Eh voilà, l'aventure prend fin. Je quitte la TSR pour TV5 Monde où je reprends la Direction de l'information le 1septembre. Je mets donc un point final à ce blog que je tenais depuis 2006. Merci aux télespectateurs-lecteurs qui m'ont suivi durant toutes ces années.
Mais je ne renonce pas pour autant au plaisir de bloguer. Vous pouvez me retrouver sur Mediachroniques.
Les grands raouts de foot sont toujours le prétexte pour de brèves leçons d'histoire et de psychologie appliquée. Ecoutez attentivement les commentateurs. L'Allemagne, c'est la capacité à mener des attaques éclairs et sans état d'âme, ce sont des joueurs solides et conquérants. Les Méditerranéens, des créatifs sympas pleins d'imagination et de légèreté, les Polonais des victimes toutes désignées, les Turcs des chanceux absolus mais on a de la peine à reconnaire leur talent. Impossible d'évoquer Autriche-Allemagne sans faire allusion à l'Anschluss. Tout ramène invariablement à quelques stéréotypes. Et n'allez pas croire que ce sont là des propos de cantine. Roger Köppel, l'éditorialiste de la Weltwoche, écrit cette semaine que le foot offre une image des tendances de la société et des structures mentales les plus profondes du pays. Et il pense ainsi que la jeune et séduisante équipe russe en dit plus sur le pays de Poutine que tous les articles de presse décrivant les combats du capital le plus sauvage. Bref, une équipe sympa, épargnée par la folie des grandeurs des oligarques, toute d'efficience poutinenne. Elle offrirait le mixte heureux de Gengis Khan, Noureiev et Kasparov. Rien que ça! Par la grâce du foot, une nation peut prétendre figurer à nouveau - brièvement ? - au hit-parade des bien-aimées.
C'est Moritz Leuenberger qui le claironnait lundi dernier: les stades ne sont pas écolos et l'UEFA devrait acheter des certificats d'émission de CO2 pour se faire pardonner. Le ministre mentionne bien une histoire de gobelets non récupérés du côté de Bâle sur son blog personnel mais il est économe de détails sur le "scandale". L'art de la provocation sans doute que Moritz Leuenberger revendique comme l'arme ultime du politicien.
J'avais encore en tête cet épisode lorsque j'ai découvert sur le site du Guardian la stratégie que le gouvernement s'apprête à mettre en discussion en Grande-Bretagne en matière d'environnement. C'est du sérieux. La Grande-Bretagne veut diminuer les gaz à effet de serre de 20% et baisser sa dépendance à l'égard du pétrole de 7% d'ici 2020. Au progamme: la construction de 3500 éoliennes, l'obligation d'améliorer l'efficacité énergétique des maisons lors de chaque rénovation, la plantation de cultures pour produire de la biomasse, le remplacement obligatoire des boilers à huile, le recours encouragé au solaire, des subventions pour inciter ménages et entreprises à agir. Le document que le Guardian s'est procuré en exclusivité juge que cette révolution verte pourrait faire naître de nouveaux marchés et créer 160 000 emplois.
Les médias avaient listé tous les malheurs possibles: le déferlement des hooligans, l'invasion des prostituées, la pénurie de pommes de terre et une attaque d'Al Quaïda. Les mesures de sécurité ont d'ailleurs été calculées en fonction des différentes menaces dont une décision du Conseil fédéral d'autoriser les importations de pommes de terre. Alors, hier soir au Journal de 19h30 le regard heureux de Guy Roux, entraîneur mythique d'Auxerre, célébrant l'organisation suisse de l'Euro 2008 contrastait - mais quel bonheur - avec nos peurs d'avant-match et notre inquiétude perpétuelle qui a fait la fortune des compagnies d'assurances.
Le non irlandais a réjoui ceux qui n'aiment pas trop l'Union européenne mais il a aussi "amusé" ceux qui ont de la compassion pour les petits pays. La Suisse neutre ne pouvait donc qu'être sensible à ce vote négatif. 4 millions d'Irlandais qui empêchent de tourner en rond 450 millions d'Européens, voilà qui fait frémir les tenants de la démocratie directe.
Mais on a tort d'être ironique. La construction d'un espace de paix cohérent en Europe reste un objectif noble et crucial et il n'y a pas lieu de se réjouir outre mesure des difficultés de l'Union. D'ailleurs, comme le révèle le Financial Times, les négociateurs de Bruxelles ont des pistes à proposer. Ils imaginent ainsi de coller au texte original du Traité des protocoles garantissant explicitement aux citoyens irlandais leur pleine souveraineté dans la fiscalité, la neutralité ou l'avortement. Arguties juridiques? Habiletés manoeuvrières? Moi, je suis putôt admiratif pour ces diplomates infatigables dont la constance et la créativité donneront à coup sûr aux politiques les moyens de surmonter cet échec. Une attitude qui devrait séduire un petit pays fédéraliste comme le nôtre qui mesure plus que tout autre les efforts soutenus qu'il faut déployer pour vivre ensemble.
En ces temps de turbulences économiques et financières, le Financial Times choisit de faire longuement le portrait d'Angela Merkel et à travers elle, c'est au fameux modèle rhénan de l'économie de marché que le journal rend hommage. L'Allemagne a créé 1,6 million d'emplois en 2 ans et se rapproche du plein emploi; aucun pays, pas même la Chine, ne tire autant de revenus qu'elle de ses exportations. La candidate Angela Merkel admirait les recettes anglo-saxones de la croissance, se souvient le journal, la Chancellière promeut désormais le "german way of life": le libre marché oui, mais modéré par le consensus politique et une protection sociale généreuse.
Angela Merkel croit que l'exigence de cohésion sociale est au coeur de ce système et que l'Allemagne aura toujours le souci d'une société plus juste et plus égalitaire biens plus que les pays anglo-saxons. Elle voudrait que l'Europe forte de sa puissance économique pèse davantage sur la réglementation des marchés financiers et elle plaide pour davantage de transparence.
Dans le paysage européen, le Financial Times reconnaît à Angela Merkel une "gravitas" qui lui une confère une place particulière en Europe lorsqu'on la compare à l'inconstant Nicolas Sarkozy à Paris ou à l'introverti Gordon Brown à Londres. Il vaut donc la peine de s'attarder un peu sur ce personnage que l'on observe moins en Suisse romande et qui plaide tant pour le consensus et un modèle de société qui nous est si proche.
Patrick Poivre d'Arvor ne présentera plus le JT de TF1 à la rentrée. Et alors? Alors rien en effet et Laurence Ferrari qui devrait le remplacer aura tôt fait de le faire oublier, ainsi en va-t-il du spectacle télévisuel. Toucher à l'icône du JT (21 ans de présentation) n'est cependant pas banal. L'audience des grand'messes est en baisse en France et les chaînes cherchent les nouvelles recettes du succès. Le choix de TF1 est spectaculaire et radical mais il ne touche pas encore à la mise en scène du Journal ni à son contenu. Contrairement à France 2 qui ose le reportage plus long, l'enquête voire le développement d'actualité, comme par exemple le 13h15 le samedi.
Cela me fait penser à la réflexion de ce journaliste de France 2 relevée récemment dans Télérama: " Le JT tel qu'il est aujourd'hui est un système qui fonctionne sur la peur. Peur de rater une image, de manquer un événement. Peur d'une info qu'on n'aurait pas donnée. Or, aujourd'hui, face au JT les gens n'ont plus les mêmes attentes qu'il y a vingt ans. Ils sont sur-informés. Ils viennet chercher un regard". Je partage totalement cet avis. Et j'ai le sentiment que le sacrifice de l'idole doit plus à la panique qu'à une stratégie éditoriale rationnelle.
Après les analystes sportifs, ce sont les psy dont nous allons avoir besoin. L'Euro n'est qu'un grand jeu mais on sait bien que ces événements-là influent sur le moral de la nation. Que l'équipe nationale gagne et ce sont le prix de l'essence, les prévisions de ralentissement économique et même le mauvais temps qui sont oubliés. Qu'elle perde et c'est l'avenir qui s'assombrit, les faiblesses du pays qui ressurgissent, un système de vie qui est remis en question. Avec le match Suisse-Tchéquie, il faut y ajouter l'injustice des dieux qui se sont acharnés sur le héros Alexander Frei.
Comment le public s'informe-t-il? Que lit-il? Que regarde-t-il? Et à quel moment? Ispsos Media vient d'étudier en France un panel de "fans" d'actu (le dossier sera publié prochainement sur le site) et livre quelques conclusions. D'abord, le journal télévisé reste la source privilégiée: 38% regardent régulièrment le JT de TF1, 33% le JT de 20H de France2 et 28% le 19-20h sur France3.Mais la plupart des télespectateurs aiment aussi écouter la radio, lire les journaux et bien sûr surfer sur internet. Ils connaissent déjà les nouveaux sites d'information comme Rue 89, Mediapart, Le Post ou Agoravox et donnent volontiers leur point de vue sur un sujet d'actualité (53% l'ont déjà fait dont 37% sur Internet). Tout cela n'est pas vraiment nouveau.
Quelques résultats plus intéressants à mon sens:
lorsque les gens cherchent une information sur un fait d'actualité, 40% déclarent aller en priorité sur un moteur de recherche, 35% directement sur un site media (presse, radio ou TV) et 21% sur un portail généraliste. Google est donc en train de damer le pion aux medias classiques;
la presse est perçue, par rapport à Internet, comme le media le plus fiable, celui permet le mieux de comprendre le monde;
les fans d'actu consomment de l'info à tous les moments de la journée et quels que soient les lieux. Plus de la moitié s'informe régulièrment dans les transports: voilà un beau défi pour la TV mobile!
ils utilisent les titres dans leur version papier et dans leur version Web de façon complémentaire, mais ils associent le plaisir d'abord au papier. Cette notion de plaisir a peu été prise en compte jusqu'ici dans la confection des pages info. Voilà qui ouvre aussi quelques perspectives.
Après l'économie, la politique? Le calcul du PIB romand révélait il y a quelques jours l'excellence de l'économie romande et son classement flatteur sur l'échelle européenne de la productivité. Voilà que les politiques se mettent au diapason et qu'ils relancent l'idée que rien de grand ne se fait sans coopération entre les cantons. Pour l'instant, il n'y a pas encore d'agenda précis mais le sérieux des initiants, le Genevois François Longchamp et le Vaudois Pascal Broulis, sont un gage de crédibilité. Parmi les projets, il y a un qui est crucial pour le développement lémanique: la 3ème voie ferrovière entre Lausanne et Genève. Les deux conseillers d'Etat proposent d'avancer les fonds pour débloquer le projet tant attendu.
tsr.ch, placé sous la responsabilité de la TSR, met en ligne sur cette page des "blogs" personnels souvent décalés, parfois impertinents. Ces textes proposent des regards subjectifs; c'est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de telle ou telle émission mais bien celui de son auteur.
André Crettenand est rédacteur en chef de l'Actualité à la TSR.