« Les hôtesses de la banque partenaire sont toujours aussi charmantes, les 2CV du sponsor saucisson sont toujours aussi rigolotes, mais c'est un peu tout. Aujourd'hui, la légende a mauvaise mine.» A ce stade, je partage le constat, sévère mais juste, de mon confrère Simon Meier dans « Le temps » du samedi 7 juillet, jour de départ en grandes cloches de la Boucle.
Dopage, suspicion de dopage, révélations, soupçons, la grande course affiche la sale gueule cassée de l’amour déçu. Et pourtant. Les flegmatiques Grands-Brittons, qui ne cultivent aucune tradition de la pédale, sont venus, ils ont vu, ils ont mordu. Des milliers de spectateurs ont suivi le prologue parti sur le coup de Big Ben. Buckingham, Westminster, Hyde Park. Des centaines de milliers de gobe-mouches agglutinés, de Tower Bridge à Canterbury, ont fait du baise majesté à la petite reine.
De la Manche à Gand, les coureurs suent, la cohue presse, la presse hue, le public sut. Le manège est réglé. Hourra pour le héros, haro sur le baudet. On sait, on dit qu’on sait et il sait qu’on sait, le baudet, et nie. Le troupeau hennit. Le spectateur et le téléspectateur frémissent, ils frétillent, unis à leurs gladiateurs glabres dans une idylle vélocipédique abracadabrante.
Il reste, quoi qu’il arrive, sur les routes de Gaule et d’ailleurs, un peuple du vélo, bercé par les cigales, le cliquetis des dérailleurs et le grincement des dents sur les pignons. On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, ni un baudet. Les longs bidons du débit d’eau de Ferrari bercent les coureurs d’une humeur fanfaronne. Et la Deuche claironne « Cochonou, le coureur d’élevage comme on l’aime chez nous. »
Il mange de tout, des petites filles à la sortie des écoles, des bambins dans les cours de récréation, des travailleurs laborieux, des mères de famille de retour du supermarché, des préfets, des conseillers d’Etat valaisans, des ministres de la justice, des avants-centres helvètes ou la statue équestre, en long, du général Guisan. Quelquefois aussi, ils se mangent entre eux.
En bande, ils traversent les beaux quartiers, se repaissent de vieux grenadiers. Un vieux loup gris solitaire hante les couloirs du pouvoir. En clans, loqueteux, ils arpentent les banlieues. Certains arborent les couleurs de nos clubs sportifs centenaires. Des loups blancs, de Croatie, de Serbie, de Turquie, des bandes féroces de lycaons, des loups d’Abyssinie écument nos stades. Contre eux aussi, la fermeté. Une petite faute, hop expulsé et la famille aussi. Carton rouge pour les Niacoués, les Yougos et les Négros. On poutze à grands coups de balai, « L’homme n’est que poussière, c’est dire l’importance du plumeau » disait Vialatte. Double punition pour l’étranger, sous les hourras de la cohorte, hurlant avec... L’homme n’est que mouton, c’est dire l’importance du loup.
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