Daniel Kaplan, directeur de la fondation internet nouvelle génération, a conclu LIFT 07 en insistant sur la relation entre les technologies et la société.
S’exprimer à travers des technologies au quotidien, participe, selon lui, à la construction de notre identité. Pourtant, les technologies digitales tendent à nous déconnecter du monde réel. Celui de la politique et des conflits.
Selon Kaplan, les technologies modernes de l’information nous donnent l’illusion de la transparence, de la fluidité et d’une société où les frontières n’existent pas. En ce sens, elles nous éloignent du monde réel où les frontières (entre pays par exemple) sont toujours difficiles à franchir.
A l’avenir, il s’agira donc, pour Daniel Kaplan, de se montrer de plus en plus vigilant sur «cette déconnection» qui existe entre les deux univers. Le défi consistera donc à les rapprocher, intelligemment. En tant qu’agent du changement, les technologies ne doivent pas éloigner l’utilisateur du monde réel. Sans quoi, conclu Kaplan «ce changement ne saurait déboucher sur une dynamique sociale positive.»
Nada Kakabadse, professeur de Business et de management à la Northampton Business school a commencé par dresser un tableau inquiétant de cas extrêmes de dépendance aux nouvelles technologies. Certains individus deviennent esclaves de leurs assistants électroniques, de leur BlackBerry ou de leur ordinateur portable.
Ce trouble pousse les personnes dépendantes à se replier sur elles-mêmes, à perdre peu à peu le contact avec la réalité et à ne s'intéresser qu'à ce qui tourne autour de leur sphère technologique. Cela peut conduire à une destruction des liens avec leur famille et même à des répercussions sur la santé de ces individus...
Souvent, ces symptômes affectent des employés utilisant des technologies mobiles pour prolonger leur temps de travail à domicile ou en dehors de leur emploi. Dans une vidéo humoristique, on a pu voir un père de famille poussant son BlackBerry sur une balançoire plutôt que son fils...
Fred Mast, Professeur de philosophie cognitive à l'Université de Lausanne, nuance un peu les conclusions de sa collègue et se demande pour sa part dans quelle mesure on peu vraiment parler de dépendance à ces nouvelles technologies. Tout dépend finalement de sa manière d'utiliser ces différentes possibilités.
Tout autre son de cloche de la part de Stefana Broadbent qui se demande si ce n'est pas finalement pas plutôt la vie privée qui s'invite de plus en plus souvent au travail. Cette sociologue travaillant pour Swisscom détaille ensuite ce phénomène. De plus en plus souvent, les gens envoient ou reçoivent des e-mails privés, correspondent avec leurs amis par SMS ou en utilisant encore d'autres technologies...
Globalement, une certitude demeure: il y a une déferlante d'informations qui débordent tant sur notre vie privée que professionnelle. Pour des orateurs comme Nada Kakabadser, qui évoque le nombre croissant de burn-out, cette évolution est réellement problématique. Ces contradicteurs, sont quant à eux beaucoup plus nuancés. Pourtant, au vu du nombre de questions posées par l'auditoire, le sentiment de dépendance technologique semble largement répandu.
La scène ouverte permet à huit participants de faire une présentation publique de 20 minutes. Les internautes inscrits pouvaient choisir les conférenciers en votant sur le site de Lift. La démocratie participative a fonctionné. Mais elle n’a pas toujours porté ses fruits.
Entrée en matière difficile, par exemple, pour Dannie Jost, écrivain, qui propose une conférence confuse sur la détention des connaissances. L’audience n’adhère pas, la salle se vide, progressivement. Où vont-ils ? Dans l’autre auditoire ? Pas vraiment, puisque le public là-bas, est tout aussi rare et dissipé.
"Vous êtes fâché avec l'industrie de la musique? Vous avez envie de la détruire? Vous avez raison!", annonce John Buckman patron du magasin de disques en ligne Magnatune. Les vendeurs traditionnels proposent un choix très restreint; les musiciens restent en majorité écartés des immenses bénéfices faits par les producteurs; et les DRM, ces limites techniques qui restreignent l'usage des morceaux MP3, n'améliorent pas la réputation des majors.
Alors, quelle solution? Le site Magnatune propose une autre approche: - 50% des bénéfices reviennent aux auteurs - le client paie le prix qu'il veut, entre 5 et 18 dollars. La moyenne observée? 8.70$ - n'importe qui peut préécouter les morceaux en intégralité avant achat.
Mais aucune information sur le succès commercial de l'initiative qui se fonde largement sur la bienveillance des consommateurs...
Appelé à parler de l’« économie de la création»,
le dessinateur de presse Patrick Chappatte a préféré faire un pas de côté et présenter sa vision critique d’internet en dessins.
Pour questionner les poncifs (y compris ceux largement présents à Lift) :
Le Web réduit-il vraiment les distances entre les hommes et est-il une opportunité pour les pays pauvres?
Google donne-t-il vraiment toutes les bonnes réponses?
Internet est-il l'espace de liberté illimité que l'on décrit?
Bref, éteignez votre ordinateur et prenez le temps de déconnecter (à moins que vous ne souhaitiez visiter son site, bien sûr).
La fin des navigateurs internet esquissée par Pierre Chappaz, fondateur de Kelkoo, une soeur pionnière du web au Vatican, des réflexions sur un mobile destiné aux pays émergents avec un chercheur de Nokia: la première journée a été riche à Lift. Mais ce n'est pas tout, cybernétique, mondes virtuels, encyclopédie en ligne de même que développement durable ont complété le menu. Visionnez notre résumé en vidéo:
La deuxième journée a débuté par une présentation de Jaewoong Lee, CEO et fondateur de Daum Communications. Ce Coréen s'est interrogé sur le développement du web participatif et sur la tendance à l'agrégation des contenus. Sur son transparent de conclusion des interrogations comme "Est-ce que chacun peut écrire dans Wikipédia?", "Est-ce que tout le monde sait utiliser Google?"...
L'interview vidéo de Pierre Chappaz. L'ancien patron du site commercial Kelkoo et actuel CEO de l'agrégateur de contenus Netvibes, évoque la mutation profonde des médias et des portails internet qui arrive avec le web 2.0:
Le compte-rendu de son intervention publique à Lift.
Pierre Chappaz, père et ancien patron du site commercial Kelkoo, CEO de l'agrégateur de contenus Netvibes s'est exprimé sur les médias 2.0, autrement dit sur une évolution fondamentale du monde de l'information. Des milliers d'anonymes publient en effet tous les jours des millions de pages multimédia.
Les contenus explosent sur le web et il devient de plus en plus difficile d'atteindre les bonnes informations. Le web se fait de plus en plus destructuré alors que de nouvelles technologies comme le RSS et Ajax permettent d'atteindre immédiatement et facilement de plus en plus d'informations.
Pour ces raisons, Pierre Chappaz a créé Wikio, un moteur de recherche européen qui scrute non seulement les médias, mais aussi les blogs. Depuis sept mois, ce moteur permet de choisir de façon de plus en plus précise les informations spécifiques. De son côté, l'agrégateur Netvibes a séduit de millions d'utilisateurs dans 150 pays.
L'entrepreneur prévoit donc une modification profonde de la consultation du web. A terme les navigateurs changeront en profondeur, selon lui. Il souhaite que tout fonctionne sur netvibes et que cette plate-forme soit aussi accessible via des cellulaires, comme l'iPhone d'Apple, ou même des télévisions.
"Nous supportons d’être bombardés d’images de son et de texte et les entrepreneurs du web l’ont bien compris." Joignant le geste à la parole, l'entrepreneur Bernino Lind a présenté son exposé accompagné par un groupe de musiciens tziganes et de diapositives déconnectées de son propos.
Objectif de la démonstration : le cerveau humain parvient à assimiler énormément d’informations, simultanément, mais une hiérarchie s’opère inconsciemment. La majeure partie de l’attention se porte tantôt sur la musique, tantôt sur une photo, tantôt sur le discours.
Selon Lind, un web-entrepreneur réussi lorsqu’il comprend comment cette hiérarchie s’opère chez ses clients potentiels. Facile, en somme.
Sœur Judith Zoebelin est une pionnière du Web croyant. En 1995 déjà, elle commence à développer le site web du
Vatican.
Au départ, une seule page, à Noël 1995. Mais déjà des
centaines de mail de croyants, à travers le monde, encourageant le
développement de la plate-forme. La
communauté virtuelle de l’église catholique est née. Elle n’a cessé depuis de
se développer.
Pour Sœur Judith, Internet joue désormais un rôle
fondamental dans le développement des activités de l’Eglise, dans le sentiment
d’appartenance commun des croyants à travers le monde. Le web a permis, selon
elle, de briser les frontières géographiques qui séparent les communautés
catholiques. Et de créer une nouvelle communauté virtuelle globale et
complémentaire aux formes traditionnelles d’expression de la foi.
L’Eglise catholique profite, selon la soeur webmaster, des moyens de communication offerts par le net parce qu’elle s’est elle même
constituée en réseau au fil des siècles.
Reste la question des «méfaits» de la dérive
potentielle de l’internaute vers l’anonymat et l’individualisme, des valeurs
peu en phase avec les préceptes catholiques. Sœur Judith a sa réponse:
«L’anonymat de l’internet conduit fatalement à l’envie de se rencontrer
dans la vie réelle».
Jan Chipchase, designer chez Nokia, a montré combien la conception de téléphones pour les marchés émergents était difficile. Près de 800 millions de personnes ne maîtrisent souvent ni la lecture, ni l'écriture. Le maniement d'un cellulaire n'a donc rien d'évident pour eux.
Pour trouver des solutions, des chercheurs se sont rendus en Chine, en Inde au Népal et en Ouganda pour observer ces populations et pour trouver des solutions. Ils ont noté comment ces personnes faisaient, par exemple, pour lire l'heure, utiliser certains objets ou pour manier des billets de banque...
Ils ont constaté combien ces personnes entretenaient des contacts physiques avec leur environnement. Pour favoriser l'apprentissage de ces cellulaires, Nokia estime qu'il faut permettre à ces gens de les explorer sans que leurs agissements ne soit irrémédiables. Des touches doivent être donc conçues pour pouvoir revenir en arrière simplement, pour effacer la dernière action. On n'en saura pas plus.
Nathan Eagle, chercheur au MIT a enfoncé le clou en précisant que cette problématique était fondamentale. Selon ses chiffres, la majorité des combinés mobiles utilisés sur terre le sont dans des pays en développement. L'Afrique est même le continent où la croissance de ce marché est la plus importante...
tsr.ch, placé sous la responsabilité de la TSR, met en ligne sur cette page des "blogs" personnels souvent décalés, parfois impertinents. Ces textes proposent des regards subjectifs; c'est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de telle ou telle émission mais bien celui de son auteur.