Le Blog de Manuella Maury

Adolf Ogi : et vous ça va ?

Il n’avait pas imaginé la neige. Ce doit être à peu près la seule chose qu’il n’avait pas imaginée. Il faut dire que sa précieuse assistante ne lui avait pas précisé qu’il pourrait être amené à se balader sur les sommets. Il s’attendait donc à vivre la rencontre au bistrot ou au village. On l’a amené à 2500 mètres. Son royaume. Et quand le roi est arrivé, eh! bien, la neige est venue – comme le protocole l’exige – lui baiser la main. Normal !

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Il n’avait pas imaginé la neige et donc la tenue qui allait avec. Moi non plus pour la petite histoire. La seule qui avait tout imaginé, c’est Chantal, la styliste. Culotte en laine, chaussettes à double, chaufferettes à main, vestes de réserve, Chantal avait tout prévu. Tout, sauf que la voiture qui transporterait ce matériel serait autoritairement virée du champ dès notre arrivée sur les lieux, histoire de ne pas nuire au côté lunaire du paysage. Bon ça se comprend.

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Quand Armstrong a débarqué sur la lune, le réal’ avait fait exactement pareil. Le car de reportage, les scriptes et les maquilleuses ont dû se jeter dans la stratosphère au moment de retransmettre les images en direct. Et on peut les en remercier. Si on avait vu les coulisses et le back stage de la lune – n’y voyez aucune grivoiserie - plus personne n’aurait encore envie de la décrocher.

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Il n’avait donc pas imaginé la neige, mais pour le reste, difficile de lui réserver des surprises. Généreux, comme Claude Barzotti, et dans le verbe et dans le geste, il a vite pris ses quartiers et dirigé les opérations. Comme il n’avait pas la tenue adaptée, il a désigné un bonnet volontaire. Celui d’Yvan, un caméraman de grand talent. Et le roi se fit couronner. Je vous laisserai juger du look. Entre nous soit dit, Yvan le portait mieux. Pour le relooking, le roi de Kandersteg aurait dû faire appel à la reine Chantal.

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Cela dit, chapeau bas, Monsieur Ogi ! Vous avez été héroïque durant cette journée. En revisionnant les images durant le montage, j’ai mesuré combien vous avez dû avoir froid durant le tournage. Et vous ne vous êtes jamais plaint. Tout au plus un geste d’impatience lorsque votre jambe droite avait envie de bouger pour savoir si du sang y coulait encore. Remarquez, j’aurais préféré que vous craquiez le premier. Comme vous ne disiez rien, j’ai voulu jouer les fières. Résultat : je suis malade. Et vous ça va ?

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Rediffusion de l'émission : vendredi 30 novembre à 00:26 sur TSR 2, mercredi 5 décembre à 22:55 sur TSR 2, jeudi 6 décembre à 23:40 sur TSR 1


novembre 28, 2007 | Permalink | Commentaires (21)

Stress : Respect !

Ca commençait mal. Une dent miette de pain. Un dos compote. Une météo frigidaire. Une humeur sous vide. Une matinée de chien. Le tout dans un décor carte postale. La beauté comme facteur de culpabilité. Cela dit, comment profiter de la Dent Blanche quand la sienne est en morceau au fond du lavabo ?

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Ce jour là, je me suis donc rendue à l’arrivée du car postal avec la tronche des jours de pluie. La paupière nimbo stratus. L’orage au bout de la langue. C’est alors qu’on m’a dit – j’ai découvert que lorsque je dégage une telle hargne, on hésite « à me dire », terrifiant constat – on m’a dit donc : « aujourd’hui t’as le droit d’être Stressée ». La réaction fut chimique. J’ai d’abord décrispé la lèvre supérieure congelée et puis j’ai ri. Je sais, me concernant c’est un lieu commun. Mais là j’ai vraiment ri.

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De ce rire qui vous rappelle que votre vie n’est pas en danger, que vos actes ne vont pas condamner tout un peuple à l’exil, que l’invention de la télécommande vous protège de ceux qui vous détestent (à quelques exceptions) que tout ça ne devrait être que plaisir. De ce rire qui vous rappelle que vous êtes payée pour rencontrer des gens et qu’un tel luxe n’autorise personne à montrer les dents. Surtout lorsqu’elles sont endommagées.

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Mon stress est tombé d’un coup, juste avant que le vrai n’arrive. Le vrai c’est Andres Andrekson. Un look de méchant. Une froideur du nord. Un langage qui tranche. Dans l’encyclopedia Universalis il est dit : Réaction de l'organisme à un agent d'agression ou à un traumatisme quelconque. Désormais les linguistes pourront ajouter : rappeur suisse d’origine estonienne, capable de se faire connaître des deux côtés de la Sarine.

Stress est un gars tout à fait surprenant. Derrière ses airs de Billy Bear, il affiche une politesse touchante. Une attention généreuse. Une intelligence visible. L’exil ça vous contraint à l’adaptation forcée. Ce qui vous manque vous l’inventez ou vous l’apprenez. Sa mère lui a dit : si tu étudies tu peux faire ce que tu veux. Aujourd’hui il fait ce qu’il veut.

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Andres dit savoir d’où il vient ce qui justifie qu’il ne souhaite pas y retourner. Je lui ai fait rencontrer Narcisse, un personnage haut en couleur de la vallée. Lui aussi il sait d’où il vient. Il n’aurait jamais pu s’en aller. Je les imaginais aux extrémités. Ils sont au cœur. Ils se sont trouvés.


Rediffusion de l'émission : vendredi 23 novembre à 00:50 sur TSR 2, mercredi 28 novembre à 23:25 sur TSR 2, jeudi 29 novembre à 23:55 sur TSR 1

novembre 21, 2007 | Permalink | Commentaires (34)

Laurence Bisang : aujourd’hui c’est piscine !

Imaginez une piscine sans eau. Des murs. Du bleu. Un plongeoir. Des vestiaires. Mais pas l’once d’une gouille ou d’une odeur de chlore. Rien. Juste un trou et l’illusion que la baignade pourrait être plaisante. C’est Dominique Studer, un ami artiste, un ami de longue date, qui m’en avait parlé. L’idée – d’un collectif d’allumés dont il fait partie - était d’amener l’art chez les gens. Et la piscine municipale de Monthey, vidée de sa substance, c’était justement « chez les gens ».

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Lorsqu’il m’en a parlé – le soir où nous enregistrions la rencontre avec Jeanne Cherhal - je me suis souvenue de tous les témoignages recueillis dans ma vallée au cours des mois précédents. Confidences de ces montagnards qui, tous, sans exception, préfèrent mille fois mourir gelés sur le glacier (pendant qu’ils gèlent encore) que noyés dans l’immensité des eaux. Du coup, l’idée fut de les amener un instant dans une piscine rassurante. Eux et mon invitée.

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Le jour où Laurence Bisang est venue, on s’est donc fait en toute logique un bout de rencontre au sec dans une piscine et ensuite seulement une plongée très fluide dans le grand bleu des montagnes. Nous avons gonflé nos flotteurs et en remontant la vallée nous avons piqué une tête dans le ciel d’automne.

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Laurence Bisang c’est la voix de la radio. La dame du matin entre 11h00 et 12h00 sur la Première de la Radio Suisse Romande. Quand elle me parlait – pour ceux qui l’imaginent petite et rousse ce sera l’instant de vérité - au fond de notre bassin vide, au milieu d’œuvres d’artistes, je me disais que le même exercice pratiqué en radio aurait donné naissance à dix mille décors en mouvement. S’il avait fallu vous décrire l’espace occupé, comment votre imagination vous l’aurait restitué ? Qu’en auriez vous fait ?

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La radio a cet avantage sur la télévision qu’elle ne limite pas la couleur du ciel. La télévision a cet avantage sur la radio que vendredi soir, à 20h15, il fera jour et beau. La méchante télévision qui, c’est bien connu, est à l’origine de tous les maux pendant que la gentille radio ne fait que vous nourrir de mots, la méchante télévision donc a tout de même une toute petite qualité : en hiver, ce peut être l’été.

Rediffusion de l'émission : vendredi 16 novembre à 01:00 sur TSR 2, mercredi 21 novembre à 23:15 sur TSR 2, jeudi 22 novembre à 00:05 sur TSR 1

novembre 14, 2007 | Permalink | Commentaires (26)

John Howe : l’obsession du trait

Il avait le choix : Chicago ou Strasbourg. Les deux villes comptaient d' excellentes écoles pour illustrateurs. Il a choisi la terre d’Europe pour faire pousser son don. Ou la terre d'Europe l'a choisi. Allez savoir. Parce qu’il s’agit d’un don et que dit-il : « ce fut facile, je n’ai pas eu à me poser de questions ». John Howe est né pour dessiner.

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La semaine avant la venue de l'illustrateur de Tolkien, je venais de terminer : « Je m’appelle Asher Lev » de Chaïm Potok. Je parle de ce livre tout le temps depuis. J’ai même acheté la suite « le don d’Asher Lev » que je dévore chaque soir de cette semaine au retour de tournage (nous sommes en plein enregistrement des prochaines émissions avec le chanteur Stress, Adolf Ogi et Daniel Fazan).

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Asher Lev c’est un peintre de talent qui choisit de présenter, à la fin de son adolescence, pour une première expo dans une galerie new-yorkaise, deux tableaux représentant sa mère dans une posture de crucifixion. Un choix qui l’expose au risque de se couper de sa communauté juive et surtout de sa famille, des hassidim ultra orthodoxes. Les deux toiles racontent la douleur poignante de sa mère attendant, les bras posés sur la croisée de la fenêtre, le retour de son père en mission derrière le rideau de fer pour sauver des Juifs russes et les ramener soit en Israël, soit aux Etats Unis. Asher a un don. Du génie. Il ne peut renoncer ni à sa famille, ni à sa passion. Alors sa famille va renoncer à lui.

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Alors quand John Howe m’a dit que pour lui c’était évident, le dessin, j’ai pensé à Asher. D’ailleurs, avant qu’il ne parte de Mase, je lui ai filé les références bibliographiques du livre - il m'a dit chercher avec avidité des ouvrages capables de décrire le processus de la création - et j’ai hâte d’en reparler avec lui. Quand on commence à parler avec John Howe on a envie que la conversation dure. Peut être parce que chaque phrase qui sort de sa bouche est sensée, sensible, intelligente. Avec en prime cette dose d’humilité qui donne l’ampleur au propos. Peut être aussi parce que l’anglophone parle mieux français que le trois quart des gens qui m’entourent. Parce qu’il choisit ses mots comme il dessine. Avec l’obsession du trait parfait, du mot juste, de la pensée précise. Du sens. Une fois de plus. Du sens.

Les passionnés me fascinent. Avec leur capacité de s’extraire du monde à tout instant. De s’enfuir sans être pourchassés. De s’exiler sans se sentir déracinés. Ces voyages qui nous échappent et qu’on ne peut qu’imaginer merveilleux lorsqu'on observe leur visage.

La télévision ne pourra jamais rendre compte de ça. De la grande évasion. Juste des paysages. Et encore.

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Je me demande ce que pensera John Howe, vendredi soir, en se voyant prisonnier du petit écran.

novembre 8, 2007 | Permalink | Commentaires (39)

Michel Leeb : Leebeau non ?

La maquilleuse a dit : "Quel bel homme !". Du coup, entre deux portes et deux prises de vue, toute l'équipe s'est mise à disserter sur cette notion à la fois si précise et si floue qu'est : la beauté. Des mensurations à la fameuse « étincelle dans l'oeil », tout y est passé.

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C'est là que je me suis souvenue d'une phrase que j'avais écrite sur le tableau noir du bistrot le jour où j'avais reçu Duja de Couleur 3 : « L'information n'est pas la connaissance. La connaissance n'est pas la sagesse. La sagesse n'est pas la vérité. La vérité n'est pas la beauté. La beauté n'est pas l'amour. L'amour n'est pas la musique. La musique est la meilleure des choses », c'est Zappa qui disait ça. Dans un débat existentiel sur « qu'est-ce qui est beau »...ça en jette, croyez moi.

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C'est alors que la maquilleuse a dit : « si tu veux, mais moi je voulais juste dire, simplement dire, que c'est un bel homme ! ». Avec recul, je dirais que Zappa et la maquilleuse Dominique ont trouvé durant l'enregistrement de cette émission chausson à leur citation.

Quand Michel Leeb est arrivé, élégant sans être pomponné, réservé sans être froid, observateur attentif sans être méfiant, il est vrai que l'expression « quel bel homme ! » était de circonstance. Et puis nous sommes partis en forêt, parce que Monsieur Leeb sait parler aux arbres et qu'il fallait en profiter avant l'hiver. Et puis les bûcherons ont abattu un arbre sous son nez - Chantal la styliste et Heikki le réalisateur ont pleuré. Monsieur Leeb, lui, est resté très digne, mais lorsqu'il a entendu l'écorce craquer comme si on lui brisait les os, son visage s'est figé et il s'est exclamé : "....".

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Non, là je ne peux pas le trahir. Le mot venait de loin. Si je l'écris ça fera vulgaire. Si vous l'aviez entendu vous auriez compris que Monsieur Leeb était réellement impressionné. Et puis nous sommes rentrés au bistrot et là Monsieur Leeb a dit : « Mais votre soeur, c'est votre vraie soeur ? Les clients, de vrais clients ?». Je crois qu'il était content que tout ça soit très vrai.

C'est un peu après que la maquilleuse et Zappa purent jouer de leur formule. Lorsque Monsieur Leeb découvrit sans se douter le moins du monde, que sa fille, Fanny Leeb, l'attendait dans une grange du village, avec un piano et un peu de jazz au fond de la gorge.

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Si vous aviez vu son visage vous auriez dit : "Quel bel homme ! ce monsieur Leeb. La musique est définitivement la meilleure des choses."

Rediffusion de l'émission : vendredi 2 novembre à 00:30 sur TSR 2, mercredi 7 novembre à 23:45 sur TSR 2,
jeudi 8 novembre à 23:45 sur TSR 1

Vous pourrez voir Michel Leeb dans son one man show "Tout ce que j'aime" le 31 décembre 2007 à 20h00 au Grand Casino à Genève.

novembre 1, 2007 | Permalink | Commentaires (18)