Le Blog de Manuella Maury

Bel Hubert : C’est ainsi ou peut-être même pas, quoi que…

Il est arrivé, comme on le dit chez lui, dans le Jura : « avec tout son commerce ». Un accordéon, un sac d’affaires, une carte de la région pour aller faire un tour le lendemain avec son amoureuse, un bonnet de laine, un paquet de mouchoirs pour combattre ce rhume tenace qui le poursuit. Il est arrivé entier.

Dsc_0114

Ne souriez pas. J’en connais qui sont descendus du car postal en plusieurs morceaux. La tête d’un côté. Les jambes de l’autre, et le cœur ne sachant pas encore où battre. Lui m’a semblé indissociable. Et sociable. Une pièce. Et quelle pièce !

Le Bel Hubert se refuse au « système ». Même si le « système » ne se refuse pas totalement à lui. Le genre de relation impossible. Il dit qu’il fait de la musique, qu’il écrit des textes, parce qu’un jour il a commencé et je le cite « comme au flipper, tu commences à jouer et tu veux faire d’autres parties ». A vrai dire, en le lisant, on se dit que c’est plus subtil que ça. Mais que bon. Faut-il vraiment tergiverser sur la manière, le système, le pognon et la promo. Monter sur scène, chanter pour les gens, chanter ce qui touche, ce qu’on voit, boire un verre au bar après le concert, et puis recommencer. Recommencer si ça plait. S’ils en veulent. Si il y a du plaisir.

Dsc_0118

La démarche du Bel Hubert semble simple. C'est tellement compliqué d’être simple. Ca par exemple, c’est le genre de phrase qui lui ferait dire : ouais mais alors… c’est une question, ça… non parce que… vous voulez que je réponde à quel niveau… non parce que vous posez des questions compliquées pis après on sait plus...

Dsc_0137

J’ai beaucoup aimé Hubert Bourquin dit le Bel Hubert. Parce qu’il avait encore du cambouis de ses bagnoles sous les ongles et de l’aristocratie sous son épaisse carrosserie un peu cabossée. Une poésie dans une peau de brute, une peau de brute déguisée en fleur. Je suis certaine que Brassens aurait eu du plaisir à boire un coup avec lui à Sonceboz.

Dsc_0109

ps : dans l'émission, il y a une multititude de rencontres, vous verrez. L'une d'elles se passe entre l'auteur compositeur jurassien et le tout jeune Bertrand Bitz qui sort un premier album et qui vit dans le village d'à côté. La rencontre entre deux générations. Deux regards sur "le métier" comme dirait Bertrand. Sur le "machintrucnuch" comme dirait le Bel Hubert.

Rediffusion de l'émission : vendredi 1er février à 00:25 sur TSR 2, mercredi 6 février à 23:35 sur TSR 2,
jeudi 7 février à 00:10 sur TSR 1

janvier 30, 2008 | Permalink | Commentaires (13)

AMELIE NOTHOMB : NOTONS QU’ELLE EST VRAIMENT AMELIE

Dans « Ni d'Eve ni d’Adam », son dernier livre, il est question d’un homme qui a compté. Vraiment. Un Japonais de l’époque de « Stupeur et tremblements », l’époque où elle découvre que le mariage se refuse à elle. Qu’elle se refuse au mariage.

Dsc_0061

Pas à l’homme. A la situation. Aux papiers. A l’officialisation de quelque chose. La paperasse du sentiment. L’impossible destin. Et soudain, dans sa bouche, la cruauté du départ, de l’absence, de la distance, de l’abandon, tout devient comédie presque légère de la vie quotidienne. Celle qui fait sourire. A tel point, qu’à sa lumière, nos propres tragédies nous semblent caricatures. Ratures même. Selon la distance qui nous sépare de nos misères.

Dsc_0035

Amélie Nothomb a le talent qui agace. L’élan qui l’agite. Le vent. L’espace. Le gîte. A la montagne, à Bruxelles, à Paris, ou ailleurs, elle va où sa curiosité la guide, ses devoirs la mènent, ses envies la posent. La possèdent. On lui colle un chapeau pour la route. Elle s’interroge sur notre besoin de la couvrir tout le temps. On lui attribue un visage de geisha. Elle se moque du résultat. Ne demande aucune retouche. Touche. Touchante Amélie. Si peu consciente de son extrême conscience.

Dsc_0033

Et puis derrière cette image de papier à lettres si peu raturée, soudain se fige, exige, une tige, un regard. Un peu d’angoisse. Une trace. Des traits au bord des lèvres. Un pli sur le menton. Une dévastatrice interrogation. Alors, l’instant d’après, la voici qui repart, un livre, une page, une discipline, une curiosité sans limite, une faim gargantuesque, un rire tonitruant, une exagération. Depuis toute petite on le lui dit : Amélie, tu exagères !

Dsc_0073


Merci Amélie ! Mercie d’exagérer. Merci d’exagérer avec autant d’humilité.

Rediffusion de l'émission : vendredi 25 janvier à 01:05 sur TSR 2, mercredi 30 janvier à 22:25 sur TSR 2,
jeudi 31 janvier à 00:15 sur TSR 1

janvier 25, 2008 | Permalink | Commentaires (13)