Le Blog de Manuella Maury
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Darius : L’homme qui n’avait pas de jambes
27 février 2008
On enferme les gens dans des costumes soyeux. On les attache à leur cravate. On les barricade derrière leur col blanc. On les condamne à être lisses, propres et repassés. On redoute la moindre tache, dans les gestes, dans le langage. On craint que le cadre se mette à vivre. Que le modèle change de forme. Du coup, quand l’homme tronc se présente à vous avec deux jambes, un sourire variable et des émotions réelles, vous craignez que le public perde ses repaires.

Le monsieur qui présente le Téléjournal sur la télévision Suisse romande, c’est un peu comme le curé de Mase : un personnage incontournable de la vie quotidienne. De moins en moins respecté, de plus en plus commenté, contesté parfois même. Les deux affichent le même respect pour la ponctualité du rendez-vous avec le Monde. Capables qu'ils sont, l'un et l'autre, de parler de vie et de mort comme dans un rituel mille fois répété. La liturgie de l’information. Le credo de l’objectivité. La démonstration que le monde a besoin d’être sauvé. Ou pas. Certes, le curé ne fait pas la même audience. La grande messe du 19h30 compte davantage de fidèles. Tous prêts à communier après le générique de fin, sur fond de cartes météo. Tous prêts à se vautrer un peu plus dans les profondeurs du canapé en disant : le monde va mal ! Les ouailles de monsieur le Curé iront boire l’apéro, ceux de Darius Rochebin zapperont sur TF1, M6, ARTE, CNN, NBC... Au village, les messes donnent faim. Plutôt soif à vrai dire. A la télévision, les messes sont sans fin. Elles s'enchaînent du cable au privé en passant par le crypté. La messe en continu. Ce doit être le fruit de cette peur entretenue à chaque bulletin : celle de la fin du Monde .

Il n’avait ni cravate, ni souliers vernis. Une écharpe de père Noël. Une timidité de petit garçon. Deux jambes. Pas d’oreillette. Ni de prompteur. Juste lui et son sourire de protection. Il est sorti du car postal sans dire : Mesdames et Messieurs bonsoir. Aucun titre d’actualité. Juste l’interviewer interviewé ? Les rôles inversés. Tout ce qu’il n’y a plus à maîtriser et qui peut donc commencer salutairement à mener au doute.
Darius Rochebin a passé 24h00 à la montagne. Un sevrage complet. Pas de téléphone portable. Pas de pile de journaux à dépiauter. Pas de séance. Pas de rendez-vous. Juste du temps. De la neige. Si peu de contrariétés. Et donc un peu de place pour la fragilité. Et pour toutes les ambiguïtés.
Darius Rochebin adore les énigmes. Celles qu’il invente. Celles qu’il résout. Celles dont il est le héros. Il m’amuse infiniment. Sans doute parce qu’il sait si bien rire de lui-même. Et qu’il peut être si cruel avec les autres. Une sorte de jeu de rôle qui ne semble pas plus important qu’une partie de cartes après une journée de luge. J’aime cette distance qu’il entretient avec ce qui l’entoure. Ceux qui l’entourent sont-ils aussi tenus à distance ?

Le curé de Mase ne l’a pas croisé au coin du bar, le soir venu. C’est dommage. Darius lui aurait dit : « pardonnez-moi ! » et le prêtre lui aurait répondu : « allez et ne pêchez plus ! ». Il n’y aurait peut être qu’à lui qu’il se serait vraiment confessé. Dans tête(s) en l’air, peu de confessions. Sauf dans les gestes. Il faut regarder le corps qui parle. Surtout les jambes. Dès qu’il retournera au TJ, on les lui coupera à nouveau.

Rediffusion de l'émission : vendredi 29 février à 00:25 sur TSR 2, mercredi 5 mars à 23:40 sur TSR 2,
jeudi 6 mars à 00:30 sur TSR 1
février 27, 2008 | Permalink
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Irma Dutch : la disciple du Safran
20 février 2008
Son père est décédé la nuit de Noël. Elle est née une nuit de pleine lune. Sa notoriété a grandi à Saas FEE. Que d’ésotérisme dans les dates clés de la disciple du safran. Disciple oui. Elle voue à cette épice un véritable culte. Prête à se damner s’il vient de Mund. Cette dernière commune de Suisse, dans le Haut Valais, a cultivé cette « magicienne » de la cuisine. Le Safran, poète du goût, peintre des sauces, virgule en rouge capable de points de suspension sur le voûtes du palais.

J’ai rencontré Irma Dütsch il y a plusieurs années lors d’un tournage pour « Passe moi les jumelles ». Je m’en souviens très bien. Tournage d’été indien. Les mélèzes déguisés en rousse. Certains déjà peroxydés. D’autres encore verts. Mystère du vieillissement. Intrigue des saisons. Sa distance polie m’avait quelque peu tenue en garde. Généreuse dans la transmission de sa passion, je l’avais sentie réactive si on s’approchait trop d’elle. Pudeur, politesse ou froideur, j’avais été incapable de trancher.

Pour Tête(s) en l’air, elle est venue sans ses charges d’antan. Retraitée de son célèbre établissement, bien qu’hyper active dans sa fonction – mission oserai-je dire – elle est arrivée à Mase la mine sereine et le pas détendu. Et pourtant. Ceux qui ne l’avaient jamais rencontrée ont gardé la distance qu’elle semblait imposer. Regard bleu. Direct. Sans compromis. Il est plus simple de recevoir des « séducteurs, trices » pour une émission de télé. Parce qu’on n’a pas le temps de sentir l’autre. De le comprendre. On peut juste humer et « juger ». Plus facile de laisser fondre un sucre que d’extraire le sel.

Irma Dütsch était presque l’unique femme de son époque à percer dans un milieu d’hommes. La gastronomie. Un combat. Un caractère. Un chef. Puis une cheffe. Parce qu’un jour on a cessé de douter de ses compétences et on l’a nommée première cuisinière de Suisse. Pour survivre il faut de la Force. Pas n’importe laquelle. De celle qui réduit votre milieu. De celle qui vous donne une étiquette. Une armure. Une protection. De celle qui vous protège et vous isole.
Je suis fille de restaurateur. Je sais combien de sacrifices il a fallu à mes parents pour survivre entre les clients et la famille. La dureté d’Irma Dütsch ne m’effraie guère. Elle n’est que le résultat d’un chemin de vie. Tous les chemins mènent à l’homme. Tous les chemins mènent à la femme. Parfois ils se croisent.

février 20, 2008 | Permalink
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Pascal Auberson : le retour du guerrier
11 février 2008
Je l’avais reçu A côté de la plaque. Il avait coupé ses cheveux très courts. Presque à raz. Il en avait ressenti le besoin après le décès de son père. Le PERE. Le gigantesque père. Il avait coupé ses légendaires boucles pour boucler la boucle légendaire. Symbolique capillaire. Un crâne en hiver.

Je l’ai reçu dans Têtes en l’air. Il avait retrouvé sa chevelure. Il avait le visage creusé. Il ressemblait étrangement à son père. Même puissance. Même charisme. Avec cette nouvelle lueur dans le regard. Rescapé de ce qu’il appelle « le tsunami des ventres », un cancer du colon, Pascal Auberson garde le sens de la formule. Ce qui a changé depuis notre dernière rencontre, c’est un silence plus bavard. La part apaisée. L’inquiétude qui n’a plus sa statue. Tout juste le statut que tout état créatif lui concède. L’essentiel est ailleurs. Il peut même se moquer de ses grandes phrases. Se sortir de ses emphases par une pirouette du genre : « c’est beau non ! ».

Durant l’émission, nous lui avons fait rencontrer un quatuor de jeunes sédunois épris de rythmes et de musique. Nadège, Jess, Timm, Domitil, 4 énergies regroupées et portées sur les objets du quotidien. Raconter une histoire sonore avec des assiettes, de la tuyauterie de lavabo, une brosse à récurer, sans pour autant se couper du violoncelle et du piano, c’est ce que nous avions découvert avec Vanessa la réalisatrice. Ils nous avaient envoyé un mail et nous sommes allés les rencontrer « juste pour voir ». Après leur prestation, nous nous sommes dit : « C’est pour Auberson ».

C’était aussi pour Vanessa. Son « dessert » comme elle dit. Le plaisir dans la réalisation. Celui de tresser avec subtilité l’émotion d’Auberson, l’esthétisme de l’image, la pureté du paysage. Le tout dans un souci permanent de faire ce pour quoi notre employeur nous paie : un talk show prime time. En français ça le fait moins: une causerie à heure de grande écoute.
De la grande écoute il y en a eu. Celle d’Auberson pour les jeunes. Des caméramen pour le ciel. Des preneurs de son pour les rythmes.

J’ai osé dire au visionnement : « n’est-ce pas un peu trop Arte deuxième partie de soirée par instants ? ». Je me réjouis que vous profitiez sur la TSR en première partie de soirée de ce si joli moment.

Rediffusion de l'émission : vendredi 15 février à 00:55 sur TSR 2, mercredi 20 février à 23:40 sur TSR 2,
jeudi 21 février à 00:30 sur TSR 1
février 11, 2008 | Permalink
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tsr.ch, placé sous la responsabilité de la TSR, met en ligne sur cette page des "blogs" personnels souvent décalés, parfois impertinents. Ces textes proposent des regards subjectifs; c'est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de telle ou telle émission mais bien celui de son auteur.