Le Blog de Christophe Blondeau
Le sport à la tv

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Les montagnes accouchent d'un sourire

Samedi, sur le coup de 16h00, le God Save the Queen, l'hymne britannique, retentit dans Croke Park, à Dublin. Le temple des sports gaéliques et haut lieu de mémoire irlandais, enceinte interdite depuis 1884 aux sports étrangers et plus particulièrement britannique (football, rugby, cricket ou hockey sur gazon), Croke Park accueille l'Anglais pour une incroyable première.

Croke Park où, en 1920, les troupes anglaises faisaient irruption et tiraient sur la foule, tuant 13 spectateurs et un joueur de football gaélique. Novembre 1920, premier bloody Sunday. Février 2007, retour de l'Anglais qui, pis est, dans cet ultime refuge de la culture gaélique, pour défier l'Irlande dans une discipline britannique.

Croke Park, du nom de l’évêque Croke, nationaliste irlandais, créateur de la fédération des sport gaéliques. La Gaelic Athletic Association (GAA), créée en 1884 pour défendre la culture sportive et l’identité irlandaise, dont Croke et quelques fidèles craignaient qu’elle ne se fonde dans l’empire britannique.

Le poids de cette histoire n’a pas écrasé la présidente d’Irlande. Mary McAleese, avec beaucoup de gentillesse, a passé en revue le XV à la rose sous la conduite de Jonny Wilkinson. Elle eut un mot aimable pour chacun de ces Anglais. Elle adressa un message, on le sentait ferme et déterminé, à chacun des Verts que lui présentait Brian O'Driscoll, le capitaine. Il n’était pas question de perdre, de subir un quelconque affront, ici à Croke Park.

Le poids de l’histoire n’a provoqué aucun écart du public, l’accueil réservé à l’Angleterre fut digne et respectueux, l’hymne anglais applaudi par tout le stade. Le soutien des 82000 spectateurs était pourtant acquis aux locaux.

Le poids de l’histoire a juste retardé la mise en marche du rouleau compresseur irlandais. 43-13 au coup de sifflet final. Croke Park, ou le poids du symbole n’a pas empêché les Blancs et les Verts de se tomber dans les bras, les bouches largement fendues sur des protège-dents fluos. Les montagnes accouchaient d’un sourire.

Christophe Blondeau

26 février, 2007 | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack (0)

La comédie inhumaine

Cher Gabet,

GabetQu’alliez-vous faire dans cette galère ? Que n’avez-vous résisté à la tentation d’une première aventure dans l’élite ? Cette aventure, pour excitante qu’elle fut, vous faisait courir au suicide. Son issue est abrupte, elle pouvait l’être davantage. Quelle grande pitié de vous voir ainsi humilié. Je ne saurais vous dire dans quel tourment m’ont jeté, jeudi dernier, vos confessions au micro de la Radio Suisse Romande. Je vous réentends, dans notre Journal de 19h30 le 21 novembre 2006, tout gonflé de fierté, plein de votre enthousiasme, débordant d’orgueil et d’envies. Je réentends le président assurer, dans le même téléjournal, que vous n’êtes pas là pour passer l’hiver au chaud, je le réentends certifier que votre tête roulera dans la sciure, si le tableau de marche n’est pas respecté. Il vous avait promis l’enfer, ce fut pire que cela. Chez ce Vautrin de province, la brutalité le dispute à la rusticité. Son inélégance n’a d’égal que son cynisme, on ne parle pas ici de qualités, mais d’attributs au service de l’ambition. Il bouffe tout avec « des yeux tout brillants d’une vilaine concupiscence », comme disait Aymé. L’argent, la reconnaissance, le renom, la terre, la gloire, les esclaves, autant d’envies qui traduisent son inextinguible besoin de revanche, son besoin frénétique de laver des frustrations enfouies, d’humilier avec délectation tous les pauvres naïfs qui défilent dans sa comédie inhumaine.

Christophe Blondeau

19 février, 2007 | Permalink | Commentaires (3) | TrackBack (0)

Journaliste qui t'a fait coi

Les journalistes sportifs sont des apôtres du silence, des colporteurs de rien, des montreurs de vide, des sépales connivents des pétales de nos plus belles fleurs, celles de notre bouquet national. Entendez par-là que les journalistes sportifs ne manifestent pas le moindre esprit critique dès qu’il s’agit de creuser, de décortiquer les faits et les agissements de nos gloires helvétiques. Qu’il s’agisse du forfait de Federer en Coupe Davis, de Bertarelli et du licenciement de Coutts dans des conditions douteuses, Pierre Morath, historien du sport et journaliste, en est sûr, les journalistes sportifs font preuve d’un manque de curiosité coupable.

L’éclairage de Pierre Morath est très cru. « Si les journalistes politiques se comportaient comme certains journalistes sportifs, affirme-t-il, on peut se demander si nous ne vivrions pas en dictature. »

Le constat ne se borne pas aux journalistes sportifs, la bête grignote au-delà du cercle des plumitifs du gazon. « Quand le profit devient la seule déontologie » , le dossier médias du Monde diplomatique démontre comment les logiques économiques conduisent les entreprises de presse à exiger toujours plus des journalistes, à sous-traiter des prestations à des sociétés au statut contesté, à engager des journalistes toujours plus jeunes, précarisés, … « Cette insécurité produit un journalisme timoré » et pour tout dire pas très utile à la démocratie, elle conduit, regrette la Fédération internationale des journalistes, « au déclin du journalisme critique et d’investigation. »

La vérité ne se cueille que sur certains arbres. Mais, dans tous les ramages, l’on trouve des cueilleurs habiles et des foutriquets. La médiocrité n’attend pas le nom de la rubrique dans laquelle les chevaliers de la plume, la portent ou non, dans la plaie.

Christophe Blondeau

13 février, 2007 | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Filippo Raciti tué à Catane

RacitiLes morts font malheureusement partie de ce très grand mouvement qu’est le football. Depuis des décennies, des morts, des blessés jalonnent le parcours du calcio. Depuis des décennies, les autorités promettent des mesures.

En 2005, à la suite du décès d’un supporter napolitain, l’Etat italien avait imposé des normes de sécurité dans et autour des stades. Cette mesure n’a jamais été appliquée, bafouée en toute impunité par les clubs et leurs dirigeants. A la suite des récentes émeutes de Palerme, le Comité national olympique italien (Coni) – dont dépend la Fédération italienne de football - souhaite la création d’une commission chargée de vérifier l’application d'une mesure prise en 2005. Cette saison 06–07, 270 personnes ont été blessées au cours d’affrontements dans 55 matches concernant les trois divisions professionnelles. L’immense majorité des clubs et la plupart des stades sont hors la loi. Nombre de ces clubs n’auraient pas du avoir leur licence cette saison.

Président de l’Etat, premier ministre, président du CONI, président de la Fédération, le cœur des pleureuses s’indigne, mais, jamais, ces autorités n’ont fait appliquer la loi et les règlements. Jamais, elles n’ont fait plier les dirigeants des clubs. Des dirigeants d’un cynisme absolu. On est écœuré à la lecture de la déclaration (citée par Libération) du président de la Ligue italienne des clubs professionnels, Antonio Matarrese. «Nous sommes touchés, mais le spectacle doit continuer, a-t-il déclaré. La Fiat, pour se relancer, n'a pas arrêté les machines. Nous voulons copier le modèle de relance de la Fiat. Les morts font malheureusement partie de ce très grand mouvement qu'est le football et que les forces de l'ordre ne réussissent toujours pas à contrôler. Le football ne doit jamais s'arrêter. C'est la règle no1: le football est une industrie (...). Pensez-vous qu'il y ait une industrie qui ferme ses usines et qui ne sait pas quand elle les rouvre ?»

Filippo Raciti, policier de 38 ans, est mort de n’avoir su contrôler le grand mouvement qu’est le football.

Christophe Blondeau

5 février, 2007 | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack (0)