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Le Blog de Christophe Blondeau
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Fils de pub
Je n’aime pas être pris pour un crétin. Je l’admets, dit comme cela, c’est brutal. Je sais, nous savons. Le sport, sans la publicité, sans le sponsoring, ne serait pas le grand show que nous, des milliers en Suisse Romande, des millions de part le monde, suivons passionnément. Le FC Barcelone qui ne s’était jamais vendu à quiconque, va offrir les poitrines de ces gladiateurs pour 12 millions d’Euros. Sans les millions de la pub, le haut niveau volerait au niveau des pâquerettes.
La TSR, sans le sponsoring, sans la publicité, ne pourrait pas vous faire vivre de nombreux grands événements. Des événements que nous suivons amoureusement, parce qu’on vous aime et parce qu’il faut bien le dire on aime éperdument l’envolée de l’aigle Hermann Maier, le déboulé de Ronaldinho à la limite de la surface de réparation, la chevauchée fantastique d’un petit guerrier toscan dans une classique de printemps. Il y a de l’audace, de la pureté dans le mouvement, de l’émotion, il y a du drame, de l’héroïsme, du geste gratuit (pouf, pouf)*. Ce n’est pas une coupure publicitaire ici ou là, ce n’est pas l’apparition répétée d’un sponsor en bas de la boite à coucou qui peut nous faire trouver l’aurore moins belle.
Mais, comme disait l’autre : « passées les bornes, y-a plus de limite. » La pub s’invite à table sans y-être conviée, elle nous prend pour des gogos, elle nous fait prendre les messages pour la lanterne magique! Voyez l’impudence effrontée de tel champion de ski, qui au réveil de sa narcose s’orne d’une coiffure vitaminée ridicule pour recevoir la presse. Remarquez cet autre, interviewé dans son hôtel, enguirlandé comme un représentant de commerce, le serre-tête enfoncé jusqu’aux yeux, les skis en travers du cadre…Il étouffe, transpire à grosses gouttes sous un anorak bardé de pubs, un vêtement si laid qu’on se demande bien, à part le fric, ce qui peut bien l’obliger à le porter. Et celui-là, qui n’est même pas coureur, s’appuie ostensiblement sur sa paire de lattes pour nous professer une théorie définitive sur la science de la courbe. Je ne sais comment cette promotion grotesque, faussement naturelle, influence la courbe de résultats des entreprises qui en bénéficient, je crois qu’elle nuit considérablement aux sportifs et ex-sportifs qui enfilent sans vergogne l’habit ridicule de l'homme sandwich et le cornichon.
Christophe Blondeau
*Pouf, pouf : Pierre Desproges
21 janvier, 2005 | Permalink
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D'accord ou pas Dakar
On s'amuse et on rit dans la poussière des monstres d'acier. Les organisateurs de cette grande sauterie africaine rencontraient récemment les représentants de l'autorité algériennes pour un prochain passage de la caravane. Le quotidien algérien El Watan écrivait: « Le célèbre rallye qui incarne l’aventure, la découverte, le rêve et le dépassement de soi, n’est plus passé par l’Algérie depuis 1988. » Tant mieux pour vous, chers amis algériens.
Les survivants du Dakar ont gagné le lac rose, ultime étape d’un Rallye raide, voire très raide cette année. Parti de Barcelone, ou les organisateurs avaient la certitude qu’aucun opposant ne viendrait interpeller leur conscience, le jeu de piste a été un jeu de massacre. 5 morts cette année, des héros sur lesquels l’opinion vroum vroum verse des larmes de crocodiles, des pilotes de camions, de motos et des rien ni personne. Des vedettes, des petits volants que la mort a sorti de l’anonymat, et des innocents au nom tu à jamais. Une petite fille est morte. Elle avait cinq ans et personne ne saura jamais qui elle est. Renversée par un camion d’assistance à Kebemer au Senegal. Elle rejoint le cortège des autochtones inconnus morts au champs d’horreur d’une joute anachronique. Une promesse brisée par un chauffard ordinaire, une petite pousse-toi de là que je m’y mette. Le lendemain de l'accident mortel, 15 motards et 2 pilotes automobiles étaient sanctionnés pour avoir dépassé les vitesses autorisées lors des traversées de villages : 300 Euros d'amende et 5 minutes de pénalités (à rattraper en allant plus vite, toujours plus vite). ).
On s'amuse et on pleure dans la poussière des monstres d'acier qui traversent la misère dans un souffle indifférent. Gérard Holz , observateur multirécidiviste le dit: « lorsqu’on arrive au bout, c’est une délivrance et aussi une petite mort car, quand on a atteint son rêve, il y a un coup de blues formidable. » Ne riez pas ! Le coup de blues René Dumont, l'écrivait en 1980 dans « L'Afrique étranglée »: « Le rallye Paris-Dakar est indécent. Je compare cela à une bande de fêtards qui organisent un banquet, mais pas chez eux, et qui entrent chez un pauvre pour ripailler sans l'inviter à partager. (...) La vraie aventure, c'est la lutte contre la faim. » La vraie aventure c’est la lutte pour la fin.
Christophe Blondeau
14 janvier, 2005 | Permalink
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Plongée en eaux troubles
« Le 20 février, si l’argent n’est pas versé, le club grenat tombera en faillite ». Cette phrase est vieille d’un an. En février 2004, les dirigeants servettiens, incapables de payer les fournisseurs, de régler les salaires, multipliaient les contacts à Genève dans le monde des affaires et de l'économie, ils ne trouvaient aucun appui. Ils se tournaient vers Marc Roger, l’homme providentiel. L’année précédente Len Smith était le sauveur annoncé. Mais il y avait eu l’arrivée, en 2001,de Michel Coencas. En avril 2002, le printemps soulevait la bourrasque annuelle du Servette FC. Aujourd'hui, comme il y a un an, et comme auparavant, la situation est désespérée. Pas de licence, menace de faillite, bradage des joueurs, arrivée du grand Yaka et du… mais si !! mais si !! Limogeage de l’entraîneur ( Favre, Morinini, Schällibaum, …) et engagement de la fine fleur des footballeurs, Moldovan puis Karembeu à des salaires qui dans le pire des cas ne seront pas payés. Fin de cycle. Le Servette FC n’ira pas beaucoup plus loin ou plutôt si. Il va tomber en première ligue, comme Lausanne Sport et le FC Sion avant lui. Janvier 2002, les Valaisans abandonnaient leur club. Fiasco de la souscription publique, désengagement des sponsors, le président Kadji bradaient les joueurs et licenciaient une partie du staff technique. Le FC Sion s’était donné à Kadji et Jacky Mouyal (agent de joueurs qui avaient 3 champions du monde dans son portefeuille) s’étaient défilé. Christian Constantin revenait aux affaires en une manière de parousie. Le FC Sion vise aujourd’hui le retour dans l’élite au plus tôt. Engagement de la fine fleur des footballeurs, en tout 16 nouveaux joueurs dont les internationaux Borer et Thurre, le Français Gravelaine, le Portugais Joao Pinto. Christian Constantin continue à mettre le prix. Il se penche sur la dépouille du Servette, il vise Davide Calla et Joao Paulo. Et surtout il veut Hakan Yakin libéré par Stuttgart. L’histoire nous apprend que l’on apprend rien de l’histoire et la grenouille veut toujours se faire plus grosse que le bœuf.
10 janvier, 2005 | Permalink
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Les rois maudits
Les rois maudits ce sont les « Étoiles fuyantes » de Christian Montaignac. Onze dieux du stade qui se sont trouvés du mauvais côté de l’objectif, qui n’ont jamais récolté, ni honneur, ni reconnaissance, ni gratitude dans des champs qu’ils ont ensemencé de leur sueur, de leur sang.
Le mauvais côté de l’appareil photographique, c’est Louis Lachenal, premier homme à plus de 8000 mètres. Le 3 juin 1950, aux termes de souffrances extrêmes, Lachenal, guide de haute montagne et Maurice Herzog, industriel parisien, parviennent au sommet de l’Annapurna. Lachenal photographie son compagnon de cordée. Herzog brandissant le drapeau français sous le sommet, la photographie fait le tour du monde, Herzog est à jamais le vainqueur de l’Annapurna. Écrasé par le grand communicateur qu’est Maurice Herzog, Lachenal sombre dans l’oubli.
Le 4 août 1936 à Berlin, Luz Long, de son vrai nom Karl Ludwig, livre un fameux duel en saut en longueur contre Jesse Owens. Lorsque l’Allemand prend la tête du concours avec 7 mètres 87. Hitler et Goebels jubilent. Owens est à son dernier essai : « Sa course tient à un trait de lumière noire. Les billes d’ébènes baignent dans la même huile, un équilibre parfait est en action. Le dernier appui est le bon. (…) 7 m 94. Là-haut, la moustache sacrée dessine une grimace. » Hitler quitte le stade. « Il (Luz Long) avait cessé, pour les nazis, d’être beau comme un cliché triomphant. Il n’était plus que le négatif, la figure de l’échec contre le Noir américain. (…)Une marche au néant commençait. »
C’est au prestigieux club de Vasco de Gamma (Rio de Janeiro) que le grand chat Barbosa se révèle comme « une étincelante machine à sauter.» Moacyr Barbosa est un gardien de grande classe. Il est le premier Noir à s’imposer comme dernier rempart de la seleçao. Barbosa est le meilleur portier du monde puisque l’équipe nationale du Brésil est la meilleure du monde. Le 16 juillet 1950, elle dispute la finale de la coupe du monde dans son temple de Maracana. 250 000 personnes viennent assister à la mise à mort du petit voisin, l’Uruguay. Le score est de 1 à 1. Il reste 11 minutes à jouer. l’Uruguayen Gigghia s’échappe sur son aile. Barbosa anticipe le centre. « Mais Gigghia change sa frappe, son centre devient un tir. Barbosa, grand dieu, qui se détend malgré le contre-pied, doit avoir ce ballon comme tant d’autres. Ce gaillard c’est le bonheur en apesanteur. » Il touche le cuir, mais pas suffisamment. 250 000 spectateurs pétrifiés assistent à l’impossible. Barbosa est le coupable idéal : « Il comprit que le seul Noir en ce jour-là, le funeste, le fatal, c’était lui. » Il est chassé de Vasco de Gamma, montré du doigt dans la rue : « C’est Barbosa, l’homme qui a fait pleurer tout le pays. » Sa mort, en avril 2000, fait quelques lignes dans la presse brésilienne. Pas un joueur de 1950 ne se déplace a son enterrement, pas un dirigeant. Le néant s’est propagé.
Qui se souvient de Roger Rivière, de François Bonlieu, petit prince des neiges ou d’ Alfred Nakache. Qui se rappelle de Robert Villemain, boxeur effacé qui donna par deux fois la leçon à Jack La Motta, qui ébranla Ray Sugar Robinson. Ils sont quelques uns des maudits du sport de Christian Montaignac : « Aime les maudits… Ils ont le charme poignant des êtres menacés par l’oubli. »
Etoiles fuyantes
La noblesse des maudits du sport,
Christian Montaignac,
éditions JC Lattès, 210 p
Christian Montaignac est né à Montpellier en 1942. Ancien journaliste à L'Equipe, il a obtenu le grand prix du Meilleur article sportif de l'année, en 1971, et le prix Antoine-Blondin pour De la plus belle aube au triste soir, publié en 1990, aux éditions Calmann-Lévy. Il a aussi reçu le grand prix de Littérature sportive et le prix Henri-Desgrange.
3 janvier, 2005 | Permalink
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tsr.ch, placé sous la responsabilité de la TSR, met en ligne sur cette page des "blogs" personnels souvent décalés, parfois impertinents. Ces textes proposent des regards subjectifs; c'est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de telle ou telle émission mais bien celui de son auteur.
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