Eplucher les marottes,
trancher-les en rondelles. Pleurer les oignons et, sans les perdre, les aulx.
Couper en deux les gosses et retirer les germes. Retirer toujours les germes,
ça évite la contestation. Je vous prie de m’excuser je surveille mon filet mignon. Miroitons, miroitons.
Occupé au piano, me voici
privé de clavier. Les contributions
ménagères de l’homme moderne le tiennent éloigné de l’écritoire. La plume
s’envole et le gîte gît. Mettre le vain dans un casserole et le faire réduire
de moitié. Faire blanchir vos idées noires, enlever l’aïe où ça fait mal. Faire
revenir les lardons, passer–les à la douche. Couvrir la cocotte si vous y êtes
attaché, baisser le feu si elle écume. Ne pas rallonger la sauce, soigner aux
petits oignons. Entretenez la femme à feu doux.
C’est dans le fracas d’un
torrent furieux que l’on se représentait Herminator. Hermann maier n’a jamais
rien montré de ses faiblesses. Sa
réussite tenait en deux mots, le travail et le travail. Au pied des murs les
plus vertigineux on a toujours vu le maçon de Flachau. C’est dans des larmes
contenues et un sourire modeste sur le podium de Kitzbühel, qu’a fondu l’homme
de glace, l’insensible Cyborg.
Histoire d’os, aussi. Il se
fracture la main gauche à Chamonix en 97, il obtient une victoire en super G
dans le mois qui suit. En 1998, Maier explose dans la descente olympique de
Nagano. Contus, meurtri, il va, trois jours plus tard, cueillir l’or du Super G et celle du géant.
En 2001, on le croit terrassé. La jambe broyée dans un accident de moto,
« Hermann Maier devra tirer un trait sur sa carrière », pense-t-on.
Durant 18 mois, il remet les planches sur son métier. Travail, travail, c’est
le pain et lot quotidien du forçat.
Herminator boitille, il claudique. « Je pouvais prendre l’argent de
l’assurance et tirer un trait. » déclare-t-il à l’Équipe. L’homme bionique
a choisi une autre voie. La seule. Remonter à l’assaut. « Avant mon
accident, je devais gagner. Après, je voulais gagner. » Cinq
semaines après son retour le 27 janvier 2003, l’Autrichien renoue avec la victoire sur la Streif, une 5e victoire sur sa piste.
Cinq ans après, Hermann
Maier termine 2e du
Super G de Kitzbühel, un retour en grâce, retour aux sources de jouvence pour
l’homme comme un autre, celui qu’il montre aujourd’hui. « Un homme
constitué de 70 % d’eau », qui avoue s’être liquéfié parfois.
Apte ou inapte ? Telle
était la question à laquelle un collège de scientifiques devait répondre. Le
sprinter sud-africain, Oscar Pistorius,
handicapé des jambes, pourrait-il courir avec les valides? Pourrait-il se
rendre aux Jeux Olympiques de Pékin et courir le 400 m ? « La chose sans jambe la plus rapide », ainsi qu’il se définit*, pensait bien
réussir les minima de qualification.
Fin du
suspens. L’aréopage de scientifiques est formel ; les prothèses
« Cheetahs », nom donné aux jambes d’Oscar, donnent un
avantage à Blade Runner, elles augmentent artificiellement ses performances de
30%. Il ne courra pas à Pékin.
Adieu, veaux, vaches,
cochons , foulées, la déception est à la mesure des espoirs du jeune athlète
autorisé au printemps par la
fédération internationale d’athlétisme, à se frotter aux meilleurs du tour de
piste. Oscar pleure toutes les lames de son corps.
Privé de JO, Oscar Pistorius, recordman du monde des 100, 200, 400 mètres handisport, pourrait bien se voir privé de Jeux paralympiques. En effet, après les valides, ce sont les handicapés qui dénoncent l'avantage que procurent au jeune coureur, ses prothèses de carbone. Décidément perdre ses jambes a son coût.
Depuis un an je me
préparais à astiquer vigoureusement les saccageurs sans vergogne de l’Afrique. J’avais
embarqué dans un ordinateur tout neuf des caisses de vivre pour ne pas laisser
mourir, empiler des stères de bois la bonne parole, amasser des mots durs, des ordures à déverser sur les têtes
casquées des baroudeurs de 4 sous, aventuriers d’opérette. J’avais tendu un
filet serré sur le bivouac, acéré la plume que je m’apprêtais à porter
vigoureusement dans le flanc pansue des pétroliers, affûter les arguments
comme je respire le besoin de vous mettre le nez dedans. A la veille d’écrire un
billet sur ce qui constitue incontestablement la plus abjecte des sauteries mécanisées, le gibier se défile. Ah ! comme
j’aurais voulu écrire encore un fois, jusqu’au soleil, jusqu’à la plage de sable
rose, dénoncer cette infamant anachronisme. Sous la pluie froide de ce début
janvier je regagne mon écritoire laborieux, je venais pour tancer et pas un
seul cavalier du désert à tancer. Vous
savez quoi ? vous êtes des gâcheurs de fête. A partir de maintenant, je ne
tance plus, je garde le sac à ma copine.
tsr.ch, placé sous la responsabilité de la TSR, met en ligne sur cette page des "blogs" personnels souvent décalés, parfois impertinents. Ces textes proposent des regards subjectifs; c'est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de telle ou telle émission mais bien celui de son auteur.