Alain Juppé a eu le mot juste: au fond, les Européens demandent à au pouvoir de Pékin de "tuer avec modération". Les gouvernements, le CIO, les organisations sportives, les télévisions aussi, avancent prudemment sur ce terrain et font mine de réfléchir. Personne n'imagine que la contestation tibétaine puisse faire reculer sur quelque point que ce soit la Chine. Et celle-ci l'a bien compris qui a plutôt durci le régime ces derniers mois balayant toutes les promesses tenues naguère à M. Rogge. La puissance chinoise tient beaucoup aux perspectives économiques qu'elle ouvre, ouvrira ou n'ouvrira pas aux économies occidentales. Disons cyniquement qu'Il est naturel que la Chine joue sa carte maîtresse. Ce qui l'est moins c'est que le reste du monde ne joue pas les siennes.
Le rapport de forces pourrait-il s'inverser? Je crois que ce n'est pas aussi utopique qu'on l'imagine aujourd'hui. Pourquoi?
1. Le Tibet rassemble une communauté spirirtuelle par delà les frontières. Ce n'est pas le moindre des mérites du dalaï lama d'avoir réussi à fonder cette proximité d'esprit qui fait que désormais nous sommes tous des Tibétains.
2. On sent bien que le monde de la contestation anti-capitaliste est en mal de grande cause qui cristallise le malaise général sur le développement de la planètes et ses effets désastreux. La Chine incarne le développement économique qui fait peur au grand public. Et les JO dans leur forme contemporaine très liés à l'argent soulèvent déjà régulièrement la critique.
3. Le combat des faibles contre le puissant peut séduire largement la planète. La faiblesse des Tibétains pourrait se révéler être leur force in fine.
4. Les sponsors ne souhaitent pas voir leur image être associée à des JO qui pourraient être troublés dans leur déroulement et veulent encore moins être mis en accusation pour un soutien jugé intolérable et aveugle. Ils ont investi dans le plus grand événement planétaire, pas dans une fête gâchée d'avance. Leur avis sera crucial.
5. La crédibilité du CIO et celle de Jacques Rogge est en jeu. Difficile de ne rien faire et de ne rien dire si les Chinois ne cessent pas leurs attaques contre le dalaï lama et n'entament pas un dialogue avec les Tibétains.
Voilà de quoi changer radicalement la situation, partant l'attitude des gouvernements.
André Crettenand
La Suisse doit-elle boycotter les JO de Pékin? Débat Christophe Darbellay/Maria Roth-Bernasconi
Il est des condamnations trop hâtives. Je veux parler du jugement sévère des parlementaires suisses fustigeant Mme Calmy-Rey et son port du voile lors de sa visite iranienne. Un voile pourtant léger, un voile blanc, un voile même peu conforme au code vestimentaire iranien. Mais ils y ont vu la concession au régime, la marque honteuse de la soumission féminine, l'entorse malheureuse aux droits humains. Vaine polémique. L'essentiel est ailleurs. L'ajustement du foulard a permis à la ministre des Affaires étrangères d'accéder à Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, mais surtout de notifier à ce dernier, yeux dans les yeux, tout ce qui est inacceptable dans son régime: les lapidations, les amputations, les châtiments corporels. Et bien sûr la volonté de vouloir rayer Israël de la carte. Braqués sur l'interprétation du symbole, les critiques n'ont donc pas vu l'intérêt précieux de pouvoir porter ce message brûlant jusqu'au coeur du pouvoir iranien. Message que Mme Calmy-Rey a répété en conférence de presse devant un parterre de journalistes iraniens plutôt médusés. L'acceptation du protocole est donc un moindre mal. La Suisse peut jouer un rôle international à l'unique condition qu'elle ait accès aux dirigeants de la planète et qu'elle soit considérée comme une médiatrice toujours possible.
Dans une tribune du Monde de ce jeudi 20 mars, Carla Bruni annonce que son mari retire la plainte contre le journaliste du Nouvel Obs mais elle ne se prive pas de lui faire une leçon de déontologie. En citant notamment Beaumarchais:
"La calomnie, Monsieur ? Vous ne savez guère ce que vous dédaignez; j'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés… elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?"
Réponse, ajoute Carla Bruni : les journalistes. Les vrais.
C'est ce normalien de 24 ans, Nicolas Princen, qui a été chargé par Nicolas Sarkozy de passer le net à la loupe et de noter tout ce qui touche au président. En soi, rien d'étonnant à l'heure où les campagnes politiques se développent aussi bien sur la toile que sur les médias tranditionnels. Et le buzz y ajoute des accents et des effets multiplicateurs nouveaux. Pas sûr en effet que les sorties de Sarkozy au salon de l'agriculture ou que ses bégaiements russes eussent eu quelques échos sans l'existence des sites de partage de vidéos. Il est donc logique qu'une revue de presse exhaustive comporte un volet internet. C'est plutôt les relations ambiguës et émotionnelles du président avec la presse qui rendent l'institution d'un obervatoire piquante. Nicolas Sarkozy s'est montré prompt à déposer plainte ces derniers temps. En surveillant le territoire virtuel, il laisse supposer qu'il va s'escrimer sur ce terrain-là aussi et sévir. Les internautes l'ont compris ainsi qui prennent la nouvelle avec pas mal d'ironie.
La nouvelle n'a pas bénéficié du même écho que le fameux SMS: Cécilia Ciganer-Albeniz a démenti devant la police à la fin de la semaine dernière avoir reçu de son ex-mari Nicolas Sarkozy un "Reviens et j'annule tout!" sur son téléphone portable. Voilà qui pèsera un peu plus encore sur le NouvelObs qui a avait jugé l'info sur le SMS si intéressante qu'il fallait la publier sur son site Internet. L'occasion de rappeler le jugement de Jean Daniel, directeur du Nouvel Observateur, sur cette publication: «C’est précisément parce que (Sarkozy) faisait tout pour nous entraîner dans son univers qu’il ne fallait pas s’y laisser conduire. La porte qu’il a ouverte en étalant sa vie privée, nous n’avions pas à la franchir. Si j’avais eu l’information dont Airy Routier a disposé, je me serais empressé de m’en détourner." A cette réflexion éthique tout simplement remarquable on peut ajouter désormais une réflexion sur le dégât d'image que le magazine risque de subir car la publication d'infos dont la véracité n'est pas avérée ne peut qu'affaiblir la crédibilité du média.
tsr.ch, placé sous la responsabilité de la TSR, met en ligne sur cette page des "blogs" personnels souvent décalés, parfois impertinents. Ces textes proposent des regards subjectifs; c'est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de telle ou telle émission mais bien celui de son auteur.
André Crettenand est rédacteur en chef de l'Actualité à la TSR.