La faim justifie les moyens. Quand
les tribus maories avaient à régler, dans le sang, quelques différends, la
tradition voulaient que les guerriers entonnassent le haka.
Chaque tribu possédait le sien. Le haka, c’est toute la tension, la fierté d’un
groupe déterminé, à vaincre, à dépecer et à becter son ennemi. Quand dans nos
contrées, nous prétendons vouloir bouffer l’adversaire, c’est une manière d’hyperbole.
Chez les maories, il y a 300 ans, il s’agissait bien de tuer, puis de manger
son adversaire. Cela ne se fait plus. Mais, aujourd'hui comme hier, le haka des
All
Blacks, terrifie l’équipe adverse,
équipe qui ne tarde pas à se faire dévorer.
Ka mate Ka mate
C'est la mort C'est la mort Ka ora Ka ora
C'est la vie C'est la vie
Ka mate Ka mate
C'est la mort C'est la mort Ka ora Ka ora
C'est la vie C'est la vie
Tenei Te Tangata Puhuruhuru
Voici l'homme chevelu
Nana i tiki mai whakawhiti te ra
Qui fait briller à nouveau le soleil pour moi
Upane Upane
En haut de l'échelle En haut de l'échelle Upane Kaupane
En haut de l'échelle Tout en haut
Whiti te ra
Le soleil brille!
A Prague, les All Reds de
Coupe Davis, ont fait aussi dans l’hyperbole. Sans vouloir bouffer
l’adversaire, ils pensaient s’offrir sa peau. Dans le dernier duel, la tribu
suisse a psalmodié un Wawrin-haka peu convaincant. L’homme chevelu n’a pas vu
le soleil.
Mouton blanc, mouton noir, mais dites donc, c'est lesquels qui donnent le plus de laine? -Ho ben, c'est les blancs! -Ah bon. Et les Noirs ?
-Ho ben les Noirs
aussi !
Ainsi répondait le berger. Et quand on lui demandait pourquoi les blancs. Il répondait bravement: -parce que c'est les miens ! -Ah bon. Et les noirs ? -Ho ben les noirs
aussi !
Des
personnalités politiques s’interrogent sur le bien fondé du métissage de la
Nati. La justice ne trouve rien à y redire, il faut donc bien répondre, hein Monsieur Köbi !
-Dites donc ! Vous avez
des ailiers blancs et des ailiers noirs. C’est lesquels qui débordent le
mieux ? -Ho ben, c’est les
Blancs ! -Ah bon. Et les Noirs ? -Ho ben les Noirs
aussi !
-Et pis ! Vous avez des
avants blancs et des avants noirs. Mais c’est lesquels qui marquent le plus de
buts ? -Ho ben, c’est les
Blancs ! -Ah bon. Et les Noirs ? -Ho ben les Noirs
aussi !
-Et puis, les
défenseurs ? Vous avez des latéraux blancs et des latéraux noirs. Mais
c’est lesquels qui défendent le mieux ? -Ho ben, c’est les
Blancs ! -Ah bon. Et les Noirs ? -Ho ben les Noirs
aussi !
-Ha ! … et les demis ?
Les demis, c’est lesquels qui récupèrent le mieux, qui relancent le mieux, qui
construisent le mieux, hein c’est lesquels ? -Ho ben, c’est les
Blancs ! -Ah bon. Et les Noirs ? -Ho ben les Noirs
aussi !
-Mais là, depuis le début de
la discussion vous dites, c’est les blancs, c’est les blancs et patati !
et patata ! et blanblanblan… Pourquoi les Blancs ? -Mais parce qu’ils sont
suisses ! -Ah bon. Et les Noirs ? -Ho ben les Noirs
aussi !
Depuis 2000, ils tournent la tête aux femmes. Depuis
2000, elles tournent, lascives, les pages du calendrier des Dieux du stade. Emues par des
trois-quarts à moitié nus, des demis qui le sont tout à fait, des ailiers à
l’aisselle glabre, elles rêvent, d’en avant, de mêlées, de débordements,
d’essais transformés. Madame rève d'Apollon XV, une fusée qui l'épingle. Quand vient l’automne, les adonis du stade Français s’effeuillent le
simple appareil, le Pirelli de l’ovalie roule sur la gent féminine.
Les guerriers prêts au
combat. « Tout à la fois forts et vulnérables » dit Samuel Lepastier,
psychanalyste à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière. De la puissance et une certaine
fragilité. Confus, prudents ou partagés,
les fils d’Apollon seraient à double face. L’attirancechange de camp et le combat change de dames. La région Ile de France, profite de l’organisation
en France de la coupe du monde de rugby
pour se promouvoir en Angleterre.
Le glamour nous ferait
perdre de vue l’essentiel; le rugby. C'est bien beau de tomber le maillot, mais faudrait voir quand même à le mouiller. Lu sur la toile, ce commentaire de
supporteur : « Ce n'est pas avec un calendrier qu'on va gagner la coupe
du monde. Allez, au boulot les gladiateurs, sinon: aux lions! »
Gloire aux dieux du stade, au plus haut, au plus vite, au plus fort. Hosanna, sauve-nous seigneur des anneaux, des mondiaux, du CIO. Donne-nous des Jeux de Pékin aussi propres que les championnats du monde d’athlétisme d’Osaka. 500 contrôles sanguins, 500 contrôles urinaires classiques, et rien… presque rien. Lamine Diack, le président de la Fédération internationale d'athlétisme, ne déplore qu’un maigre résultat "anormal" lors de ces Mondiaux d'athlétisme 2007. En 2001, année noire de l’athlétisme, Edmonton avait accouché de 13 cas de dopage. Rapport de cause à effet, la cueillette de records, elle aussi, est assez maigre. 0 record du monde durant la quinzaine d’Osaka. 0 cas de dopage. Le chœur des candides annonce les championnats du monde les plus propres de l’histoire, claironne sans retenue, portant la bonne parole de l’immaculée compétition. Libération relève qu’avec un temps de 9’’85 au 100m (vent défavorable de 0,5 m), la course de Tyson Gay est plus rapide que les 9’’77, record du monde actuel d’Asafa Powell, (vent favorable de 1 m). Oui, mais c’est moins rapide mathématiquement que les 9’’79 de Maurice Greene à Athènes en 1999, (vent favorable de 0,1 m). Le vent a tourné. Cela s’appelle une donnée corrigée des variations saisonnières. Donc le dopage a disparu, chassé, comme vil nuage, par un vent salvateur. Le sang des dieux du stade répandu dans l’arène est pur. Les moutons sont blancs et ils sont bien gardés.
tsr.ch, placé sous la responsabilité de la TSR, met en ligne sur cette page des "blogs" personnels souvent décalés, parfois impertinents. Ces textes proposent des regards subjectifs; c'est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de telle ou telle émission mais bien celui de son auteur.