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Publié le 26 mai 2017 à 09:30

Il serait totalement vain, illusoire et inutile de vouloir jouer au plus fin: l’exercice touche à sa fin… Tout un chacun l’a expérimenté un jour ou l’autre, on ne peut pas tourner une page sans qu’une certaine nostalgie s’y accroche. C’est à chaque fois pareil, et que l’on soit disciple ou non de Sigmund Freud n’y change strictement rien, la preuve est faite que les souvenirs oubliés ne sont pas forcément perdus.

 

203918445L’été sera chaud, le puck et ses acteurs - ils ne l’ont pas volé les braves… - s’en iront quelques jours à la plage, histoire de se retaper et de recharger des organismes souvent sollicités plus que de raison. Dans cette transhumance estivale qui en ramènera à leurs racines, certains accuseront une surcharge de bagages. C’est une certitude en effet, la Stanley fera un détour par nos contrées dans les prochaines semaines. Pour la première fois en cent ans d’histoire, un patineur suisse verra son nom gravé sur le plus prestigieux des trophées, honneurs auxquels David Aebischer et Martin Gerber ont accédé en tant que gardiens. Alors certes, Paul Di Pietro avait soulevé la coupe en 1993, mais c’était avant que ses origines de chez nous soient découvertes par les fins limiers d’Ambri, orfèvres en la matière. En juin pourtant, un Helvète pure souche sera titré. Mark Streit dans un camp, Roman Josi et Yannick Weber dans l’autre, sous le regard juvénile du convalescent Kevin Fiala: les Penguins échapperont-ils aux crocs affûtés des Predators?

 

L’exercice touche à sa fin et voilà que, déjà, la nostalgie nous gagne, sentiment si paradoxal qui nous plonge dans l’obscurité confortable de nos souvenirs et qui inspire de multiples interprétations. «Il y a des moments tellement magiques qu’ils vous donnent la nostalgie du présent», assure ce poète. «La nostalgie, c’est comme les coups de soleil, cela ne fait pas mal pendant, mais c’est très douloureux le soir», relance cet humoriste, à cheval sur les principes tout en confessant être très mauvais cavalier.

 

Parce que nos souvenirs sont de véritables réservoirs de bonheur, parce qu’ils demeurent l’unique acquis qui ne changera jamais quoi qu’il arrive, il est bon de s’y cramponner, plus encore s’ils sont fraîchement installés dans nos mémoires. Vincent Praplan et Fabrice Herzog, buteurs en série sur la glace de Paris, David Jobin et les Ours, dominateurs sans partage de play-off d’une rare intensité, Joël Genazzi et les Lions de Malley, épatants l’espace d’une remarquable saison régulière... Et Nico Hischier qui, bientôt, viendra se greffer à cette savoureuse liste, après avoir doublé Nino Niederreiter dans la hiérarchie des Suisses de la draft de la NHL, confirmant de manière éclatante que d’aucuns sentent la pluie à l’avance pendant que d’autres se contentent d’être mouillés…

 

L’exercice touche à sa fin que, déjà, le prochain promet des souvenirs encore plus exaltants, sans toutefois éviter une question lancinante: que faire de la nostalgie quand on est choyé par le présent? Sans apporter de réponse, on rappellera simplement que personne n’a jamais succombé à une overdose de souvenirs, pas plus que de rêve d'ailleurs…

Publié le 19 mai 2017 à 09:30

Il est difficile d’attraper un chat noir dans une pièce sombre, surtout lorsqu’il n’y est pas… C’est peu dire que ce proverbe chinois sied à ravir à la sélection de Patrick Fischer, énigmatique à souhait, proprement indéfinissable durant son séjour à Paris. Avant de rentrer au pays ce matin, l’équipe de Suisse a ainsi transité par toutes les stations: tantôt chancelante, souvent hésitante, parfois renversante, de temps à autre séduisante, irrésistible à l’occasion, mais toujours imprévisible. Un cocktail qui s’est avéré épatant au fil de la dégustation, et qui lui a permis d’obtenir au moins un point à chacune de ses sorties de la phase préliminaire, performance qu’elle aura été la seule à réaliser avec le Canada.

 

308358670Totalement inattendu et inespéré il y a une semaine encore, ce mélange étourdissant aura contraint l’observateur à progresser à tâtonnements dans son appréciation, avec en prime un détour par tous les états d’âme. Autant d’unités face au Canada et la Finlande – champion et vice-champion du monde en titre – que devant la Slovénie et la France, la performance tient de l’exploit dans les deux sens. Elle dit bien à quel point il est délicat de coller une étiquette à cette équipe de Suisse. «On est bons, on le savait depuis le début, il ne se trouvait guère que les médias pour en douter…» Remonté comme un coucou, Patrick Fischer s’est donc trouvé froissé par les commentaires qui ont fusé après le début de parcours hoquetant de ses garçons. On rappellera simplement au coach, comme à quiconque veut l’entendre d’ailleurs, que si la critique peut être désagréable, elle n’en est pas moins nécessaire, car comparable à la douleur pour le corps humain: elle attire l’attention sur ce qui ne fonctionne pas.

 

Cela étant, et quand bien même la Suisse restera la Suisse, capable de briller avant de se faire tristounette, incapable d’évacuer une désarmante fragilité face à des adversaires à sa portée avant de retrouver ses sensations devant les grands de la planète hockey, Patrick Fischer a définitivement acquis son insigne de coach que d’aucuns lui contestaient encore avant le rendez-vous de Paris. A l’image des paroles de ces élus qui n’assument rien mais promettent tout, son discours avait parfois semblé truffé de formules creuses. Le Zougois a pourtant su trouver les mots pour souder son groupe, pour lui transmettre un esprit conquérant et le plaisir de patiner sans le moindre complexe, en dépit d’évidentes carences au niveau du talent pur. Par des choix audacieux dont il peut éprouver une légitime fierté – le remplacement de Jonas Hiller, les responsabilités confiées à Fabrice Herzog ou à Reto Suri –, il a su provoquer la chance et balayer les doutes, confondant au passage tous ses détracteurs. C’est assurément sa plus belle victoire, qui en appellera d’autres, plus personne n’en doute désormais. Si ce n’est pas dès demain à Cologne, ce sera en d’autres lieux…

Publié le 12 mai 2017 à 09:30

Les plus attentifs ne manqueront pas de souligner que le constat ne date pas d’hier et qu’il n’était donc pas nécessaire de bercer dans l’ambiance parisienne pour s’en persuader une fois encore. Sans rougir et fidèle à de vieux démons qu’elle ne parvient décidément pas à exorciser – il faudra se faire une raison, Stockholm n’était qu’une anomalie… –, l’équipe de Suisse rappelle à quiconque lui manifeste un semblant d’intérêt que le génie n’est jamais très loin du grotesque. Neuf points en quatre matches: s’il ne plonge pas dans un délire de persécution, le bilan intermédiaire laisse néanmoins perplexe quant à l’avenir immédiat de Patrick Fischer et de ses gens.

 

308096653Dans un univers qui fait la part belle au calcul des probabilités – d’aucuns n’hésitent pas à affirmer que cette arithmétique dicte la plupart de nos faits et gestes… –, on peut retourner le problème dans tous les sens, laisser son imagination vagabonder parmi les fantasmes les plus insaisissables, la conclusion ne varie pas: les nôtres se sont placés dans une position qui les condamne à l’exploit dans les prochains jours, et peut-être même plutôt deux fois qu’une…

 

Le sélectionneur, sourire confus et satisfait à la fois, insiste sur un point aux allures de plaisanterie de commis voyageur tentant de vendre du rêve: «Nous disposions de sept matches pour gagner notre ticket pour les quarts de finale, nous en avons encore trois à disputer. Jouons-les avant de faire les comptes.» Il n’est de toute évidence pas aisé de lutter contre les conventions, à Paris comme ailleurs.

 

Il n’empêche, après une première semaine panachée et riche en contrastes, on se retrouve avec l’humeur diluée dans une grisaille indécise. Ceux qui confessent un béguin de collégien pour cette sélection imprévisible sont prêts à croire en des perspectives de bonheur non pas illimité, mais suffisant pour mener jusqu’au grand huit. Les deux blanchissages de Genoni, le doublé de Praplan, la première période face à la Slovénie et la studieuse prestation face au Bélarus sont autant d’indices qui penchent en leur faveur. A l’opposé, les sceptiques affichent un embarras ostensible, nourri de trop de gestes marqués par l’impuissance. Comment en effet prétendre défier les meilleures nations dans la lutte pour les médailles avec l’inspiration qui travaille à vide, toute faculté de raisonnement paralysée, comme ce fut le cas en fin de rencontre face à des néo-promus revenus de nulle part pour combler un handicap de quatre buts? Comment espérer obtenir face à des habitués aux honneurs ce que l’on n’est pas parvenu à préserver devant une équipe de France certes unie tels les doigts de la main, mais besogneuse en diable et qui ne transpire pas pour autant le talent?

 

Dès demain, Patrick Fischer et ses assistants devront revisiter le registre désormais classique à ce stade de la compétition: effacer les regrets engendrés par les unités égarées stupidement et convaincre qu’en dépit d’un ballottage défavorable, le coup demeure jouable. Certitude: il faudra se montrer persuasif et savoir aller à l’essentiel. Donc faire abstraction du fait que le frelon asiatique menace sérieusement les abeilles de nos contrées…

Publié le 05 mai 2017 à 09:30

Pour des motifs valables, des réalités inavouables ou encore des choix personnels qu’il serait vain de vouloir tenter de comprendre, Roman Josi, Kevin Fiala, Mark Streit, Nino Niederreiter, Dave Sutter, Kevin Romy et quelques autres ne verront pas Paris dans les jours à venir. Jean-Gabriel Pageau ne sera pas du voyage non plus. Pour une très bonne raison, puisqu’il reste dans la course à la Stanley, lui qui s’est fait l’auteur l’autre nuit d’une performance exceptionnelle – «tremendous», comme ils disent de l’autre côté de l’Atlantique… – en inscrivant quatre buts pour le compte des Senators d’Ottawa de Guy Boucher dans leur duel face aux Rangers. Cela étant, le garçon, 26 ans et presque toutes ses dents, n’a jamais été candidat à la sélection à la feuille d’érable, dès lors qu’il faut être au bénéfice d’un contrat à sept chiffres pour y prétendre et qu’il n’en est qu’à 900.000 dollars la saison. Mais là n’est pas le propos…

 

Ajoutez deux lettres à Paris, vous vous retrouverez au paradis. Romain Loeffel et Joël Genazzi y grifferont la glace, heureux et valeureux rescapés de plus de quatre semaines de labeur et de sueur, interminable autant qu’indispensable préparation qui aura mis en lumière la fragilité des certitudes auxquelles s’agrippent Patrick Fischer et ses patineurs. Si tout se passe plus ou moins bien face à la France, la Slovaquie rafistolée, le Danemark et même la réserve de la Russie, c’est une autre paire de manches face au Canada en mode Mondial: mêmes outils de travail, mêmes décors, autre sport.

 

7719200En dépit d’une réalité qui peine à se transformer – l’argent de Stockholm demeure une savoureuse exception – et selon la formule consacrée, l’équipe de Suisse est prête. A quoi? L’équation à plusieurs inconnues reste ouverte et d’aucuns ne manquent pas de rappeler que Paris ne s’est pas bâti en un jour et qu’avec l’apport de quelques si, on le mettrait en bouteille. Dès lors, il semble de bon conseil de s’armer d’un peu de patience. La Slovénie demain sur le coup de midi, la Norvège dimanche, à l’heure où la France découvrira le nom du futur locataire de l’Elysée, apporteront les premiers éléments de réponse et donneront le ton de la quinzaine. «Rêver est toujours une belle chose et rien ne nous en empêche», glisse malicieusement le coach national. Pour autant, l’objectif ne varie pas: accéder aux quarts de finale à partir desquels tout peut aller très vite, dans les deux sens. «Si toutes les conditions favorables sont réunies, rien ne nous interdit de concevoir que nous puissions battre un adversaire comme le Canada», ose Patrick Fischer.

 

Tout en acceptant cet augure – pourquoi pas, finalement, sur un malentendu… –, il n’y a pas lieu de paniquer: quoi qu’il arrive ces prochains jours, que nos internationaux alignent les succès ou qu’ils s’égarent, de jour comme de nuit, sous le soleil ou sous la pluie, Paris restera toujours Paris, capitale des divines tentations. Paris où, lorsque descend la nuit, toutes sortes de gueux se faufilent en cachette sous les ponts, heureux de trouver une couchette. Paris où, à vélo, on dépasse les autos, du moins aux heures de pointe…

Publié le 28 avril 2017 à 09:30

Il se peut, comme très souvent à pareille époque, que nos humeurs se laissent guider par l’émotion plus que par la raison. Du coup, et quand bien même Patrick Fischer et ses protégés poursuivent leur phase de préparation en vue des Mondiaux de Paris, les play-off de NHL ont clairement repris la main, n’hésitant pas à venir perturber – ou animer, c’est selon… –, nos nuits d’ordinaire trop calmes. La première ronde et les incertitudes qui l’ont caractérisée n’auront fait que renforcer la crédibilité du produit. Jamais peut-être séries n’avaient été aussi indécises: dix-huit matches se sont décidés en prolongation, du jamais vu. Dès lors qu’il est dans la nature de l’homme d’opprimer ceux qui cèdent et de respecter ceux qui résistent, il n’y a guère que Chicago et Calgary, sèchement balayés en quatre manches, qui ne soient pas sortis grandis de ce premier tour qui aura servi à purger les moins bons éléments pour laisser la place aux plus performants.

 

Preuve que l’histoire n’est décidément qu’un éternel recommencement, et même si quatre des franchises rescapées n’ont jamais encore connu les honneurs suprêmes, les demi-finales de conférence proposent un somptueux duel entre Washington et Pittsburgh, dixième acte d’une rivalité de légende, quoique à sens unique puisque les Penguins s’y sont imposés huit fois. Haut fait parmi tant d’autres, et d’aucuns s’en souviennent, la réussite de Petr Nedved, un soir d’avril de 1996, après 139 minutes et 15 secondes, cinquième plus long match recensé dans les annales de la ligue. Puisque la gourmandise commence quand on n’a plus faim, il apparaît inutile de préciser qu’on en redemande, et sans modération.

 

275450320Le choc se résume pour beaucoup au duel que se livreront Alexander Ovechkin et Sidney Crosby, références absolues d’un sport qu’ils sont capables de transformer en art. Si les livres d’histoire retiendront que ces deux-là sont entrés sur la grande scène de la NHL le même soir du 5 octobre 2005, ils feront aussi état d’honneurs partagés dans la quête de trophées individuels, récompenses d’une chasse aux points effrénée que le Russe mène allégrement. En revanche, le Canadien a conduit son équipe au succès lors des deux précédentes séries, en 2009 et en 2016, années où les Penguins sont par ailleurs allés au bout…

 

S’ils répètent à qui veut l’entendre que le hockey n’est pas un sport individuel, s’ils confessent un respect mutuel sans borne, «Ovi» et «Sid the Kid» demeurent assurément les plus beaux modèles à imiter et les étoiles montantes ne manquent pas d’en prendre de la graine. S’il entend conquérir un jour la Stanley – elle semble promise au vainqueur de ce duel…–, le tsar a dès lors intérêt à se grouiller. Connor McDavid, seul homme à 100 points en saison régulière, symbolise le renouveau d’Edmonton qui attendait cela depuis une éternité, Auston Matthews incarne l’avenir scintillant de Toronto, deux franchises parmi d’autres qui ont hâte de bousculer l’ordre établi, afin de revisiter leur glorieux passé...

Publié le 21 avril 2017 à 09:30

Pendant que Madrid ne sait plus à quel club se vouer – ce ne sont pas les biens qui rendent heureux, mais le bon usage que l’on sait en faire… –, le hockey de ce pays demeure en admiration, parfois même en lévitation, devant ses maîtres absolus, confirmant une fois encore qu’il n’y aura jamais de héros sans auditoire. Si ce n’est pas le titre qui honore celui qui l’a conquis, rarement sans doute une équipe n’aura à ce point honoré le sacre de champion de Suisse. Comme l’unanimité n’est pas de ce monde, quelques récalcitrants se manifesteront. On leur rappellera que les héros ont notre langage, nos faiblesses, nos forces, que leur univers n’est ni plus beau ni plus édifiant que le nôtre, mais que contrairement à la majorité, ils patinent jusqu’au bout de leur destin.

 

306216714Face à l’insolente autorité des Ours de la capitale, on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée émue pour leurs «victimes». A l’heure du politiquement correct – où se situe la frontière avec le diaboliquement incorrect? –, et sans oser tenter un quelconque amalgame avec des événements qui ont méchamment secoué la planète, l’envie de s’afficher «Je suis Zoug» devient difficilement contrôlable. Alors certes, les nouveaux champions n’ont pas commis d’attentats, même pas de gestes que la morale réprime ou d’irrégularités outrageantes. Tout au long des play-off, ils n’ont fait que valoir leur éclatante supériorité à tous les échelons. Ils ont dégagé une telle impression de puissance en ce printemps que l’on se prend de sympathie pour les adversaires qu’ils ont laminés. «Je suis Bienne», «Je suis Lugano» et «Je suis Zoug», autant de marques de solidarité qui valent bien les formules sophistiquées et alambiquées servies en guise d’explication à ce couronnement.

 

Dans ce décor de carte postale, on en oublierait presque que Thomas Rüfenacht et Tristan Scherwey se sont fait rejoindre par leur naturel d’agitateur qu’ils avaient tenté de chasser. Candidat au titre de MVP, le premier s’est fait un devoir de figurer en tête de la hiérarchie des acteurs les plus pénalisés. Il était forcément dans le coup le 11 mars dernier, partie prenante du nouveau record de punitions infligées durant un match de play-off: 217 minutes. Une anecdote qui fera les délices des statisticiens mais qui ne jettera aucune ombre sur le parcours triomphal du retraité David Jobin et de ses compagnons dominateurs.

 

Cette mainmise ne devrait pas se limiter à ce quinzième titre. Grosse cylindrée qui s’appuie sur un budget de quelque 60 millions – les riches n’ont pas d’humanité et ceux qui en témoignent ne disposent pas de tels moyens... –, le CP Berne paraît bien «armé» pour marquer un peu plus son époque. Il serait ainsi totalement illusoire de s’attendre à une baisse de régime et l’idée de céder le trône n’effleurera jamais un Ours. Du coup, le triplé est en ligne de mire face à une opposition qui se contentera de cet adage: tant qu’on ose se battre, et même si on essuie des échecs, on est digne de respect… Et d’une marque de sympathie à l’heure du verdict: «Je suis …»

Publié le 14 avril 2017 à 09:31

305941160A Montréal comme partout, plus la photo est vieille, plus on a l’air jeune… Ceux qui assistaient à la parade triomphale de Patrick Roy, Guy Carbonneau, Stephan Lebeau ou encore Paul Di Pietro en témoigneront volontiers, pour autant bien sûr qu’ils se reconnaissent sur le cliché. Car c’était il y a vingt-quatre ans, et le Tricolore venait de conquérir sa vingt-quatrième Stanley, aux dépens de Wayne Gretzky et des Kings de Los Angeles, surclassés en cinq manches. Cette célébration allait pourtant donner le coup d’envoi à une longue disette, intolérable au pays du hockey. Une interminable traversée du désert qui a atteint son paroxysme il y a douze mois quand, en l’absence de représentants canadiens, personne n’avait eu besoin de passeport à l’enseigne des play-off de la NHL, première en quarante-six années de luttes épiques. Il y a des histoires qui vous marquent au fer rouge et, quand bien même l’échec n’entachera jamais la sincérité de la tentative, d’aucuns en étaient arrivés jusqu’à soupçonner l’existence d’univers parallèles… L’affront est aujourd’hui lavé puisque cinq franchises à la feuille d’érable se sont invitées à la grande table des séries.

 

Sans aller jusqu’à affirmer que tout est oublié, il y aura donc un printemps à Montréal, comme à Ottawa, Toronto, Edmonton et Calgary. Un vrai printemps, malgré des revers généralisés lors du premier acte. Car en dépit de ce faux départ, le Canadien et les autres affichent de solides ambitions, légitimes pour certaines. Et la cité québécoise est atteinte de cette fièvre à nulle autre pareille d’un voyage dans l’univers captivant de la conquête de la Coupe Stanley. Convaincus de longue date qu’il y a des folies beaucoup plus sensées que la raison, les fidèles du Centre Bell s’y voient déjà, même si la première manche face aux Rangers a souri à Henrik Lundqvist, brillant vainqueur du duel à distance avec Carey Price, véritable baromètre de cette série.

 

Au Canada pas plus qu’ailleurs, une hirondelle ne fait pas le printemps. Saumâtre, ce premier accroc n’a pas tempéré l’enthousiasme délirant et contagieux des partisans. Les plus sages rappellent que tout est possible en séries, surtout l’improbable. Chiffres à l’appui, chaque année des poids lourds tombent au premier tour, dans le même temps où d’autres, présumés plus légers, franchissent allégrement les obstacles. Surprendre demeure en effet le plus grand pouvoir des play-off, au point que la seule certitude réside dans le fait que la Coupe Stanley se gagnera à la mi-juin et pas avant.

 

Fort de ce constat, un internaute, par ailleurs fidèle du Centre Bell, a tenté de se greffer une conscience en livrant quelques conseils: «Apprenez à bien digérer chacune des défaites de vos favoris, tout en sachant que ce n'est pas fini tant que... Et surtout, amusez-vous. Depuis 1999, le Canadien a raté les séries éliminatoires à sept reprises. Profitez-en donc, car la formule du printemps tout inclus ne se renouvelle pas tacitement.» Il faudra bien pourtant que l’éternité prenne fin par un beau jour de printemps…

Publié le 07 avril 2017 à 09:30

Les habitués des salons feutrés ne sourcillent même plus à l’invitation, rompus qu’ils sont à la formule: «Faites vos jeux, rien ne va plus…» Depuis 1998, les amateurs de hockey avaient pris leurs aises pour savourer des moments magiques, mieux gravés dans les mémoires que dans de la pierre. Petr Svoboda est ainsi entré dans l’histoire, auteur de l’unique but de la finale de Nagano, premier tournoi olympique estampillé NHL. Alors défenseur des Flyers de Philadelphie, il allait par la suite et pour l’anecdote devenir le premier Tchèque à griffer à plus de 1000 reprises les glaces de la grande ligue. La liste serait bien trop longue à dresser, des exploits écrits par les 706 professionnels des équipes nord-américaines qui ont patiné à l’enseigne des anneaux. On se limitera au doublé 2010-2014 de Sidney Crosby et de ses camarades à la feuille d’érable, tout en déplorant qu’ils ne puissent le transformer en triplé.

 

Gary Bettman a tranché: la belle aventure n’ira pas plus loin. S’il endosse comme souvent le costume du grand méchant, le commissaire de la NHL ne fait toutefois qu’appliquer les directives impopulaires de ses patrons, propriétaires des franchises. Si elle passe mal, la décision va pourtant dans le sens de sondages, desquels il ressortait que 73% des Américains interrogés étaient opposés à une pause olympique alors qu’ils étaient 53% à partager ce point de vue au Canada. Des chiffres surprenants quand on sait que les deux matches les plus regardés aux Etats-Unis ont été les finales olympiques de 2010 et 1980, avec respectivement 27,6 millions et 32,8 millions de téléspectateurs. Soit quatre fois plus que pour les duels décisifs des plus populaires finales de la Coupe Stanley.

 

303149175Prise unilatéralement et sans concertation des partenaires, cette sentence a provoqué un tollé dans les rangs des professionnels où la fibre patriotique demeure une réalité: «Nous sommes déçus et en total désaccord. Les inconvénients que peuvent causer les Jeux olympiques sont un petit prix à payer comparativement à l'opportunité de faire valoir notre sport et ses meilleurs représentants sur une scène à nulle autre pareille.» Certains ont d’ores et déjà prévenu qu’ils se rendraient à Pyeongchang en février prochain, avec ou sans l’accord de leur employeur. Comme dirait l’autre, on n’est pas sorti de l’auberge.

 

Selon la règle qui veut que les absents ont toujours tort, et quand bien même l’autogoal n’existe pas en hockey, la NHL vient de s’en infliger un magistral. Car les Jeux auront lieu sans elle, comme ils se sont déroulés avant 1998. Reste que Gary Bettman et ses maîtres ont de la suite dans les idées, eux qui avaient trouvé sous les projecteurs olympiques une compensation en matière de visibilité, que l’écosystème sportif nord-américain leur refuse encore et toujours, en dépit de revenus à la hausse. Car il serait faux de croire que la NHL faisait une fleur au CIO depuis 1998, et tant pis si ses dirigeants se sont pris à croire que les Jeux d’hiver tournaient autour du tournoi de hockey et que le rendez-vous n’aurait pas le même impact sans la légion de leur ligue. Faites vos Jeux, il s’en trouvera toujours qui sortiront gagnants…

Publié le 31 mars 2017 à 09:30

La loi des séries est-elle une fatalité ou un pur produit de notre imagination? Quoi qu’il en soit, elle demeure difficile à contourner, impossible à démasquer. Car si un malheur n’arrive jamais seul, on devine plus de psychologie que de science ou de rationalité dans le phénomène. Dans cette logique, le très évocateur jamais deux sans trois semble donc bien tenir de la coïncidence et du hasard plus que d’une norme à respecter ou à faire appliquer. Il n’empêche pourtant que selon la loi de Murphy, tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera forcément mal, comme ce fut le cas l’automne et l’hiver derniers à Fribourg.

 

Paradoxe parmi d’autres de notre quotidien, toute série qui se prolonge se rapproche inexorablement de son terme. Celle qui a vu Julien Sprunger et ses camarades entretenir des relations vicieuses et dangereuses avec la barre a donc connu un épilogue triomphal qui est venu boucler une saison calamiteuse, à oublier au plus vite. Au moins les Dragons ont-ils eu la décence de ne pas trop en rajouter après avoir abandonné à Ambri-Piotta le soin de se frotter au champion de LNB, dans une série de tous les dangers. Mais à chacun ses petits soucis, les Léventins étant coutumiers de ces tristes honneurs qui finiront bien un jour par avoir raison de leur résistance et les faire culbuter à l’étage inférieur, ne serait-ce qu’en fonction de la loi des séries et de son impitoyable roulement.

 

302956430Si les hameaux tessinois tremblent pour l’avenir de leur raison de vivre, Detroit vient d’être victime d’un véritable cataclysme. Une des séries les plus significatives de l’histoire contemporaine du sport de haut niveau s’est en effet brutalement achevée avec l’élimination des Red Wings, exclus des play-off de la NHL après vingt-cinq années d’histoire sans la moindre infidélité, couronnées de quatre Stanley et de deux finales perdues. Une issue dévastatrice pour «Hockeytown» qui tente tant bien que mal de conjurer son déclin. Pour mémoire, Detroit a été en 2013 la première grande ville américaine à demander une mise en faillite, après avoir cumulé une dette d'environ 18,5 milliards de dollars. Dans cette phase de reconstruction, les Red Wings apparaissaient comme une lueur d’espoir qui vient de s’éteindre.

 

Le retour du printemps a donc marqué la fin d’une époque à Detroit et cette campagne restera celle de tous les traumatismes après les décès du propriétaire Mike Ilitch et du légendaire Gordie Howe. De plus, dans quelques jours, la Joe Louis Arena, théâtre de tant et plus d’exploits, fermera définitivement ses portes. Pour autant, personne ne se dit prêt à céder au découragement. Et la fin de cette séquence – outre-Atlantique, les experts s’accordent à considérer qu’elle restera à tout jamais inaccessible – ne saurait signifier la reddition des Red Wings, loin de l’état de délabrement de la cité qui les héberge. «Je ne crois pas que l'on puisse planifier d'être bons ou mauvais, prévient le directeur général Ken Holland. Tout le monde devra puiser dans ses ressources et redoubler d'ardeur pour rebondir.» Parce que le printemps à Detroit n'est pas le printemps sans séries éliminatoires de la Coupe Stanley…

Publié le 24 mars 2017 à 09:30

On a beau avoir une santé de fer, on finit toujours par rouiller… Dans l’ambiance artificiellement feutrée d’un salon d’hôtel, jamais peut-être la fragilité des éloges n’aura été aussi palpable. Sous tutelle depuis l’arrivée du triumvirat qui n’est jamais parvenu à faire de Vancouver l’une des références de la NHL, Chris McSorley a dû se résoudre à céder les commandes, le jour même où il fêtait son 55e anniversaire. Après seize campagnes derrière le banc des Aigles, l’homme a été poliment – à tout le moins veut-on le croire – prié de prendre du recul. C’est désormais dans le bureau et le costume du manager général qu’il poursuivra son œuvre. Si vous tombez la tête en avant, dites-vous qu’au moins vous continuez d’avancer, dirait l’autre…

 

303646605La puissance des colères froides de Chris McSorley ne secouera donc plus le hockey de ce pays. Depuis qu’il a succédé à Paul-André Cadieux en 2001, le bouillant Ontarien a tour à tour servi le show – ses prises de bec avec le corps arbitral en général et Dany Kurmann en particulier ont souvent fait le buzz –, le tiède voire le froid si l’on s’en réfère aux seuls résultats. Car au-delà de la promotion programmée dans l’élite en 2002, quand le contingent à sa disposition «pesait» 6686 matches de LNA, GE Servette aura dû se satisfaire de deux titres de vice-champion – il y a certes deux Spengler, dont il convient de relativiser le poids… – alors même qu’il semblait à chaque fois s’être doté des moyens de ses ambitions, via un recrutement ciblé. Reto Pavoni, Gian-Marco Crameri, Oleg Petrov, Goran Bezina, Juraj Kolnik, Kaspars Daugavins, Byron Ritchie, pour ne citer qu’eux, n’auront pas suffi. Une manière de rappeler que ce ne sont pas les biens qui rendent heureux, mais le bon usage qu’on en fait. S’il a certes remis le hockey au goût du jour dans la Cité de Calvin, s’il a su se faire respecter outre-Sarine, Chris McSorley est néanmoins resté éloigné du palmarès qu’il s’était rêvé. Maigre consolation, il vaudra toujours mieux viser la perfection et la manquer que convoiter l’imperfection et l’atteindre.

 

On aurait tort toutefois d’imaginer que les Vernets se transformeront en un refuge pour nostalgiques après cette redistribution des cartes et des rôles. Ainsi, le club a d’ores et déjà réaffirmé haut et fort qu’il serait dès la rentrée candidat à ce titre tant convoité que Berne, Zoug, Davos et Lugano se disputent aujourd’hui. Dès lors que la science de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs, on peut faire confiance à Chris McSorley pour dénicher l’oiseau rare qui prendra le relais et saura relever le défi.

 

Le roi est mort, vive le roi! Telle est donc la morale d’une partie de poker menteur parsemée de contradictions. L’art de gouverner réside dans la règle de ne pas laisser les hommes vieillir à leur poste, considérait Napoléon Bonaparte. «Le statu quo, en sport, c’est la mort», insiste Chris McSorley. Il lui aura donc fallu seize ans pour assimiler cette réalité et accepter, sinon à l’insu de son plein gré selon toute vraisemblance à contre-cœur, de reculer dans l’ombre, pour le bien du club à en croire la version officielle. Que la lumière soit, quand bien même elle déçoit souvent dans ce monde-là…

A propos

Jean-François Berdat, journaliste sportif, suit l'actualité du hockey sur glace depuis plus de 30 ans.

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