Le Blog de Manuella Maury
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Tête en l’air pour de vrai
29 mai 2008
Je n’ai pas écrit tout de suite. Un peu comme une fin qui ne finit pas. Suspendue. Un peu comme un silence préféré à une rupture. Mais je me suis rappelée d’un petit bouquin aimé : la correspondance entre Rainer Maria Rilke et la jeune poétesse russe Maria Tsvetaeva. Non pas que j’ose la comparaison de l’écriture – leur plume est celle des anges – mais la dernière lettre de M. Tsvetaeva était restée sans réponse. Et pour cause, Rilke était mort. Ce qui n’est pas mon cas. Une émission ça ne meurt jamais. Ca se prolonge même parfois . J’ai appris il y a peu que TV5 monde allait reprendre plusieurs de nos rencontres pour sa grille d’été.
Ce préambule pour dire que ce blog est le dernier de l’aventure, et que s’il devait y en avoir d’autres, ils puiseraient leurs mots dans un autre voyage. Pour ne rien vous cacher, j’ai hâte d’en connaître la destination.
La dernière de Têtes en l’air boucla la boucle sans faire de nœuds dans les lacets. Massimo Lorenzi qui fut l’invité de la maquette de l’émission revint, certes, fort de cette expérience, mais tout aussi inquiet que d'habitude.

Inquiet comme la nature l’a fait. Ceci dit, recevoir quelqu’un qui connaît votre métier, c’est soit se prendre la honte, soit tirer avantage de l’expérience acquise. C’est ainsi que Massimo demandait parfois : il faut sortir du champ ? Tu veux que je reprenne le bâton pour être raccord ? Bon là on attend, la lumière n’est pas bonne… Un pro quoi. Et franchement ça vous procure un peu de répit sur 24h00.

Pour savourer un tel sens de l’initiative il faut se souvenir des émissions où le ciel ralentissait les prises de vue et accélérait du coup l’impatience des personnalités. Je me souviens de Sylvie Jolie terrifiée par les vaches d’Hérens qui au milieu de l’interview était allée se réfugier dans la voiture. Ou d’Adolf Ogi qui, lassé des trois centimètres de neige qui ornaient son bonnet - ou plutôt celui qu’il avait emprunté à un cameraman – frappait dans les mains comme un coach pour que l’équipe finisse son travail. Avec Massimo rien de tout ça. Patient. Attentif. Et dévot visiblement, compte tenu des humeurs du ciel. Avait-il prié ? C’était presque l’été. Presque. Le soir venu, lorsqu’il fallut se dire au revoir, la fraîcheur se fit de circonstance.

J’ai pleuré. Je le confesse. Au moment d’adresser hors caméra des remerciements aux équipes, aux habitués, à ma famille. Et Massimo se fit gentleman. Il prit la parole. Les mots me manquaient. Ses phrases furent présentes. Simples. Généreuses.
J'ose affirmer que je me souviens précisément de chacune de mes rencontres à la montagne. Mais le dernier invité a un avantage sur tous les autres. Ni doute sur la date, ni même sur la saison, on se souviendra sans forcer la mémoire qu’il fut le dernier.
Nous sommes actuellement en plein montage d’un best of qui sera diffusé dans le courant du mois de septembre. C'est étonnant de voir ces 45 personnalités au fil des saisons. Je me réjouis de réunir durant un seul soir ceux qui nourrirent durant près deux ans mes vendredis. Et les vôtres aussi peut être.
Je ne sais pas quand est-ce que l’écriture de ce blog rependra. Bientôt sans doute. Pas d’échéance pour une fois. La tête en l’air pour de vrai.

mai 29, 2008 | Permalink
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Henri Gougaud : Le conteur et la slameuse
15 mai 2008
C’est le genre d’invité que vous n’imaginez pas recevoir un jour. Parce qu’il n’est pas vraiment réel à vos yeux. C’est l’auteur d’un livre qui a marqué un moment précis de votre vie.

Qui vous a délivré un ou deux messages essentiels du type : "Cesse de te vouloir autrement que tu n'es. Tes misères, tes peurs, tes défauts sont périssables. Ne leur accorde pas plus d'importance qu'aux nuages qui passent. Ils ne sont rien d'autre que cela. Des nuages. Ne cherche pas la perfection. Qui cherche la perfection se condamne à l'angoisse et à la culpabilité perpétuelles. Défais-toi de ton passé, fils, et de ces sortes d'émotions qui troublent la vue juste. Seigneur! Si je pouvais te déshabiller de tout ce qui t'encombre, comme tu serais beau! Mais je ne peux pas, je ne suis pas le vent. Lui seul sait disperser les brouillards. »
Et puis un jour, il descend du car postal, il vous tend la main et vous dit : « c’est beau chez vous ». Comme dans un livre. Le conteur incarné. Et les milliers d’histoires qui traînent derrière son pas. Qui s’en vont errer dans le pré. Qui se dispersent au gré du vent. Qui s’amusent autour de nous.
J’ai attendu Henri Gougaud pendant 15 ans. Et il est venu. La chanson dit qu’il n’y a pas de hasard dans certaines rencontres, que ce sont des rendez-vous. Il en fut ainsi entre Henri et Fatima. Je cherchais une conteuse en Valais et des amis me parlèrent de Christine Métrailler, une femme de grand talent, m’avait-on dit. Au moment de la contacter, Christine me dit : « Je ne suis pas une vraie conteuse, j’ai appris à conter, mes parents ne me racontaient pas d’histoire ». De l’humilité sincère, de celle qui aurait sans doute touché Gougaud. Et c’est là qu’elle me parle de Fatima. Fatima la slameuse, la jeune valaisanne d’origine macédonienne, la « conteuse d’aujourd’hui ». Christine m’explique qu’elle travaille régulièrement avec des jeunes qui écrivent « la rue », « leur vie », « leur regard » et qu’elle leur a transmis quelques pistes sur la tradition orale populaire. Celle qu’ils semblent perpétuer à leur manière.
Quand Henri a vu Fatima, le temps s’est arrêté. Leur rencontre était réellement un rendez-vous. Je vous en fixe un vendredi. Vous y serez ?

Rediffusion de l'émission : vendredi 16 mai à 01:30 sur TSR 2, mercredi 21 mai à 23:25 sur TSR 2, jeudi 22 mai à 00:20 sur TSR 1
mai 15, 2008 | Permalink
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Yvette Jaggi : surdouée contrariée
01 mai 2008
Puzzle. J’en faisais quand j’étais petite. Sans grande motivation d’ailleurs. Parfois j’imbriquais les pièces de force pour convaincre mes parents qu’il n’y avait pas qu’une seule façon d’envisager le monde. Mais les puzzle sont conçus par des militaires de carrière. L’ordre indiscutable. Si un petit soldat de carton change de régiment, il devient déserteur de la boite, semant la pagaille sur la table plate. Les puzzle sont souvent des paysages. Pas toujours moches. Presque toujours.

Je savais qu’Yvette Jaggi était une aficionados de ces petites pièces qui, contrairement à elle, ne peuvent vivre sans les autres. Yvette Jaggi a vécu pour les autres. Avec la capacité de se suffire à elle même. Allez savoir si c’est pour cette raison que les puzzle lui parlent. Elle explique que chaque pièce à son histoire, sa particularité, son détail unique et si facilement repérable. Elle n’arrive pas à comprendre que l’on puisse tenter par deux fois un geste qui s’est heurté à l’échec d’une première tentative. Cela en dit long sur l'ancienne syndique de Lausanne, non ? Une intelligence analytique, une curiosité maladive, une exigence redoutable, une surdouée contrariée. Je la soupçonne de devoir souffrir parfois de la lenteur d’esprit de celles et ceux qui l’entourent. Il lui vient de son père ce qu'elle appelle "une certaine intelligence combinatoire".

Construire Tête(s) en l’air c’est un peu comme penser un puzzle. A la différence près, que nous pouvons, comme dans mon enfance, prouver qu’il n’y a pas qu’une seule façon d’envisager le monde. Le montage, c’est un jeu sensible et délicat. Les images sont parfois dociles. Selon la monteuse ou le monteur, le ou la journaliste, la réalisatrice ou le réalisateur, elles se soumettent à la volonté des uns et des autres. Changez de réalisateur, de monteur, de journaliste et vous obtiendrez une autre histoire. Déstabilisant de liberté parfois. Fascinant de créativité dans tous les cas.

Alors que je rédige ce blog pour l’émission consacrée à Yvette Jaggi, je suis dans le boxe de montage pour finaliser les 27 minutes consacrées à Henri Gougaud, diffusées le 16 mai prochain. Avec Véronique la monteuse et Heikki le réalisateur nous tissons le récit de la rencontre. Si Roland Joseph le monteur et Vanessa la réalisatrice avaient disposé du même matériel ils auraient peut être fait d’autres choix. Mais je reste convaincue qu’à l’endroit ou à l’envers, lorsqu’un invité se montre généreux, ce qu’il en ressort ne dépend ni des moyens techniques, ni des talents des uns et des autres, ni même des paysages d’exception. Comme dirait Gougaud, la vie est définitivement plus forte que nous. Surtout à la télévision.

Rediffusion de l'émission : vendredi 2 mai à 00:45 sur TSR 2, mercredi 7 mai à 22:55 sur TSR 2, jeudi 8 mai à 01:00 sur TSR 1
mai 1, 2008 | Permalink
| Commentaires (9)
tsr.ch, placé sous la responsabilité de la TSR, met en ligne sur cette page des "blogs" personnels souvent décalés, parfois impertinents. Ces textes proposent des regards subjectifs; c'est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de telle ou telle émission mais bien celui de son auteur.