Publié le 20 décembre 2007 à
11:10
Ils sont partis du jour au lendemain laissant derrière eux leur maison et toute une vie. Ancien policier et cadre du parti Baas, ce père de famille, réfugié avec femme et enfants dans le centre de requérant de Couvet, dans le Val-de-Travers, ne souhaite pas s’exprimer à visage découvert. La crainte de représailles, le traumatisme des violences endurées à Bagdad. « En partant le matin en ville, je ne savais pas si j’allais revoir ma famille le soir, en rentrant. Au prétexte d’imposer et d’établir la démocratie dans notre pays, les Américains ont détruit l’Irak. Il n’y a plus d’avenir là-bas ».
Sacrifiant toutes leurs économies, cette famille rétribue un passeur vingt-cinq mille dollars pour quitter l’Irak, en janvier 2007. Trois semaines de route, en voiture, parfois à pied, dans les montagnes d’Anatolie. Un parcours qui les mène à Damas, en Syrie, un passage clandestin en Turquie, ils arrivent miraculeusement Istanbul où ils parviennent à prendre un avion pour Genève. Au bénéfice d’une admission provisoire, cette famille obtiendra peut-être l’asile. La Confédération, qui accueille 5000 réfugiés irakiens, n’envisage pas pour l’instant de renvois en Irak.
La Jordanie compte déjà une imposante communauté de réfugiés
Palestiniens. Face à l’ampleur de l’exode, le royaume jordanien se
montre de plus en plus restrictif avec les Irakiens. Près d’un million
se sont installés à Amman depuis la chute du régime irakien. La
population de la capitale a doublé en moins de cinq ans.
Visionnez la vidéo: Témoignage d'une famille irakienne réfugiée à Couvet (NE): 23 février 2007
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Publié le 19 décembre 2007 à
15:45
La vie
de cette fillette de 9 ans a basculé dans un marché de Bagdad, où son père est
mort sous yeux, sa jambe droite gravement mutilée par une bombe. C'est son
oncle qui s'occupe désormais d’elle, à Amman, en Jordanie. Plusieurs centaines
de blessés sont soignés dans ce centre médical du Croissant rouge jordanien car
intervenir directement sur place auprès des victimes du conflit est devenu
impossible. « D'un niveau très élevés
avant la guerre, les hôpitaux irakiens manquent aujourd’hui de tout »,
explique Laurent Daumas, un chirurgien français qui enchaîne chaque jour une
dizaine d’opérations.
Des milliers de petites vies brisées et des récits effroyables
en provenance d'Irak où l'on s'entretue jusque dans les hôpitaux, des
exécutions sommaires jusque dans le bloc opératoire, rapportent plusieurs
humanitaires, comme Nada Doumani, déléguée CICR, elle se rend régulièrement en
Irak où la violence a atteint des sommets. «Ce
qui est extrêmement choquant c'est de voir qu'on ne tue pas seulement, on va
au-delà dans une forme de barbarie, de sauvagerie, on a des têtes coupées, des
mutilations de corps, une sophistication de la violence».
Ali a
perdu ses deux jambes lors d’un attentat, dans le grand bazar de Bassora
(Irak). Orphelin, il est soigné dans un hôpital d’Amman. Le croissant rouge
jordanien, de concert avec Médecins Sans Frontières (MSF), ont organisé un pont
sanitaire avec l’Irak où il est désormais trop dangereux de se rendre.
Visionnez la vidéo: Jordanie: les hôpitaux sont submergés par les blessés irakiens: 11 avril 2007
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Publié le 19 décembre 2007 à
15:43
un exode comme le
monde n'en a pas connu depuis cinquante ans. Quatre millions de réfugiés et de personnes déplacées. En avril
dernier, le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) convoque à Genève une réunion
d’urgence et lance un appel à la
communauté internationale pour qu’elle ouvre ses portes et s'engage à protéger
les réfugiés et à ne pas les renvoyer en Irak. L’exode irakien constitue la pire catastrophe humanitaire au
Proche-Orient depuis 1948. «La
dimension humanitaire de cette crise ne peut plus être ignorée. Des millions
d'Irakiens nous regardent aujourd'hui dans les yeux. Leurs besoins sont
évidents, tout comme l'impératif moral de leur venir en aide »,
déclare d’entrée Antonio Guterres, Haut commissaire de l’Onu aux Réfugiés.
Chaque
jour 2000 Irakiens quittent leur pays où la situation se détériore et où les
violences, plusieurs centaines de victimes chaque semaine, prennent une tournure
inquiétante, comme le relève Angelo Gnaedinger, directeur
général Comité international de la Croix-Rouge. «Les bombes, les attentats suicides, les tirs, les enlèvements, les
meurtres la détérioration de la vie publique et les déplacements forcés sont
devenus la réalité quotidienne pour des millions d'Irakiens.» L’appel du HCR n’aura pas été
entendu à Berne. Micheline Calmy-Rey souhaitait accueillir 500 réfugiés de
plus, les cas les plus dramatiques. Le Conseil fédéral en décidera autrement :
la Suisse, a-t-il dit, est suffisamment généreuse et veut privilégier l’aide
directe sur place. Notre pays accueille actuellement 5000 réfugiés irakiens. Malgré les appels
répétés du Haut commissariat aux réfugiés (HCR), la communauté internationale
apparaît inflexible. Directement impliqués dans cette crise humanitaire, les Etats-Unis
accueillent les réfugiés irakiens au compte-goutte, l’Union européenne se
montre frileuse alors que la Suisse a définitivement fermé ses portes aux
oubliés du conflit irakien. La Suède fait figure d’exception (80’000 réfugiés
arrivés depuis 2003).
Beaucoup de réfugiés irakiens arrivent en Syrie,
ici à Damas, entassés dans des logements de fortune dont les prix ne cessent de
grimper. Avec un statut d'invités, ils n'ont pas le droit de travailler. La
plupart ont épuisé toutes leurs économies et sont sans ressources. Le couvent
catholique du grand quartier chrétien de Damas leur vient en aide en
distribuant chaque jour un repas à deux cents familles.
Visionnez la vidéo: Les réfugiés irakiens arrivent en grand nombre à Damas (Syrie): 10 avril 2007
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Publié le 19 décembre 2007 à
15:39
Arrivée à Damas il
y a quelques mois avec mille dollars en poche, Iman Katar a épuisé toutes ses
économies et survit seule avec son fils dans le grand quartier irakien de
Damas. Elle enseignait l’histoire de l’art
et l’anglais dans un lycée de Bagdad. Elle a quitté le pays deux jours après
que sa vie a basculé dans l’horreur. «On s'est fait menacé plusieurs fois. Des menaces de mort placardées
sur notre porte ou glissées dans la boîte aux lettres. Mon mari et moi avons décidé
de changer de quartier, on a connu de nouvelles menaces, et puis un jour, ils
l'ont attendu à la sortie du travail, et l'ont abattu à bout portant. Cet
Irak-là a détruit ma vie ».
Un
Irak qui s'est reconstitué aux portes de Damas. Une ville dans la ville, cent
mille habitants à ses origines, six fois plus aujourd'hui dont une majorité
d'Irakiens. Au nom de la solidarité arabe et de l’intérêt avoué de Damas à se
poser en acteur clé de la crise irakienne, la Syrie réserve un bon accueil à
ces réfugiés. Les petits Irakiens fréquentent les écoles publiques. Les mutilés
de guerre fréquentent les hôpitaux de la capitale ou le dispensaire médical du
couvent catholique du grand quartier chrétien de Damas où Sœur Eliane s’alarme
de l’explosion des cas de cancers chez les populations réfugiées. Certains
orphelins ont trouvé des familles d’accueil. Une attitude qui va de soit pour
beaucoup de Syriens quand bien même les premières conséquences sociales et
économiques se font ressentir.«Les prix des loyers ont doublé en une année, les Irakiens sont prêts à
payer très cher pour se loger», explique ce commerçant syrien du quartier
irakien. «Les spéculateurs en profitent, ils
ont fait flamber les loyers. Certains Syriens ne peuvent plus payer et doivent
quitter le quartier». Damas vit au rythme des arrivées incessantes d’autocars
en provenance de Bagdad. Les premiers réfugiés arrivés en Syrie avaient de l'argent, ce sont
désormais les pauvres qui affluent.
Iman
Katar vit seule avec son fils de treize ans dans le quartier irakien de Damas.
Son mari a été exécuté à bout portant dans la rue, devant leur domicile de
Bagdad, en raison de son appartenance religieuse. Lorsqu’elle fait ses courses,
elle évite le quartier sunnite. Les violences et les haines inter-communautaires
se sont exportées jusqu’en Syrie, le pays qui accueille le plus de réfugiés
irakiens.
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Publié le 19 décembre 2007 à
15:33
Chahin
veut se battre. Il veut sortir sa famille de là. Quitter au plus vite ce camp
planté au milieu du désert, balayé par les vents et la terreur. Des routiers
irakiens livrant des vivres à l’armée américaine sont assassinés. Décapités. Al
Karama est un « no man’s land » fréquenté par les GI’S, les petits
trafiquants. Des réfugiés désespérés rêvant de rejoindre l’Europe pour trouver
un travail, retrouver des proches. « Mon
frère habite en Suède, j'aimerais tellement le rejoindre, mais on est coincé
ici depuis des mois. Les Jordaniens ne veulent pas de nous et pas question de
rentrer en Irak, trop dangereux pour nos enfants, dans un pays qui est devenu
un champs de ruine où règne la mort et la désolation ».
D'autres Irakiens ont eu plus de chance, ils parviennent à
franchir la frontière, empruntant la route de Damas, en Syrie, où le flot de
réfugiés est ininterrompu. Ces commerçants « bagdadis »
ont tous laissé derrière eux, partis du jour au lendemain. «Notre famille a été victime de racket, menacé de mort, notre famille
a été rackettée par des gens armés parfois proches du gouvernement. Mon frère a
été enlevé, on ne sait pas où il se trouve, l'autre a été tué. Bagdad est
devenu un champ de ruines aux mains des maffias et des milices
religieuses ». Ils sont des milliers à arriver chaque jour. La Syrie
les considère comme des invités, ils n'ont donc pas le statut de réfugiés.
Survivre sans travail, c'est l'impasse dans laquelle se trouvent des dizaines
de milliers d'Irakiens en Syrie. Sans perspective de retour, sans argent, ils
sont aujourd'hui près de deux millions et leur nombre augmente de jour en jour.
Cette
femme et ses trois enfants vivent dans des conditions dramatiques dans le camp
de réfugié d’Al Karama, en Irak. La Jordanie a fermé ses frontières à ces
réfugiés kurdes d’origine iranienne. Devenus apatrides, ils ne peuvent
retourner en Irak, où ils ont été accueillis comme réfugiés sous le règne de
Saddam Hussein et où ils sont désormais indésirables, en danger de mort. Une
impasse administrative kafkaïenne pour ces deux cents familles dont la survie
dépend du CICR qui leur apporte soutien et assistance médicale
Visionnez la vidéo: Irak: la violence jette de nombreux réfugiés sur les routes: 9 avril 2007
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Publié le 30 novembre 2007 à
16:46
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Publié le 16 juillet 2007 à
15:22
Souvent présentée comme une guerre ethno-raciale entre Noirs musulmans et Arabes musulmans, entre cultivateurs et nomades, la crise du Darfour, qui s’exporte désormais au Tchad voisin, comporte de multiples causes.
Une nouvelle tragédie africaine, expression dramatique de guerres tribales nourries à la mamelle de la misère, du sous-développement chronique, de la raréfaction des ressources, sous l'effet conjugué de l'explosion démographique et du réchauffement climatique. A cela s'ajoutent de profonds déséquilibres régionaux, des enjeux de pouvoir et de frontière ainsi que des intérêts économiques et pétroliers.
La situation au Tchad est devenue véritablement préoccupante. Une confusion totale règne à l’Est du pays, dans les régions frontalières du Soudan, où paysans et réfugiés subissent les affres de conflits autant meurtriers que complexes. Une contagion courante en Afrique où les conflits franchissent les frontières, déstabilisant des régions entières. Les milices janjaweed et des mouvements rebelles armés aux contours plus nébuleux sont en train de reproduire ce qu’ils ont perpétré au Darfour oriental depuis 2003: tuer des civils, violer des femmes, incendier des villages, voler du bétail.
Des dizaines de milliers de personnes sont désormais déplacées à l’intérieur de cette région frontalière. Des populations meutries vivant dans la plus grande précarité et insécurité.
Crise politique
Sur le plan intérieur, le président tchadien, Idriss Déby Itno, se trouve confronté à la plus grande crise politique depuis son accession au pouvoir, il y a quinze ans. Il succédait alors au sanguinaire Hissène Habré, surnommé le « Pinochet africain » pour avoir éliminé 40'000 opposants.
Son pouvoir est fragilisé par les divisions de l’armée et une réélection contestée, en mai 2006. L'opposition dénonce une mascarade électorale et plébiscitaire, après une modification de la Constitution. De plus, de très vives critiques sont formulées quant à la redistribution de la manne pétrolière, l’un des grands potentiels économiques pour ce pays parmi les plus pauvres d’Afrique.
Enfin, l’homme vient de vivre un drame personnel, début juillet, avec la disparition de son fils. Ce fils, en qui il voyait un potentiel successeur, a été retouvé assassiné dans des circonstances troubles dans une banlieue chic de Paris.
Embrasement de la région
La région des Trois frontières s’embrase désormais. Le Tchad, qui n’a pratiquement pas connu de stabilité politique depuis son accès à l’indépendance en 1960, vit des tensions incessantes avec son voisin, le Soudan. En avril 2006, une offensive de rebelles armés vers la capitale N’Djamena avait été repoussée in extremis grâce à l’appui de l’armée française.
La récente rencontre à Khartoum entre les deux présidents a certes marqué une volonté d’apaisement. Mais Omar El-Béchir et Idriss Déby s’accusent toujours mutuellement de soutenir les mouvements rebelles du Darfour et de l’Est du Tchad, en dépit d’un accord conclu l’an dernier, à Tripoli, en Libye.
La région demeure fragile, électrique, avec des frontières aux contours flous et incandescents. Beaucoup en appellent une nouvelle fois à la communauté internationale et demandent le déploiement d'une force de paix régionale pour aller au-delà d’une intervention humanitaire forcément limitée dans son influence et son action. Une intervention pour s’attaquer enfin aux problèmes de fonds, à cette misère qui continue à gangrener l’Afrique et à produire des conflits oubliés du monde. Des tragédies orchestrées dans l'indifférence générale et médiatisé le temps d’une visite, quand un French doctor devenu ministre, prend un enfant dans ses bras, et en appelle, quand il déjà trop tard, à l’ingérence politique.
Olivier Kohler
Le dossier spécial sur le Darfour
(crédit photo: 1 et 2 © Reuters, 3 © Keystone)
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Publié le 11 juillet 2007 à
11:38
Sabila a la pudeur et le regard évanescent des femmes qui ont enfoui au fond d’elles des océans de secrets et d’horreurs. L’épreuve de retourner dans son village de Marena a été difficile. Elle ne l’avait plus vu depuis qu’il a été incendié et pillé par des rebelles armés. C’était le 31 mars 2007. Le jour était à peine levé, quand plusieurs dizaines de villageois ont été sommairement exécutés, surpris au petit matin, juste avant la prière. «Ils sont arrivés à cinq heures du matin, ils venaient de partout, avec des chevaux, des pick-up. Ils tiraient à l’aveugle, incendiaient les maisons. Ils ont tout détruit sur leur passage», raconte Sabila. «Je me suis enfui à pied, mes deux enfants dans les bras et me suis engouffrée dans la forêt. J’y suis restée cachée plusieurs heures, immobile.»
Quand les délégués du CICR de Goz Beïda découvrent l’horreur, ils évacuent aussitôt des blessés par dizaines vers des hôpitaux de campagne, protègent et mettent à l’abri des civils, réfugiés depuis dans l’un des trois camps de déplacés de Habile. Beaucoup savait la zone sensible, avec des incursions probables de milices rebelles dans cette frontière poreuse devenue celle de tous les dangers, sans pouvoir encore imaginer une contagion si fulgurante des violences dans le Tchad oriental.
«On ne sait pas vraiment qui nous a attaqué…»
Avec ses deux enfants, Sabila a marché des heures, dans la torpeur de Goz Beïda, sans eau, sans nourriture. Sans savoir encore que son mari, son frère et son père avaient été tués, au bord de la rivière… Le cheik du village nous montre l’endroit précis où ils ont été exécutés. A la lisière de la forêt. «Certains ont agonisé des heures, blessé par balles, et sont mort seuls, non loin du village, dans la forêt… On avait échappé à cinq tentatives d’attaques, on l’avait signalé aux autorités, on avait prévenu du danger, ils n’ont rien fait pour nous protéger.»
Sabila veut retourner une fois encore vers sa maison. Un grand cercle concentrique de cendres. Un sommier carbonisé, le métal tordu par les flammes, une amphore brisée, un morceau d’assiette, une sandalette abandonnée dans la précipitation, celle de sa fillette de cinq ans. Sabila emporte avec elle quelques ustensiles de cuisine posés à même le sol, avant de retourner dans le camp de Habile où elle se sent plus en sécurité. «On ne sait pas vraiment qui nous a attaqué. Des "Janjawids", ces milices arabes, mais peut-être aussi des gens de la région, des milices armées. Nous avons maintenant peur, impensable de retourner un jour dans notre village».
Livrée aux incursions de milices armées, cette région aux frontières poreuses et incandescentes est devenue un terrain d’opération prioritaire pour les humanitaires. Pour protéger et porter assistance à la population, le CICR a concentré son aide le long de cette frontière qui sépare le Darfour avec l'Est du Tchad. Une région dans laquelle plusieurs organisations ont du suspendre leurs opérations pour des raisons de sécurité.
Olivier Kohler
Voir le reportage du 9 juillet 2007, 19:30 Le Journal
Le dossier spécial sur le Darfour
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Publié le 10 juillet 2007 à
16:47
Au Tchad Oriental, les humanitaires se sont engagés dans une course contre la montre. Il faut acheminer de toute urgence des biens de première nécessité avant le début de la saison des pluies. Une période synonyme de routes impraticables, de villages coupés du monde, de populations déplacées et démunies, souffrant de malnutrition et victimes d'attaques. Des missions périlleuses car les convoyeurs risquent leur vie dans cette région frontalière du Darfour, livrée aux milices armées et aux coupeurs de route.
«Nous avons été agressés, à la tombée de la nuit», raconte Mahmoud Adjelai, chauffeur poids-lourd, un routier habitué aux missions difficiles. «Si vous résistez, ils peuvent vous tuer». Ce que redoutent le plus les routiers, outre les attaques, ce sont les pannes fréquentes sur ces camions datant des années soixante. A cela s'ajoute le risque de rester immobilisé dans un "wadi", ces cours d’eau le plus souvent asséchés mais pouvant soudainement charrier de grandes quantités d’eau et de boue lors de pluies violentes. «On peut perdre des camions et des hommes, être surpris par un wadi, les courants peuvent être d’une violence inouïe.»
Parti de Goz Beïda, ce convoi de la peur achemine 380 tonnes d'aide humanitaire dans des conditions difficiles. Le salaire de la peur pour ces dix-neuf chauffeurs. Une paie de misère mais qui permet de nourrir un entourage très élargi. Certains comme Mahmoud connaissent le continent comme leur poche, de véritables nomades de la route, empruntant les plus grands axes africains… le Cameroun, le Mali, la Libye, l’Algérie.
Le convoi est mené de main de maître par Alain Porchet, délégué CICR, un homme de terrain coutumier des zones de conflit: la Bosnie-Herzégovine au plus fort du siège des forces serbes, le Sri Lanka et plus récemment le Darfour où il vient de passer dix-huit mois. «Je suis le dernier maillon de la chaîne, celui qui peut prendre la mesure des besoins et d’avoir la satisfaction de voir les choses se concrétiser, sur le terrain, pour venir en aide aux populations», confie celui qui a la responsabilité de mener à bon port les camions, d’activer aussi tous les relais locaux pour maximiser la sécurité. 
L’arrivée du convoi à Ade constitue une bouffée d’oxygène pour les populations. La nourriture manque et la saison des pluies les met théoriquement hors de portée durant les deux prochains mois de potentiels agresseurs. Des personnes déplacées vivant dans la hantise de nouvelles violences, soit parce qu'elles ont été victimes d'attaques, soit qu’elles aient décidé de fuir leur village à titre préventif, redoutant de subir le même sort que leurs voisins.
«La situation dans les camps de déplacés de l'Est du Tchad se situe bien au-dessus des seuils d'urgence», explique Johanne Sekkenes, coordinatrice de Médecins sans frontières (MSF) dans le village de Kou Kou, non loin de Goz Beïda.
Selon plusieurs organisations humanitaires, les taux de malnutrition et de mortalité atteignent des niveaux alarmants chez les enfants parmi les 170'000 civils tchadiens déplacés. Sans compter les dizaines de milliers de réfugiés soudanais stationnés depuis plusieurs années dans cette région en voie de désertification, où désormais près d'un demi-million de personnes dépendent de l'aide humanitaire pour survivre.
Olivier Kohler
Le reportage du 10 juillet 2007, 19:30 Le Journal
Le dossier spécial sur le Darfour
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Publié le 09 juillet 2007 à
10:14
Mohammed n’a qu’un rêve. Retourner dans son village, se réapproprier les lieux de son enfance, quitter à tout prix ce camp balayé par les vents où lui et vingt mille réfugiés ont échoué à mesure de pillages et des vagues de terreur. Un transistor grésillant plaqué à l’oreille, assis sous une tente assommée de chaleur, Mohammed cultive l’espoir toujours plus improbable d’un retour au Darfour. Mais voilà, les nouvelles en provenance du Soudan natal ne sont pas bonnes. Les exactions continuent. Les viols, les villages incendiés au soleil couchant, le bétail volé, des milliers de vies brisées. Comme ce soir de printemps 2006, quand lui et sa famille ont dû partir, errer de longues heures dans la nuit, terrorisés, pétrifiés par la peur et le bruit assourdissant des bombes de l’aviation soudanaise. Ce cauchemar, Mohammed ne veut plus le raconter, il veut maintenant rentrer.
«Quand ils sont arrivés ici, dès 2005, tous imaginaient repartir très vite. Il a bien fallu les convaincre d’une évidence : l’exil durera longtemps», explique Beti Kolossoum, un jeune Tchadien propulsé voici deux ans responsable du camp de réfugiés de Forshana. Un premier emploi pour ce jeune sociologue de vingt-huit ans formé en République Centre africaine, très alarmiste pour l’avenir des familles. «Des veuves traumatisées entrent dans des dépressions profondes et délaissent leurs propres enfants. Des pères font de la résistance à l’idée de reconstruire leur campement endommagé par les pluies et les intempéries. Le refus de renoncer, même provisoirement, à l’idée de retourner dans leur village d’origine».
« Les viols sont fréquents dans le camp »
Pour enrayer cette spirale du désespoir, les projets se multiplient : restauration des cases et des abris, ateliers de formation proposés pour donner aux réfugiés un métier, une dignité, un espoir. Le SIDA fait des ravages, des pièces de théâtre sont présentées pour tenter de briser les tabous, arrêter la progression fulgurante de l’épidémie et des agressions sexuelles. «Les viols sont fréquents dans le camp. Les veuves de guerre et les mères-enfants sont vulnérables», confie une doctoresse de Farchana.
La cohabitation entre familles est devenue difficile dans ce camp surpeuplé miné par la précarité et la peur de lendemain qui déchante. «L’aide du programme alimentaire mondial (PAM) diminue et les familles le ressentent», constate Couldjim Madibe Poingar, un responsable de l’organisation d’entraide Secadev, la charité catholique affairée en terre musulmane. «Leur stratégie est d’inciter les réfugiés à se prendre en main, à trouver du travail et de nouvelles sources de revenus, ici dans la région, car la plupart ne retourneront jamais au Darfour et ils le savent».
Pour survivre, beaucoup s’aventurent hors du camp, marchant de longues heures en direction du Soudan. Pour cultiver un lopin de terre, obtenir un revenu dérisoire, se rapprocher d’un pays qui était le leur et où ils sont devenus indésirables. Une escapade risquée. La hantise des « djandjaouis », ces chevaliers de la terreur réputés impitoyables, quand un réfugié miséreux croise leur route. L’insécurité permanente de cette zone frontière livrée aux incursions de milices rebelles recrutant des adolescents juste aux abords du camp. Certains sont partis combattre, beaucoup ne sont jamais revenus.
Olivier Kohler
Le reportage du 15 juillet 2007, 19:30 Le Journal
Le dossier spécial sur le Darfour
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rts.ch, placé sous la responsabilité de la RTS, met en ligne sur cette page des "blogs" personnels souvent décalés, parfois impertinents. Ces textes proposent des regards subjectifs; c'est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de telle ou telle émission mais bien celui de son auteur.