J’ai sur le bout de la langue
10 août 2007
J’ai sur le bout de la langue ton nom presque effacé. La langue fourchue du géant de Provence avale chaque jour, de Bédoin ou Malaucène, des centaines de cyclistes, des anonymes en équipages hétéroclites. Farauds en livrées multicolores et cadres profilés, vététistes à gros pneus, amateurs affutés et épilés, citadins égarés, ventrus et pansus inconscients. Victimes consentantes, aguerries et sereines, asphyxiées ou tétanisées, remontent avec aisance le serpent bitumeux, poussent essoufflés leurs City Bikes inadaptés, ou hissent, en tanguant dangereusement, leur surcharge pondérale jusqu’à la gueule Vorace du Titan.
Ils veulent
se frotter au mythe. Treize fois, les forçats de la route s’y sont empoignés.
De Lazarides en 1951, à Virenque en 2002, Merckx, Poulidor, Robic, Bobet,
Thévenet,…les grands noms du vélo s’y sont illustrés. Pas seulement dans la
chronique sportive... Tom
Simpson y agonisa, il y a 40 ans. Tout au long des 20 km de l’ascension du Mont Ventoux, leurs noms
s’étalent encore aujourd’hui, en grandes lettres blanches. Des inscriptions
qui s’effacent avec le temps; Pantani, Virenque, Ullrich, Armstrong,
Landis, Vino, … des monuments de bravoure. Les noms s’estompent, rongés, salis. J'aimerais tous vous
oublier. J’ai lu, sur le bout de cette langue bien pentue, tous vos noms presque
effacés.
Christophe Blondeau
10 août, 2007 | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack (0)