d’Ouest. Fidèles à leur habitude, ces derniers ont entraîné de l’air océanique relativement doux vers la Suisse. Ainsi, la bise s’est montrée assez discrète dans l’ensemble, malgré quelques intrusions, même constat pour les courants de Nord-ouest et le Joran. Ce qui tranche de manière singulière avec les situations de gouttes froides et de temps pourri qui ont prévalu pendant le printemps 2013.


Diapositive4 Mais la tradition des Saints de Glace – qui tirent leur révérence le 25 mai avec Saint Urbain - n’est pas un hasard. Les courants de Nord s’installent encore assez volontiers sur le Plateau à cette période de l’année, notamment lorsque des dépressions se centrent sur le golfe de Gênes ou l’Adriatique. Quant aux nuits claires, elles restent propices à l’avènement de gels matinaux. Saint Mamert, Saint Pancrace et autres Saint Servais arrivent à faire parler d’eux pratiquement chaque année…


Diapositive5D’après les dernières sorties de modèles, la pratique devrait confirmer la théorie. La semaine en cours devrait se caractériser par un temps d’Ouest changeant et relativement doux pour la saison. Pour la semaine prochaine, c’est une autre histoire, les hautes pressions pourraient faire une nouvelle incursion sur la Suisse à partir de mercredi, situation qui pourrait s’accompagner d’un courant de Nord synonyme de baisse de température pour l’Est du pays. Sur l’Ouest, les changements de masse d’air devraient être moins marqués mais des nuits claires et de gels nocturnes seront encore d’actualité. Quand Monsieur Jardinier nous conseille d’attendre la fin du mois pour planter nos tomates, ce n’est pas sans fondements.


Pour la dernière décade du mois, ces mêmes modèles ne montrent pas de tendance particulière, difficile de faire une prévision. Mais à défaut d’un signal clair de températures au-dessous de la norme, le scénario selon lequel le printemps 2014 sera plus doux que la norme semble le plus probable.


Les Saints de Glace ne manqueront pas leur rendez-vous en 2014 mais au final, la douceur devrait avoir le dernier mot…


Philippe Jeanneret avec le concours de Lionel Fontannaz de Météosuisse

Publié le 23 avril 2014 à 15:26

Diapositive1 Le phénomène El Niño ne s’est pas beaucoup manifesté pendant les cinq dernières années mais il pourrait refaire parler de lui cet été, selon les experts de l’Organisation Météorologique Mondiale. Des anomalies de températures ont été relevées sur le Pacifique équatorial ces dernières semaines, laissant présager l’avènement d’aléas climatiques à l’échelle mondiale. L’intensité du phénomène reste cependant difficile à évaluer.



Diapositive3El Niño se caractérise par un fort réchauffement des eaux de surface sur le Centre-Est du Pacifique équatorial. Il s'accompagne de perturbations météorologiques de grande ampleur un peu partout dans le monde. Il peut par exemple se manifester par des périodes de sécheresses en Australie, des incendies de forêt en Indonésie, des pluies diluviennes sur le Pérou. Il peut également être à l’origine d’hivers particulièrement doux sur le Canada occidental et influencer le régime de la mousson en Inde. Son impact sur l’économie est généralement élevé.


Diapositive2 Depuis le deuxième trimestre de 2012, aucune anomalie significative ne s’est manifestée sur le Pacifique équatorial, au chapitre des températures, celui des pressions à la surface de l’océan ou celui des conditions atmosphériques. On peut parler de conditions généralement neutres.


Mais depuis février, deux épisodes de forts vents d'ouest ont été observés, associés à un affaiblissement général des alizés dans le Pacifique tropical. D’où un réchauffement considérable des eaux sous la surface dans le Pacifique central, ce que les spécialistes considèrent comme un élément précurseur d'El Niño. Selon ces derniers, il n'est pas certain que cette situation conduira à un épisode de ce type, mais plus ces anomalies dureront, plus la probabilité d'un El Niño sera forte.


Diapositive4 «Selon les dernières sorties de modèles, le déclenchement d'un épisode El Niño paraît assez probable, surtout à la fin du deuxième trimestre de 2014» est-il indiqué dans un récent bulletin, établi à partir de données fournies par des spécialistes du climat du monde entier. «Pour la période juin-août, près des deux tiers des modèles prévoient que les valeurs seuils correspondant à El Niño seront atteintes, tandis que les modèles restants prédisent la persistance de conditions neutres. Seuls quelques modèles prévoient un déclenchement rapide d'El Niño, en mai par exemple. Aucun modèle ne suggère d'épisode La Niña en 2014».


L’annonce du retour d’El Niño est une mauvaise nouvelle pour de nombreuses régions du monde. Mais certaines d’entre-elles pourraient bénéficier de retombées positives. L’activité cyclonique devrait ainsi diminuer sur l’Atlantique équatorial, en particulier sur les Caraïbes. Après une longue période de séchéresse associée à une faible production céréalière, le Sud-ouest des Etats-Unis pourrait quant à lui connaître un renversement de situation avec le retour des pluies. Exemples parmi d’autres.

Diapositive6 «El Niño et La Niña font partie des principales causes de la variabilité naturelle de notre climat. Si une anomalie El Niño se développe – il est encore trop tôt pour l'affirmer avec certitude – elle influencera les températures et les précipitations et contribuera à la survenue de sécheresses ou de précipitations abondantes dans différentes régions du monde» a déclaré Michel Jarraud, le Secrétaire général de l’OMM.

«El Niño a par ailleurs un effet de réchauffement important sur la moyenne mondiale des températures, comme nous l'avons observé lors de l'épisode prononcé de 1998. Seules deux des quinze dernières années ont été marquées par El Niño et pourtant elles ont toutes été plus chaudes que la moyenne. Le réchauffement naturel qu'occasionne un épisode El Niño associé au réchauffement d'origine humaine dû aux gaz à effet de serre peut entraîner une augmentation spectaculaire de la moyenne mondiale des températures» a-t-il ajouté.


Les liens entre le réchauffement climatique et El Niño fait actuellement l’objet de nombreux travaux scientifiques. Une étude récente, conduite par M. Lengaigne et publiée dans Nature Climate Change, suggère par ailleurs que les épisodes les plus intenses pourraient être deux fois plus fréquents dans le siècle en cours. Ce point fait cependant encore l’objet de discussions.


Philippe Jeanneret avec le concours de l’OMM

Publié le 14 avril 2014 à 12:57

Diapositive1 Le retour du printemps marque la fin de l’extension hivernale de la banquise au Pôle Nord. Selon les derniers bilans fournis par le National Snow and Ice Data Center (NSIDC) américain, cette dernière a atteint 14,91 millions de km2 cet hiver, soit la cinquième mesure la plus basse depuis le début des observations satellite, en 1979. A l'inverse, la banquise de l'Antarctique, qui ne montrait aucune tendance claire durant les années 1980 et 2000, affiche des records d'extension depuis trois ans, malgré la hausse des températures. Le paradoxe est saisissant:


Diapositive2 Après le record de rétractation atteint en septembre 2012, avec 3,41 millions de kilomètres carrés, l’état de santé de la banquise arctique s’est amélioré en 2013. Les mesures effectuées par satellite ce printemps confortent cette tendance.


Selon les dernières projections des modèles, la déperdition des glaces pluriannuelles devrait se poursuivre sur le long terme, le processus semble inéluctable. Depuis les années 60, la température moyenne de l’Arctique s’est élevée de 3,6 degrés, selon le NSIDC, soit deux fois plus qu’aux latitudes moyennes. Sans parler de la ville de Barrow, au nord de l'Alaska, où les températures minimales ont été supérieures ou égales au zéro degré pendant 86 jours consécutifs, ce qui n’était jamais arrivé depuis le début des mesures.


Diapositive4 Au delà des hausses de températures, le démantèlement des glaces s’explique en grande partie par les variations d’albédo: les eaux sombres non recouvertes de glace de l’océan Arctique absorbent la lumière solaire, alors que les étendues blanches qui recouvrent la banquise ont tendance à les réfléchir. Plus la banquise se réduit, plus l’océan Arctique se réchauffe, accélérant ainsi la fonte du reste de la banquise et ainsi de suite. On peut parler de rétroaction positive.



Diapositive6De l’autre côté du globe, la banquise de l'Antarctique, qui n’a montré aucune tendance claire durant les années 1980 et 2000, affiche des records d'extension depuis trois ans. Le 23 février 2014, les étendues de glaces de mer ont atteint leur point le plus bas de l’année, avec 3,54 millions de kilomètres carrés, soit la quatrième extension la plus forte depuis le début des mesures par satellite. (Il ne faut pas confondre ces évolutions des glaces de mer avec celles des calottes polaires, formées à partir des chûtes de neige).



Diapositive5 Cette hausse est rassurante (pour rappel une fonte totale des glaces du Pôle Sud provoquerait une élévation du niveau de la mer de l’ordre de 60 mètres). Mais il ne faut pas s’y tromper, comme le montre ce graphique à gauche, l'Antarctique s'est également réchauffée depuis les années 60. La hausse des températures a même été plus forte qu’aux latitudes tempérées de l'hémisphère sud. Il ne s’agit donc pas d’un refroidissement ou d’une «pause du réchauffement» mais d’une réaction spécifique de l’Antarctique, face au réchauffement.


Cette différence entre les Pôles s’explique d’abord par la présence conjointe de glaces de mer et de calottes continentales en Antarctique. La déperdition des glaces de mer est par ailleurs compensée par un surplus de chutes de neige sur les calottes continentales.
La présence de vastes étendues océaniques – alors que l’Arctique est entouré de plaques continentales – joue également un rôle, tout comme les vents et la circulation des courants marins. D’où un ensemble complexe d’interactions favorables à une augmentation de la masse des glaces. Par opposition au Pôle Nord, on peut parler de rétroaction négative.


Diapositive7 On précisera que cette augmentation de la masse des glaces ne compense pas les déperditions enregistrées en Arctique. Une étude publiée le 12 janvier dans Nature Climate Change, réalisée par les glaciologues du Laboratoire de Glaciologie et de géophysique de l'environnement de Grenoble, montre par ailleurs que les glaciers en Antarctique contribuent malgré tout à l’élévation du niveau marin. L’un des principaux glaciers de l’Antarctique de l’Ouest, situé sur l’ìle de Pin, pourrait déverser dans l’océan jusqu’à 120 milliards de tonnes de glace par an. Et permettre au niveau global marin de l’élever de 3,5 à 10 millimètres dans les 20 prochaines années. Ce qui montre bien la complexité du phénomène...



Philippe Jeanneret avec le concours du NOAA et du NSIDC


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